‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 20 sur 186 · C. Perron · texte numérisé non relu

C. Perron

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courant. Ainsi qu'en témoignent les récits des historiens et les descriptions des voyageurs, l'hydrographie locale n'a cessé de changer depuis les temps de l'antiquité classique. Les errements du Ililmend et les déplacements du Hamoun, qui en sont la conséquence nécessaire, se font sur un

espace de plus de 150 kilomètres en longitude, sur une latitude de 80 kilomètres au moins ^ C'est principalement en aval de Band-i-Kohek, village situé exactement à l'est de Sekoha, capitale du Seïstan de Perse, que le Hilmend a fréquemment changé de cours : partout dans la plaine on retrouve des traces de ses anciens lits. Avant 1850, il se jetait à l'ouest et formait alors un « hamoun » près de la colline de Koh-i-Kwadja ; à la suite d'une grande inondation, il abandonna ce lit pour se porter au noi^ et s'étaler en lac terminal à 100 kilomètres au nord-ouest du bassin pixîcédent*. Les cnies et les apports d'alluvions forcent ainsi constamment les cultivateurs à manier leur réseau de canalisation. Autrefois le principal barrage du Hilmend, situé près de Roudbar, à la convexité iiéridionale de la grande courbe du fleuve, rejetait les eaux dans un large canal qui se dirigeait vers l'occident pour arroser toute la partie de la plaine qui s'étend au midi. Ce canal n'existe plus et les puissantes assises de la digue, formées d'énormes briques de près d'un mètre carré', sont devenues inutiles. Cités et villages se sont déplacés en même temps que les canaux; il est peu de contrées où l'on rencontre autant de ruines,- d'ailleurs simples amas de décombres parmi lesquels ne se trouve aucun débris de monuments remarquables. Le déplacement fréquent des rivières et des canaux d'arrosement explique les contradictions de voyageurs qui parlent du Hamoun tantôt comme d'un lac d'eau douce *, tantôt comme d'une étendue d'eau saumâtre ou fortement salée. En effet, telle nappe d'inondation récente est encore l'eau pure du fleuve, tandis que telle autre région inondée de la plaine, depuis longtemps sans communication avec le courant vif, s'est graduellement saturée de sel. Une seule espèce de poisson, désignée par Goldsmid sous le nom de barbeau, vit dans les eaux du Seïstan'. Des oiseaux aquatiques, oies, cygnes et canards, recouvrent le lac en bancs tellement pressés, que l'eau disparait sous leur foule, et quand ils s'envolent l'air en est obscurci ; Khanikov a vu l'une de ces bandes formant un carré compact de plus d'un kilomètre de côté. Les Seïstani prétendent connaître d'avance la hauteur future des crues par l'élévation à laquelle ces oiseaux font leurs nids au-dessus des eaux du lac. Souvent des nuées de moustiques emplissent l'air, et certaines espèces de taons, dont les piqûres sont très dangereuses, s'acharnent à poursuivre les chevaux, si bien qu'il faut, en

1 U. Rawlinson, mémoire cité.

* Ârthm* ConoUy, Journal ofthe Asiatic Society, n* 130. ' Ferricr, Voyages en Perse ^ dans C Afghanistan, etc.

* Nicolas de Khanikov, Mémoire sur la partie méridionale de l'Asie Centrale,

* Journal of the Geographical Society^ 1873.

UâMÛUN, climat de L'AFGHANISTAN. 55

desoendant de sa monture, s'empresser de la cacher au fond d'une écurie sombre^

L'Afghanistan, pris dans son ensemble, est très faiblement arrosé, et ne peut se comparer pour l'abondance des pluies aux contrées de l'Europe occidentale. Les plateaux que limitent à l'est les arêtes du Soulaïman-dagh sont compris, comme l'Hindoustan, dans l'aire des vents alizés du sud-ouest; mais les courants aériens qui viennent heurter les montagnes du Konkan et du Malabar et qui versent dans leurs vallées de si prodigieuses quantités de pluie, se sont chargés de vapeurs en glissant dans tout leur parcoui-s à la surface de la mer des Indes, tandis que les alizés du Baloutchistan et de l'Afghanistan sont plutôt des vents continentaux. C'est dans les régions équatoriales de l'Afrique, au sud de la côte des Somali, qu'ils se forment, pour longer ensuite le littoral, au nord-ouest de l'Océan; à peine ont-ils à traverser deux bras de mer, ceux du golfe d'Aden et du golfe d'Oman. Us ne portent qu'une faible part d'humidité, si ce n'est lorsque des reflux leur ont fait traverser toute l'étendue de l'océan Indien, et c'est presque uniquement aux montagnes élevées du nord de l'Afghanistan, aux deux SeGd koh, au Koh-:i-Baba et à l'Hindou-kouch, qu'ils réservent leurs neiges et leurs pluies.

