I : SOAOOM
50 kil.
Djeddah est insalubre ; même la brise marine lui apporte les émanations impures de mares laissées par le reflux au milieu des coraux. Foyer d'infection d'où les pèlerins ont fréquemment porté le choléra sur les bords de la Méditerranée, Djeddah est la station principale de la commission sanitaire internationale, et tous les pèlerins qui débarquent ont à contribuer, par l'acquittement d'une petite taxe, environ 2 francs, à l'application des mesures de salubrité. Djeddah est la cité la plus riche des bords de la mer Rouge^ Le commerce, très considérable, s'accroît ou diminue suivant
* Nombre des pèlerins débarqués k Djeddah dans l'année fiscale i880 à i 881 : 59659. » » » » 1881 à 4882: 37785.
(Mahé, iYo(ef vMamMcriUM^ MouTement des échanges, en moyenne, ISO 000000 francs.
ei« NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
Tafiluence des hadji. La population urbaine, composée en grande partie de pèlerins restés dans le pays, est essentiellement cosmopolite ; les Takrouri, — nom sous lequel on désigne la plupart des Africains de Nubie, — • occupent, plusieurs quartiers; on voit à Djeddah environ 2000 Hindous, jusqu'à des Chinois, des Malais et des Dayak de Bornéo, attirés par la foi aussi bien que par Tamour du lucre ; plus d'un quart des habitants sont des esclaves*. Vivant de la piété des hadji, les habitants du port de la Mecque sont en majorité très fanatiques; en 1858, les puissances européennes eurent à venger la mort des consuls de France et d'Angleterre, massacrés par la foule. De même que la Mecque, Djeddah a dans le voisinage quelques lieux sacrés par la tradition : tel est, à l'est, sur la route de Hadda, une butte longue d'environ 60 mètres, que l'on dit éti*e le tombeau d'Eve, la « mère de tous les vivants ». D'après les pèlerins, le corps dépassait de beaucoup l'espace indiqué par la saillie du sol : la tête d'Eve reposait à Médine, tandis que les pieds atteignaient l'Afrique. C'est en l'honneur d'Eve que le port de la Mecque a i^eçu son nom de Medinet-el- Djeddah ou « Ville de la Grand'Mère » *•
Medinet-en-Nebi, c'est-à-dire la c< Ville du Prophète », ou simplement Médine, la ce Ville » par excellence, ne le cède en sainteté dans le monde musulman qu'à la seule Mekka. Elle ne confère pas le titre de hadji à ceux qui la visitent, et les musulmans stricts ne sont pas tenus d'y aller au moins une fois dans leur vie comme à la Mecque; mais « une prière faite dans sa mosquée en vaut mille prononcées ailleurs » ; cent noms, qui ont remplacé l'ancienne appellation de Yatrcb, considéréeT comme de mauvais augure, témoignent de la haute dignité de Médine parmi les auti^s cités. De même que la Mecque, la « Ville du Prophète » occupe le centre d'un territoire sacré, le Houdoud-el-Haram, espace d'environ 500 kilomètres carrés, où les c< péchés sont interdits, « où l'on ne peut chasser ni tuer d'autres animaux que les infidèles ». La plupart des pèlerins de Médine sont des Maugrabins, c'est-à-dire des « Occidentaux » d'Afrique, car, outre la tombe du Prophète, ils viennent aussi vénérer celle de l'imam Malek ibn Anes, le fondateur de la secte des Malekites, à laquelle ils appartiennent presque tous. A Médine, on est plus intolérant envers les femmes qu'à la Mecque : l'accès de la grande mosquée ne leur est pas interdit, mais naguère elles ne pouvaient s'y présenter que de nuit.
La ville est située sur le revers oriental des montagnes bordièrcs qui sé-
' G. Rohlfs, Voyage en Ahyssinie.
* Ramidien; — Burton; — Gobineau, etc.
