HISTOIRE ET RELIGIONS DE L'ASIE ANTËRIEURE
casiennes du Rion et du Kour, a saisi les forteresses les plus redoutables des montagnes d'Arménie et détient les passages qui lui permettraient de lancer à volonté ses armées sur Constantinople, Alep ou Bagdad. De l'autre côté de la Caspienne, les Russes ont également conquis plus d'une position d'où il leur serait facile d'attaquer les régions vitales de la Perse, et grâce à la possession des oasis turkmènes, ils sont à l'entrée même de la route des Indes par la vallée du Ueri-roud. Les Anglais, rivaux des Russes pour l'hégémonie politique de l'Asie, ont pris aussi leurs gages en s'établissant à l'un des angles de la Méditerranée orientale, dans l'île de Chypre, qui domine à la fois les côtes méridionales de l'Asie Mineure et celles de la Syrie, à proximité du grand coude de l'Euphrate et des régions les plus menacées par l'avance des Russes en Arménie. A l'entrée du golfe Arabique, sur le grand chemin de la navigation à vapeur, ils occupent aussi le port d'Aden, et grâce à quelques subventions distribuées aux chefs de tribus, leur gouvernement est suzerain de presque toutes les populations cdtières. Ce n'est pas tout : dans mainte cité de l'intérieur, en Perse, en Anatolie, dans l'Irak Arabi, les consuls britanniques sont beaucoup plus maîtres que les gouverneurs eux-mêmes et leurs invitations sont des ordres. Bans les montagnes de la Syrie, chez les Druses et les Maronites, la véritable souveraineté a été souvent attribuée, souvent disputée à la France, suivant les oscillations de la politique et les revirements de la diplomatie. De même Jérusalem se trouve, par les ambassades, sous l'autorité de toutes les puissances d'Europe, ayant tour à tour voix prépondérante, selon la direction du vent qui soufQe dans la Corne d'Or.
Les deux religions qui naquirent dans la Palestine, judaïsme et christianisme, ne sont représentées maintenant dans l'Asie Antérieure que par des communautés relativement peu importantes. Les Juifs ne sont en groupes considérables qu'à Jérusalem et dans quelques villes du territoire environnant. Quant aux chrétiens, c'est également en Palestine, autour du Saint-Sépulcre et d'autres lieux vénérés, que se sont constituées les églises ferventes. Ailleurs, il n'y a guère de chrétiens que dans les régions helléniques et arméniennes de l'Asie Mineure et dans les montagnes du Liban. La très grande majorité des habitants en Turquie d'Asie, et dans les autres contrées de l'Asie Antérieure la totalité de la popu* lation, appartiennent à l'Islam. L'Arabie, où se trouvent les villes saintes du mahométisme et d'où la foi s'est propagée dans le reste du monde, est encore le vrai centre de la religion, et c'est là que vivent ses plus zélés apôtres. Mais, si ardente que soit la foi musulmane dans quelques contrées, l'unité de religion dans cette partie du continent est loin de donner la cohé-
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sion politique à ses peuples : h coalition pan islamique dont on parle souvent n'est point à craindre pour les puissances européennes qui se disputent la domination de l'Orient. D'abord, la secte rer\-entc des Wahabitcs, qui observe scrupuleusement les enseignements du propbète, n'a point d'importance numérique, si ce n'est dans l'intérieur de l'Arabie, où elle n'est pas en contact direct avec l'étranger. La plus grande partie de l'Asie mabométane, d'un côté la Turquie, de l'autre la Perse, se trouve divisée entre le-s sunnites et les chiites, qui se tiennent mutuellement en exécra-
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tion; dans mainte province, le ghiaour est considéré comme un être moins impur que le musulman de la secte ennemie. En d'autres pays, l'indiflercnce est gétiérale; la plupart des Bédouins n'ont jamais eu d'autre divinité que leur lance, et même on les a vus attaquer des pèlerins revenant de la Mecque. Enfin, cbcz la plupart des Turcs, les croyances ont perdu leur force active; elles ont dégénéré en un morne fatalisme, prélude de la mort. Si les conversions de mahométans au christianisme sont presque sans exemple, il ne faut point attribuer cette résistance à la force de leurs convictions ;*elle provient des longues rivalités, même des baines tradition-