IX
sujet de changements considérables subis par le niveau de cette mer intérieure. De 1838 à 1840, elle monta de 5 à 4 mètres. Les riverains racontèrent à Loftus qu'au commencement du dix-septième siècle Teau s'était élevée de la même manière pendant quelques années, puis qu'elle avait baissé de nouveau. Des années de sécheresse exceptionnelle arrêtent les progrès des eaux, mais après un recul temporaire l'œuvre d'envahissement reprend avec plus de force. Plusieurs îles du littoral ont été recouvertes par le flot; d'anciennes presqu'îles, maintenant détachées, se changent en îlots, constamment réduits en étendue. La route qui longe le littoral du nord doit être, de génération en génération, i*eportée plus avant dans l'intérieur; la ville d'Ardjich, au bord de la baie nord-orientale, a presque entièrement disparu, et le bourg d'Adeldjivas, au nord du grand bassin, est menacé par la crue ; de même, sur la rive orientale, la lisière du lac s'avance vers la cité de Van, qui en a déjà remplacé une plus ancienne; le village d'Iskella est en partie délaissé; les bateliers attachent leurs barques à des troncs d'arbres qui se trouvent maintenant loin du rivage; des puits, envahis par les eaux d'infiltration, ne donnent plus qu'un liquide saumâtre : peut-être est-ce à des invasions du lac qu'il faut attribuer les légendes relatives à de grandes cités ensevelies au fond des eaux. Quelle est la cause de cet accroissement, phénomène contraire à celui que Ton obsei^c dans presque tous les autres bassins lacusti^s de l'Asie? A moins qu'un remous local des airs n'entraîne dans cette région plus de nuages pluvieux qu'autrefois, il faut admettre lexplication que donnent les riverains eux-mêmes : des Cssures souterraines d'oti s'échappent des sources abondantes vers les hauts affluents du Tigi*e, se seraient partiellement oblitérées, et le réservoir, i*ecevant par les neiges et les pluies plus de liquide que n'en prennent l'évaporation et les émissaires souterrains, augmente en étendue jusqu'à ce que l'équilibre s'établisse ou que le trop-plein s'épanche au sud-ouest dans le torrent de Bitlis. Des bergers nomades, disent les indigènes, auraient roulé une grosse pierre à l'entrée de l'un des entonnoirs de fuite, analogues aux catavothres des lacs de la Grèce, et depuis ce temps le niveau s'élèverait gi^aduellement, mais sûrement. Il serait intéressant de contrôler par l'observation directe les assertions des indigènes relatives à l'obstruction des gouffres et de constater tout d'abord si les sources signalées comme des effluents souterrains du lac lui ressemblent en effet par la teneur saline. A l'orient de Van, un autre bassin, l'Ertchek, accroît son niveau ^ cette crue de deux lacs voisins donne quelque
* Strecker, Mitlheilungen von Peiermann, n* VII, 1865.