VENTS DE L'ARABIE, GOLFE PERSIQUE
Les deux mers de la Péninsule, le golfe Persique et le golfe Arabique, se ressemblent par le régime des vents et par la température élevée de leurs eaux; mais à d'autres égards elles diffèrent beaucoup. Le golfe Persique n'a droit au nom de mer que par son étendue, évaluée à 248000 kilomètres carrés ; mais il n'est pas profond : en moyenne , les cordes de sondage touchent le lit après s'être déroulées de 40 à 80 mètres, et l'on pourrait, en supposant que le niveau et les conditions géographiques ne changent pas, calculer approximativement l'époque à laquelle les alluvions apportées par le Ghat-el-Arab auront comblé le bassin maritime, comme elles ont déjà rempli la moitié septentrionale du golfe, devenue la Mésopotamie. La masse liquide est trop peu considérable pour que les courants généraux de l'océan Indien puissent s'y propager. A l'entrée du golfe, dans la mer d'Oman, les mouvements de l'onde correspondent à ceux de l'air : un courant montant pénètre dans le détroit d'Ormuz de mai à septembre, c'est-à-dire pendant la période de la mousson méridionale; le reste de l'année, qui est la saison des vents septentrionaux, un courant descendant sort du détroit pour se porter vers la haute mer; mais dans l'intérieur du golfe on n'a pu constater aucune régularité dans l'oscillation des courants : ils sont tout superficiels et chaque brise, chaque risée de vent en modifie la marche. Les iles s'élèvent en grand nombre au-dessus des eaux peu profondes, mais elles différent de l'une à l'autre rive : tandis que celles du littoral persan, situées près d'une côte escarpée, sont ellesmêmes des terres montueuses se dressant isolément dans une mer libre d'écueils, celles de la côte arabe, situées près d'une zone basse, sont peu élevées et des bancs de sable les entourent en archipels. La vaste baie semi-circulaire comprise entre la péninsule du Ras Masandam et la pointe de Katar est parsemée de ces îles basses, qui ont peut-être valu à ces parages le nom de Bahr-el-Benat ou « mer des Filles ». A l'ouest de Katar, le golfe de Bahreîn est également rempli d'iles, d'ilôts, de sables à fleur d'eau. L'une de ces terres, la plus grande île arabe du bassin Persique, est connue spécialement sous le nom de Bahreîn ou les « Deux Mers », appartenant sans doute autrefois aux deux grandes baies qui baignent à l'est et à Touest la presqu'île de Katar. D'après Oppert, Bahreîn serait le Tylos ou Tilvoun des anciens, l'un des lieux sacrés où la civilisation chaldéenne, au delà des temps de l'histoire écrite, avait pris son
origine : c*est de Tylos que provenait ce « dieu-poisson » qui conduisit Tarchc de rhumanité sur les eaux du déluge.
Le golfe Persique, la mer d'Oman sont parmi les eaux marines les plus riches en vie animale. Des milliers d'embarcations arabes Voguant au milieu des bancs animés ne font dans ces multitudes que de faibles trouées, bientôt comblées de nouveau; on jette jusqu'à deux cents brasses de profondeur de grands filets que ramènent, toujours remplis, de trente à quarante hommes. Les poissons, que l'on sèche au soleil et qui prennent en quelques heures l'apparence de morceaux de bois, servent, avec de la pâte de datles, à Talimentation de tous les Arabes du littoral et sont expédiés au loin dans l'intérieur de la Péninsule, dans l'Hindoustan, à Zanzibar, sur les côtes de l'Afrique orientale. Quant au fretin, qu'il serait difQcile d'exporter, on le rejette dans la mer ou on ne l'emploie que pour engraisser les jardins de Mascate et les campagnes du Batina. D'après le dire de Néarque, les baleines devaient être aussi très communes dans la mer d'Oman, puisque les « ichtyophages » de la côte de Mekran bâtissaient leurs maisons en ossements du cétacé; maintenant, ces animaux sont devenus rares, mais les marins rencontrent encore dans ces parages la balxnoptera indica^ qui peut-être est le monstre marin des plus énormes dimensions : il atteint 27 mètres de longueur \ Les infiniment petits pullulent par myriades, assez nombreux parfois pour changer la couleur de la mer sur des milliers de kilomètres carrés, et la transformer en c< lait » ou en c< sang ». La nuit, elle n'est que c< flamme »; les embarcations y tracent un long sillage de feu et des deux côtés les rames laissent leurs remous phosphorescents : on dirait un dragon lumineux. Des méduses, pareilles à des braises, flottent sous les vagues en longues traînées de lumière qui se reflètent sur les voilesV Les Wahabites voient dans ces flammes marines un reflet de l'enfer'. La plupart des marins disent que ce sont les joyaux des sirènes; mais ils ne reluisent qu'au fond des mers; à l'air, ils se ternissent et s'évaporent*.
Dans les eaux de Bahreïn, de même que dans la « mer des Filles » et sur presque toute la côte arabe du golfe Persique, la grande occupation des riverains, de mai en octobre, est la pêche des perles. Les concrétions des huîtres perlières ne sont pas aussi blanches dans les mers d'Arabie que dans celles de Ceylan et du Japon, mais elles sont plus grosses et d'une
* Blyth, Journal ofthe Âsialic Society of Bengalj 1859; — Blanford, Eattern Penia,
* Denis de Rivoyre, Aden, Obock et Mascate,
* GilTord Palgrave, ouvrage cité.
* R. BurtoD, Pilgrimage ta Mekka,