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CLIMAT DE LA PERSE

et en feuilles de palmiers sont ajustées au bout d'un cylindre dans l'intcrieur d'une tour, ouverte du côté du nord-est, où s'engouflre le vent ; sous l'impulsion continue de l'air, le cylindre tourne et avec lui la meule de la base.

Traversé par les vents également desséchants qui viennent soit do l'équatcur, soit du pôle, l'air qui repose sur les plateaux iraniens est d'une extrême siccité; dans le désert de Lout, Khanikov reconnut que l'humidité relative de l'air était seulement de 1 1,2 pour cent : c'est le plus fort degré de sécheresse qui ait été reconnu jusqu'à maintenant à la surface de la Terre ; à Kirman, au milieu des cultures, elle varie encore de 16 à 20 centièmes. En été et en automne, l'air est tellement sec, même dans la Perse occidentale, que des objets en métal abandonnés sur les terrasses au froid de la nuit restent brillants pendant des mois entiers. Durant les marches nocturnes, on voit parfois les chevaux faire jaillir des gerbes d'étincelles en agitant leur queue. C'est au manque de vapeurs dans l'atmosphère qu'il faut attribuer les écarts extrêmes de température constatés entre le jour et la nuit. Au mois de juillet on a vu le thermomètre marquer seulement 13 degrés avant le lever de l'aurore et monter à 62 degrés au soleil à huit heures du matin ^ Quelquefois l'air s*obscurcit de <c brouillards secs )>, pendant lesquels il ne se dépose ni poussière ni rosée; les petits tourbillons de poussière sont presque journaliers ; on les voit surgir entre neuf heures et onze heures du matin, suivant la chaleur solaire, et ils augmentent graduellement en nombre et en volume jusqu'à deux heures de l'après-midi. Parfois il se forme aussi de grands nuages de poussière, limitant l'horizon comme un mur. La chaleur estivale est souvent aussi forte que dans le Sahara d'Afrique; près de Meched, des provisions de stéarine et de sulfate de soude furent liquéfiées par la chaleur de l'air : ce qui suppose une température de 65®,5 pour l'intérieur des coffres où elles étaient enfermées. Khanikov attribue au foyer brûlant du désert de Lout la flexion vers le sud des lignes isothermiques de toute la Perse septentrionale. Tandis que dans le Turkestan russe ces lignes sont très espacées, elles se pressent pour ainsi dire au sud des montagnes bordières du Khorassan, que longe la courbe isothermique de 12 degrés; l'action calorifique de la dépression du Lout se ferait même sentir jusque dans le Hazanderan, dont la végétation, compai^ à celle des autres rivages de la Caspienne, a presque le caractère tropical. I^ vent empoisonné du badeh simoun^ privé de toute vapeur d'eau, qui souffle parfois du désert, princi-

* H. Diculafoy, Notes manuicrilcs.

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paiement près du littoral, dans le voisinage de Bandar Âbbas, est fort redouté des voyageurs ; ils racontent que les personnes suffoquées bleuissent promptement et que leurs membres se détachent.

On comprend avec quel soin jaloux les agriculteurs persans, ceux du moins que l'oppression n'a pas détournés de tout labeur, cherchent à capter à l'issue des montagnes le moindre Glet d'eau pour l'utiliser dans leurs champs et leurs jaixlins, où il se change en sè\'e et en fruits. Les aqueducs souterrains, connus en Perse sous le nom de kanat ou kanot^ sont, comme en Afghanistan, creusés avec une sorte de divination, entretenus avec zèle, car la vie de tous en dépend; quand les eaux profondes viennent à manquer par suite d'un dessèchement général de la contrée ou par l'effet des éboulements, les villages sont abandonnés. Les cultures ne sont guère possibles que dans les vallées des montagnes, car la Perse n'est pas un pays de pluies estivales ; il n'y pleut d'ordinaire qu'en hiver et au printemps ; l'été se passe en entier sans que le ciel soit troublé par un orage. Durant cette saison, il ne se trouve donc un peu d'eau que dans les régions alpines, où la fonte des neiges alimente les sources profondes; en bas, le sol est doublement desséché, d'un côté par la chaleur du soleil, de l'autre par le drainage souterrain des kanat *. En dehors des Hautes vallées, combien peu ce pays triste, nu, brûlé de la Perse, ressemble aux régions idéales évoquées par les poésies de Ilafiz et de Sadi ! Il faut voyager longtemps sur le plateau et redescendre dans les dépressions intermédiaires du Tengsir avant de trouver les bosquets odorants pleins d'oiseaux chanteurs et les frais ruisseaux coulant sous les buissons de roses. Ces merveilles sont des créations du poète, cherchant dans son imagination ce que la nature ne lui offrait pas. Le célèbre Band-Emir chanté par les poètes de l'Orient et de l'Occident comme un beau fleuve coulant sous les frais ombrages n'est qu'un canal détourné par une digue de la petite rivière qui traverse la plaine de Persépolis. Tellement précieuses sont les eaux dans ce pays aride, qu'un vulgaire réservoir est célébré comme le serait ailleurs un lac aux eaux transparentes, bordé de pittoresques rochers et de pentes ombreuses !

