‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 177 sur 186 · WAHABITES, RELIGION DES BÉDOUINS · texte numérisé non relu

WAHABITES, RELIGION DES BÉDOUINS

son lever ; une peuplade , celle des Zediyeh , dans les plaines septentrionales, invoquerait aussi Fange déchu, comme les Yézides ; mais leurs voisins ne sont nullement scandalisés de cette « adoration du diable » ; on s'étonne davantage de ce que les Zediyeh portent leurs chemises échancrées en carré autour du cou^ Si les Bédouins sont parmi les peuples de la Terre qui se préoccupent le moins de dogmes religieux , ils sont aussi au nombre de ceux dont la vie est le moins gouvernée par des pratiques superstitieuses ; quelques-uns portent des amulettes, mais ils ne l'avouent pas volontiers ; ils ne s'occupent point de la valeur mystique des nombres et des couleurs, ne consultent point le vol des oiseaux ni la course des fauves, ne perdent pas leur temps à interpréter les songes. L'idée de l'immortalité de l'âme est étrangère à l'habitant des steppes arabes ; pourtant il a une vague idée de la métempsycose, et c'est pour cette raison qu'il recueillerait les chiens errants*. Sa vie de courses, d'incessante activité, ne lui laisse pas le loisir nécessaire pour les s{)éculations métaphysiques, et d'ailleurs peu de Bédouins ont eu l'occasion de se trouver une ou plusieurs fois dans leur vie, comme la plupart des Européens, aux « portes de la mort ». Leur première maladie est celle qui tue; leur jeunesse, leur âge mûr sont des périodes de santé constante, pendant lesquelles leur imagination n'a point à redouter le « roi de l'épouvante' ». Le Bédouin ne cherche pas la sanction de la morale dans l'idée de récompenses ou de punitions à venir : il lui sufGt de se conformer à l'opinion générale de la tribu sur le bien et le mal. Mais cette opinion est beaucoup plus sévère que celle des sociétés européennes : les abus de confiance, les petites tromperies, les larcins honteux, si communs en Occident, ne se commettent pas chez les nomades si injustement méprisés : on chercherait vainement parmi les Bédouins l'infâme capable de nier le dépôt fait par un ami : la stricte probité en afl'aires est la règle chez les peuples du désert, même chez ceux qui, à l'occasion, pratiquent le brigandage à main armée.

On répète souvent que, depuis trois mille années, les Arabes n'ont pas changé. Sans doute, pour les tribus du désert, les transformations sont minimes : les conditions du milieu sont telles, que le genre de vie ne peut guère se modifier. Mais dans les villes et les campagnes cultivées il n'en est pas ainsi, et pour les Bédouins mêmes les mouvements de l'histoire ne se sont point accomplis sans modifier le cours des idées. La forme du gouvernement varie beaucoup chez les Arabes sédentaires, suivant les mille con-

* Anne Blunt, Among the Bédouins of the Euphrales.

* Rampendahl, DeuUche Rundschau fttr Géographie und Slalistik, 5*" Jahrgang, 10. ^ Anne Blunt, ouvrage cité.

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