‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 172 sur 186 · FAUNE DE L'ARABIE · texte numérisé non relu

FAUNE DE L'ARABIE

Le pays d*Oman est la patrie des dromadaires les plus rapides ; les montagnes d'Hadramaout voient naître les plus intelligents ; chaque province il les siens, dont les habitants vantent les qualités et les vertus. La légende arabe dit que le chameau et le dattier furent créés par Allah do la même terre qu'Adam ; ils étaient dans le paradis terrestre avec le premier homme, ils l'accompagneront aussi dans le monde futur, ainsi que le symbolisait l'ancienne coutume de laisser un chameau périr de faim à côté de la tombe (le son maître, (lette cruelle pratique n'est plus observée depuis Mahomet ; mais si l'Arabe n'associe plus le chameau à sa mort, il lui fait partager son existence, il l'admet à ses fêtes, même à ses rites religieux : c'est monté sur un chameau que Mahomet proclamait ses lois, et quand la foule des pèlerins s'assemble au pied du mont Arafat, c'est encore du haut d'un chameau -que parle le prédicateur. La première mosquée fut bâtie à l'endroit où se coucha la chamelle du Prophète après l'hégire : là où la monture d'Ali déposa le cadavre de son maître a été dressée la coupole de Meched-Ali ou Nedjef ; c'est à dos de chameau que Mahomet monta vers le ciel. A sa naissance, le chamélon est porté dans les bras de l'Arabe : « Un enfant nous est né ! » s'écrient les membres de la famille, comme s'il s'agissait de l'un des leurs. On le soigne, en effet, comme un fils; on lui pend au cou des amulettes pour détourner de lui le mauvais œi|. Jamais l'Arabe ne frappe son chameau ; il ne l'encourage à la marche que par la voix et le chant; il lui parle en camarade et lui fait de longs récits* ; il ne permet point qu'on l'insulte et considère comme ayant été adressée à sa personne toute mauvaise parole dite à sa bête. Comme le frère, dans la famille ou le clan, l'animal fidèle peut devenir une cause de vendette : le sang du chameau demande le sang de l'homme*. Six cents noms et épilhètes, d'après Bochart, mille, d'après Chardin, désignent et glorifient le chameau. L'Arabe du désert paye sa dette de reconnaissance envers l'animal sans lequel il n'eût pu fuir dans les solitudes et maintenir sa fière indépendance. S'il n'avait pas eu le chameau, lui aussi serait tombé sous le joug des conquérants; il eût été ravalé au niveau de ces fellah méprisés qui traînent la charrue sur les bords du Nil ou de l'Oronte !

L'Arabe se contente de peu, dit-on ; mais tout ce qu'il possède est excellent; ses dattes, ses parfums, son café sont les ce meilleurs » qu'il y ait dans le monde; de même ses animaux domestiques sont les plus beaux, et nulle part ils ne sont plus attachés à l'homme. Les chiens, comme les chameaux.

' Tamisier, Voyage en Arabie,

* Burckhardt; ^ WeUsted; ^ Cari Ritter, Aiien, toI. XIII.

appartiennent à la tribu, au clan, à la.famille, et en partagent le sort aycc un dévouement sans bornes. L*âne de TArabie, surtout celui du Ilasa, est aussi un noble animal, et son nom n'est pas une insulte, comme dans les pays deTOccident, où la béte dégénérée, tout en ayant gardé sa sobriété merveilleuse, sa patience, sa ténacité, n'a plus ni la taille, ni la Qerté d'allures qui le distinguent dans la Péninsule. Mais la monture par excellence est le cheval, et pour cet animal la supériorité de l'Arabie sur tout autre pays est reconnue. C'est dans les Mefoud et dans les steppes arabes voisines de la Syrie et de l'Ëuphrate que se voient les coursiers les plus élégants de formes, les plus vifs et les plus ardents à la marche, les plus fiers d'aspect et en même temps les plus doux et les plus souples à la main ou à la voix du cavalier. Mais ces chevaux admirables manquent à la plus grande partie de l'Arabie, car il leur faut les pâturages savoureux et les eaux abondantes. Tout en gardant la pureté de leur race dans le Nedjed et dans l'Arabie méridionale, grâce à l'isolement dans lequel ils se trouvent, ils y dégénèrent peu à peu ; dans le Hasa, ce ne sont plus que de petits animaux, presque des ponics par la taille ; mais pour l'ardeur, ce sont de a petits lions ». Leur vraie patrie est la région des herbes , dans l'Arabie du nord ; dans ces vastes plaines, qui ressemblent aux pampas de l'Argentine, où la race chevaline s'est si admirablement développée depuis les premiers temps de la colonisation, les chevaux ont la nourriture et le climat qui leur conviennent ; ils ont aussi l'espace illimité. Il est vrai que dans cette région, rapprochée des grandes voies historiques , la race est exposée à de nombreux croisements. Les anciens bas-reliefs des monuments de la Chaldce montrent des animaux , peut-être de race c< touranienne » , qui différaient singulièrement des chevaux arabes et qui semblent avoir été surtout des bêtes de trait : ce sont les ancêtres des lourds porteurs qu'on voit dans l'hémicycle de montagnes autour de la Mésopotamie, et qui, aux yeux des Bédouins, ne méritent même pas le nom de chevaux. Dans l'Arabie septentrionale, la plupart des tribus veillent, avec le plus grand soin, à la pureté du sang; seulement les Montefik et d'autres peuplades de la basse Mésopotamie se sont laissé entraîner par l'amour du gain à croiser leur race chevaline avec celles de la Perse et du Turkestan, pour obtenir des animaux de plus grande taille, qu'ils vendent très cher aux marchands hindous. L'arabe pur sang, tel qu'on le voit surtout chez les Anazch, est de taille beaucoup plus petite que le cheval anglais; il a la tête plus grosse, la bouche plus line^ Tœil plus grand et plus doux, le dos plus court, les muscles plus saillants, les jambes plus minces : un des signes caractéristiques de la race est le port de la queue, toujours horizontale pendant la course. Certainement ces che-

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