BASSINS OU TIGRE ET DE L*EUPHRATE
»Ai KOURDISTAK, MCflOrOTAIIIB, fBAK*ARABI
Quoique située en plein continent, la région de l'Asie Antérieure qu*ar« rosent les deux grands fleuves, le Tigre et l'Euphrate, est l'une des contrées
t Deyrolle, Tour du Mande, 4876.
'i Faoshawe Tozer, Turkiâh Âm^a and EoMtem Aiia Minor,
^ Cari Ritter, Asien, vol. X,
« Villes principales du Pont et de rArménie tnrqne^ arec leur population approiîmatÎTe :
Enendjan, d'après Brandt. . . iSOOOhab.
Baibourt, d'après Toier ... iOOOO »
Bayazid « S 000 »
VILATET DK EHARPOOT.
Arabkir, d'après Taylor. ... 35 000 »
Kharpout, d'après Tozer. . . 25000 »
Dimghi 10000 »
Eghin, d'après H. de HeU. . . 8 500 s
Palou, d'après Tozer 7 500 »
Tchemech-gadzak, d'ap. Taylor. 4 000 f>
Arghana, d'après Brant. • • . 3 500 »
Kyeban-maden, d'après Brant . S 500 •
ynthm de TRinioiiM
Trébizonde, d*après Tozer. . •
52 000 hab.
Kerasonde, d'après H. de Hall .
Tireboli » »
Gumich-khaneh
Platana
Riieh ;
VUATBT ME nu.
Van, d'après Tozer , • . . .
30 000 hab.
Mouch, d'après Tozer
TILATBT D'iEZBEOni.
Eneroam, d'après Tozer • . .
qui se distinguent le mieux des terres environnantes par ses traits physiques et par l'histoire de ses peuples. Nulle part l'aspect du sol ne montre mieux combien les destinées des nations s'harmonisent avec la teri^e qui les porte'. Sans le Tigre et TEuphrate, comment expliquer la civilisation chaldéenne ou la puissance de TAssyrie? De même que le nom d*'Égypte suscite l'image du Nil, resserré entre les deux déserts» puis se ramifiant en delta, de même les mots de Babylone et de Ninive évoquent la vue des deux fleuves entourant les campagnes de la Mésopotamie de leurs eaux, blanchâtres ou jaunes de troubles. Ce n*est point à la valeur propre de telle ou telle race que les populations habitant les plaines comprises entre le Taurus et le golfe Persique ont dû l'importance de leur rôle historique, car les nations qui se sont constituées dans la région des deux fleuves ont les origines multiples et les éléments les plus disparates. C'est précisément le mélange de ces races, dans un milieu favorable à leur fusion, aussi bien qu'à leur développement intellectuel et social, qui valut à la Chaldée et à l'Assyrie leur longue prééminence dans l'histoire du monde antique.
Le plateau d'Iran qui domine à l'orient les plaines du Tigre est disposé relativement à ces campagnes comme un barrage transversal d'où s'épanchent les eaux. La Mésopotamie est comme un déversoir pour les populations des hautes terres voisines, qui pouvaient descendre facilement par l'une ou l'autre des vallées inclinées vers le Tigre et s'acclimater en s'arrêtanl de gradin en gradin. De même les habitants des montagnes arméniennes et ceux du Taurus, au nord et au nord-ouest, étaient naturellement attirés vers leâ plaines qu'arrosent les deux grands fleuves. Enfin les montagnards des chaînes riveraines de la Méditerranée regardaient aussi vers l'Euphrate par delà l'étroite lisière du désert. Des trois côtés, le vaste croissant des plaines inclinées vers le golfe Persique est entouré de hautes terres dont les habitants se sentaient appelés, pour ainsi dire, vers les campagnes basses, vers les eaux abondantes et les plages fécondes. Â tous ces immigrants venus de l'immense pourtour montagneux, la Mésopotamie offrait des conditions analogues; les éléments divers étaient assimilés en un corps de nation civilisée; de tous ces contrastes se formait l'unité supérieure.