Au nord-ouest du plateau d'Iran, mais déjà dans la région des hautes terres arméniennes, se trouve le plus vaste réservoir d'eau de la Perse, le seul qui mérite vraiment le nom de lac : c'est la Dariatcha ou « Petite Mer», le lac d'Ourmiah, de Maragha ou de l'Armenistan, que domine à l'orient le haut massif du Sehend. Les iles du lac, ses promontoires, la

* H. Yulc, The Booh of ser Marco Polo.

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montagne dont les roclies plongent dans l'eau, la vue grandiose de l'Ararat neigeux, varient les tableaux à l'infini ; les bords, arrosés par des pluies plus abondantes que. celles de la Perse méridionale, ont plus de bosquets : ils sont aussi moins déserts et des villes, des bout^, des châteaux se montrent sur tout le pourtour des rivages. Mais la « Petite Her » est loin d'oF-

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frirdes abîmes comparables à ceux des lacs de l'Europe centrale : la partie la plus creuse du bassin, mesurée parMontcilh, vers l'extrémité nordoccidentale, est seulement de 14 mèlres. En moyenne, Icpaisstmr d'eau ne dépasse probablement pas 5 mèlres: ainsi, quoique s'élendantsurun espace d'environ 4000 kilomètres carrés, le lac d'Ourmiah représente pourtant un volume liquide de six à huit Tois moins considérable que le Léman,

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qui est d'une si faible étendue relative. Il est à remarquer qu'au large de la ville d'Ourmiah le lac s'abaisse de la rive occidentale à la rive orientale par une succession de cinq plateaux d'une régularité parfaite : d'abord, la sonde marque uniformément un mètre, puis deux mètres et demi, et successivement quatre, six et sept mètres. En certains endroits, les rives marécageuses se continuent au loin par des fonds à peine immergés de quelques centimètres. Plus de cinquante îles et récifs se dressent au-dessus de l'eau, et dans le nombre il en est trois, l'île des Chevaux, l'île des Moutons et Tîle des Anes, qui sont assez grandes pour que les riverains les utilisent comme terres de culture et de pâturages. L'eau du lac d'Ourmiah est plus saline et plus riche en iode que celle de la mer, plus même que celle de la mer Morte : les nageurs ne peuvent y plonger et leur corps se recouvre aussitôt d'une couche de sel brillant au soleil comme la poussière de diamant; d'après Wagner, les bains pris dans cette eau saline et iodurée seraient souverains pour la guérison de diverses maladies; tandis que l'eau de l'Océan ne contient en sels qu'un trentième de son poids, le lac d'Ourmiah en donne un cinquième'. Dès que le vent souffle, une écume salée se forme en grandes nappes à la surface de l'eau ; sur les vases des bords, le sel se dépose en dalles de plusieurs décimètres d'épaisseur, ayant en certains endroits cinq et six kilomètres de large. Les habitants de la contrée pourraient à leur aise venir y faire leur provision de sel comme €n carrière; dans les endroits où le bord est facilement accessible, ils ont établi des salines semblables à celles des plages méditerranéennes; mais en général ils préfèrent le sel gemme des montagnes voisines, plus facile à obtenir et d'une plus grande pureté. Aucun poisson, aucune espèce de mollusque ne vil dans les eaux du lac, mais on y voit par myriades de petits crustacés à queue fine, constituant une espèce particulière"; ils servent de nourriture à des cygnes et à d'autres oiseaux qui viennent s'abattre en bandes sur le lac. On y trouve aussi des espèces d'insectes qui n'existent point ailleurs, et une flore saline spéciale est née dans les vases qui bordent les rivages et qui rendent presque tout le pourtour du lac absolument inabordable. Ces masses limoneuses, noirâtres ou d'un vert sombre, offrant parfois des reflets métalliques et répandant une odeur infecte, occupent une large zone au bord du lac et se continuent au-dessous de la surface jusqu'à une grande distance : elles renferment de la magnésie, du fer, ainsi qu'une très forte proportion de débris organiques; les résidus

< Poids spécifique de Peau du lac d'Ourmiah : 1,1555.

(Hitchcock; — Loftus, Quarlerly Journal ofihe Geohgical Society, aug. 1, 1855.) > Moritz Wagner, Reite nach Persien und dem Lande der Kurden,

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huileux de cette décomposition donnent une telle consistance à la surface liquide, que, même sous Timpulsion d'une brise violente, Teau poussée contre les plages ne se soulève pas en vagues ; en hiver, cette masse, à demi congelée, se change en une espèce de bouillie.

