ARABES ET ISLAM
se croisant avec la population originaire; mémo sur le plateau de rArabie centrale, à Kheïbar, M. Huber a rencontré des populations nègres. Il en est de même sur la côte orientale de TÂrabie : dans certains districts du Hasa, on se croirait sur les coles du Mozambique. L'importation des esclaves noirs continue; d'après Malcolm, elle a été d'au moins 2000 dans le Yemen en 1878.
Tous les Arabes se disent mahométans et tous bâtissent leurs maisons en l'orientant vers la kiblah. Les dernières tribusqui avaient maintenu les cultes antérieurs à l'Islam ont été réduites au commencement du siècle par les armes des Wahabites : c'étaient des peuplades de l'Assir, que leurs citadelles de montagnes avaient protégées contre les convertisseurs. L'ancienne religion polythéiste consistait principalement dans le culte des astres, représentés ici-bas par des idoles ; mais les Sabéens d'Arabie n'avaient point la théologie savante que les prêtres babyloniens imaginèrent pour expliquer tous les arcanes de la terre et des cieux. Leur pratique était fort simple : l'adoration de la pierre noire de la Mecque et des trois cent soixante idoles qui l'entouraient, des prières, des génuflexions devant les objets saints, à cela se réduisait la religion des Arabes avant Mahomet. Le livre des musulmans se distingue aussi par la simplicité de sa doctrine. Les récits, les miracles et les saints du judaïsme et du christianisme sont admis dans le Coran, tels que les avait reproduits ou figurés la tradition locale; le reste se compose de préceptes, souvent contradictoires. Le fond de la doctrine est l'unité de Dieu , le plus strict monothéisme, représenté par l'ancien dieu topique, Allât ou Allah, victorieux de tous les dieux voisins, comme Jahveh l'avait été dans la Palestine, de Baal, de Kamoch et autres protecteurs des tribus en lutte avec les Juifs. L'adoration du Dieu unique, et, pour le fidèle, le droit de « marcher sur la tête de ses ennemis » , de les asservir , de les exterminer même, la mainmise sur les richesses de la terre, l'assurance d'avoir un jour celles du paradis, là est toute la foi du musulman. Les soudains triomphes des disciples de Mahomet, l'immense butin qu'ils conquirent dans les premières années, et qui valait à chaque enfant des vainqueurs une rente annuelle de deux cents dirhem d'argent*, semblèrent leur donner raison contre le monde et leur valurent un singulier prestige auprès des populations environnantes. De toutes parts accoururent les convertis ; les Syriens, les Égyptiens, qui n'appartenaient que pour la forme au christianisme et qui gardaient toujours , sous des apparences orthodoxes, leur ancien culte poly-
* Sprengcr, Mohammed; — Alfred tod Kremer, CuUurgeschichtUche SlreifzOge.
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théiste, changèrent sans peine leur foi. Grâce à la simplicité de sa doctrine, comprise de tous, le mahométisme maintient chez ses adhéi^nts une grande force de cohésion , et sa propagande se continue en Afrique , dans les Indes , jusqu'en Chine. Tandis que la conversion d*un mahométan au christianisme est un fait presque inouï, malgré les centaines de missionnaires qui prêchent en Orient , il arrive assez fréquemment que des chrétiens , par conviction ou par intérêt , entrent dans le sein de rislam.
Pourtant , la ferveur des premiers siècles n'existe plus que chez un petit nombre de fidèles , et la plupart des musulmans ne le sont que par la pratique routinière des cérémonies usuelles et la répétition de formules consacrées. Aussi de temps en temps le mahométisme eut ses réformateurs qui le rappelèrent au zèle de l'ancienne foi et à la rigueur des observances. Le dernier et peut-être le plus important de ces réveils est celui que provoqua un Arabe du Nedjed, Mohammed Ibn Abd-el-Wahab, d'après lequel ses sectateurs ont été désignés sous le nom de Wahabites. Il naquit probablement dans les dernières années du dix-septième siècle et parait avoir commencé sa prédication entre les années 1740 et 1750, après avoir étudié la théologie à Damas, à Bassora et à Bagdad. Persécuté par ses compatriotes du Nedjed à cause des controverses et des dissensions religieuses qu'il suscita, il se réfugia chez le cheikh Saoud, chef d'une tribu des Anazeh, et s'unit à lui comme frère : l'un fut la parole, l'autre le glaive du ce nouvel Islam ». Cependant il ne s'agissait point, à leurs yeux, de fonder une secte nouvelle ; ils ne voulaient autre chose que de ramener les musulmans à la simplicité de la foi et à la pureté de la vie. « Jansénistes » de l'islamisme, ils blâmaient la pompe des cérémonies , le luxe des mosquées , l'usage des étoffes somptueuses, l'habitude « vaine et malpropre » de fumer le tabac; ils ne reconnaissaient aucun privilège à la prêtrise, repoussaient comme abominable toute prière faite à Dieu par des intermédiaires, tels que le Prophète, et s'engageaient à reprendre la guerre contre tous les infidèles; eux seuls, fidèles observateurs de la loi, avaient droit au titre de musulmans : tous les autres n'étaient que d'impurs kafir, des mauchrikin ou polythéistes. La réforme religieuse se compliquait d'une révolution sociale. Des multitudes d'Arabes misérables, fugitifs ou repoussés par de puissantes tribus dans les solitudes infertiles, se rattachèrent à la nouvelle secte pour reconquérir leur place au soleil, retrouver à la fois des terres, des troupeaux et l'orgueil de la race. Dès le milieu du dix-huitième siècle , presque tout le Nedjed, autour de la capitale, Derreyeh, était converti par l'épée aux doctrines des Wahabites ; puis le cercle de conquêtes s'étendit graduel-
WÀHA6ITES.
