RIVIERES DE L'AFGHANISTAN
Toasis de Merv, qu'entourent de ti*ois côtés les solitudes immenses. Lé Hcri-roud ou « rivière de Herat » fournit une plus longue carrière; prenant sa source entre la montagne Blanche et la montagne Noire, il coule d'abord au sud-ouest et à l'ouest, puis, se heurtant contre les montagnes de la Perse, il se rejette vers le nord pour entrer aussi dans les plaines du Turkestan et disparaître dans les sables sous le nom de Tedjen : il n'atteint plus ces plaines où s'étendait un vaste lac, maintenant desséché \ dont le sol est au-dessous du niveau de la Caspienne. Les indigènes racontèrent à Ferrier qu'avant la fin du dix-huitième siècle le cours du bas Heri-roud se portait beaucoup plus à droite dans la direction du Mourgh-ab.
Le seul bassin fermé compris en entier dans le territoire de l'Afghanistan est celui de Ghazni : il s'étend sur un espace d'environ 17 000 kilomètres carrés, d'après les cartes tracées sommairement suivant les données des voyageurs anglais. La rivière principale de ce bassin, le Ghazni, naît sur le revers méridional des monts qui versent leurs eaux à l'Indus, par le Chintz, le Logar et le Kaboul ; grossie de nombi*eux afOuents et réglée par un barrage, — Band-i-Soultan ou « Digue du Sultan », que fit élever Mahmoud le Ghaznévide, — elle se dirige au sud et au sud-ouest, comme pour aller rejoindre les tributaires du Hilmend ; mais, traversant des plaines où ne tombent que rarement les pluies, elle s'affaiblit peu à peu et se perd, à 2150 mètres d'altitude, dans un lac au niveau changeant qui, suivant les saisons, gagne sur les marais environnants ou se retire en entier dans la cavité centrale de la dépression. Ce lac est l'Âb Istada ou « Eau Dormante » des Ghilza! nomades : sa profondeur au centre est de 4 mèti^es à peine. La concentration des particules salines dans le bassin a donné à la masse liquide une extrême amertume, telle que les jpoissons apportés par les eaux douces du Ghazni meuix^nt à l'embouchure ; les plages sont couvertes de leurs débris. D'après des récits faits par les indigènes aux explorateurs anglais du Soulaïman, le lac se serait épanché en 1878 par-dessus le barrage des collines sur le versant du Hilmend. Comme dans tous les autres bassins, c'est au manque de courant vif que doit être attribuée la salinité du lac.
Ije bassin du Hamoun, qui comprend avec une moitié de l'Afghanistan une étendue considérable de la Perse et du Baloutchistan, reproduit en grand les phénomènes de l'Ab Istada. Il occupe une superficie d'environ 500 000 kilomètres carrés, soit approximativement la surface de la France, et le fleuve principal du système hydrographique, le Hilmend, a plus de
* Lesaar ; — H. Rawlinson, Froceedingê ofthe Geographical Society, jun. 1883.
4100 kilomètres : c'est le cours d'eau le plus abondant de l'Asio entre rindus et le Tigre; les Grands-Mogols disaient de lui qu'il « était le fossé et que Kandahar était le fort défendant leur empire du côté de l'ouest* ». D'autres rivières de plusieurs centaines de kilomètres de long se déversent également dans le bassin du Hamoun; telles le Roud-i-Sabzawar ou Harout-roud, le Farah-roud, le Kach-roud : il est vrai que, pendant la saison des sécheresses, ces courants, presque taris dans la région des plaines, ne sont reconnaissables qu'à leurs berges bordées de tamaris, de mimosas, de palmiers nains. Durant les pluies, ce sont des fleuves larges et impétueux : parfois des caravanes, campées sur les rives du Farah-roud ou du Harout-roud, ont dû attendre des semaines entières avant de pouvoir tenter le passage. Des voyageurs, arrivés le soir dans un village qu'ils croyaient êtixi toujours entouré d'étendues argileuses, se sont réveillés dans une île; les pluies de la nuit, séjournant sur ce sol sans pente, avaient changé la plaine en un lac sans bornes visibles, et pour quitter le campement il fallait attendre que l'évaporation eût fait disparaître la nappe d'eau, le sol étanche du désert n'absorbant qu'une faible part d'hunaidité ".
