‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 88 sur 186 · NINIVE, CALACH · texte numérisé non relu

NINIVE, CALACH

restes de sa bordure crénelée '. Les sculptures précieuses retirées des fouilles de Khorsabad n*ont pas toutes atteint le Louvre; il s'en est beaucoup perdu dans le Jigre. Une des trouvailles les plus remarquables de Place est un magasin de fer renfermant plus de 160 tonnes d'instruments de toute espèce : peut-être les fameux aciers de Damas sont-ils un legs de Findustrie assyrienne'*

Le groupe des ruines comprend aussi à l'orient de Koyoundjik les monticules de Karamlis et autres villages de la « plaine des Chaldéens », ainsi nommée des cbréti^ns qui la peuplent. La plus fameuse de ces buttes, h une trentaine de kilomètres au sud de Mossoul, porte le nom légendaire de Nimroud. Les archéologues savent maintenant que ce monticule s'élève sur l'emplacement de Calach, première capitale de l'empire assyrien : il y a près de trente-deux siècles que Salmanazar I*' en jeta les fondements*; plus tard, quand Ninive la remplaça comme résidence, elle resta grande ville. Sa position est heureuse : elle était bâtie non loin du confluent du Grand Zab et du Tigre, à la rencontre des deux vallées, sur la haute berge de la rive gauche : on reconnaît encore au pied des ruines un ancien lit du Tigre, qui de nos jours s'est éloigné vers l'ouest, comme il lui est arrivé en beaucoup d'autres endroits de son cours ^. Le palais d'Assour-Nazirpal, bâti au neuvième siècle de l'ère ancienne, est le principal édifice retrouvé sous les décombres, les sculptures qu'on y a recueillies sont le chef-d'œuvre de l'art assyrien et l'obélisque « noir » est le plus précieux monument épigraphique de l'empire. A 15 kilomètres au nord-est de Calach, sous la butte de Balawat, Hormuzd Rassam a découvert pour le Musée Britannique des plaques de bronze, anciennes portes d'un précieux travail dont les gravures et les inscriptions racontent tous les exploits accomplis par Assour-Nazirpal il y a vingt-sept siècles et demi.

Maint autre monticule attend les explorateurs pour leur livrer ses archives de pierre : dans la plaine il n'est pas de cité qui n'ait eu son temple et son palais, et dans les vallées de Khabour, du Grand Zab et de leurs affluents se trouvent de nombreux débris où l'on découvrira des édifices bâtis par les souverains d'Assyrie, car ils passaient une moitié de leur vie dans la région forestière des montagnes, où ils chassaient les bêtes fauves, et des villes s'élevaient autour de leurs rendez-vous de chasse. Quelques-unes des plus remarquables sculptures de la haute Mésopotamie

' Place, AVnitw; — Perrot et Chipiez, ouTrage cité

* Beulé, Fouilles et Découvertes,

* Smith, Assyrian Discoveries, ^ Cari Ritter Àsieu. vol. X«

438 NOUVELLE GËOeRAPHlE UNnERSELlE.

sont taillées, près de Maltaï, à 80 kilomètres au nord de Mossoul, sur un rocher qui domine le ruisseau de Doulap; des figures colossales, plus curieuses encore, ont été sculptées en relief par Sennacheril;, sur une |>£t*

roi calcaire, dans l'étroite vallée de fiavian^ que les montagnes de MekIouL sépai-ent de la plaine de Mossoul. Ce tableau, protégé contre les intempéries par le rebord d'une niche haute de 9 mètres, serait encore parfaitement conservé, si des troglodytes, probablement des moines chrétiens, n'avaient eu l'idée d'y creuser leurs demeures: les fenêtres en plein cintre

CALâCH, vallée du ZAB. 499

de ces cavernes s'ouvrent, en diverses parties de l'immense cadre, sur le corps et la léte des personnages.

