‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 173 sur 186 · CHEVAUX ARABES · texte numérisé non relu

CHEVAUX ARABES

vaux seraient distancés sur un hippodrome par les chevaux de course européens; mais, à taille égale, ils seraient toujours vainqueurs, et, pour un long voyage, ils reprennent aussitôt l'avantage, grâce à leur endurance et à leur sobriété : ils « vivent de Tair, » dit le poète. Les chevaux arabes, élevés dans la famille, camarades des enfants, qui jouent entre leurs jambes, n'ayant jamais reçu de leurs maîtres que des caresses et de bonnes paroles, sont la douceur même ; on ne les voit jamais ruer ou se cabrer pour jeter à terre leur cavalier ; pleins de confiance dans celui qui les mène, ils ne sont effrayés de rien et se précipitent joyeusement dans le danger*.

Malheureusement, cette admirable race est menacée ; les animaux sans défaut deviennent de plus en plus rares ; dans quelques tribus , on en chercherait vainement un seul. La cause principale en est aux guerres incessantes qui divisent les peuplades et qui se terminent par des razzias et la vente hâtive des bêtes capturées; mais les superstitions relatives à la pureté du sang sont aussi une cause de dégénérescence pour la race. Le blason du cheval a plus de valeur aux yeux de l'Arabe que sa force ou sa beauté. On s'occupe avant tout dans les haras de maintenir une généalogie glorieuse. Le cheval estimé doit appartenir à la khamsa^ c'est-à-dire à l'une des cinq races kehilan^ que la tradition dit être descendues des cinq juments favorites montées par le Prophète ; seize autres races secondaires, classées au-dessous de l'aristocratie chevaline, sont de sang assez noble pour que l'état civil de chaque poulain soit régulièrement attesté devant témoins et que l'animal porte à son cou, dans un sachet, les preuves authentiques de son origine : sur cette question-là, il n'y a point de fraude en Arabie ; la généalogie d'un cheval est une chose sacrée que le plus vil menteur n'oserait falsifier. En dehors des cinq grandes et des seize moindres races, tous les chevaux sont kadich^ des <c inconnus » : si beaux qu'ils soient, ils ne comptent point, et jamais Arabe , fidèle aux traditions , ne consentirait à mésallier des animaux de sang par un croisement avec ces bêtes sans aïeux. II en résulte que la race pure s'épuise peu à peu, et c'est à grand peine maintenant que les cheikh les plus puissants parviennent à posséder de beaux haras. Lors du voyage de Palgravc, en 1862, c'est à Riad, chez les Ibn Saoud, maîtres du Nedjed, que se trouvaient les animaux de choix; en 1878, quand les époux Blunt visitèrent le centre de la Péninsule, les émirs de Haîl, dans le Djebel-Chammer, étaient devenus les plus riches possesseurs de chevaux dans toute l'Arabie.

' Anne Blunt, The Bédouins ofthe EuphraUi; — Voyage en Arabie, trad. par Dcrome.

L'Arabe des steppes, des Nefoud, du Nedjed, lient à la pureté de sa race comme à celle de son cheval. Très simple dans ses mœurs et dans son langage, il n'en est pas moins aristocrate par l'orgueil de l'origine, fier du a sang bleu » qui coule dans ses veines, depuis les temps antérieurs à l'histoire. Jamais il n'a porté de joug comme les autres peuples; pour la jouissance immémoriale de la liberté, il n'a point d'égaux parmi les nations. Depuis des milliers et des milliers d'années, ses ancêtres ont parcouru les solitudes comme il le fait lui-même; ils ont toujours connu l'enivrement de la course dans le libre espace. Comment les hommes de la lente, le « peuple de la toile ou du feutre » , comme ils s'appellent, ne mépriseraient-ils pas les timides habitants des cités, le triste « peuple de l'argile » ? Mais aux Turcs, qui prétendent à la domination et veulent les forcer à payer l'impôt, ils vouent leur haine. L'Ottoman est l'ennemi.

Le nom de Bédouins, que les Européens prennent généralement en mauvaise part, l'appliquant surtout aux métis de races diverses qui errent dans le voisinage des villes du littoral, et vivent de rapine ou de mendicité, appartient à ces nobles races des pasteurs qui se croient les premiers nés des hommes. Les Bédouins sont les Arabes par excellence, les <c Hommes de la Plaine », les « Sarrasins », s'il est vrai que ce nom ait eu primitivement le sens de « Gens du Sahara » ou du désert*. I^es vrais Bédouins sont pour la plupart de taille moyenne et bien prise, d'une singulière maigreur, ainsi que l'explique leur genre de vie , mais très agiles et beaucoup plus forts qu'on ne le croirait en voyant leurs membres grêles. Presque noirs ou d'un gris cendré, ils ont les traits réguliers, la figure d'un bel ovale, le crâne souvent irrégulier et pointu, le front haut, des yeux noirs et perçants ; mais l'habitude de froncer le sourcil et de cligner des yeux, pour s'abriter du soleil en regardant au loin vers l'horizon, donne un éclat inquiétant à leur pupille: comme les Peau-Rouge, ils ont l'œil du loup, dit-on fréquemment, et l'on est tenté de leur attribuer une férocité qui n'est point dans leur caractère. Le mariage entre cousins est la règle chez les Arabes, comme chez les Persans, et dans la conversation polie le nom de « cousine » a le sens d'épouse '.Les Bédouins vieillissent rapidement : leur peau

* Reinaud; — Cari Ritteri Aiien.

' Richard Burton, PHgrimage to Mekka,

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