‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 4 sur 186 · PHÉNICIENS, HELLÈNES DE LWSIË ANTÉRIEURE · texte numérisé non relu

PHÉNICIENS, HELLÈNES DE LWSIË ANTÉRIEURE

possédaient la monnaie, signe représentatif des marchandises de toute espèce; tandis que les trafiquants de Tyr et de Sidon, n'ayant pour la plupart de commerce qu'avec des tribus barbares, troquaient directement leurs articles de pacotille contre les denrées locales*, les Ioniens, en relations d'affaires avec des peuples civilisés comme eux, avaient besoin d'un signe de valeur précise qui leur permît d'acheter, même sans avoir sous la main les objets d'échange. Mais combien d'autres découvertes, faites dans un monde plus élevé que celui du lucre, sont dues à ces Grecs de l'Asie, le^ prédécesseurs des Européens dans presque tous les grands travaux de l'esprit! Milet, la métropole de si nombreuses colonies, était, il y a vingt-cinq siècles, le foyer des études géographiques ; c'est là qu'enseignait Thaïes et qu'Anaximandre, Ilécatée, Aristagoras, dressèrent les premières cartes connues. Halicarhasse, voisine de Milet, vit naître Hérodote, le « père de l'histoire et de la géographie », le premier écrivain qui s'occupa d'ethnographie comparée', le conteur charmant, naïf de langage, mais toujours sagace dans l'observation, équitable et précis dans les jugements, haut par la pensée, assez impartial pour aimer jusqu'aux barbares, tout en plaçant les Grecs et surtout les Athéniens au-dessus des autres hommes. Et que de noms à peine moins illustres à citer dans ce glorieux pays vers lequel nous nous retournons pour saluer notre aurore et d'où nous vient l'écho lointain du chant des Homérides, berçant les peuples nos aïeux dans leur civilisation naissante !

Le nom d'Asie ou Asiade semble avoir appartenu d'abord à une simple province lydienne '. et c'est par extension qu'il s'appliqua d'abord à toute la péninsule d'Anatolie, puis à l'ensemble du continent, grandissant, pour ainsi dire, sous les pas des voyageurs. On apprit peu à peu combien les terres helléniques situées à l'orient de la mer Egée étaient petites en comparaison de la grande Asie. Néanmoins cette appellation d'Asie Mineure résume bien le rôle historique de la péninsule comprise entre le Pont- Ëuxin et la mer de Chypre. C'est qu'en effet celles des nations en marche qui ne franchirent pas le Caucase, pour contourner la mer Noire en cheminant vers l'ouest, se sont rencontrées à l'extrémité du continent, dans cet espace limité de trois côtés par la mer. Pressées les unes contre les autres, peuplades et nations d'origine différente n'ont pas toutes gardé leurs traits distinctifs et plusieurs se sont diversement mêlées ou même confondues sans qu'il soit possible de reconnaître avec certitude leurs éléments ethni-

* Fr. LeDoimant, Le» Première» Cmlisationg.

* Oppert, Société (T Ethnographie , séance du 2 mars 1882.

* Hérodote, Histoires, lY, 45.

s NOUVELLE GÉOGRAPHIE IMVBRSELLR.

qnes. Mais rien ne sr jierd dans te laboratoire immense de rhumaoité : le génie de chacune des race!4 composanlcs se retrouve dans l'histoire de l'Asie Mineure et dans son influence sur la civilisation de l'Europe. Les tribus du nord, généralement désignées sous le nom de « touraniennes » et souvent considérées avec dédain comme inférieures aux nations classées parmi les « Aryens », ne paraissent point avoir eu dans l'ensemble de l'œuvre un rôle moindre que celui des autres races. Ce sont elles qui

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enseignèrent aux peuples voisins le travail du fer et d'autres métaux'. Sans doute elles ont aussi la gloire de nous avoir donné la plupart de nos animaux domestiques. En tout cas, c'est bien vers les contrées où vivaient des Touraniens, aux origines de l'histoire, que les zoologistes cherchent l'aire de dispersion des animaux devenus les principaux compagnons de l'Iiomme: c'est là, dans les vallées du Tigre et de i'Euphrale, au pied de l'Ararat, sur les pentes du Caucase, sur le plateau d'Iran, que se trouvaient réunis les ancêtres sauvages du chien, du bœuf, de la chèvre, du mouton, du porc, peut-être aussi du chameau'. Des deux- espèces primitives

' G. RawlJDJOD, The firegreat Monarchie»; — Fv. Lenonnanl, Ltt Première» Civiliiationt ; — Hupero, Histoire ancienne du Peuple* de rOrienl. * Gabriel de Morlillt!l, Le Préhiitorique.

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