Actuellement, le bassin du Grand Zab est une des régions de l'Asie Antérieure où l'on ne se hasarde qu'avec prudence. C'est le pays de mon-

tagnes où vivent les Kourdcs les plus belliqueux, ayant le moins subi Tinfluencc des musulmans, turcs et arabes, établis dans la plaine. Là aussi étaient les citadelles des monts où les tribus ncstoriennes, habituées an pillage comme les autres, bravèrent le plus longtemps les pachas. L'histoire ne mentionne point de conquérants assyriens, persans ou gi-ecs qui aient traversé ce pays redouté. Tous le contournèrent soit au nord, soit au

430 NOUYELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

sud, pour gagner les plateaux de la Perse ou de la Médie, ou descendre dans les plaines du Tigre. Le premier voyageur européen, Schulz, qui pénétra dans cette contrée en 1829, y trouva la mort avec tous ses compagnons. Les chefs Lourdes, jadis indépendants et maintenant assujettis à la Turquie, par l'effet de leurs dissensions jalouses, résident pendant une partie de l'année en des forteresses entourées de quelques maisons; en hiver, quand les tribus redescendent de leurs campements des montagnes, ces places fortes deviennent de véritables villes. La principale est Djoulamerk, la capitale des Kourdes Ilakkari, bâtie sur un promontoire qui domine la rive droite du Grand Zab. A une petite distance au nord se montre le village de Kotch Hannés, résidence du Mar Chimoun ou « Maître Simon », le patriarche des Nestoriens ou Tiyari. Ije cheikh des Hakkari fait exploiter quelques gisements de fer et de plomb dans le voisinage de Djoulamerk, mais les grandes richesses métalliques attribuées par les missionnaires aux montagnes des alentours ne sont pas exploitées.

Au sud de la contrée des Hakkari, la bourgade d'Amadiah, perchée sur un coteau, mais dans une région d'accès facile, près du seuil de partage entre la vallée du Grand Zab et le bassin du Khabour, fut longtemps un centre commercial, le rendez-vous des Kourdes de la montagne pour leurs échanges avec les marchands de la Mésopotamie; une colonie juive, qui forme près de la moitié de la population locale, rappelle cette période de trafic. Les Juifs du Kourdistan marient volontiers leurs filles à des Turcs *; ils se sont graduellement fondus avec la population environnante; d'apparence et de mœurs, ils se distinguent à peine de leurs voisins. Au sud d'Amadiah, dans un gracieux vallon boisé, s'élève l'humble temple de Cheikh Adi, à l'entrée duquel est sculptée l'image d'un serpent, symbole de l'ange déchu ; autour du temple sont disposés des autels où s'allum'ent, lors des grandes fêtes, les feux de naphte et de bitume. Une autre capitale religieuse, El Koch, résidence du patriarche des Chaldéens, apparaît à la base d'une colline, toute percée de grottes, anciennes demeures et tombeaux*, et sur le sommet, difficile à gravir, se trouve le monastère de Rabban Ormuz, en partie taillé dans le roc. Maintenant Amadiah n'est plus qu'un petit chef-lieu de tribu, une bourgade en ruines, occupée par une gar-t nison qui surveille les Kourdes des alentours. Mais Revandoz ou Rowandiz, située entre de profonds ravins latéraux du Grand Zab, en amont du défilé de sortie, est une véritable ville, et les habitants s'y pi^ssent comme

* Millingcn, Wild Ufe among Ihe Koordt. ^ Rich. Résidence in Koordiiian.

« REYâNDOZ, ARBIL, ÀLTIN KIOPRU. 431

dans une cité commerçante que gêne un mur d'enceinte; elle a plus d'un millier de maisons, contenant chacune deux ou trois familles, même davantage; aux mois d'été, toute la population, hommes, femmes, enfants, chiens et volailles, se presse sur les toits, garnis de branchages*. Les marchands de Mossoul visitent Revandoz pour y échanger des objets manufacturés d'Europe contre des noix de galle. Le tabac de Revandoz, presque toujours réduit en poudre, est expédié surtout aux Persans.

