‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 181 sur 186 · DJEBEL-CHANMAR ET NEDJED · texte numérisé non relu

DJEBEL-CHANMAR ET NEDJED

elle possède une certaine induslrie; on y fabrique desétofTés, des armes, des bijoux. A l'ouest, le bourg d*Agdah, situé dans un Talion granitique où Ton ne peut avoir accès que par une cluse fermée de murs, est considéré par les Ghammar comme une citadelle assurée en cas d'invasion. Les palmiers d'Agdah, croissant sur un fond de gravier granitique, sur un soussol toujours humide, ne sont jamais arrosés*.

D'après Palgrave, dont les évaluations sont, probablement à tort, plus élevées que celles de tous les autres voyageurs, les diverses provinces du Nedjed seraient les plus riches de l'Arabie en grandes agglomérations urbaines. Kefar, dans les montagnes du haut Kasim, est une bourgade populeuse qui fut, avant Haîl, la capitale de l'émirat; Rass, plus au sud, dans le Kasim inférieur, Ayoun et Bereïdah sont des villes ; mais cette dernière est mobile, pour ainsi dire ; menacée par les sables, elle doit de temps en temps se déplacer vers l'est, et quelques palmeraies des alentours dressent au-dessus de la dune les sommets de leurs troncs dépouillés de feuilles'. Oneïzah, presque indépendante, est une véritable cité, surtout dans la saison de la cueillette des dattes; alors toutes les boutiques sont ouvertes dans le bazar, et mille tentes se dressent autour de laville. Dans la Péninsule, Oneïzah ne serait dépassée en population que par la Mecque, Aden, Mascate; à moitié chemin, entre la mer Rouge et le golfe Pcrsique, elle est le principal centre de croisement pour les caravanes, dans cette grande vallée du Oued-el-Ermek qui divise l'Arabie en deux moitiés égales: Chakra, la capitale du Wochem, est aussi une grande ville, ainsi que, dans la province de Zedeïr, les marchés de Zalfah, de Medjmag et le chef-lieu Toweïm. Au sud, le pays d'Arid et tout le Nedjed avaient, au commencement du siècle, une cité supérieure à toute autre agglomération de la Péninsule : c'était Deria ou Derreyeh, la capitale des Wahabites, prise en 1817 par l'armée égyptienne. On y voit encore des restes de murailles et de tours, des casernes abandonnées, et çà et là des maisons presque intactes ; le réseau des rues est reconnaissable comme sur un plan géométrique. Lors du passage de Palgrave, les Nedjdéens, trop fiers pour habiter une ville détruite par l'étranger, n'avaient pas une seule demeure dans l'enceinte, mais les jardins sont parfaitement entretenus, et un collier de hameaux entoure le cercle de ruines; un nouveau village, à l'intérieur des murs, grandit peu à peu ; il est probable que la cité se reconstituera tôt ou tard.

< Huber, BulUtin de la Société de géographie de Paris, i874. * Huber, mémoire cité.

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Riad ou c< les Jardins », la capitale actuelle de la province d'Ârid, a succédé à Derreyeh comme résidence des souverains du Nedjed méridional. Du haut des collines qui ceignent la vallée, elle offre un aspect qui rappelle celui de Damas ; comme la cité syrienne, elle dresse ses murailles et ses tours au milieu d'un paradis de verdure. Les hautes montagnes du Yemanah, comparées par un poète arabe à des épées levées contre le ciel, limitent rhorizon du sud; d'autres monts moins élevés cachent de toutes parts la vue du désert*. Riad, fortifiée après la prise de Derreyeh par les Égyptiens, est une des places arabes les mieux défendues; les murs sont épais et flanqués de hautes tours; le palais est lui-même une vaste citadelle présentant au dehors l'apparence d'une prison, plus que celle d'une résidence princière. La grande mosquée de Riad, assez grande pour contenir quatre mille personnes, est une simple nef, privée de tout ornement par l'austérité wahabite, n'ayant pas même de tapis et surmontée seulement d'une plateforme : c'est de là que tous les habitants des maisons voisines sont appelés par leur nom, afin que l'accomplissement de leurs devoirs religieux soit dAment constaté : telle est la règle chez les partisans de l'Islam. Riad n'a plus le magnifique haras qu'y vit Palgrave*.

Au sud de Riad et à la distance de quelques kilomètres à peine, Manfouhah, également entourée de jardins et de palmeraies, est presque aussi populeuse que la capitale ; mais les villes des autres provinces sont beaucoup moins importantes. Houtah, le chef-lieu du Harik, fut la rivale de Riad ; mais la zone du territoire fertile qu'elle occupe entre deux déserts, dont l'un est l'immense étendue sablonneuse de l'Arabie méridionale, est trop peu considérable pour que cette ville puisse jamais devenir très populeuse. Kharfah, capitale de l'Afladj, au sud-ouest de Riad, est une petite agglomération urbaine dont la population est pour une moitié composée de nègres d'Afrique portant un pagne au lieu de la tunique arabe'. Au delà, vers la Mecque, le Ouadi-Dowasir est une longue vallée sablonneuse ne renfermant que de pauvres villages, et plus loin le pays de Kora, ceux des Reni-Harb et des Reni-Kahtan, attendent encore les explorateurs qui indiqueront la position de ses oasis et en dénombreront les habitants. On dit que la ville principale de cette région, Kalat-el-Bicha, située sur le revers oriental des montagnes de l'Assir, est une cité considérable. Soleyel, sur les confins du grand désert, serait beaucoup moins populeuse.

Au delà de l'Hadramaout et de la Mahdrah s'étendent les sables encore

I G. Palgraye, Central and Eastem Ârabia.

* Anne Blunt, Voyage en Arabie, trad. par Derome.

' G. PftlgraTe, oarrage cité.

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