MONTAGNES ET RIVIÈRES DE L'AFGHANISTAN
Aa sud de la plaine de Kandahar, d'autres chaînes, se rattachant à Tarête maîtresse de Soulaïman-dagh occidental, reprennent une hauteur considérable et forment du côté du Baloutchistan un double rempart de frontière que les Anglais ont eu soin de ne pas abandonner : tout en évacuant la cité de Kandahar, ils ont maintenu leur avant-garde dans les positions dominantes. La crête de Khwadja Amran, mur septentrional, dont les parois d*ardoise noire contrastent plus de la moitié de Tannée avec les neiges blanches, est traversée par le col fameux de Khodjak, haut de 2286 mètres : c'est le passage qu'ont suivi d'ordinaire les armées anglaises, mais le tracé du futur chemin de fer, franchissant la chaîne du côté de l'ouest, emprunte le col de Gwadja, beaucoup moins élevé; au delà, les monts vont se perdre dans le pays de Chorawak, à l'ouest des dernières terres explorées par les ofGciers anglais ^ Le mur du midi, quoique plus haut, a des brèches plus faciles; le pic à double cime de Takatou, dominant la route du côté de l'orient, dépasse 5650 mètres en altitude. Entre les deux murailles s'étend le fertile bassin de Pachang, improprement désigné sous le nom de Pichin, territoire d'une extrême importance militaii-e par les approvisionnements qu'il fournit en abondance aux garnisons et aux armées en marche : c'est là, au bord de l'eau saumâtre de la Kakar Lora, qu'est tracée officiellement la limite du Baloutchistan.
A l'exception des rivières qui naissent sur les pentes de l'Hindou-kouch et du Sefid koh oriental, toutes celles qui parcourent le sol de l'Afghanistan vont se perdre en des bassins fermés ou s'évaporent dans les sables avant d'atteindre le fleuve qui pourrait les conduire à la mer. La rivière de Kaboul, on le sait, est celle qui recueille presque toutes les eaux de la région montagneuse du noixi-est; probablement elle roule à elle seule une masse liquide aussi considérable que celle de tous les autres courants réunis du territoire afghan. Le Kophès, Kophen ou Kaboul, dont la vallée a servi de chemin à tous les conquérants de l'Inde, naît à la base des monts Paghman, puis en aval de la cité qui lui a donné son nom moderne, il s'unit à la rivière plus abondante de Logar, alimentée en partie par les torrents que versent les montagnes de Ghazni. Plus bas vient le Pandjhir, formé de tous les cours d'eau que les neiges de l'IIindou-kouch envoient dans la plaine du Daman-i-koh. En aval de la jonction, de moindres torrents
' Biddulph, Proceedinçi ofilte Geographieal Societiji april 1880.
accourent de part et d'autre, du Nangnahar au sud, du Lakhman ou Lamghan au nord, pour rejoindre le fleuve principal, puis, à quelques kilomètres en aval de Djalalabad, le puissant Kounar s'élance d'un étroit défilé à la rencontre de la rivière de Kaboul, dont il double peut-être le volume; ses riverains le considèrent comme la rivière principale : c'est le même cours d'eau qui nait au Baroghil sous le nom de Mastoudj et qui prend ensuite l'appellation de Tchitral et de Kamah. On comprend que cet impétueux torrent change de nom, puisque en divers endroits de son cours les voyageurs sont obligés, pour se rendre d'un point à l'autre de la vallée, de faire un long détour par les montagnes; ainsi de Tchitral au village d'Asmar, au nord duquel gronde une puissante cataracte, il faut gravir les pentes du Lahori, franchir un col de 4260 mètres, redescendre dans la vallée de la Pandjkora, puis gagner un autre passage de plus de 3000 mètres de hauteur. Dans cette région de montagnes, de même que dans le Kachmir et les Himalaya, on traverse les torrents sur des ponts élastiques, tressés de lianes et d'osier; mais pour franchir les grosses rivières telles que le Kounar et le Swat il faut se servir d'outrés gonflées, comme au passage des courants du Pandjab^ Le dernier torrent de quelque importance qui se jette dans la rivière de Kaboul est le Swat, formé par la rivière de même nom et la Pandjkora; on lui donne souvent le nom de Landi Sind ou « Petit Indus », pour le distinguer de l'Abou Sind ou « Grand Indus ». C'est dans la province britannique de Pandjab que s'unissent les eaux du Swat et de l'Indus, dérivées en mille canaux d'irrigation. Quoiqu'il arrosé toute la plaine de Pechaver, le Kaboul ne parait point inférieur au Sind quand il rejoint ce fleuve en amont d'AUok.
Au sud du Sefid koh, le Kouram, alimenté par les neiges fondantes pendant plus d'une moitié de l'année, est ia seule rivière dont les filets d'eau, non encore bus par le sable du lit, finissent par atteindre l'Indus; tous les autres torrents, nés sur les pentes des montagnes de Soulaïman, sont complètement taris ou épuisés par les agriculteurs avant d'arriver jusqu'au fleuve. Ainsi le Gomoul, dont le bassin, d'après Walker, n'a pas moins de 33000 kilomètres carrés, et qui, lors des inondations, étale quelquefois dans la plaine une nappe de 16 kilomètres en largeur, n'a plus une goutte d'eau durant les sécheresses. De l'autre côté du pays afghan, dans le pays des Turkmènes, les rivières de Khoulm, de Balkh,de Siripoul, de Maïmeneh se perdent aussi sur la route de l'Oxus; de même le Mourgh-ab, né sur les pentes septentrionales des Paropamisades, se ramifie, puis s'éteint dans
*• Hasson, Various Journeys in BalochUlanf AfghanUtan^ etc.