liC marché principal des Kourdes qui vivent dans les bassins des deux Zab est la ville d'Arbil ou Erbil, l'Arbelles des Grecs, située à 430 mètres d'altitude, en dehors de la région des montagnes, dans une plaine gracieusement ondulée qui ouvre à l'ouest vers le Grand Zab et le Tigre, au sud vers la vallée du Petit Zab; elle est placée exactement à la limite du territoire de langue arabe, sur la frontière ethnologique des Kourdes. Si importante que soit encore Arbil parmi les villes secondaires de la Mésopotamie, elle n'est évidemment qu'une ruine, comparée à ce qu'elle fut autrefois; on reconnaît les restes de l'ancien fossé de circonvallation dans lequel les maisons actuelles sont pour ainsi dire perdues. Le quartier antique est bâti sur une de ces buttes artiGcielles comme on en voit un si grand nombre dans la contrée ; des commencements de fouilles ont suffi pour révéler des voûtes et des galeries, qui sont probablement d'origine assyrienne; à l'ouest, les massifs de conglomérat du Dehir-dagh sont coupés d'anciens canaux d'irrigation qui descendaient vers la plaine du Chemamlik, entre Erbil et le Grand Zab. A l'endroit où cette rivière échappe à sa dernière cluse, entre le Dehir-dagh et l'Arka-dagh, fut livrée, à Gaugamela, la bataille dite d'Arbelles, qui ouvrit aux Macédoniens le chemin de la Perse*. Près de là, Akra se cache dans une forêt d'arbres fruitiers.

Une seule petite ville se trouve dans le bassin du Petit Zab, Altîn- Kiôpru ou le « Pont d'Or » : c'est le passage obligé des caravanes qui de la plaine d'Arbil se dirigent vers la vallée de l'Adhim ou celle de la Diyalah. Altîn-kiôpru , une des villes les plus pittoresques de l'Asie Antérieure, est bâtie dans une île de conglomérat, coupée en falaises verticales du côté d'amont et s'abaissant graduellement vers l'aval pour se terminer en pointe sablonneuse. Le pont de la rive méridionale, jeté de falaise à falaise, développe son arcade ogivale à une grande hauteur et de ses parapets on regarde sur les terrasses de la ville et sur l'eau rapide oii s'enfuient les radeaux lancés au-dessus des cluses par les Kourdes de Khoï-

« Ainsworth, Journal of ihe Geoçraphkal Society ^ 1841. * Rich: Âinsworth; Gernik.

sandjak; dans les années de grand commerce, jusqu*à cent mille chameaux chargés passent sur le «pont d*Or ». A peu de distance au sud-est d'Altinkiôpru commence la vallée du Khaza-tchai, où se trouve une autre ville, la plus considérable de tout le bas pays kourde. Traversée par les caravanes qui longent la base des grandes montagnes, à Test du Tigre, Kerkouk se compose en réalité de trois villes distinctes ; la forteresse, bâtie sur un monticule artificiel haut de 40 mètres, maçonnée sur tout le pourtour et recouvrant un labyrinthe de galeries; la cité basse, s'arrondissant on demi-cercle autour du tertre de la citadelle; le faubourg ou maJialehf dont les maisons sont éparses au milieu des jardins de la rive droite. Un cheikh derviche, chef spirituel de cinquante mille murides ou disciples résidant en diverses contrées de la Mésopotamie, habite Kerkouk^ L'importance de cette ville ne provient pas uniquement des routes commerçantes qui s'y croisent : elle possède des thermes fréquentés et des sources salines abondantes; les albâtres des montagnes voisines sont exploités en carrières, et dans le voisinage, au nord, se trouvent, comme en Italie, de célèbres ce champs phlégréens » où Ton adorait la déesse Ânahit : les rumeurs du sol ont fait donner à cette région brûlante le nom de Baba Gourgour ou « Père du Murmure » ; en enfonçant une épée dans le sol, on en fait jaillir la flamme*. Lenaphte de Kerkouk, que Ton recueille en de nombreuses sources, sur les mares et jusque dans les fossés, est expédié à Bagdad et <lans toute la Mésopotamie orientale. On utilise également les sources bitumineuses de Touz-Khourmatli, jaillissant plus au sud sur un affluent latéral de TAdhim, et celles de Kifri ou Salahieh, bourg d'un vallon tributaire de la Diyalah, près duquel se voient les restes d'une cité abandonnée.

