CLIMAT, PLUIES DE L'ARABIE
ouadi s*emplit d'un flot rapide, tous raccompagnent de leurs chants et de leurs cris de joie. La foule lutte de vitesse avec Tinondation : on lui fait cortège comme à une divinité.
Mais à rissue des montagnes les agriculteurs ne disposent que d'une part de l'eau tombée. Là où commencent les sables et les cailloux du désert, là disparaissent les courants. Quelques-uns surgissent de nouveau dans les bas-fonds et forment des oasis, quand l'eau ne s'est pas saturée de sel dans les profondeurs : il en est aussi qui s'amassent en lacs permanents ou temporaires dans les cavités argileuses. Quand l'eau de ces bassins s'est évaporée, les uns sont blancs d'efOorescences salines, les autres, dont l'eau était douce, n'offrent que la surface brune de la cuvette, craquelée en lézardes régulières; mais à une faible distance on voit encore la lumière s'y réfléchir comme sur une nappe liquide : nulle part le mirage de l'eau ne se produit plus fréquemment et de manière à causer une illusion plus complète qu'aux endroits où l'on devait s'attendre naturellement à trouver de l'eau, c'est-à-dire dans les bassins des lacs desséchés : on dirait qu'en s'évaporant la nappe lacustre laisse du moins son image'. Non moins précieuse en Arabie qu'en Perse ou qu'en Afghanistan, l'eau n'y est pas aménagée avec autant d'industrie : dans la Péninsule, si ce n'est dans quelques vallées de l'Oman, dans certaines parties du Nedjed et dans la région des villes saintes, on ne connaît pa's l'art de capter les ruisseaux à la sortie des montagnes et de les conduire aux terrains d'irrigation par des canaux souterrains, percés de puits à distances égales. Mais dans presque toutes les contrées de l'Arabie on a construit des birket ou réservoirs maçonnés et creusé des puits profonds. Les plus remarquables sont ceux que Zobéide, la femme d'Haroun-ar-Rachid, fît tailler dans le roc, sur la route des Hadji, de la Mecque à Bagdad : il en est qui ont jusqu'à 70 mètres de profondeur, mais la plupart sont sans eau ou n'ont plus qu'un peu de vase au fond*.
Les feledj de l'Oman, analogues aux kanat des Persans et creusés probablement sous leur direction, au siècle dernier, permettent d'étendre les limites des oasis dans les vallées : aussi les communes, qui en sont généralement propriétaires, les entretiennent-elles avec le plus grand soin, et dans les régions exposées aux incursions de tribus pillardes, défendentelles les prises d'eau par des fortifications régulières : là chaque source a son castel'; il est plus urgent de défendre l'eau que le village lui-même,
* Anne Blunt, Voyage en Arabie, trad. Derome.
' Huber, Bulletin de la Société de Géographie, 1884.
' Wdlstcdy TraveU in Arabia*
placement des foyers de chaleur, qui tantôt se trouvent sur la terre ferme* tantôt sur la mer, les brises locales modifient incessamment leur direction le long des côtes, soit pour ajouter leur force à celle des courants généraux, soit pour les retarder, les neutraliser ou en changer la marche. Des courants aériens différents par l'origine acquièrent des propriétés analogues en traversant les mêmes régions : tandis que le vent du sud apporte ici l'humidité, ailleurs c'est le vent du nord qui est celui des pluies; le simoun desséchant, le chelouk empoisonné, vient de l'est pour les habitants du Yemen ; pour ceux de Bagdad, il souffle de l'ouest. Dans les Nefoud, les courants atmosphériques dominants sont ceux de l'occident ; on le reconnaît à la forme des buttes sablonneuses et à l'inclinaison de toutes les plantes, penchées vers l'orient*.
Mais le fait capital dans la circulation des airs au-dessus de la Péninsule est le reploiement de la mousson du sud-ouest dans le sens du sud-est. Les deux avenues de montagnes entre lesquelles sont enfermées les deux mers latérales de l'Arabie, le golfe Persique et le golfe Arabique, sont les chemins tracés pour le mouvement des airs. En pénétrant dans les manches d'Oman et de Bab-el-Mandeb, le vent normal se reploie pour remonter les deux golfes dans le sens de leur grand axe ; de même, les courants qui descendent des plateaux de l'Iran et des mont<ignes de Moab ou de Madian s'engouffrent dans les fosses qui s'ouvrent devant eux et les suivent jusqu'à l'entrée. Ainsi se produit une alternance régulière de vents montants et descendants qui ont singulièrement facilité le commerce; d'avance, le souffle des vents indiquait aux Arabes les chemins de la mer. Mais il ne leur fallait pas moins une étonnante audace pour se lancer en dehors des « portes » sur une mer bouleversée par les tempêtes et dont les courants, rapides et irréguliers, ne semblent obéir à aucune loi précise*. Les marins de l'Oman, de l'Hadramaout, du Yemen eurent ce courage, et de la côte de Mozambique aux iles de la Sonde ils furent jadis les porteurs de marchandises pour toutes les populations riveraines de l'océan Indien ; longtemps aussi ils en disputèrent l'empire aux Portugais. Aux premiers temps de l'Islam, les Arabes eurent même une grande part au commerce de la Méditerranée. Kremer a retrouvé plusieurs mots sémitiques dans la langue des marins d'Europe.
« Huber, Bulletin de la SoeiéU de Géographie de Parie, 1884. * VITellsted, Journal ofthe GeoçraphictU Society, 1806.