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POPULATION ET CLIMAT DE L'ASIE ANTÉRIEURE

cultures, de l'autre gagne le marécage, propageant au loin la fièvre et la mort.

Quelle qu(j soit, dans Tliistoire de la décadence des peuples asiatiques, l'influence de ces deux éléments, les guerres d'invasion et répuisemcnt du sol, il existe probablement une autre cause d'amoindrissement de leur rôle historique, l'assèchement graduel de la contrée. Quoique entourée de tous les côtés par des eaux marines, l'Asie Antérieure a cependant un climat continental comme si elle se trouvait environnée de terres. C'est qu'en effet les vents dominants de l'hémisphère septentrional, le courant polaire du nord-est et le contre-courant venu ih Téquateur, ont à parcourir l'un et l'autre toute une moitié de l'Ancien Monde, sur des espaces de plusieurs milliers de kilomètres, avant de se rencontrer sur les plateaux d'Iran et dans les plaines de la Babylonie. Dans cette région, les deux vents opposés sont parmi les plus secs de la Terre : leur parcours est indiqué au travers de l'Asie et de l'Afrique par une large^ zone de déserts, du Gobi au Sahara. L'Arabie et la Perse, la première surtout, ont leur grande part de solitudes pétrées ou sablonneuses. Si les moussons, appelées de la mer par la chaleur du sol, n'apportaient une faible quantité d'eau, arrêtées d'ailleurs en partie par les montagnes côtières, ces régions seraient complètement inhabitables. Le manque d'eaux courantes est tel dans l'Asie Antérieure, que l'Ai'abie n'a pas une seule rivière permanente, et que de Karatchi à Téhéran, sur un espace de 1600 kilomètres en droite ligne, un voyageur franchit tous les fleuves sans que l'eau d'un seul lui monte jusqu'aux genoux. La part d'humidité n'est suffisante, pour faire naître spontanément une riche v^étation, que sur les rivages méridionaux de la Caspienne et de la mer Noire, où les vents du nord ont à traverser des étendues marines avant de frapper la côte, et çà et Iti sur les bords de la Méditerranée, où les vents, chargés d'humidité, sont infléchis vers le littoral. Il est probable que toute l'Asie Antérieure, quinze fois plus grande que la Franc^^, roule à la mer, [)ar ses bouches fluviales, une masse liquide à peine supérieure à celle des rivières françaises.

Il y a quelques milliers d'années, aussi bien que de nos jours, les conditions générales du climat empêchaient l'Asie Antérieure de rex'^woir une quantité considérable d'eau pluviale et ses fleuves étaient, proportionnellement à leur bassin, bien moins abondants que ceux de l'Kurope oaîidentale; mais de nombreux indices permettent de croire que cette région de la Terre était néanmoins mieux arrosée qu'elle ne l'est actuellement. Dans leur ensemble, les descriptions que nous ont laissées les auteurs anciens ne nous donnent pas l'idée d'une si grande pauvreté du sol en eaux

courantes. Même des nomades vivant au milieu des rochers ou des sables, sur les confins du désert, ne verraient plus de nos jours, dans la terre de Canaan, un « pays découlant de lait et de miel »; des contrées fertiles jadis ont perdu leurs arbres, leurs champs et jusqu'à leurs gazons et leurs broussailles'. Comment, en Asie Mineure, les cités commerçantes du littoral ionien auraient-^lles pu accjuérir une si grande importance, comment la civilisation locale aurait-elle pu s'élever à un pareil degré de splendeur, si, derrière l'étroite zone de la région côtièrc, ne s'étaient pas trouvés, comme réservoirs de force vitale, des espaces suffisamment arrosés pour nourrir des populations beaucoup plus denses qu'elles ne j)euvenl l'être de nos jours? Et les cités du désert, Palmyre, Baalbek,dont les habitants avaient amassé assez de trésors pour édifier les temples somptueuî dont on admire encore les débris, comment auraient-elles pu se dresser ainsi au milieu des solitudes si elles n'avaient été entourées de plus vastes oasis, fournissant en abondance les vivres nécessaires aux résidents et à la foule des étrangers? Depuis que les voyageurs modernes ont commencé l'œuvre d'exploration de l'Asie Antérieure, ils ont reconnu dans la Turquie d'Asie, l'Iran et le Baloutchistan de vastes espaces, jadis populeux, qui sont maintenant changés en déserts ; des villes assiégées par les sables ont été partiellement englouties ; des terrasses d'anciennes cultures se voient sur des pentes rocheuses où ne croîtrait plus un brin d'herbe ; des rivières autrefois navigables ne portent plus debai^ques; l'emplacement d'anciens lacs n'est plus reconnaissable que par des marécages, des couches de sel ou des nappes d'argile*.