En aval des ruines de Galach et de la jonction des deux fleuves rivaux. Tigre et Grand Zab, les ruines se succèdent le long du fleuve, désignées de loin par les tell ou buttes de décombres revêtues d'herbes et de broussailles. Un de ces amas de débris, sur la rive droite, au-dessus de la bouche du Petit Zab, est la butte la plus haute de la Mésopotamie en amont de Bagdad. Un village, Kaleh-Charghat, s'élève dans le voisinage; c'est le reste de l'antique cité d'Assour, qui précéda Ninive et donna son nom à l'empire des Assyriens. Loin du fleuve, en pleine solitude des steppes mésopotamiennes, les bergers Ghammar campent dans les ruines d'une ville qui fut aussi capitale et dont le nom même, El Hadhr ou Hatra, parait avoir eu le sens de « Bésidence ou « Gité » par excellence. Au bord du Tartar,

' Khourchid-EfTendi, Description de la frontière turco-persane, traduit en russe par Gamazov* 3 Grattan Geary, Through Asiatic Turkey,

IfouvAr C^ugi-aphif tWcraette TlX.Pl.Ii

ASSYRIE ET CHALDEE

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KERKOUK, KALEIE-CUARGHAT, EL H&DBR. 133

ruisseau descendu des vallées sindjarienncs, se dresse le cercle des murailles d'une régularité parfaite, l'enfermant un temple du Soleil dont la façade est tournée vers l'orient. Cet édilice, somptueusement orné de sculptures, date de l'époque des Sassanides, mais il repose sur des fragments

beaucoup plus anciens et divers fragments rappellent les âges chaidéens*. Sur lo Tigre, les rares groupes de maisons modernes s'annoncent de loin par des oasis de cultures. Entre Mossoul et Bagdad, une seule de ces zones de jardins, qui s'étend le long de la rive droite, offre une population assez dense : c'est l'oasis de Tekrit, située en aval de la percée ou fattha du

< Aiiuworlh, TraveU in Atia Uinor ; — Rîch ; — Lajard, J^mtttk and iti Renuàni

Hamrin, oii Ton voit des sources de naphte jaillir du fond de la rivière en bouillons noirs et recouvrir au loin Teau jaunâtre de leurs pellicules irisées '. Un énorme château ruiné, où naquit Saladin, domine les maisons basses de la bourgade moderne de Tekrit. Une des nombreuses Eski Bagdad ou ce Vieille Bagdad », près de la prise d'eau du Nahrwan, occupe l'emplacement d'une ville inconnue, peut-être Harounieh, la cité du fameux calife Ilaroun ar Bacbid; Samara, qui se voit également sur la rive gauche, dans la plaine qu'arrosent les canaux dérivés du Nahrwan, n'est plus qu'un faible village, mais elle fut au neuvième siècle capitale de l'empire des califes. Près de là se voient les i-esles d'un rempart de terre que les Arabes appellent la « muraille de Nimroud ». Est-ce un fragment de la « muraille Médique » le rempart qui défendait jadis les campagnes de la basse Mésopotamie contre les incursions des barbares du Nord?

Bagdad (Baghdad), qui porte officiellement le nom de Dar-es-Salam ou <c Demeure de la Paix », s'élève sur l'emplacement d'une antique cité, dont Oppert explique l'appellation par le mol persan Bagadata ou « Dieudonné' » ; mais il ne restait plus que des ruines lorsque Bagdad fut rebâtie dans la deuxième moitié du huitième siècle par Abou-Djaflar-Al-Mansour : elle se trouve dans une région où le croisement des voies historiques devait nécessairement faire surgir une grande cité. Détruite sur un point de la contrée, la capitale devait renaître sur un autre; tantôt c'était Ctésiphon, tantôt Séleucie : c'est ainsi que d'un arbre abattu sur-: gissent les rejetons. En cet endroit le Tigre s'est assez rapproché de l'Euphrate pour que les deux fleuves, unis par leurs canaux, forment un même système hydrographique; la vallée de la Diyalah vient rejoindre le Tigre et présente la meilleure porte d'entrée pour s'élever vers le plateau d'Iran et y pénétrer par la brèche la plus facile des montagnes bordières^ Gomme Erzeroum pour la Médie, Bagdad est pour la Perse proprement dite le point de départ obligé des caravanes. Mais son importance même attirait les conquérants : il est peu de cités où tant de ruines aient exhaussé le sol. Tandis qu'en creusant la terre on trouve encore des restes de galeries dont les briques portent le nom de Nabuchodonosor*, on ne sait pas même où l'on doit chercher les vestiges du palais qu'habitait le fastueux Ilaroun ar Rachid, contemporain de Charlemagne; Bagdad ne conserve plus de cette époque de richesse et de puissance que les murs dépouillés du tombeau de Zobéide, la femme préférée de Haroun.