lement en dehors du plateau central. En 1785, dans les dernières années de la vie de Wahab , les sectaires osèrent , à TeiTroi de tout le monde musulman, attaquer les caravanes dehadji se dirigeant vers la Mecque; en 1799, ils étaient assez puissants pour faire eux-mêmes le pèlerinage de la Kaaba, sous la conduite de Saoud, petit-fils du compagnon de Wahab, et bientôt après, en 1801, vingt mille d'entre eux pillaient la mosquée chiite deKerbela, où, depuis Nadir-chah, s'étaient accumulés d'immenses trésors apportés par les Persans. Enûn, en 1805, ils s'emparèrent de laKaaba, et, l'année
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l'erron.
4kil.
suivante, ils entraient à Médine ; les quatre routes des pèlerins, celles de l'Egypte, de Damas, de la Perse et du Yemen, étaient coupées par eux, et, pendant quelques années, les hadji ne purent visiter la sainte pierre qu'en débarquant à Djeddah, dont les Wahabi tes n'avaient pas réussi à s'emparer. A celte époque , le nouvel État représentait les peuples de l'Arabie en face des Turcs et des Persans : le pouvoir de Saoud s'étendait sur la plus grande partie de la Péninsule, et ses bandes s'avançaient dans le désert syrien jusque sur l'Euphrate et dans le voisinage d'Alep et de Damas. Toutefois, l'Oman, l'Hadramaout, restaient en dehors des limites du « nouvel Islam », et le Yemen n'eut à subir que de rapides incursions. D'ailleurs la préé-
minence des Wahabitcs ne dura qu'une dizaine d'années ; les autres musulmans ne pouvaient tolérer leur exclusion des \illes saintes, et, de son côté, le sultan, héritier des califes, avait à craindre de perdre le prestige de son titre s'il ne parvenait à rétablir son autorité à la Mecque et à Médine. En 1812 et en 1813, une armée égyptienne reconquit le littoral du Hedjaz, puis elle pénétra dans l'intérieur avec des fortunes diverses, et enfin, en 1817, El-Derreyeh, la capitale du nouvel empire, était forcée par Ibrahim-Pacha. liC vaillant Saoud, le c Père des Moustaches », était mort trois années avant le désastre.
Depuis la défaite des Wahabites, leur royaume s'est reconstitué, mais il n'est pas le plus puissant de l'Arabie centrale; l'État de Djebel- Chammar, dont Haîl est la capitale, a pris la prééminence, et les mœurs n'y ont rien du fanatisme des voisins; les chiites de la Perse y jouissent d'une tolérance parfaite, et l'on y appelle même des Juifs du Yemen, ces descendants méprisés des colonies jadis puissantes qui s'étaient établies dans l'Arabie occidentale et dont l'influence se retrouve d'une manière si évidente dans les récits et les préce]ites du Coran. La propagande du v\rahabisme se continue par-delà les limites de l'Arabie , surtout dans l'Inde , et peut-être même le nombre des « réformés » musulmans est-il plus considérable actuellement qu'à l'époque des victoires de Saoud ; mais le mouvement est surtout religieux, et, jusqu'à maintenant, les précautions prises par les Anglais pour éviter les soulèvements ont réussi : ce n'est pas de leurs sujets mahométans qu'est venu le danger.
Dans l'Arabie même, une grande partie de la population dite musulmane est restée complètement en dehors des guerres religieuses suscitées par le nouvel Islam. Les Bédouins nomades ne se laissèrent point entraîner * dans le mouvement v^ahabite, si ce n'est, plus d'une fois , pour les accompagner à des expéditions de pillage. Leur mahométisme consiste simplement à dire que « Dieu est Dieu » et à le prendre à témoin dans leurs affirmations ; r^ais ils ne le prient ni ne lui rendent d'actions de grâces. De toutes les <c nobles » tribus des steppes , une seule , les Ghammar , a son mollah , aux gages d'un cheikh qui a pris les habitudes des citadins. Les demi-castes des fellah, qui cultivent les campagnes au bord des fleuves, sont méprisées par les Bédouins , non seulement à cause de leurs mœurs sédentaires et de l'oppression qu'elles endurent, mais aussi à cause de leurs pratiques religieuses , considérées par eux comme un signe d'abaissement. Il est probable que les vestiges de l'ancien sabéisme l'emportent encoi^ dhez les Bédouins sur l'influence mahométane, car, d'après plusieurs voyageurs, diverses tribus auraient l'habitude de s'incliner devant le soleil à