‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 5 sur 186 · TOURANIENS, ARYENS ET SÉMITES DE L'ASIE ANTÉRIEURE · texte numérisé non relu

TOURANIENS, ARYENS ET SÉMITES DE L'ASIE ANTÉRIEURE

de chevaux, Tune serait le cheval « aryen », l'autre le cheval mongol ou « touranien » \ C'est probablement aussi de l'Asie Antérieure que viennent la plupart des plantes cultivées les plus utiles, telles que l'olivier, le prunier, l'amandier, la vigne, et peut-être le pêcher, le lin et la luzerne, les fèves et les pois, et surtout l'avoine, l'orge et le froment*. S'il en est ainsi, la légende n'a-telle pas raison de faire naître l'homme moderne dans ces contrées? Qu'était l'animal humain avant qu'il sût faire germer du sol le grain nourricier, symbolisé par les Grecs sous la forme de la déesse, fille de Demeter, qui, tantôt noire et terrible, va régner sur les ombres des morts, tantôt blanche et joyeuse, apparaît sur la Terre pour se couronner de bleuets au bord des fontaines?

Les races du Nord eurent aussi leur part notable d'influence dans le développement moral des nations qui habitent le vaste quadrilatère de l'Asie Mineure. On retrouve leur esprit dans les cultes de l'Orient, surtout dans les pratiques de la magie, semblable au chamanisme des Samoyèdes et des Toungouses. Ces races donnèrent aussi leurs divinités, reléguées d'ailleurs par les Hellènes dans le monde souterrain comme celles de peuples inférieurs ; ce sont les monstres aux cent bras, les êtres difformes qui arrachent le minerai des entrailles de la terre et qui forgent le métal dans les cavernes retentissantes, surveillés par Vulcain, le dieu boiteux, risée des habitants de l'Olympe. De même que les Chaldéens, dont l'enseignement astronomique, trente fois séculaire, se perpétue dans les signes du zodiaque, jusque dans notre division duodécimale et notre groupement septennaire des jours', les peuples sémitiques ou sémitisés de l'Asie Mineure eurent aussi une double part dans le développement des nations, à la fois par leur commerce et par l'influence religieuse. Tandis que dans le monde hellénique les groupements de citoyens avaient surtout un caractère civil, ils se constituaient en « congrégations » dans la Phrygie et dans les États voisins ; les prêtres y commandaient au nom des dieux, et le sanctuaire était toujours le centre de la ville*. Ces subtiles religions orientales, qui s'attachent surtout au culte de la mort, identifiée avec la vie par la résurrection qui succédait toujours au sacrifice, menaçaient de l'emporter sur les cultes joyeux de la Grèce, lorsqu'une

< Sanson, Comptes rendus de r Académie des Sciences^ 4869; — Piètrement, Chevaux dans la période préhistorique et historique,

> Alphonse de CandoIIe, Géographie botanique raisonnée ; — Lieux d^ origine des / lanles atlthécM.

* Fr. Lcnorniant, Les Premières Civilisations ; — Oppert^ Anâennes Populations de la Ménopolamie. Société d'Ethnographie, 1885.

« W. M. Ramsay, Athtnœum, 25 déc. 1882.

autre religion, le christianisme, attribuée par la tradition aux pays sémitiques, mais toute pénétrée des éléments iraniens, et préparée par la philosophie grecque et alexandrine, se propagea sur le monde occidental, renversant les temples des dieux. Dans cette révolution religieuse ce fut peut-être l'Asie Mineure qui eut la plus grande part. C'est un Juif cilicien, Paul, devenu grec par le génie, qui fut l'apôtre le plus zélé de la nouvelle doctrine et qui lui donna pour auditoire, non plus le ceixle étroit des enfants d'Israël, mais la foule immense des Gentils. Dès les premiers temps de la prédication, les « Sept églises d'Asie » furent les principaux foyers de propagande et de conversion, et lorsque la religion du Christ, enfin constituée, formula son dogme en termes précis, c'est dans une cité de l'Asie Mineure, à Nicée, que furent promulgués les articles de foi encore répétés dans les communautés chrétiennes. Aux flots qui portèrent en Europe la religion du Christ succédèrent, quelques siècles plus tard, les vagues d'une autre religion, et les grandes batailles qui décidèrent du triomphe de l'Islam autour du bassin de la mer Noire se livrèrent dans la péninsule de l'AnatoFie.

Et tes contrées où se sont accomplis tous ces grands événements sont retombées dans le silence et presque dans la mort ! Cette région des origines, oïl la légende place les premiers hommes et où naquit du moins notre civilisation, cette terre sacrée où, vers l'aurore de l'histoire, le poète nous montre les hommes et les dieux combattant sous les murs d'Ilion; ces villes fameuses, Babel et Ninive, Ecbatane et Suse, Baalbek et Palmyre, Antioche et Damas, qui resplendissent d'un tel éclat dans le passé, que sont-elles devenues en comparaison de l'Europe, jadis parcourue par les tribus barbares, et des cités de l'Occident, où se pressent des millions d'hommes, conquérants des antiques solitudes? A trois mille années d'intervalle, quel étonnant contraste! Alors, c'est dans la vallée de l'Euphrate, succédant à celle du Nil, que se trouvait le centre du monde occidental, et l'Europe était la région de l'ombre, l'espace inconnu. Maintenant le foyer de lumière a cheminé \evs l'ouest et les ténèbres se sont appesanties sur l'Orient. On peut dire que l'Asie Antérieure est plus vivante par son passé que par son histoire contemporaine. Même en voguant devant les murs d'IIillah, on ne se répète que le nom de Babylone, et dans les déserts où rôde le Bédouin, on voit surgir devant sa i)cnséc les grandes figures de Moïse et de Mahomet, de Sémiramis et d'Alexandre!