* Thiclmann, SlreifoUge in dem KaukasuM,

* Jules Oppert, Expédition mentifique en Mésopotamie,

* Layard, Diêcoveriet in the rmm ofNineveh and Bakylon; -^ Oppert, outrage cité.

TEERIT, SAHARA, BAGDAD. i35

La cité fondée par Al-Mansour s'élevail sur la rive droite; mais, trop à rétroit dans son enceinte, elle se continua de l'autre côté par des fauboui^ et des jardins, qui sont devenus la véritable ville : Tancicn quartier, déchu an rang de faubourg, a perdu son nom ; c'est le bourg de Karchiaka, qu'ha-

^e-s' E.TA.P.';. "a-^'

SI

A*'B5- tsTd»Gr«^-.cli 44'03-

bîlent surtout des Ai;abes de la tribu des Aghcïl. Deux ponts de bateaux, longs d'environ 250 mètres, unissent les deux rives, à l'endroit le moins large. Débordant jadis dans les campagnes environnantes, Bagdad forïnait une agglomération de quarante villes et bourgades qui se rattachaient par des avenues de maisons le long des routes' ; de nos jours, elle ne remplit

■ De Sbue, ProUgominet iTIbn Klialdom.

436 NOUVELLE GÉOGRiPUIE UNIVERSELLE.

plus Tespace rectangulaire enfermé dans ses remparts; une moitié du terrain est couverte de ruines, au milieu desquelles cheminent les caravanes comme dans un coin du désert. Dans Tenceinte même se voient des amas de décombres, alternant avec des bouquets de palmiers ; plusieurs quartiers sont composés de misérables cabanes, aussi délabrées que celles des villages de l'intérieur; cependant la cité, prise dans son ensemble, est Tune des plus prospères de Tempire turc. Comme lieu de transit et d'entrepôt, elle reçoit les denrées et les objets précieux de toute l'Asie Antérieure, et les huit bateaux à vapeur turcs et anglais qui, en 1885, font le service du fleuve entre Bagdad et Bassora, ne suffisent pas au transport des marchandises, laines, grains, noix de galle. Par sa propre industrie, Bagdad contribue au commerce d'exportation ; ses dattes, les légumes et les fiiiits de ses jardins sont vantés dans tout l'Orient; on achète à haut prix ses chevaux, et surtout ses ânes blancs, mouchetés de couleur par le henné. Bagdad a diverses institutions que l'on chercherait vainement dans les auti^s villes de l'Orient; outre les médressé musulmanes et les écoles ouvertes par les missionnaires européens, catholiques et protestants, elle possède une école professionnelle où Ton enseigne divers métiers pour le travail du bois, des métaux, des étoffes, du papier, des produits chimiques; après avoir été fermé pendant quelque temps, ce collège a été rouvert avec succès. Récemment il a été question de créer une école française en Orient pour l'enseignement de l'arabe '. Bagdad a même, — chose rare en Orient, — quelque souci de son hygiène : au nord, sur la rive gauche du Tigre, s'étend un beau «jardin du peuple », arrosé par des ruisseaux abondants qu'alimente une pompe à vapeur. Le plus grand désastre qui ait frappé Bagdad pendant le cours du siècle, est la peste de 1831 ; elle lui fît perdre, par la mort ou par la fuite, les trois quarts des habitants. La peste de 1849, celle de 1877, ont fait aussi des ravages dans la capitale de la Mésopotamie, mais une meilleure organisation sanitaire, de plus grandes facilités de déplacement et plus de bien-être diminuent régulièrement l'intensité du fléau. Bagdad est mieux protégée qu'autrefois contre les inondations : le mur d'enceinte est entouré d'une haute digue que ne peuvent franchir les eaux débordées ; à la moindre alerte, les soldats vont camper sur la levée et travaillent à combler les brèches, à consolider les points faibles*. La « datte de Bagdad », autre forme du « bouton d'Alep », atteint presque tous les habitants de la cité, indigènes ou étrangers.