Le Hilmend (Helmand), qui nait à moins de 60 kilomètres à l'ouest de Kaboul, entre le Paghman et le Koh-i-Baba, coule d'abord à l'altitude de 3500 mètres ; la voie historique de Bamian à Pechaver le traverse à une vingtaine de kilomètres de ses sources. Peu connu dans la plus grande partie de son coui's supérieur, le Hilmend est déjà un fleuve puissant là où, près d'entrer dans la plaine, il contourne les collines herbeuses du Zamindawar : ses rives sont à 900 mètres l'une de l'autre. Même à l'époque des eaux moyennes, la largeur du courant dépasse 500 mètres; les cavaliers qui le traversent ont de l'eau jusqu'à l'étrier; des bateaux à vapeur pourraient naviguer sur le Hilmend pendant plusieurs mois *. A peine entré dans la plaine, il reçoit de l'ouest, en temps de crue, son principal affluent, l'Argand-ab, foi'mé lui-même des quatre rivières, l'Argand-ab supérieur, le Tarnak, l'Arghesan et le Dori, qui se réunissent près de Kandahar et, par la convergence de leurs vallées, donnent à cette ville une si grande importance comme entrepôt de commerce. Mais, saignées sur tout leur parcours par des canaux d'irrigation, ces rivières n'apportent d'ordinaire qu'un faible tribut à l'Argand-ab, et celui-ci est arrêté à 25 kilomètres de son confluent par la « digue de Timour », qui en distribue toute l'eau
* 11. Rawlinson, Proceedings of the Geographical Society, april 1879.
' Nicolas de Khanikov, Mémoire sur la partie méridionale de FAsie Centrale.
' Ferrier, Voyages en Perse, dans V Afghanistan, le Béloutchistan et le Turkeitan,
BASSIN DU IIILNEND. 40
dans la plaine'; le Hilmend lui-même déverse toutes ses eaux surabondantes dans les rigoles riveraines. Des deux côtés, il est bordé, à 1 ou 2 kilomètres de distance, par une zone de campagnes, le Geimsil ou <c pays Chaud », traversé dans tous les sens par des fossés qui portent Teau fertilisante : des listes de levées témoignent du soin avec lequel les habitants du pays, jadis beaucoup plus nombreux, réglaient le cours du fleuve ; son nom même, i^produit en grec sous la forme d'Arymanthos, aurait le sens de « rivière Endiguée' )> . Autrefois des ponts de bateaux unissaient les deux bords : la citadelle de-Bost, détruite par Nadir chah, commandait un de ces passages'. Maintenant le Hilmend développe au sud, puis à Touestetau nord, sa grande courbe finale de 450 kilomètres, en déplaçant ses méandres et en rongeant ses rives. Il parait que les érosions se font principalement sur la bei^e droite, sous l'impulsion des sables qu'apportent les vents du sud et qui se déposent sur la rive gauche, en agrandissant le désert^. D'après la tradition, le Hilmend se serait autrefois dirigé au sud-ouest vers la dépression du Zirreh *.
La partie basse du Seîstan ou Sistan, figurée sur la plupart des cartes comme un lac ou du moins comme un marécage, est dans prasque toute son étendue une plaine sans eau. Loin de présenter un obstacle aux communications, elle est au contraire plus facile à traverser que les terres environnantes, coupées de canaux d'irrigation, semées de rochers ou couvertes de dunes; en outre, elle ofTre aux montures un excellent fourrage. Un pays aussi facile d'accès ne saurait constituer qu'une frontière purement conventionnelle. La Perse s'est emparée de la région la plus fertile du Seîstan, à Test du prétendu lac; les routes les plus fréquentées passent à travers la dépression et les voyageurs ne la reconnaissent qu'à la veitlure du sol, interrompue pourtant en maints endroits par les plaques blanches des efflorescences salines et par des sables mouvants. Seulement au nord s'étend le Naïzar, mer de roseaux rabougris, tout jaunes pendant la saison des sécheresses; quand les pâtres y mettent le feu, les nuages grisâtres de la fumée contrastent à peine avec la couleur terne de la végétation. Ces joncs servent de pâture aux bestiaux tant qu'ils sont encore tendres; plus tard, ils sont employés à faire des nattes, des parois de cabanes, des instruments de diverses espèces et des radeaux, qui suffisent au passage
* il. Rawlînson, Proeeedingê ofthe Geographical Society ^ april 1879.