Comme voie historique, la vallée de l'Euphrate fut, avec celle du Tigre, d'une importance capitale dans le monde ancien. Là passe le chemin qui réunit les lignes de navigation côtière entre l'Inde et les pays de la Méditerranée. La vallée qui prolonge à travers l'Asie Antérieure la coupure trans-
* Veber rûumliche Ànordnungen aufder Auuenteite derErdbalU
BÀBYLONIE. 579
versalè du golfe Persique va raser au nord-ouest la zone littorale de la Méditerranée et par une brèche des montagnes communique avec la basse vallée de TOronte : la dépression naturelle se maintient de Tune à l'autre mer. Dès que les hommes eurent appris à diriger leurs embarcations éuv les flots, TEuphrate devait être l'intermédiaire entre l'Orient et l'Occident et remplacer les sentiers difficiles de l'Iran à travers les plateaux et les monts. La voie de l'Ëuphrate offre, quoique à un degré moindre, des avantages analogues à ceux du Nil et le mouvement de l'histoire s'y est accompli d'une manière parallèle. La Babylonie est la rivale naturelle de l'Egypte dans le commerce du monde; aussi les souverains puissants de l'une ou de l'autre contrée ont toujours tenté de conquérir le chemin rival pour en supprimer ou pour en utiliser la concurrence^ Au moins pendant une époque, la Mésopotamie parait avoir eu l'avantage comme centre des échanges. Il y a vingt-cinq siècles, Babylone était l'entrepôt des richesses de l'Inde et, pour avoir en sa possession tout le chemin du transit, le roi Nabuchodonozor, déjà maître du port de Teredon, sur le golfe Persique, s'empara de Tyr , sur la Méditerranée. L'Ëuphrate, devenu alors la principale voie commerciale du monde, dépassa même en importance le chemin de la mer Rouge et du Nil. Les conquérants perses, habitués aux routes des plateaux et sans expérience des choses de la mer, arrêtèrent le mouvement des échanges entre l'Inde et la Mésopotamie ; voyant dans les fleuves des lignes de défense et non des routes, ils en coupèrent le cours par des barrages, afin d'empêcher la navigation et se garantir contre les tentatives d'attaque. Devenu maître de l'empire des Perses aussi bien que des régions du Nil, Alexandre, qui comprenait la valeur des deux grandes voies commerciales tombées en son pouvoir, essaya de restaurer le chemin de l'Ëuphrate. II détruisit les barrages qui arrêtaient les eaux, rectifia le cours des deux fleuves, rétablit le port de Teredon, fît construire des flottes et creuser à Babylone un bassin où pouvaient se remiser jusqu'à mille bâtiments. Ces efforts ne furent point inutiles, et non seulement sous la domination grecque, mais encore après les Séleucides, le courant de l'Ëuphrate resta le chemin entre l'Orient et l'Occident. Sous les califes, lorsque les Arabes avaient encore cette force du premier élan qui leur donna la moitié du monde connu, les marchés de la Mésopotamie reprirent leur activité dans le trafic international. Plus tard la solitude se fit dans cette région de l'empii^ turc, mais ne voit-on déjà les signes avant-coureurs d'un retour de fortune pour la Mésopotamie? Le reflux de la civili-
* Fr. Lenormani, Hiitoirc ancienne de r Orient,
sation se propage vers les contrées d*où nous est venu le flot. Athènes. Smyrne et Alexandrie ont surgi de nouveau; de même» Babylone renaîtra.
Prise dans Tensemble de son histoire, cette r^on de l'Asie Antérieure est une de celles qui ont joui de la plus longue civilisation. Lorsque les Mèdes et les Perses héritèrent de la puissance assyri^ine, il y avait déjà des milliers d'années que les dynasties des Ghaldéens, des Ëlamites, des Babyloniens, des Ninivites se succédaient dans les plaines de Mésopotamie et que leurs institutions, leurs cultes et leurs idiomes accomplissaient leur évolution. Les riverains des Deux Fleuves dataient leur histoire mythique des temps où se fit la grande inondation qui donna naissance à la tradition du déluge, empruntée par la Bible presque textuellement à leurs récits S et leurs annales authentiques commencent pour nous à plus de quarante et un siècles en arrière*. Mais par delà cette date désormais fixée, quelle longue période de culture dut s'écouler pour que les divers éléments représentés par les Scythes ou Touraniens, « les plus anciens des hommes »', par les Iraniens, les Sémites, les insulaires de Tilmoun, — peut-être le Bahreîn de nos jours, — aient pu se mélanger et donner naissance à des religions, à des mœurs, à des institutions politiques ayant un caractère d'unité ! Les recherches récentes ne tendent-elles pas aussi à prouver que la science des Chinois, si longtemps considérée comme ayant eu une origine spontanée sur le versant oriental de l'Ancien Monde, a pourtant une filiation chaldéenne et commence sur les bords de l'Euphrate*. La magie de Babylone se retrouve jusque chez les Toungouses.
Tel fut l'ascendant de la civilisation des Chaldéens, que, dans leurs légendes, les populations des alentours placèrent entre les deux fleuves ce lieu idéal où les premiers hommes auraient vécu dans l'innocence et dans la joie. Comme tous les peuples, ceux du bassin de l'Euphrate devaient reporter leur vénération particulière vers la contrée d'où leur étaient venus les arts et les sciences, et cette contrée se transformait à leurs yeux en une région de bonheur, un « paradis » , un « Eden » où la mort ne régnait pas, où le serpent tentateur ne s'était pas glissé. Les Iraniens regardaient vers les vallées de l'Elbordj ou Ëlbourz ; les Hindous se tournaient vers les « Sept Rivières » que domine le mont Mérou ; de même les Hébreux, venus de la Mésopotamie, avaient les yeux fixés sur la région
< Fr. Lenormant, mémoires divers ; — Haupt, Sinfflulberichif etc.
