ILES DE BAHREIN, MER ROUGE
fonne plus régulière; elles conservent aussi plus longtemps leur eau dorée, tandis que les perles blanches de Ceyian perdent rapidement leur éclat, surtout dans les pays chauds. Les perles de Bahreïn sont les plus estimées, même au point de vue médical, les Arabes et les Persans attribuant une grande vertu de guérison aux débris piles des gemmes. L'industrie de la pêche n'a pas décru dans le golfe Persique comme en tant d'autres parages. Dans le seul archipel de Bahreïn, environ cinquante mille marins s'occupent en même temps de pêcher les huîtres perlières, et sur toute la côte comprise entre Koveït, près des bouches du Chat-el-Arab et la côtdes Pirates, non loin de l'entrée du golfe, des stations secondaires sont établies dans le voisinage des bancs. En vertu des usages, origine du droit, les perles appartiennent à tous les habitants du littoral ; eux seuls peuvent aller ramasser les huîtres sur le fond marin et tout plongeur étranger serait ignominieusement chassé ; cependant presque tous les profits de la pêche appartiennent d'avance aux préteurs, Hindous ou Arabes, qui, par des prêts usuraires, ont fait de l'équipage de pêcheurs une chiourme d'esclaves. Les parts de profit sont réglées : tant au patron de la barque, tant aux plongeurs et aux servants ; mais toutes ces parts, avant d'être distribuées, sont déjà saisies par le bailleur de fonds ; la pitance journalière du pêcheur est des plus misérables'. Le mode d'exploitation des bancs est encore rudimentaire : les plongeurs, alourdis par une pierre qu'on leur attache aux pieds, les narines fermées par un obturateur en corne, les oreilles bouchées par un tampon de cire, descendent sur le fond par 10, 20 ou même 30 mètres; puis, après 50 ou 60 secondes de recherches, ils remontent à la surface avec leur butin; huit ou dix fois par jour ils recommencent ce voyage périlleux , exposés aux attaques des requins et des espadons , qui font chaque année une trentaine de victimes parmi les pêcheurs. C'est principalement dans le voisinage des sources de fond que l'on trouve les plus belles perles et la nacre la plus éclatante ; c'est même aux substances apportées par l'eau douce que les Arabes attribuent l'origine des concrétions perlières :' les grandes pluies leur font toujours espérer une récolte fructueuse.
La mer Rouge, qui sépare l'Arabie de l'Abyssinie et de l'Egypte sur une longueur de 2200 kilomètres, comptée en droite ligne de la rade de Suez
* Nombre des pécheurs sur la côte des Perles : 70 000, montant 6000 barcpics; Valeur totsile des produits : 12 500 000 francs, soit 178 francs par tête.
(Gratlan Geary, Tkrough AiiaHc Turkey.)
863 KOUTELLE GfiOGRAPHIE UNIVERSELLE.
Si la « Porte de Ceux qui vont mourir >, mérite bien le nom de « mer » ptr SCS profondeurs considérables. Énorme Gssore entre les deux masses «ontinenlales, elle présente dans sa partie médiane une cavité continue d'un millier de mètres et davantage, et en deux endroits, sous le 25* et sous le 20* degré de latitude, la sonde descend jusqu'à plus de 2000 mètres : au large de Lith, on n'a trouvé le fond qu'à 2271 mètres. Des deux golfes qui terminent la mer Rouge à droite et à gauche de la presqu'île de SinaT, celui de Suez, qui se maintient dans l'axe de ta mer, ne la continue point par la forme de son lit : nulle part sa profondeur ne dépasse 67 mètres ;
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en moyenne, la sonde n'y descend qu'à 50 mètres; 'ce n'est qu'un simple fossé d'érosion latérale. Le véritable prolongement de la mer Rouge est le golfe d'Akabah : à proximité immédiate des cdtes, la profondeur est de plusieurs centaines de mètres; au milieu de la cavité, Moresby, en 1833, ne ramena la boue du fond que par des sondages de plus de 500 mètres. Évidemment la mer Rouge, le golfe d'Akabah, la dépression du Ghor, où coule le Jourdain et où s'est forme le lac Asphaltite, ont la même origine géologique : ce sont des crevasses longitudinales s'ouvrant dans un sillon de 5000 kilomètres. Que le seuil du golfe d'Akabah, que celui de Rab-el- Mandeb s'élèvent au-dessus des eaux, comme le seuil d'Arabah dans l'Idu-
mée, eL les bassins inlérieui-s seront aussitôt transformés en « mers raorles ». Au sud, la longue fissure « érytliréenne » se termine, non loin Je Moka, par l'archipel de Hanicli et le Djebel-Zoukour, qui forme une barre n'ayant pas 100 mètres d'eau aux endroits les plus profonds. Dans la grande passe de Bab-cl-Mandeb, le Ut, nettoyé par les courants de l'oa-an Indien, n'a pas moins de 200 mètres à l'entrée.
