‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 167 sur 186 · MER ROUGE · texte numérisé non relu

MER ROUGE

(le la marée, insensible dans la rade de Port-Said, le niveau de la mer Rouge à Suez est d'un mètre plus éleyé que celui de la Méditerranée à l'autre extrémité du canal : en moyenne, l'écart d'altitude est de 80 centimètres en plus pour le golfe de Suez. Dans le golfe d'Akabah, la marée est beaucoup moins sensible.

Les voyageurs européens qui se rendent dans les Indes par le canal et la mer Rouge redoutent fort la haute température de ce golfe pendant les mois d'été. En plein soleil, quand l'atmosphère est calme, et plus encore quand souffle le vent du désert, les quelques jours de passage dans l'avenue du golfe sont fort pénibles à supporter. Parmi les diverses hypothèses que l'on a faites pour expliquer l'origine du nom de mer « Rouge », l'une des plus plausibles est celle qui donne à cette appellation le sens de « Torride. » La mer « Érythréenne » des anciens était beaucoup plus vaste que le golfe Arabique; elle comprenait aussi toutes les étendues marines dans lesquelles s'avancent les péninsules méridionales de l'Asie; c'était notre mer des Indes, l'ensemble des eaux de la région tropicale. La rougeur du ciel qui se reflète dans la mer, la lumière éblouissante des monts et des rochers qui la dominent, l'atmosphère brûlante qu'on respire dans ces parages , telles auraient valu son nom de « mer Rouge » à l'océan Indien et plus spécialement au golfe Arabique \ Mais, d'après la plupart des commentateurs modernes, l'origine de l'appellation devrait être attribuée aux Pount, les hommes « rouges », qui vivaient sur les deux rivages opposés du golfe, en Afrique et en Arabie, et dont les descendants, émigrés au nord, sur le littoral de la Méditerranée, devinrent les Pount ou Phéniciens*. D'ailleurs, nul phénomène spécial à la mer Rouge ne pourrait donner la raison du nom qu'elle porte de toute antiquité.

De nombreuses îles s'élèvent du fond de la mer Rouge et bordent en archipels les deux rivages d'Arabie et d'Afrique. Parmi les îles de la côte asiatique, il en est quelques-unes, cimes de montagnes à la base immergée, qui appartiennent au continent : telles sont les îles deHasani, au nord de Yambo, de Disan, de Karaman, dans l'archipel de Loheiyah ; mais il en est aussi qui se sont dressées loin de la côte, en surgissant de grandes profondeurs. Ainsi le Djcbel-Teïr, qui s'élève à l'ouest de Loheîyah, précisément au centre de la cavité médiane de la mer Rouge, est un cône de laves et de cendres volcaniques, dont la base est à 200 et 250 mètres au-dessous de la mer, tandis que la cime émerge à 275 mètres de hauteur. Le Teir est le

• Cari Rider, Âtien, toI. IUI.

* Lepsius, Nuba-Sprache ; — Hommd, YonemUMie Kulluren,

seul volcan des mers d'Arabie qui fume encore : en I8809 il eut une violente éruption de vapeurs, et les marins qui en longent le rivage s'attendaient à y voir un autre Stromboii\ Les volcans insulaires qui se dressent dans la partie méridionale du golfe, le Djebel-Zebaîr, le Djebel-Zoukour (605 mètres), le petit Hanich et le grand Hanich, le cratère de Perim, entre les deux passes de Bab-el-Mandeb, sont des amas refroidis de laves rouges et noires.

Les îles hautes de la mer Rouge, d'origine volcanique ou sédimentaiœ, sont rares en comparaison des roches basses, dues au travail des coraux. Près d'un tiers du golfe est encombré de ces îlots ou écueils de formation moderne, signalés de loin par la ligne blanche des brisants. Le long de la côte arabe, la chaîne des bancs coralligènes est presque continue de la baie de Loheïyah à l'entrée du golfe d'Akabah ; seulement les récifs sont interrompus de distance en distance par des baies profondes ouvertes au large des ouadi;][le flot d'eau douce et peut-être les impuretés apportées de l'intérieur par ces torrents éphémères empêchent la croissance des polypiers qui travaillent à la constraction des roches '. Sur la rive africaine, lecheb^ c'està-dire la frange de coraux, est moins continue que sur la côte opposée, mais en certains endroits elle s'avance plus au large ; au travers de Massaouah, les bancs occupent plus de la moitié de la mer; le chemin des navires entre les écueils se réduit à un chenal d'une centaine de kilomètres de largeur. La navigation est fort dangereuse au milieu du cheb, dans ce labyrinthe infini de détroits et de rues marines. Les bateaux à vapeur voguent sur les eaux profondes de la cavité médiane, mais les embarcations arabes, qui suivent le littoral, doivent mouiller pendant la nuit; malgré leur prudence et leur sagacité, les meilleurs pilotes peuvent se perdre dans ce dédale de récifs qui change d'année en année : telle ouverture par laquelle ils se glissaient dans un voyage précédent se trouve obstruée quand ils se présentent de nouveau et les oblige à de longs détours. Peu de mers ofTrent un spectacle comparable à celui que l'on contemple sur les fonds de la mer Rouge, à travers l'eau transparente et cristalline, à 20, 25 et même 28 mètres au-dessous de la surface. Les « prairies » sousmarines des zoophytes apparaissent avec leurs milliards de rameaux, de lanières, de boui^eons et de fleurs, les unes irrégulières, les autres de formes géométriques, et toutes rayonnant du plus merveilleux éclat, comme diamants, rubis et saphirs : c'est un monde infini de formes et de

* Proceedings of ihe Geographical Society, 1883.

« Rttppell, Reiie in Abyuinien; — Cari Ritter, Aiien, vol. XIII.

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