DIEDDAH, MSDINE. m
parent le Tehama du plateau central ; à peu de distance au nord s'arrêtât les coulées de lave poreuse sorties du cratère de l'Ohod, la montagne fameuse qui doit être un jour transportée au Paradis, comme théâtre de la victoire remportée par Mahomet sur ses ennemis; à l'est, à l'ouest s'élèvent aussi quelques cimes, dont l'une est celle d'Àïra, où le Prophète manqua
périr de soif, et qui sera précipitée dans l'enfer. Vers le sud, la plaine prolonge à perte de vue ses étendues grisâtres, où les argiles alternent avec tes sables et la craie. Des bouquets de palmiers égayenl la campagne partout où l'eau des puits sufGt à l'irrigation; cependant les froidures sont très sensibles à celte altitude, qui approche probablement de 1000 mètres ; ainsi que le répète un dicton attribué à Mahomet, « l'homme qui supporte patiemment le froid de Médine et la chaleur de la Mecque mérite une récompense dans le Paradis. » La ville proprement dite, beaucoup moins
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grande que la Mecque, est un ovale entouré de murs se terminant au nordouest par un château fort; à Touest et au sud, un large boulevard sépare la ville de faubourgs plus étendus, entremêlés de jardins, qu'un misérable rempart en pisé limite du côté des campagnes. Un ouadi, dont les inonda-* tiens soudaines ont souvent ravagé Médine, traverse les faubourgs et va se perdre au loin dans la plaine; en outre, un canal souterrain, semblable aux karez de l'Afghanistan, apporte à la ville une eau un peu dure, qui sert pourtant à l'alimentation des Madani et à l'arrosement de leurs jardins : c'est à l'eau de Médine qu'on attribue souvent l'origine de ce ver parasite de l'homme, la « Claire » medinensis^ si commun en certaines régions de l'Arabie; mais, d'après Burton, il atteint assez rarement les habitants de la ville du Prophète'. La cité, qui ressemble à celles de la Syrie par l'aspect de ses maisons à moucharabié, n'a point, d'édifices remarquables, et même la fameuse mosquée £1-Haram est une construction des plus simples : c'est là que se trouve le tombeau du Prophète, entouré d'un grillage que les plus grands dignitaires peuvent rarement franchir. Mais tous les pèlerins constatent que la légende si répandue, d'après laquelle le tombeau sacré flotterait dans l'air, dépourvu de support, n'est pas justifiée. La grande mosquée de Médine possède aussi les dépouilles d'Abou-Bekr, (l'Omar et de quelques autres des saints les plus illustres de l'Islam ; parfois des pèlerins chiites ont souillé ces tombeaux en y lançant des ordures enveloppées d'étoffes de prix : ces actes de fanatisme ont été généralement suivis du massacre de tous les Persans de Médine.
La (c. porte » de Médine sur la mer Rouge est Yambo, située à plus de 200 kilomètres en ligne droite au sud-ouest : on lui donne ordinairement le nom de Yanboua-el-Bahr ou « Yambo de la Mer »,pour la distinguer de Yanboua-el-Nakhl, la « Yambo des Palmeraies » qui se trouve dans une oasis à plus de 30 kilomètres dans l'intérieur. Vue de la mer, Yambo apparaît, sur le fond gris du désert, comme une ligne blanche entre l'azur des flots et celui du ciel. D'ailleurs elle n'a point de monuments remarquables ; ce qui la rappelle le mieux au souvenir des voyageurs est l'eau pure et fraîche de ses sources, trésor inconnu à presque toutes les autres villes du littoral.
Yambo est la dernière agglomération urbaine des bords de la mer Rouge. Au nord, le seul port de la côte fréquenté par les navires est celui d'Ël-Wedj, déjà situé sur territoire égyptien. La commission sanitaire internationale avait fait choix de cette baie profonde et bien abritée pour
' Pilçiimage to El-Medinah and Meccah,
EL-WEDJ, DJOF, NESKAKEH. 910
station de quarantaine, sur la route de Suez à Djeddah; mais c'est à Tor que s'arrêtent les pèlerins maugrabins pour subir la yisitc des médecins, comme les hadji du sud dans l'ile de Gamaran. Le bourg d'El-Wedj est en terre ferme, mais il n'est pas moins isolé que s'il se trouvait en pleine mer; autour de la crique ne se voient que sables et rochers; çà et la, quelques ruines de cités bâties au temps des Pharaons ou des Romains rompent l'uniformité des solitudes. Les villes des anciens Nabatéens, que Burton songe à relever dans le pays de Madian pour l'exploitation des mines d'or, ne sont toujours que d'informes ruines se confondant avec les rocs.