De même que dans le golfe Persiqiie, les courants maritimes corres-
pondent dans le golfe Arabique aux mouvements de l'atmospbère. Quand souflle la mousson régulière, c'est-à-dire pendant l'été, les eaux pénètrent dans le détroit en venant de l'océan Indien; quand les vents du nord ont repris la prépondérance, pendant l'hiver, les coui'ants se portent dans la direction du sud et la mer Rouge devient un aflluent maritime du golfe d'Aden : la dilTérencc du niveau marin sur les plages de l'Arabie et de l'Abyssinie est d'environ 60 centimètres, suivant la marche de la mousson '.
' Welbleii. mémoire cité.
864 !iOUYELLE 6Ë0GRAPUIE UNIVERSELLE.
mais, outre ces mouvements généraux et les ondulations superficielles du flot, causées par les brises locales, il se produit un déplacement général des eaux dans la direction du sud au nord. Le golfe Arabique ne recevant qu'une très faible quantité d'eau, puisqu'il n'a pas un seul affluent pérennc, peut être considéré comme un immense bassin d'évaporation. Répartie à sa surface, la couche liquide apportée par les pluies et les ouadi n'a qu'une épaisseur infinitésimale, tandis que la masse d'eau changée en vapeur serait assez forte pour abaisser sensiblement de mois en mois le niveau de la mer Rouge, si l'océan Indien n'envoyait un courant pour remplacer les eaux perdues. Maury, dans sa Géographie de la mer^ évaluait à 7 mètres la couche liquide s'évaporant chaque année à la surface de la mer Rouge : on sait, depuis les expériences faites par M. Salles sur de vastes bassins, que cette évaluation de l'hydrographe américain était beaucoup trop forte ; mais la perte annuelle du golfe Arabique fût-elle seulement d'un mètre, les riverains verraient l'énorme bassin se vider dans l'espace de quelques générations. En admettant que l'ensemble de la cavité ait une profondeur moyenne de 400 mètres, il suffirait de quatre siècles pour vaporiser toute l'eau qui s'y trouve renfermée, et bien avant cette époque ce qui resterait du flot salé, arrivé au point de saturation, serait bordé de berges cristallines. Il faut donc que les ondes du golfe d'Aden, entraînées dans les deux passes de Bab-el-Mandeb , viennent réparer les pertes annuelles de la mer Rouge : un volume d'au moins mille milliards de mètres cubes doit ainsi pénétrer chaque année dans le détroit; c'est un flot égal à celui d'un fleuve comme le Gange. Bien plus, les eaux superficielles du golfe Arabique étant poussées vers l'Océan pendant une moitié de l'année par les vents du nord, il faut que la compensation s'établisse par un accroissement du courant sous-marin qui se porte vers la mer Rouge. Mais, quelle que soit la vitesse de ce flot qui se dirige de Bab-el-Mandeb vers les golfes de Suez et d'Akabah, une part du liquide s'évapore en route, et la salure de l'eau s'en accroît d'autant. D'Aden à Suez la proportion du sel contenu dans l'eau de mer augmente graduellement : d'un peu plus de 39 parties sur 1000 à Aden, elle s'élève à 41 et même à 43 dans les golfes de l'extrémité septentrionale. Depuis que le canal de Port-Saïd a mis la mer Rouge en communication avec la Méditerranée, des échanges se font aussi entre le golfe de Suez et le bassin des lacs Amers. La mer Rouge a commencé par remplir ce bassin, dont l'eau était presque complètement évaporée; elle y a versé 900 millions de mètres cubes d'eau, en propageant en même temps sa flore et sa faune; puis elle renouvelle incessamment la masse liquide du canal, par les oscillations du flux et du reflux. A l'heure