' E. Desjardins. Notes manuscrites.

' Floycr, Unexplorcd Daluchistan,

BAGDAD, GflADIÏ, SOULEIHANIEH. 437

Les Turcs sont restés des étrangers à Bagdad ; leur nation n*est guère représentée en Mésopotamie que par des fonctionnaires et des soldats. La ville est arabe par le palriotisme local aussi bien que par le dialecte et les mœurs. Les Juifs forment au moins le quart de la population urbaine, assez nombreux pour avoir conservé l'usage de leur langue, qu'ils parlent aussi bien que l'arabe. La plupart des Iraniens, parmi lesquels les Babî sont nombreux*, vivent en dehors de Bagdad, à Ghadim, Khatimaïm ou Imam-Mouça, située à 5 kilomètres au nord-ouest du pont supérieur du Tigre, au milieu d'un cercle de jardins bordanl un méandre du fleuve. Ghadim, habitée par une population plus aisée que celle de Bagdad, est aussi mieux tenue, plus élégante, et ses beaux quartiers se composent de villas aux colonnades enguirlandées de fleurs. Au-dessus de la ville, s'arrondit la coupole dorée et se dressent les six minarets de la mosquée qui recouvre le tombeau d'un martyr chiite, l'imam Housa-Ibn-Djaflar ; Bagdad n'a pas de monuments comparables à ce sanctuaire des chiites persans. Les pèlerins zélés se rendent au sépulcre vénéré en marchant sur les genoux, tandis que les négociants qui retournent du comptoir à leur villa font commodément le voyage dans les voitures d'un chemin de fer américain. En face de Ghadim, sur la rive gauche, s'élève une autre ville de pèlerinage, Madhim, celle-ci visitée par les sunnites.

La petite voie ferrée de Ghadim est l'humble commencement du réseau qui aura Bagdad pour centre; mais jusqu'à ce jour le gouvernement turc s'est refusé à concéder les lignes de rails qui rattacheraient cette ville aux sanctuaires de Nedjef et de Kerbela, ainsi que la voie, non moins utile au trafic, qui se dirigerait au nord-est vers Khanakin ou Khanikin, sur la frontière persane ; de quarante à cinquante mille pèlerins persans, se dirigeant vers Kerbela, y passent chaque année. De toutes les vallées tributaires du Tigre, celle de la Diyalah est de beaucoup la plus riche et la plus populeuse; c'est également celle qui, au point de vue stratégique, a le plus de valeur pour la Turquie, car elle pénètre au loin dans la région des mX)ntagnes bordières de l'Iran. Souleîmanieh, ville moderne, bâtie seulement en 1788, dans le cœur des monts, au pied du sommet neigeux de l'Avroman, surveille la frontière et sert de marché aux tribus kourdes des alentours : on ne peut y atteindre qu'en traversant de hautes crêtes ou en s'engageant en d'effroyables gorges. Quelques gros villages se succèdent dans la vallée de la Diyalah ; les plus populeux sont ceux qui se trouvent déjà dans la plaine, à la sortie des cluses du Hamrin. Bakouba, située à une

' H. Petermann, Reùen im Orient.