Des fontaines abondantes jaillissent du fond du lac en maints endroits, traversant la masse saline de leurs colonnes d'eau pure ; mais les sources les plus remarquables coulent près du rivage, au nord-ouest du lac, dans le voisinage de la plaine du Selmas, et au sud--est, non loin du village de Dihkergan. Ces sources sont connues sous le nom de a fontaines de marbre » ; d'après l'opinion commune des indigènes, que partagent la plupart des voyageurs européens, elles déposeraient en eflet des couches marmoréennes ; c'est à elles certainement qu'il faut attribuer la formation de ces assises que l'on exploite dans les environs de Dihkergan et qui ont fourni des matériaux aux plus beaux palais de la Perse et de l'Asie Antérieure. Ce « marbre de Tabriz » est ordinairement d'un blanc de lait, jaunâtre ou rosé, et présente l'éclat du quartz; souvent il forme des concrétions pareilles aux stalactites, et les oxydes qu'il contient le nuancent des plus belles couleurs. Il s'est très probablement déposé à l'époque où les fontaines, dont la température actuelle ne dépasse pas 18 degrés centigrades, avaient une chaleur beaucoup plus élevée; de nos jours, elles ne laissent plus à leur issue que de petits feuillets très minces et d'un blanc de neige, d'ailleurs complètement semblables en composition au marbi^ du voisinage. En outre, les soui*ces déposent des tufs grossiers, dont quelquesuns se mêlent au limon en agglomérations noirâtres. La plupart des sources jaillissent de cônes de travertin qu'elles ont elles-mêmes déposés; quand elles ont obstrué leurs issues, elles s'ouvrent un passage au pied des anciennes buttes et en érigent graduellement de nouvelles*.

Le niveau du lac d'Ourmiah a fréquemment changé. D'après la tradition des riverains, le bassin s'étendait jadis sur un espace beaucoup plus considérable; mais il fut aussi un temps où il était réduit à de bien moindres dimensions : un monstre prodigieux, disent-ils, vit au fond du lac et tantôt boit, tantôt revomit les eaux de la Petite Mer. Que le lac d'Ourmiah ait été plus étendu jadis, l'aspect même de la contrée le démontre; d'anciennes plages se prolongent au loin à une distance considérable du rivage actuel , sur le pourtour de rochers maintenant éloignés des flots ; des tles, telles que la montagne de Chahi ou mieux Chah-i-kouh, au nordouest du lac, vers Tabriz, sont devenues des péninsules, et des presqu'îles

* Chardio, Voyagei en Pêne; — Moriti Wagner, ournige cité.

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se sont de tous les côtés rattachées à la terre ferme. Hais, d*autre part, le lac avait été autrefois assez bas pour qu'un souverain des âges mythiques, Roustem ou Djemehid, ait *pu construire à travers la partie méridionale du bassin, entre Ourmiah et la rive opposée, une digue servant en même temps de chemin pour les hommes et les chars : nombre d'indigènes prétendent avoir vu les vestiges de cette chaussée sous l'eau transparente; au commencement du siècle, un chef afchar, n'ayant pas d'autre moyen de traverser le lac, aurait suivi la digue, sans y trouver nulle part plus de quatre pieds d'eau *.

Depuis que des Européens visitent la contrée, l'abaissement du niveau lacustre a été considérable, ce qui s'explique d'ailleui*s par le fait que les cultures se sont étendues, utilisant par conséquent les eaux d'irrigation d'une manière plus complète. L'accroissement et la diminution du territoin^ cultivé ont sur la contenance du bassin lacustre une influence directe, probablement plus importante que les oscillations du climat avec leur alternance de sécheresse et d'humidité. Que les versants du lac se couvrent de champs cultivés, et l'eau, retenue en route, ne peut plus atteindre la cavité centrale; qu'ils se dépeuplent au contraire, laissant les torrents reprendre la liberté de leur cours, le bassin dans lequel ils se jettent s'accroît de nouveau. La ligne changeante des plages indique ainsi par ses empiétements et ses reculs les balancements de l'histoire elle-même pour les populations riveraines : c'est là un phénomène analogue à celui que Ilumboldt et Boussingault ont décrit pour le lac de Ticaragua ou Valencia ; mais sur les bords de la mer de l'Azerbeïdjan, les résultats doivent être beaucoup plus considérables. Le bassin du lac d'Ourmiah, jusqu'à la ligne de partage où naissent tous ses affluents, dépasse 50000 kilomètres carrés, et la masse d'eau pluviale tombée dans cette région, ne fût-elle en moyenne que de 25 centimètres par an, représente une masse totale d'au moins dix milliards de mètres cubes, soit à peu près la moitié de l'eau amassée dans la cavité centrale. Suivant la proportion des écoulements, que règle la culture des terres environnantes, les contours du lac doivent changer d'autant plus rapidement que la nappe d'eau s'étale en moindres épaisseurs. Puisque la superficie du lac Majeur, pourtant si profond, change d'une quarantaine de kilomètres carrés entre la période des sécheresses et celle des crues, on peut juger des alternances que présente la surface du lac d'Ourmiah, dont une si grande partie n'est guère qu'un marécage. La navigation ne peut évidemment avoir d'importance sur ce bassin sans pro-

^ Garl Ritter, ouvrage cité; — H. Rawlinson. etc.

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