Ainsi, quoique peu éloigné de la mer, le plateau des Afghans se trouve dans la zone des climats continentaux, sur le chemin des vents venus du Haut Nil et de l'Arabie : mainte solitude de son territoii'e a le même aspect que les déserts de l'Iran, situés également sur le parcours des vents secs. Gomme dans tous les pays à climat continental, les extrêmes de températurc offrent dans l'Afghanistan un grand et rapide écart. Sur les roches nues et les terrains argileux des hauts plateaux, il fait alternativement très froid et très chaud, non seulement de l'hiver à l'été, mais aussi de la nuit au jour suivant. Ainsi la neige tombe parfois à Kandahar, la ce Porte de l'Inde ». Dans le Khorassan de Herat, près de Kousan, l'armée d'Ahmed chah perdit, ditron, 18000 hommes par le froid dans une seule nuit. D'autre part, quoique Ghazni se trouve à 2556 mètres d'altitude, la températurc s'y est élevée, dit-on, à 55 degrés à l'ombre, chaleur d'autant plus diflicile à supporter que la nuit avait été plus fraîche. Aussi la ville afghane est-elle, comme Mascate, Aden, Bouchir, Dadhar, Sibi, Ghikarpour, du nombre des cités auxquelles s'applique le dicton connu : « Puis-

* Bcresford Lovctt, Journal of Uie Geographkal SocUly, 187-1.

que lu as créé cette fournaise, qu'avais-tu donc besoin, Allah, de créer Tenfer? » La chaleur est terrible, mortelle parfois lorsque le vent soulève la poussière et la promène en trombes à la surface des plateaux. L'Afghanistan est une des contrées où ces météores l'edoutables ont été le plus fréquemment observés; dans le Seïstan, les vents chauds du midi ressemblent parfois au simoun et Ton cite des exemples de gens qui ont été suflbqués par ce souffle brûlant.

Les violents écarts de température ont pour conséquence d'activer Tévaporation, tantôt par l'effet de la chaleur, tantôt par celle du rayonnement dans l'air pur. L'eau, déjà trop rare dans plus d'une moitié de l'Afghanistan, se trouve ainsi diminuée et c'est avec une grande économie qu'on Tutilise. Les agriculteurs afghans et perses sont des plus habiles à construire les karez^ khariz, kanat ou aqueducs souterrains, ingénieuse imitation des rivières qui coulent dans les galeries des roches calcaires et que révèlent de distance en distance des puits d'eflbndre* ment : dans toutes les régions mal arrosées de l'Afghanistan se rencontrent des villages et des hameaux dont le nom rappelle l'existence de ces travaux indispensables. Ces cours d'eau cachés, ainsi protégés contre l'évaporation, sont entretenus pour la plupart avec un très grand soin, car ils portent avec eux la vie de populations entières. Il en est, — tel celui de Ghazni, — qui n'ont pas moins de 30 à 40 kilomètres de longueur et qui reçoivent sous terre de nombreux affluents ayant leurs sources ou bassins de captage à cinquante et même à plus de cent mètres de profondeur; des puits verticaux, creusés de distance en distance, permettent aux ouvriers de descendre dans le canal pour le nettoyer et en consolider les paroisi Les terres de déblai, accumulées en buttes à côté des orifices, montrent de loin sur les pentes des collines le parcours des ruisseaux souterrains ^

Le manque d'eau, les froids succédant à de fortes chaleurs, la hauteur moyenne considérable du sol ont pour conséquence d'appauvrir la flore de l'Afghanistan. Même en comparaison des âpres rochers du Pandjab, ceux de maintes régions du Soulaïman-dagh et des plateaux paraissent dépouillés de verdure; en certains districts on ne voit que la pierre nue; on ne rencontre un peu de verdure que dans les fonds, là où quelque humidité suinte entre les blocs de i^ochers.Des palmiers nains, des oliviers, des arbres à fniit entourent les cabanes, et des cyprès, des saules, des peupliers croissent au bord des ruisseaux. Sur un espace qui comprend plus d'une moitié

> Cari Ritter, West-Asien ; — 0*Donovaii, Merv Ooiis; — Jane Dieulafoy, Tour du Monde, 1883.

CLIMAT, FLORE DE L'AFGHANISTAN. hh

do la conli'ée, la végétation ne se présente que sous l'aspect d'une tache yertc au milieu de l'étendue blanche, grise ou rougeâtix3 des argiles ou des roches. Le contraste est si grand entre les pentes nues des monts et les oasis de la base que les clans de pillards y voient une sorte de compensation « providentielle w : « Les autres ont la terre, nous avons la force, » disent-ils*.

