‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 21 sur 186 · FAUNE, HABITANTS DE L'AFGHANISTAN · texte numérisé non relu

FAUNE, HABITANTS DE L'AFGHANISTAN

scurs, les Afghans nomades ont aussi d'excellents chiens, lévriers, courants et chiens d'arrêt : comme les Turkmènes et les Radjpoutes, ils pratiquent encore l'art de la fauconnerie, presque oublié maintenant dans les pays d'Europe ; les Seïstani savent même dresser à la chasse des oies et des canards \

Afghanistan n'est pas le nom que les habitants de la contrée donnent eux-mêmes à la terre comprise entre l'Inde et la Perse :- ils l'appellent Poukhtoun-khwa ou « Contrée des Pachtanah* » et leur idiome est le pouchto ou poukhtou. Dans l'Hindoustan, on connaît les Pachtanah sous la désignation générale de Rohilla ou « Montagnards », et plus communément sous celle de Pathans, qui, d'après Lassen et d'autres auteurs, serait dérivée de leur nom indigène ; l'appellation d'Afghans leur vient peut-être du mot sanscrit Açvaka (Assaka), c'est-à-dire « Cavaliers », bien méritée par les chevauchées de guerre qu'ils faisaient à travers les plaines*. On sait que d'après une tradition locale, à laquelle les premiers voyageurs anglais ont donné plus de corps qu'elle ne possédait sans doute et qu'ils ont peut-être même contribué à propager dans le pays, les Afghans se disent d'origine juive et prennent pour ancêtre le roi Saûl, de la tribu de Benjamin; mais ces prétentions, encore admises par des auteurs britanniques, tels que Raverty, Bellew, Talboys Wheeler, ne sauraient avoir de valeur sérieuse dans un pays où maint petit prince fait remonter sa généalogie jusqu'à Skander à Deux Cornes, où des tribus entières se disent issues du fabuleux Roustem, de Djemchid, l'antique héros des épopées persanes, de Mahomet, le prophète d'Allah. Il est certain que parmi les Afghans, de même que parmi les Tadjik et les Iraniens, on rencontre fréquemment des hommes au front haut et bombé, à l'œil avide, au nez aquilin, aux lèvres épaisses, à la barbe abondante, qui ressemblent à des marchands sémites; mais est-il étonnant qu'il en soit ainsi dans un pays qui se trouve sur le grand chemin des guerres et des invasions entre l'Inde et l'Asie Antérieure? Les races se sont constamment mélangées en Afghanistan par les migrations, les conquêtes, les rapts de tribu à tribu. L'histoire nous montre d'abord les Afghans comme des clans de montagnards habitant

' Euan Smith, Eastem Fersia,

* Poukhtoun ou Pouchtoun, — au pluriel PakhUinah, Pachtanah, — suivant les dialectes.

^ Vivien de Saint-Martin, Annie Géographique , i863.

les frontières occidentales de THindoustan ; mais en s'emparant de tous les pays qui s'étendent en dehors de leur première patrie, d'un côté jusque dans le bassin du Gange, de l'autre jusqu'au Seîstan, ces tribus se sont unies à des populations d'origines diverses, dont elles ont changé la langue et le nom*. Dorn et Lassen croient avoir retrouvé la nation poukhtou dans les Pactiyces que mentionne Hérodote, d'après Scylax, et qui habitaient précisément au sud-est des Perses, à l'ouest du bassin de l'Indus*; bien que le nom des Pactyices ne soit pas cité par les historiens d'Alexandre, les appellations de nombreuses peuplades dans lesquelles se divise la nation afghane ont été reconnues dans la nomenclature des poèmes sanscrits'.

La langue poukhtou appartient à la famille aryenne, et les mots sémitiques mêlés à son vocabulaire lui sont venus non de l'hébreu, mais de l'arabe, depuis la conversion des habitants du Poukhtoun-khwa au mahométisme : l'alphabet dont se servent les Afghans est aussi l'alphabet arabe, d'ailleurs tout à fait impropre à la transcription des sons d'une langue indo-européenne. Les philologues n'ont pas encore fixé d'une manière précise la place qui appartient au poukhtou parmi les langues aryennes. Est-il issu du zend, ou bien faut-il y voir un idiome intermédiaire entre les dialectes persans et ceux de la famille indienne et plus rapproché de ces derniers * ? La dernière opinion est la plus généralement admise : on considère le poukhtou comme une langue qui s'est détachée très anciennement de la souche commune; elle parait être plus voisine du persan que du hindi. Rude et gutturale, « comme si le vent froid descendu de l'Hindoukouch forçait ceux qui la parlent à tenir la bouche à demi fermée », cette langue passe pour une des moins agréables de l'Orient : c'est un « parler de l'enfer », d'après un dicton attribué sans raison à Mahomet". La littérature nationale n'est pas aussi pauvre qu^on le croyait naguère : elle comprend des poèmes héroïques, des chants d'amour, dont quelques-uns ont été recueillis par Raverty, quelques ouvrages de théologie, de jurisprudence, même de grammaire". Les sciences sont enseignées en persan et les auteurs les plus goûtés sont, malgré la différence des langues, les poètes de l'Iran. Les Pachtanah sont très amateurs de chant et de musique : les flûtes sont parmi les objets qu'ils achètent le plus dans l'Hindoustan^

* H. Rawlinson, Journal ofihe Geographical Society ^ 1875.

* Dora, History of the A/ghans ; — Lassen , IndUche AUerthumskunde ; — Henry, Études Afghanes, 3 Virien de Saint-Martin, Étude sur la géographie grecque et latine de VInde.

* Trampp, Grammar of the Païto.

' Lassen, ouvrage cité.

* Journal ofthe Asiatic Society of Bengale 185i, n"* VI.

' Yavorskiy, Poutechesivie Rousskavo Posolsiva po Avganistanou.

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