CANAUX DE L'EUPHRATE
ment et vont se ramilîer au loin dans les campagnes : ce n'est là qu'un faible i-este des gigantesques travaux hydrauliques décrits par Hérodote, alors que ie réservoir laléi'al, où s'alimentaient tes rigoles d'irrigation, était assez vaste pour recevoir pendant plusieurs jours sans se remplir tout le courant de l'Euphrate. Le canal attribué à Nabuchodonosor, qui se ramifiait parallèlement au Deuve, de Hit jusqu'à la mer, n'avait pas moins de 800 kilomètres de longueur; il n'a été dépassé par aucun travail moderne du même genre. Les anciens canaux dont on voit les restes dans les cam-
pagnes riveraines étaient de deus sortes : les uns, tels que le Nahr-el- Melek ou « courant du Roi », qui descendait obliquement de l'Euphrate et débouchait dans le Tigre à Sélvucie, étaient creusés assez profondément pour que le flot y passât en toute saison et nettoyât son Ht par sa force d'érosion; c'étaient les voies navigables. Ijes autres canaux, qui servaient exclusivement à l'irrigation, ne recevaient l'eau que pendant la saison des crues, qui coïncide précisément avec la période la plus active de ta végétation; mais ces rigoles s'envasaient, et chaque année il fallait en retirer les vases, que l'on rejetait sur les bords; les talus finissaient pur atteindre une hauteur de 6 ù 7 mètres au-dessus des campagnes; on en voit
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même qui dépassent 10 mètres. A la longue, les cultivateurs se fatiguaient d'entretenir ces canaux à double rempart latéral ; ils en creusaient un second, puis un troisième, dont les levées se dressaient successivement au travers de la plaine; en maints endroits, cinq ou six de ces anciens canaux bordent Fhorizon de leurs murs parallèles, qui ressemblent à des lignes de retranchements'. Rien ne serait plus facile que de remettre ces canaux en état par le déblai des sables et des vases qui les ont obstrués. Les exemples modernes de pareilles instaurations ne manquent pas : c'est ainsi qu'en juillet 1858 un bateau à vapeur descendit le canal de Saklaviyah jusqu^au Tigre à Bagdad. Depuis, on a réparé d'autres canaux babyloniens ; mais les rigoles d'arrosement que l'on creuse de nos jours sont pour la plupart de dimensions bien plus modestes que celles des anciens; elles n'ont pas cette largeur de 20 à 80 mètres qui en faisait de véritables fleuves, et ne sont point pourvues de réservoirs régulateurs pavés et maçonnés, comme ceux que l'on voit çà et là, perdus dans l'intérieur des terres; abandonnées depuis des centaines d'années, ces œuvres ne sont plus entourées de verdure comme jadis : tout autour la plaine s'étend à perte de vue, blanche d'efflorescences salines. Quant à la construction des levées fluviales, les riverains, Arabes ou autres, savent encore la pratiquer avec art : des branches de tamaris et des roseaux leur servent à former des fascines élastiques et par cela même plus résistantes que la pierre; les vases, se logeant dans les interstices, donnent un corps aux revêtements des berges et contribuent à leur solidité.
A quelques kilomètres en aval de la jonction, le Chat-el-Arab reçoit un affluent considérable, la Kerkha, la rivière persane qui descend des montagnes du Louristan. Large d'un demi-kilomètre en moyenne et profond de 6 à 10 mètres, le « Fleuve des Arabes » est un des grands cours d'eau de l'Asie, sans que toutefois on puisse le comparer à des courants tels que le Yangtze, le Gange, le Brahmapoutra ; il est même très inférieur au Danube, le rival de l'Euphrate pour la longueur du cours, mais traversant un pays plus humide. I^ débit moyen du Chat-el-Arab est évalué par Barns à 6696 mètres cubes par seconde, ce qui représente un écoulement d'environ 5 décimètres pour toute la surface du bassin : la profondeur du golfe Pcrsiquc étant évaluée à 75 mètres, il faudrait aux eaux du Chat-el-Arab environ soixante-dix années pour remplir cette cavité, si elle avait été mise à sec par quelque phénomène de la nature. Les molécules argileuses qu'il tient en suspension se déposent à l'embouchure et forment au large
< Bewshcr. Journal ofthe Geographical Society, 1867.