‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 175 sur 186 · BÉDOUINS' ET ARABES SÉDENTAIRES · texte numérisé non relu

BÉDOUINS' ET ARABES SÉDENTAIRES

fois nobles, riches, soutenus par de puissants alliés, arrivent à exercer une autorité considérable, lorsqu'ils savent identifier leurs intérêts avec ceux de la tribu ; mais celle-ci n'oublie jamais son droit primordial, et souvent Toccasion se présente d'avoir à l'exercer. Il arrive fréquemment que le cheikh ne soit élu que pour le temps de paix : c'est l'homme de la sagesse. Pour la guerre, il faut avoir recours à l'homme de ruse et d'audace; alors la tribu fait choix d'un aghid, — d'où probablement le nom de « guide » dans les langues occidentales, — qui mène ses égaux au combat, préside au pillage ou couvre la retraite. Ses pouvoirs temporaires prennent fin à la conclusion du traité de paix^

Les Arabes sédentaires , occupant l'immense pourtour de la Péninsule et des steppes de la Mésopotamie , sont naturellement très divers par l'origine et par les éléments divers qui s'y trouvent mélangés : l'usage commun de la langue les groupe en un même corps, dans lequel ne se retrouvent plus toutes les différences originelles; mais il est certain qu'à l'est de l'Arabie les Persans et les Hindous, au sud et à l'ouest les Somali, les Abyssins et diverses peuplades nègres ont contribué pour une forte part à modifier les éléments primitifs; même les grands personnages, chérifs et autres, afTectent d'épouser seulement des négresses esclaves, comme pour témoigner ainsi que parmi leurs compatriotes arabes nul n'est digne de leur donner sa fille'. La population la plus pure serait celle du haut Ycmen et de l'Hadramaout : c'est là que vivent les Arab-Ariba, les « Arabes- Arabes », tandis que les autres Péninsulaires, difTérents par le sang, par les alliances, aussi bien que par l'ancienne culture, seraient les Ismaélites, les Arabes Mousta-Ariba ou <( Arabes Arabisés »\ Les traditions locales et l'histoire s'accordent pour reconnaître dans l'Arabie sud-occidentale l'existence d'une souche ethnique différente des nomades de l'intérieur. Désignée sous divers noms par les légendes et les généalogies mythiques, elle a' reçu de nos jours la dénomination générique de race hymiare : c'est la nation des « Rouges », — les Homérites des Grecs, — que l'on croit être identique à celle des Pount ou Pouna, les ancêtres des Phéniciens. Aux origines de l'histoire, les Hymiares ou Sabéens, habitants de l'Arabie Heureuse, étaient au nombre des nations civilisées , et c'est peut-être à la renommée de leur culture , aussi bien qu'à la beauté de leur pays et à la valeur de leurs précieuses denrées, que la contrée doit le surnom de Félix qui lui est resté dans la nomenclature géographique. Depuis un temps immémorial,

* Burckhardt; — Anne Blunt; — Sachau.

* Richard Burton, ouYrage cité.

' Huber*; — Henri Duveyrier, Bulletin de la Société de Géographie de ParÎÈ, 2* semestre 1883.

les Rouges, peuple civilisé en relations avec les Abyssins et les Hindous*, connaissaient Tart de Tccriture ; les roches du Yemen et de l'Hadramaout portent des inscriptions qui datent des siècles antérieurs à la période chrétienne, et c'est pour recueillir ces fragments épars des annales hymiares que des savants, Arnaud, Maltzan, Halévy, ont entrepris des voyages pénibles et périlleux dans le Yemen, jusque sur le versant oriental des monts, dans le voisinage du désert. Grâce à ces hardis explorateurs, une nouvelle science est fondée, et la perspective de l'histoire se prolonge à quelques siècles plus avant dans le passé. Il n'existe plus de nation hymiare ; sa civilisation s'est confondue avec celle des musulmans arabes, mais il est encore des tribus de l'Hadramaout — tels les Deaïbir ou les « Ix)ups » — qui disent appartenir à cette race antique et dont la descendance est attestée par tous leurs voisins'. Dans le Yemen méridional, non loin de Sana, une longue vallée porte le nom de Ouadi-Hymiar*. L'idiome sabéen n'a pas non plus complètement disparu ;. il se continue dans un dialecte du pays de Mahra, médiaire entre l'arabe et l'éthiopien ^ : tandis que les Hymiares seraient, d'après Maltzan, d'un brun tirant sur le noir, Langer dit que les habitants du ouadi qui porte leur nom sont presque blancs.

Le type physique des Arabes du sud-ouest, que l'on croit être les descendants des Hymiares, et celui des nomades de l'intérieur ne diffèrent pas assez pour qu'on puisse en indiquer les caractères avec précision, ou plutôt les différences de mœurs, d'habitation, de climat, de genre de vie sufGsent pour expliquer les contrastes que l'on remarque entre les tribus sédentaires et les tribus errantes. Les Bédouins de l'Arabie centrale offrent une plus grande unité de type, car ce sont les moins mélangés et ceux qui, dans leurs perpétuels déplacements, mènent cependant l'existence la plus uniforme. Les Arabes du littoral, plus divers les uns des autres par les professions et les industries, diffèrent aussi davantage par l'aspect physique. En moyenne, la blancheur du teint correspond à l'altitude : sur les montagnes du Yemen , la nuance de la peau est généralement assez claire, et les femmes, enfermées dans l'ombre du harem, n'ont pas un teint plus foncé que les Italiennes, tandis que, dans les villes du Tehama, les visages sont presque noirs. D'ailleurs, un très grand nombre de nègres et d'autres Africains à peau noire ont été importés dans le pays comme esclaves ou comme soldats et se sont acclimatés dans le pays en

* Lassen; — Renan, Huloire des Langues sémitiques.

* Fulgence Fi*esnel ; — Ton Maltzan.

^ Siegfried Langer, Reise nach Sanaa,

^ Von Maltzan, PetermantCs Mitiheilungen, 187*2.

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