s Burnoof, Commentaire sur le Yaçna; — H. Rawlinson, Journal ofthe Geogr, Society 1875. > Yacout ; Barbier de Meynard, Dictionnaire de la Perte.
* Griesbach, Memoirt of the Geological Survey of India, ■ Goldimid, Eaetem Persia,
des marais. Au sud du Naïzar les limites d*un ancien bassin lacustre sont indiquées çà et là par des berges argileuses à la base desquelles venaient frapper les eaux; quelques terrasses coupées brusquement sur tout leur pourtour, comme des fonds de terre alluviale éix)dés soudain par l'abaissement des eaux, sont couvertes de plantes salines, excellent pâturage pour les chameaux et les moutons \ Une butte, le Koh-i-Kwadja, ou château de Roustem, qu'assiégea vainement l'armée de Nadir chah*, s'élève isolément au milieu de la plaine ; mais au noixl de la région des marais, près des coteaux, se dressent plusieurs autres cônes rocheux, de formation basaltique, comme le « château » de Roustem^. Au sud-est de la grande dépi*ession du Seïstan, maintenant à sec, s'étend un autre bassin desséché, le Zirrch (God-i-Zirreh), couvert de poussière saline; tous les ruisseaux du Baloutchistan qui se dirigent vers cette dépression s'évaporent complètement à la sortie des montagnes : on peut juger de ce qu'est devenu l'ancien lac par l'aventure de Mac Gregor marchant pendant deux jours et demi sur ses bords avant de trouver un trou d'où suintât un peu d'eau saumâtre*. Dans l'ensemble, la plaine du lac desséché de Seïstan ou de Roustem se développe en un croissant de 400 kilomèti'es de longueur, parallèle au cours inférieur du Ililmcnd. Son altitude, évaluée diversement de 370 à 470 mètres, est la cote la moins élevée de tout l'Afghanistan.
Les lacs actuels, connus par les Persans sous le nom de Hamoun, — c'est-à-dire « Étendues », — ne sont que les expansions latérales des fleuves arrivés dans la région sans déclivité du Seïstan. Les derniers voyageui*s nous montrent sur leurs cartes deux de ces lacs, celui de l'ouest, que forment le Harout-roud et le Farah-roud, et le Hamoun de l'est, dans lequel s'épanchent le Kach-roud et le Hilmend. Du reste, ces nappes d'eau ne cessent de changer de place, comme les cours inférieurs des rivières qui s'y déversent. Pendant la saison des crues, le Hilmend et les autres cours d'eau apportent des boucs en abondance, et les déposant dans les parties les plus basses de la cavité qui les reçoit, vont étaler plus avant leure nappes d'inondation; pendant la période des sécheresses, au contraire, le fleuve, devenu trop faible pour atteindre le lac de crue, ne peut plus recreuser en arrière le bassin déjà comblé, et son courant profite de la moindre brèche des rives pour se rejeter latéralement dans la plaine. Les canaux d'irrigation creusés à droite et à gauche du lit majeur facilitent les chan-
* Nicolas de Khanikov, mémoire cite
'* Bci^csford Lovett, Easlern Persia; — Journal ofthe Geographical Society y 1874.
s Lcech, Jowmal ofthe Asialic Society of Bengale fcbruary 1844.
^ Wanderingi in Balochistan,
UILHËND £T UAMOUN.
gements de cours : telle fosse d'arrosement, devenue le bras principal du Hilmend, est abandonnée à son tour par les eaux et disparait sous des rangées de dunes, tandis qu'une autre rigole reçoit toute la masse du
s* 11. — DASSIN I»U HANOITIV.
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