En dépit de l'assèchement du sol dans l'Asie Antérieure, cette région de l'Ancien Monde ne peut manquer de reprendre une importance de premier ordre. La position qui lui valut jadis une part prépondérante dans l'œuvre de la civilisation avait cessé d'être dominante dans l'histoire depuis que les principales routes du commerce étaient celles de l'Océan; mais la ligne droite reprend toute sa valeur dans les relations internationales et la grande route de l'Europe aux Indes tend de plus en plus à repasser par la vallée de l'Euphrate et les plateaux de l'Iran. L'Asie occidentale revendique de nouveau les avantages que lui donne la possession du centre géographique de l'Ancien Monde. Le milieu précis de la figure irrégulière formée par les trois continents d'Europe, d'Asie et d'Afrique n'est point éloigné des plaines où s'élevèrent les cités fameuses de la Perse et de l'Assyrie; il se

* 0. Fi*aas, Aut dem Orient; — Khanikov, Mémoire iur la partie méridionale de F Asie centrale. ' Goldsmid ; — Mac Grcgor ; — Griesbach ; — 0. Fraas ; — Blanford ; — H. RawUnson ; — R. Rurlon; — Alf. von Kremer, Cultwgeschichte des Orient*,

HISTOIRE DE L'ASIE AMÉRIEtHE. 17

trouve h i'ang!c sud-occidental de Ja mer Caspienne. La tour Je Babel, bome cenlraledesraces qui descendirent chacune vers son côlé de l'horizon, se dresse bien, comme le dit la légende, sur les confins de trois mondes: à l'est, l'immense Asie se prolonge au loin vers l'Océan où « naît le soleil » ; au sud, l'Arabie brAlée annonce le voisinage du continent d'Afrique; au uordHjuest, l'Anatolie est déjà comme un parvis de l'Europe. Par le détroit de Suez, qui la sépare de l'Egypte, l'Asie Antérieure est redevenue

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pour le commerce maritime le centre de gravité du groupe continental; par le croisement des chemins de fer futurs, elle sera également tdt ou tard le marché central de l'Ancien Monde. Quant au milieu précis des populations, on ne saurait encore l'indiquer, mâme approximativement, puisque d'un côté le nombre des Africains, de l'autre celui des Chinois ne sont évalués que d'après des appi-éciatïons en grande partie hypothétiques. On doit se borner à marquer ce point central d'après les données les plus communément admises'. Suivant ces documents provisoires, qui se

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rectifient d'année en année, le centre de population de l'Ancien Monde tomberait dans la région sud-occldenlale du plateau tibétain, c'est-à-dire dans un pays presque complètement désert; mais l'accroissement rapide des Européens ramfenc de plus en plus le point d'équilibre dans la direction de l'ouest, vers les passages de l'Hindou^ouch, si importants dans l'histoire comme voies de communication entre tes deux moitiés du monde aryen. Il est impossible que, par un phénomène de gravitation naturelle, un mouvement de concentration des peuples ne succède pas au

mouvement de dispersion qui se produisit par la marche de la civilisation vers l'Occident, car les milieux changent incessamment, sinon en euxmêmes, du moins par leur action sur l'homme, qui dans le cours des temps ne cesse de renouveler et de modifier sa puissance d'accommodation à tout ce qui l'entoure.

Sans doute l'annexion de l'Asie Antérieure au monde occidental pour la culture, le commerce, l'exploitation industrielle sera une œuvre longue et difHcile; il n'est pas douteux non plus que la civilisation matérielle importée de l'ouest ne reçoive des Orientaux l'impression de leur génie, si

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