Par le nombre des habitants, connu d'une manière approximative, l'Asie Antérieure n'a pas moins déchu que par l'importance relative de sa culture. Dans leur ensemble, les contrées qui s'étendent de la côte du Mekran à

IWMi* da H. Pb. Bcnoîil, d'aprti mu: phi)(«gni|>hl<i de H. BonlUi,

POfULATION DK L'ASIE ANTËKIELHE. 15

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' Sugiui^rio el populxiioa du l'Asie Anlériouif, sans la Caurasif, en iiniiiliL-cs u|>]iro\i[nalits :

Snperflcie. Topul. probnlilc. ropnl. kilom.

Turfjum d'Asie. Samns, Chypre . . 1 809 IXÎ9 kil. rnrr. l(t 5t!0 000 lial>. 8,G hab.

Arabif, Allen 2J07 400 n 3 725 01» » 1,5 »

l'nrsc 10*8105 « 7 655 OOO » 5 »

AOEhanitbn (<uins le Tuiieslan). . 658 350 h 4300000 » 6,0 n

BaloutcbisUn S76S18 » 550 000 ■ 1.5 »

G9695Sakil. carr. S2200U00hab. 4.6 bab.

POPULATION DE L'ASIE A.NTÉKIEl'KE. 13

celles de l'Anatolic grecque, ont une superficie égale aux trois quarts du continent d'Europe, mais leur population est probablement dix fois moindre', et, loin de s'accroître, elle semble plutôt diminuer. Quelles sont Ica

causes de cette décadence qui inspira tant de pages éloquentes aux historiens et aux moralistes? Faut-il les chercher seulement dans les guerres intestines, les invasions qui ont si souvent ravage ces contrées? Mais

■ Supci'ficic et populalioD de l'Asie Antérieure, ans la Caucastr, en noinbi'c$ a|)|iro\imalifd :

Sapctflcïe. l*opul. probable, ropol, kilom.

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Afghanislao (saDs le Tuiieslan). . 658 350 ii 4200000 n C,G u

Baloulchùlan 376 316 » 550 000 » 1,5 »

Eaicmblv G 0ti0529kiL carr, 532S0O00faal). 4.6 hali.

14 NOUVELLE GËOGKAPUIE IMVËK8ELLE.

depuis Attila que d'exterminateurs ont parcouru l'Europe dans tous les sens, et cependant la terre a refleuri, les populations se sont reformées après* le passage des conquérants ! Toutefois on doit reconnaître que dans l'Asie Antérieure la bande du territoire de civilisation était relativement étroite et beaucoup plus exposée aux guerres d'invasion que les contrées de l'Europe méditerranéenne et atlantique : entre la Perse et l'Asie Mineure la zone de culture et de population ne formait plus qu'un isthme étroit ; de même entre l'Asie Mineure et l'Egypte. Déjà déchirées par les luttes intestines, les populations de l'Iran, de la Mésopotamie, de la Syrie, de l'Asie Mineure, avaient en outre à redouter leurs voisins du sud et du nord, d'un côté les Arabes, de l'autre les nomades altaï-ouraliens de toute langue et de toute tribu, Mongols ou Turkmènes. Ces ennemis, que protégeaient les solitudes, étaient invincibles parce qu'ils étaient insaisissables; ils attendaient l'occasion propice, puis se montraient soudain pour raser les villes, massacrer les populations ou les réduire en esclavage. Déjà plusieurs fois depuis le commencement des âges historiques, les civilisations spontanées de l'Asie occidentale ont été périodiquement fauchées comme l'herbe des prairies. liCs ancêtres des Turcs, qui dominent dans les régions de l'Asie situées à l'ouest de l'Iran, étaient au nombre de ces terribles destructeurs. Et combien peu de tribus ont trouvé en elles-mêmes assez d'éléments de renaissance pour se reformer en nations! La masse est restée dans une servitude honteuse et les vices se sont attachés Comme une lèpre à tous ces peuples sans liberté.

Pour expliquer l'amoindrissement des populations occidentales de TAsie, on allègue aussi l'épuisement du pays qui leur fournit le grain, on se demande si le sol de l'Asie Antérieure n'a pas perdu à la longue sa force nourricière pour les générations, et s'il peut reprendre sa vertu avant des siècles d'abandon. Il est certain que les terres des plateaux et des pentes, qui ne sont pas soumises aux inondations périodiques, comme les campagnes arrosées par le Tigre et TEuphi'ate, finissent par être privées de leurs éléments chimiques et deviennent graduellement improductives : le laboureur qui s'acharne à les cultiver, et souvent pour que d'autres s'emparent des produits, est tôt ou lard obligé de cesser son ingrat labeur, et les famines viennent continuer périodiquement l'œuvre commencée par la guerre. Même les œuvres qui jadis avaient été les plus utiles tournent au détriment de l'homme : les constructions démolies recouvrent les terrains de leurs décombres et rougissent le sol de la poussière de leurs briques, les canaux obstrués épandent leurs eaux dormantes dans les campagnes; tandis que d'un côté le désert s'accroît par l'appauvrissement des

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