‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 163 sur 186 · DÉSERTS, CLIMAT D'ARABI · texte numérisé non relu

DÉSERTS, CLIMAT D'ARABI

rétendue sablonneuse, on ne voit que vague après yague sur la mer immense des sables : nulle part on ne distingue une trace de végétation ; aucun oiseau ne vole au-dessus de la plaine silencieuse. Dans cet océan de dunes s'ouvrent les abîmes redoutés que Ton appelle Bahr-el-Sali ou « mer de Safi », du nom d'un roi, probablement légendaire, qui y fut englouti avec toute son armée. Les Bédouins disent que des trésors immenses se trouvent au fond de ces gouffres sous la protection des génies, mais. ils' ne tentent point de conquérir ces richesses, et dans leurs excursions sur la lisière du désert ils évitent soigneusement ces « blouses », reconnaissables de loin par la blancheur éclatante des sables, qui . contrastent avec l'arène jaunâtre des dunes environnantes. De Wrede dut en approcher seul. Muni d'un bâlon pour sonder le sol à chaque pas, il arriva jusqu'au bord pierreux du goufTre : le bâton s'enfonça dans la poussière blanche comme dans l'eau ; une pierre d'un kilogramme, attachée à une ficelle longue de 110 mètres, disparut aussitôt; cinq minutes après, l'extrémité de la ficelle, entraînée par le poids, disparaissait à son tour. Les Bédouins, pâles d'effroi, assistaient de loin à l'entretien du voyageur avec les esprits*. La fluidité du sable dans le Bahr-el-Safi ne peut s'expliquer que par l'existence de courants, de nappes d'eau ou d'autres corps liquides, tels que le naphte. Des sources de pétrole, qui coulent sur les flancs des roches voisines, vont peutêtre former des lacs souterrains dans les cavités profondes ; toutefois il est plus probable que des ruisseaux passent sous les sables, révélés de distance en distance par des puits où s'amasse la fine poussière apportée par le vent; d'après le rapport des Bédouins, la rangée serpentine des gouffres se prolongerait à huit journées de marche sur la lisière du désert.

La péninsule d'Arabie est comprise dans la zone des moussons du sudouest. Toutes les pluies qu'elle reçoit, si ce n'est dans la région voisine de la Méditerranée, lui sont apportées par ce courant aérien ; mais il vient de traverser ou du moins de longer le continent africain et l'humidité dont il s'était saturé dans les mers équatoriales s'est en grande partie reversée sur les monts qu'il a baignés dans son parcours. La part d'averses que reçoit l'Arabie est insuffisante pour la couvrir de végétation : seuls les massifs montagneux, s'élevant dans les hauteurs de l'air, arrêtent les nues au pas-

* Adolf von Wrede, Reise in HadhramauL

sage et reçoivent une quantité d'eau qui s'épanche en torrents temporaires ou même en sources et en ruisseaux permanents : en bas, dans les plaines, la limite des cultures est marquée par les derniers filets d'eau qu'alimentent les pluies ou les neiges tombées sur les montagnes. Quelquefois le premier souffle de la mousson, vers la fin de mars ou le commencement d'avril, apporte quelques averses, très désirées par les cultivateurs ; mais d'oniinaire les grandes pluies coïncident avec la période dés fortes chaleurs. La saison normale des orages varie singulièrement dans les diverses régions de la Péninsule suivant la latitude, le relief du sol, la proximité de l'une ou de l'autre mer, les déviations et les remous qui se produisent dans le déplacement des airs. Dans les montagnes du Yemen, les fortes pluies tombent ordinairement à l'époque normale pour le climat des tropiques, c'est-à-dire à la fin du mois de juin et en juillet. Parfois en cette saison le rocher d'Aden reçoit de 16 à 18 centimètres d'eau*; mais il arrive aussi que les ondées manquent complètement ; en trois années, de 1869 à 1872, les citernes d'Aden ne furent emplies qu'une seule fois*. Dans le Hedjaz, on attend la pluie surtout en décembre ; à Mascatc et dans les massifs de l'Oman, c'est en décembre et janvier que se fait la plus grande précipitation d'humidité. En moyenne, la chute d'eau est assez abondante dans les régions habitées de TArabie méridionale jusqu'au seizième degré de latitude : aussi les prières pour la pluie, qui prennent une si large place dans le culte ordinaire des tribus septentrionales de la Péninsule, ne se retrouvent-elles pas dans le rituel des méridionaux'. Mais que les pluies soient abondantes ou non, la zone montagneuse qui les reçoit n'est pas assez étendue pour qu'un excédent d'humidité descende jusqu'à la mer, du moins par des cours d'eau superficiels. Il n'est pas une seule rivière du versant occidental qui pendant toute l'année traverse la zone entière du Tehama pour atteindre la mer Rouge : toutes sont des misyal {masil^ masilah)^ analogues aux fîumare de l'Italie, aux nallah de l'Inde. L'eau s'épuise en route dans les cultures riveraines et que de fois elle est insuffisante pour arroser les champs! Souvent les populations attendent pendant des semaines et des mois l'eau vivifiante ; on regarde le ciel, on interroge le vent et tous les phénomènes de l'atmosphère; les affaires sont interrompues; la guerre même s'arrête entre les tribus. La foule s'assemble pour étudier le nuage qui se forme à l'horizon, et quand il se déchire, que l'eau ruisselle dans les ravins et que le lit sablonneux du

* Grisebach, La végétation du Globe, trad, par TchihatchefT.

* W. Kropp, Annales hydrographiques,

' Von Maltzan; — Hann, Handbuch der Météorologie,

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