Mais si la nature a été peu généreuse envers l'Afghanistan pour la variété des plantes et l'opulence du feuillage, elle a donné à la plupart des fruits et des grains une saveur toute particulière : les sucs se distillent d'autant mieux que le végétal est soumis à de plus grands écarts de température; les Oîréales de toute espèce fournissent d'excellents produits, de même que les arbres à noyaux, abricotiers, pêchers, pruniers, amandiers. Les grenadiers ne croissent pas à Kaboul, mais ils prospèrent dans l'Afghanistan méridional. « Les meilleures grenades du monde sont celles de Kandahar'. » Les vignes sauvages donnent des grappes savoureuses, jusqu'à plus de 2000 mètres d'altitude, sur les pentes du Kohistan. Le noyer se rencontre également, comme arbrc forestier, et ses fruits sont très appréciés : dans aucun pays peut-être cet arbre n'atteint les mêmes dimensions; il en est, dans la haute vallée du Kouram, dont le tronc a plus de 5 mètres en circonféi-ence*.

Les régions de l'Afghanistan où la végétation a le plus de force et d'éclat sont naturellement celles du noi^-est, où les eaux coulent avec le plus d'abondance. Dans les vallées de l'Hindou-kouch et du Lahori, de même que sur les pentes du Sefid koh, mais seulement au-dessus de 2100 ou 2150 mètres, les chèvres viennent encore brouter les jeunes pousses, hauteur à laquelle on pourrait se croire en plein Himalaya, au milieu des forêts de Dalhousie ou de Simla : des platanes croissant sur les terrasses voisines du col de Païwar ont plus de 10 mètres de tour. En gravissant les montagnes on rencontre d'abord des chênes, puis le deodar, l'if, le genévrier, diverses espèces de pins et de sapins : un abies croît sur le Sefid koh jusqu'à l'altitude de 3350 mètres. Plus haut on ne voit plus que des genévriers en broussailles et de petits bouleaux, au delà desquels il n'y a que des herbes et des carex, jusqu'au-dessus de la limite inférieure des neiges persistantes, partout où le sol et l'air ont assez d'humidité pour entretenir la vie des plantes. On a remarqué que dans le Soulaïman-dagh les arbustes sont des espèces himalayennes, tandis que les plantes her-

' Waiker, yotima/ ofthe Geographical Society, 1863. * Ferrier, Voyages dans la Perte ^ F A/ghanislan, etc. ' Aitchison, Proceedings ofthe Geographical Society^ oct. 1879.

bacées appartiennent à Taire occidentale ^ Dans leur ensemble, les flores de l'Afghanistan et de THimalaya occidental ressemblent beaucoup à celle de l'Europe : dans les forêts ce sont les mômes plantes sauvages, dans les jardins les mêmes espèces cultivées. Le Seïstan est la seule région afghane où croisse le dattier. Le myrte se rencontre un peu plus au nord, dans les campagnes d'Anardereh*.

La faune de l'Afghanistan ne se distingue pas non plus par des types qui lui appartiennent on propre : dans les vallées basses les plus rapprochées du Pandjab vivent les animaux des plaines, léopards, hyènes et chacals; les régions de l'Hindou-kouch, de même que celles du Karakoroum, de l'Himalaya et du Trans-Himalaya, sous les climats correspondants, ont en grande partie la faune tibétaine, chamois et chevrauils, chèvres d'espèces diverses, oux*s noirs et bruns, loups et renards; des sangliers gitent dans les roselières du Hamoun; la gerboise ou rat-kangourou, qui dort dans son terrier de septembre en avril, se rencontre en multitudes sur toutes les étendues pierreuses ; enfin, dans les plaines du midi, comme dans les solitudes voisines du Seïstan et du Khorassan, bondissent les gazelles, et des ânes sauvages parcourent la campagne en escadrons, soulevant autour d'eux des trombes de poussière. Encore au dix-septième siècle le rhinocéros gitait dans les forêts du bas Afghanistan, en amont de Pechaver; Djehanghirl'y chassait avec son père Akbar'. Elphinstone, Raverty parlent de lions qui vivraient encore dans les vallées chaudes, mais aucun naturaliste ne les a vus ; Blanford doute aussi de l'existence du tigre*. Les dromadaires et autres chameaux du Seïstan sont renommés pour leur endurance, leur force et la rapidité de leur course ; dans quelques pays de montagnes, notamment chez les Tchar Aïmak, où ces animaux ne peuvent servir pour le transport des marchandises, on les garde uniquement pour leur laine, qui sert à fabriquer l'étoffe des tentes *. Les brebis du Zamindawar et du pays des Aïmak sont peut-être celles qui fournissent les plus belles laines de l'Asie. Les Afghans n'emploient guère qu'un cheval de somme, le yabou, animal à jambes courtes et à formes grossières, mais très résistant; quelques tribus, surtout dans le voisinage de Herat, ont de belles races de chevaux, inférieures toutefois aux admirables coursiers turkmènes, rccemment introduits en Angleterre par la voie de Téhéran'. Très habiles chas-

* Stewart, Journal ofthe Geographical Society, 1862.

> N. de Khanîkov, Mémoire sur la partie méridionale de PÀsie centrale, ' Raverty, Notes on Afghanistan and some parts of Balochistan, ^ Eastern Persia, vol. II, Zoology and Geology.

• Fcrrier, ouvrage cité.

' Baker and Gill, Clouds in the East,

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