cinquantaine de kilomèlres de Bagdad, est dans le vaste jardin sans lacune qui s'étend le long de la Diyalahy des bords du Tigre à la base des escarpements du Hamrin. Non loin se voient les ruines de Dastagherd, autre Eski Bagdad, qui n'ont pas encore été explorées. Mendeli, située sur un afOuent du Tigre, est comme Khanakin, un lieu de passage des pèlerins chiites, et l'une des portes commerciales de l'empire du côté de l'Iran. Après la cueillette des dattes, son industrie principale est l'exploitation des sources de naphte, dont les produits sont expédiés à Bagdad pour l'éclairage de la cité. Mendeli a aussi de très abondantes sources de gaz, qui empoisonnent l'atmosphère. I^s Arabes prennent soin de camper à distance et au tent de ces dangereuses fumerolles \

De nombreux tell ou buttes de débris dominent la plaine aux environs de Bagdad. Un de ces monticules. Tell Mohammed, s'élève aux portes mêmes de la cité, vers le sud-ouest; un autre, à 30 kilomètres à l'ouest, porte le nom de Kasr-Nimroud ou « Palais de Nimrod » ; on l'appelle aussi Aker* kouf : c'est l'un des plus élevés de l'ancienne Chaldée; il a plus de 40 mètres en hauteur et ressemble à un groupe de piliers énoimcs excavés à la base; comme les autres tell de la plaine, il se compose de briques cuites au soleil alternant avec des couches de roseaux. D'autres tertres en amont de Bagdad longent à distance la rive gauche du fleuve, comme une succession de postes militaires; enOn, au sud du confluent de la Diyalah, des amas de briques et de poteries indiquent les emplacements de capitales antérieures, les Madaïn ou les « Deux Villes » qui se font face sur les deux bords du Tigre. Scleucie, la cité de la rive droite, ainsi nommée en l'honneur du souverain qui la construisit après la chute de Babylone, n'a plus un seul monument ; c'est à peine si l'on peut reconnaître les traces de l'enceinte carrée. Une partie de la ville occidentale, capitale syrienne, a été détruite par les^érosions du fleuve, tandis que des plages nouvelles se sont ajoutées sur la rive gauche à la péninsule qui portait Ctésiphon, capitale des Parthes. De la cité môme il ne reste que des briques et des tessons, mais le palais de Chosroès Nourchivan, bâti au milieu du sixième siècle de l'ère vulgaire, arrondit encore au-dessus de la plaine son prodigieux portail de 52 mètres de hauteur. Le Tak-i-Kesra ou Tak Kosrou, c'est-à-dire la « Voûte de Chosroès », donne entrée dans une nef de 50 mètres en profondeur, placée au centre d'un édiflcc à plusieurs étages, distribué en appartements de petites dimensions. Les ornements, les sculptures ont disparu, mais la majestueuse arcade, seul monument pré*

* Ueissner, Petermann^t MUtheilungent IX, 1874.

MENDELI, CTËSIPflON, SÉLEUCIE, TELLO. 439

islamitc que possède encore la basse Mésopotamie, n'en est que plus grandiose dans sa nudité. Aucune autre porte de palais persan n'égale en hardiesse ce porche d'un monument ruiné. C'est sous la voûte de Chosroès que les Arabes, vainqueurs à la bataille décisive de Kadesia, trouvèrent le trône, la couronne, la ceinture et l'étendard du roi de Perse.

En aval des « villes Jumelles », maint autre monticule rappelle l'existence de cités disparues, mais les villages habités sont de moins en moins nombreux et la plupart des demeures ne sont que des tentes de nomades. Sur la route de 800 kilomètres qu'ont à parcourir les bateaux à vapeur de Bagdad à Bassorah, il y a seulement quatre lieux d'arrêt, dont une seule ville, Kout-el-Amara, fondée en 1860 et devenue le marché de centaines de tribus. Çà et là une coupole se montre au-dessus d'un tombeau de saint, qui partout ailleurs serait devenu le noyau d'une ville : tels sont, le tombeau d'Ësaû, que visitent des pèlerins juifs, et, non loin du confluent de l'Euphrate, le tombeau d'Ësdras, également vénéré par juifs, chrétiens et mahométans. Le canal Chat-el-Haï, qui se sépare du Tigre au bourg de Kout-el-Amara, et qui s'écoule directement au sud vers l'Euphrate, est plus important que le Tigre par la zone riveraine des cultures et des villages \ C'est au bord du Chat-el-IIaî ou de ses filioles, déjà dans le voisinage de l'Euphrate, que se voient les restes de quelques-unes des plus anciennes villes de la Chaldée. Là se trouve Tello ou Tell Loh, le Sirtella (Sirburla) des archéologues, tout à coup devenu fameux par les fouilles de M. de Sarzec, qui, par delà les époques de Babylone et de Ninive, ont révélé une période remarquable de l'art. A cette époque, l'écriture n'avait pas encore pris son aspect cunéiforme, chaque caractère rappelait vaguement l'objet qu'il représentait sous sa forme hiéroglyphique*. 11 n'y a point de

