‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 55 sur 186 · BANDAR-ABBAS, MINAB. ST · texte numérisé non relu

BANDAR-ABBAS, MINAB. ST

exportent chaque année enviroa 1500 tonnes. Pendant la saison de la cueillette, les immigrants affluent de 200 kilomètres à la ronde; de là ce nom de Maghistan ou « Pays (les Dattes » donne à Nînab'. La récolte du colon est également 1res importante, de même que celle du henné {lawionia

" arO*/a atr'OtS

alba), cet arbuste dont les racines rougeâtres servent à la teinture et dont les feuilles sont employées par les femmes de l'Orient pour se colorer tes ongles, la paume de la main et la plante des pieds : le henné de Minab s'exporte à Bombay, mais la plus grande partie de la récolte est envoyée à Yezd et à Kirman*.

A l'époque de Marco Polo, c'est en terre ferme que se trouvait ia cité de

• Cari Rittcr, Aiien, toi. VIU.

* HaUTemenl commercial de Bandar-Abbit en 1877 :

13 850 000 francs (d'après Houtum Schindler).

Hormos ou Ormuz, qui était alors le centre d'un commerce « immense » et où venaient les marchands de l'Inde avec des navires chargés d'cpices, de pierres précieuses, de perles, d'étoffes de soie et d'or, de défenses d'éléphant. L'emplacement de la vieille cité, en partie couvert de ruines, a été retrouvé sur le cours du Minab, à une dizaine de kilomètres au sud-ouest du fort qui s'élève au centre de l'oasis des jardins*. Dévastée par les Mongols, Ormuz se reconstruisit dans une île, de forme presque ronde, située à 6 kilomètres environ de la terre ferme : c'est la ville dont Albuquerque s'empara au commencement du seizième siècle et où se firent, an profit des navigateurs portugais, les échanges des denrées les plus précieuses de l'Orient et de l'Occident. La ville était située dans la partie de l'île la plus rapprochée du continent; il s'y trouve encore un petit village signalé de loin par un minaret et par une forteresse portugaise, en bon état de conservation. Des palais, des églises s'élevaient en diverses parties de l'île d'Ormuz, et la plus haute colline, qui dépasse 200 mètres, portait une chapelle servant en même temps d'amer, Nostra Senhora de la Pcnha ; des citernes profondes sont creusées dans le roc. Jalouse du commerce des Portugais, la compagnie anglaise des Indes fit alliance avec la Perse et, après un long siège, le fort dut ouvrir ses portes; la ville fut pillée et démolie; même les matériaux de construction furent emportés pour servir aux édifices de Bandar-Abbas*. I^es quelques embarcations d'Ormuz n'exportent plus que du poisson salé, une terre ocreuse qui sert de matière colorante, et du sel que l'on recueille, après les pluies, dans les ravins étincelants de blancheur, qui découpent les collines de l'intérieur, composées de sel gemme.

L'île de Kichm ou Tawilah, c'est-à-dire « l'Ile Longue », qui s'étend à l'ouest d'Ormuz, parallèlement à la côte de l'Iran, est une terre considérable qui semble avoir fait jadis partie du continent; elle n'en est séparée que par un canal de 2 à 10 kilomètres de largeur qui serpente autour des promontoires et des plages basses couvertes de palétuviers; même de grands navires h voile, aidés par la marée, peuvent s'engager dans ce long canal d'une centaine de kilomètres, car aux seuils les plus élevés on mesure une épaisseur d'eau de 6 à 7 mètres. L'île possède de bons mouillages, notamment celui de Left, au milieu du canal ; mais en dépit de son excellente position entre deux mers, en face de l'Arabie et dans une concavité profonde du littoral persan, la longue terre n'a point de grands

« Pelly ; — Yule, The Book of ter Marco Polo.

^ A. \V. StifTe, The Geographical Magazine , april 1874.

ORMUZ, KIGHM, LINDJAH. 281

entrepôts. La bourgade appelée Kichm, comme Tile, et bâtie à son extrémité orientale, près d'un ancien fort portugais de l'île, vis-à-vis d'Ormuz, n'a guère que des fruits à offrir aux marchands : de rares oasis, où l'on •cultive de l'orge, des melons, quelques arbres fruitiers, se montrent sur les terrains en pente revêtus d'une mince couche de terre végétale. Dans son ensemble, l'île, rocheuse et dépourvue de végétation, coupée de collines grises ou blanchâtres, calcaires ou salines, ou couverte d'efQoœsrescences de soufre, est l'image de la désolation : des voyageurs la comparent à des plateaux sous-marins récemment surgis des flots: d'autres A une terre ravagée par le feu et ne formant plus qu'un amas de scories, r^es Anglais y fondèrent, à l'extrémité occidentale, l'établissement militaire de Basidouh (Bassadore) pour commander l'entrée du golfe Persique, mais ils durent l'abandonner à cause du manque d'eau et de l'intolérable chaleur; toutes les provisions, solides et liquides, nécessaires à la petite garnison, devaient être expédiées de Bombay. En été, la plupart des indigènes

-eux-mêmes vont chercher un refuge sur le continent, dans les bosquets de Minab; les mines de soufre et de sel ne sont exploitées par les Arabes que pendant cinq mois de l'année. Cependant une espèce d'antilope vit dans

-cette île de pierre et de sel *.

Hendjam, qu'un chenal de 2 kilomètres sépare d'une pointe méridionale

-de la grande île, avait été également désignée comme futur poste de marine britannique; mais on a dû y renoncer pour les mêmes raisons; à moins de précautions exceptionnelles, un Européen n'y passerait pas l'été sans succomber à la folie ou à la mort. Pourtant l'île fut autrefois très populeuse; des milliers de maisonnettes en pierre sont éparses dans les creux, ainsi que de nombreuses citernes revêtues d'un ciment indestructible; des restes de cultures en terrasses se voient sur les pentes; à l'extrémité septentrionale on reconnaît encore les ruines d'une ville considérable, où s'élevaient deux mosquées. De nos jours, les seuls habitants sont environ 200 familles arabes venues deChardjah, sur la côte d'Oman; ils se sont

-établis au sud pour exploiter les bancs d'huîtres perlières; une source avare leur fournit un peu d'eau saumâtre. Dans l'intérieur, des massifs de rochers sont composés de sel, que des corps étrangers rayent de rouge, de

Jaune, de vert ; une fissure qui s'ouvre dans une colline de calcaire et de sel gemme se -termine par une caverne remplie de pyrite qui brille comme l'or à la lueur incertaine des lampes \

* Whitelock, Journal ofihe GeograpfUeal Sactely^ 1838.

* Floyer, Une^^lored Baluchiêtan,

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