Tout le Hamad, au sud de Palmyrc, entre la vallée de l'Euphrate et les montagnes du Haouran, appartient aux tribus errantes, Anazeh, Ghammar, Roala, Moali, Haddadin, Beni-Sakhr et Gherarat. Les villes ou plutôt les groupes de villages qui s'élèvent dans une même palmeraie ne se rencontrent qu'au sud du Hamad, aux approches des montagnes côtières de l'Arabie occidentale et du Djebel-Ghammar. Au nord-ouest du grand Nefoud, l'une des cavités qui font partie de la dépression du Ouadi-Sirhan, le bassin du Djof, reste d'une ancienne mer qui serpentait entre les steppes du Hamad et le désert, renferme deux villes populeuses. Le lit desséché du lac où se trouve l'oasis de Djof est à l'altitude moyenne de 560 mètres : des puits creusés dans la partie la plus profonde du bassin fournissent assez d'eau pour servir à l'irrigation d'une oasis de 5 kilomètres carrés, au milieu de laquelle se groupent quelques centaines de maisons entourées d'un mur crénelé et d'un rideau de palmiers. Quelques maisonnettes sont éparses en dehors de l'enceinte, et tout l'espace environnant est une étendue saline resplendissante de blancheur, où çà et là, près des puits, des bouquets de palmiers font des taches sombres. Deux châteaux forts dominent le dédale des ruelles et des places. Au nord-est, une autre ville, Meskakeh, un peu plus populeuse que le Djof, occupe le fond d'un autre creux, jadis lacustre, moins régulier et plus coupé de ravins; elle est également commandée par un château pittoresque, flanqué de tours rondes; des jardins occupent jusqu'à la dernière motte des terres irrigables, et les maisons sont propres et parfaitement entretenues. Le Djof et Meskakeh, dont la population est presque aussi mélangée que celle du bassin de l'Euphrate, est une dépendance politique du Nedjed. Les Turcs occupèrent temporairement les oasis du Djof, et le souverain de Nedjed paye un léger tribut annuel au chérif de Médine, en hommage pour ces posses-
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sions extérieures ^ L'eau diminue dans Toasis de Djof, dit-on à M. Huber; les habitants décroissent en nombre dans la même proportion. Des yillages de cette partie de la Péninsule enToient chaque nuit à vingt kilomètres de distance chercher Feau, pure ou vaseuse, qui doit servir à Talimentation journalière.
A Touest de la chaîne d'oasis peu étendues qui se développe du sud*^ est au sud-ouest, le long du Ouadi-Sirhan, une autre ligne de campements et de villages suit la même direction sur le revers oriental des montagnes côtières : elle est traversée par la grande route des pèlerins de Damas à la Mecque. Teîma, Tancienne Thaîma, entourée d'arbres fruitiers, est une des stations les plus importantes de ce chemin ; elle est fameuse dans toute l'Arabie par un réservoir de 20 mètres de côté, empli d'une eau légèrement thermale, oh puisent 75 norias, et qui pourtant se main tient toujours au même niveau; dans les environs, à Touma, M. Huber a découvert des inscriptions en plusieurs langues sur les tombeaux, et les édiûces d'une cité ruinée, construite en basalte dans le même style que les villes du Djebel-Haouran. Plus au sud, Doughty et Huber ont visité une autre cité de troglodytes, Al-Hidjr, dont les nécropoles sculptées ressemblent à celles de Petra. Une oasis voisine, El-Ala, et vers l'extrémité occidentale du Djebel-Adja, l'ancienne ville de Kheîbar, groupant ses maisons autour d'un fort qui se dresse sur un roc de basalte, sont fameuses par leurs forêts de dattiers : « Porter des dattes à Kheibar » est le proverbe de l'Arabie centrale équivalent à celui des Occidentaux : « Porter de l'eau à la rivière ». Mais les fruits de Kheibar sont bien inférieurs en goût et en teneur de sucre à ceux du Djof. Khcïber et El-Ala furent jadis des cités juives, et leur population semble être encore d'origine Israélite, mais elle est fortement croisée d'éléments nègres ^ Grâce à l'abri que présentent des collines, El-Ala n'a point d'hiver : la température froide ne s'y fait jamais sentir.
Haîl, la résidence de l'émir du Nedjed septentrional, est à plus de 1000 mètres d'altitude, dans une vallée que dominent au nord les « montagnes de Saphir », le Djebel-Adja. C'est une ville entourée de murs el renfermant un vaste palais fortifié, qui est lui-même toute une cité. Ses rues sont d'une propreté admirable. Haîl est le lieu principal d'étape des pèlerins persans, à moitié chemin entre les deux villes saintes de Nedjef et de la Mecque : aussi fait-elle un commerce assez considérable ;
* Anne Blunt, Voyage en Arabie , trad. par Derome.
* Huber, Bulletin de la Société de Géographie de Paris, 1884.