* Fritz Hommcl, Die VorsemilUchen KuUuren in Aegypten und Babylonien, ' Richard Lepsius; — Wahrmund, Babylonierthum.
* Lenormant; — Terrien de la Couperie, On the Shitting ofihe cardinal PainUf as an iUtulralion of the Chaldœn-Babylonian culture borrowed by the early Chivese,
ABYLONIE, « PARADIS TERRESTRE ». 381
des fleuves et leur paradis avait pour limites les courants du Tigre, de TEuphrate et ceux du Pison et du Gihon, restés inconnus. Les matelots qui remontent le Chat-el-Ârab ne manquent jamais de désigner aux voyageurs comme les sites du paradis les arbres de Korna, au confluent des deux fleuves. Nombreuses sont les théories des archéologues et des exégètes qui tentent d'identifier avec précision Tendroit où les livres juifs plaçaient le jardin de félicité ; mais n'y faut-il pas voir simplement la zone des cultures arrosées par les deux grands fleuves et par leurs canaux d'irrigation? Dans les inscriptions cunéiformes la fiabylonie est toujours représentée par les noms de quatre cours d'eau. Tigre, Euphrate« Soumapi, Oukni, les mêmes probablement que ceux dont parle la Genèse. Ijq nom d'Eden ou Gan-Eden serait identique à celui de Gan-Douni, l'une des appellations qui désignaient le pays de Babylone, consacré au dieu Douni ou Dounia'. Depuis la découverte des littératui*es zend et sanscrite, le nom de ce Paradis terrestre » que la légende localisait dans Aram Naharaîn, la <c Syrie de's deux Fleuves », est devenu une expression flottante s'appliquant au Kachmir, à la fiactriane ou à telle autre région fertile de l'Asie Antérieure. La Chaldée, vers laquelle regardent encore, parmi les hommes de l'Occident, ceux qui cherchent l'âge d'or dans le passé, ne pouvait manquer d'exercer une influence capitale sur la religion des peuples qui reçurent sa civilisation. Les écrits sacrés des Juifs, devenus ceux des chrétiens, contiennent de nombreux passages transcrits des livres chaldéens et même des fragments rédigés dans le dialecte de Babylone; les légendes sur la vie des patriarches, le déluge, la construction de la Tour de Babel et la confusion des langues sont identiques*; la cosmogonie de la Genèse diffère peu de celle que rapportent les fragments de Bérosc. Mais la Chaldée légua également aux Occidentaux son avoir scientifique, la connaissance des astres et de leurs mouvements, l'art de diviser le temps d'après la marche des cieux, elle leur apprit à peser et à mesurer les objets avec précision et leur enseigna mille notions premières d'astronomie et de géométrie, dont la trace se retrouve dans les termes techniques. Pour le commerce, les Chaldéens employèrent, probablement les premiers, des briques cuites sur lesquelles on inscrivait l'ordre de payement ; de Babylone, l'invention passa en Pei'se, d'où les Arabes la propagèrent en Europe'. Quant à la littérature et aux arts des populations qui vécurent dans les bassins du Tigre et de
> U. Rawlinaon, Notet on the iUe of the ierruirial ParadUe; -~ Friedrich DdiUach, Wo lag doM Paradiet?
* Fr. Lenormant ; — Friedrich Delitzsch, Wo lag dai Paradiet ? ' Lenormant, La Monnait dans Vanliquiti.
l*Euphrale, leur action fut aussi très puissante, mais par la lente élaborar tion que leur firent subir d'un côté les Juifs et les Phéniciens, de l'autre les Hittites, les Cypriotes, les Phrygiens. Leur part d'influence sur la marche de l'humanité fut longtemps oubliée ; mais elle s'est réveillée soudain, pour ainsi dire, pendant ce siècle-ci. Les premiers explorateurs
I* n. — TBLL 06 là. rtàVK DO TIGKE, AU SUD DB fÉLEDOB.
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racontent le saisissement qu'ils éprouvèrent lorsqu'ils virent ces taureaux ailés à la face impassible et formidable qui gardaient l'entrée des temples. Il est facile de comprendre l'effroi des Arabes qui, voyant se dégager ces figures augustes, prenaient la fuite ou tombaient à genoux, croyant qu'une divinité surgissait de terre.
En aucune contrée de l'Asie Antérieure le sol n'est couvert de ruines plus nombreuses que dans la Mésopotamie; sur de vastes étendues, la terre