' Villes principales du bassin du Tigre dans la Turquie d*Asie, avec leur population approximative :

Sert, d*après Shiel et Ainsworth. 5 000 hab,

TouZ'Khoumiatli, d'après Rich . 5 000 »

Khanakin 5 000 '•

Haden-Khapour 4 000 »

Khoï-Sandjak 4 000 »

Kifri, d'après Clément A 500 o

Djezireh 3 500 o

Tell Âfar, d'après Sachau ... 3 000 »

Bakouba, d'après Clément. . . 3000 )»

Arghana 3 000 »

Akra, d'après Petermann ... 3 000 »

AlUn-Kiôpru, d'après Gemik . . 2 000 i

Bagdad 80000 bab.

Hossoul 50 000 »

Diarbekir, d'après Gemik . . 40 000 »

Bitiis ^ 15 000 »

Kerkouk, d'après Ccmik. ... 12000 »

Soulelmanieh y d'après Rich . . 10 000 »

Revsndoz 10 000 »

Kout-el-Amara, d'après Denis de

Rivoyre 10 000 »»

Gadhim, d'après Cemik .... 8 000 :•

Arbil » .... 6000 -)

Mendcli , d'après Clément ... 6 000 »

Tekrit 2 000 >

* Heuzey et Oppert, Rapport à r Académie det Inicriptiotu; — Pcrrot et Chipiez, HUtoire de rAri dam rAnUquiié.

pierres dans la basse Chaldéc, et c'est de pays très éloignés, peut-être de rËgypte, qu'on importait les roches dures, pour les statues et les inscriptions. Les monuments de Tello ont été transportés au Louvre.

L'Euphrate, moins abondant que le Tigre, moins rapproché des vallées fertiles de la montagne, et limité sur sa rive droite par les sables ou les argiles du désert, a beaucoup moins de villes et de bourgades sur ses bords, entre la région des passages et la Babylonie proprement dite : quoique son cours forme la grande diagonale de l'Asie Antérieure entre le golfe d'Alexandrette et le golfe Persique, l'Euphrate est un fleuve mort, comparé au courant d'eau de la Mésopotamie orientale. Jadis il n'en fut pas ainsi. Dans l'histoire des nations un contraste géographique remarquable s'établit entre les deux artères fluviales. De l'issue des gorges jusqu'à la Susiane, les grandes cités bordaient le Tigre, le fleuve de l'Assyrie; mais dans la basse Mésopotamie, à partir de la muraille Médique, presque toutes les villes se succédaient sur les bords ou dans le voisinage de l'Euphrate^ : le contraste des deux empires, Assyrie et Babylonie, correspond à celui des deux courants.

En aval du confluent des deux Euphrate et jusqu'à l'issue des cluses du Taurus, seulement de pauvres bourgades se sont bâties sur les bords du fleuve; mais dans le bassin latéral du Tokma-sou s'élèvent deux chefs-lieux, Malatia et Azbouzou, entre lesquels voyageait naguère, de six mois en six mois, presque toute la population urbaine. Malatia, la Mélitène des Romains, était la ville d'hiver; mais, entourée de canaux d'irrigation et de champs inondés, elle devient insalubre dès les premières chaleurs; les habitants l'abandonnent pour Azbouzou, la ville d'été, placée au sud dans une vallée plus haute*. Mais ces continuels va-«t-vient ont en grande partie cessé ; la population s'est principalement fixée dans la ville méridionale, charmant séjour, où chaque maison a sa fontaine, son jardin, son bosquet. Les deux villes de la haute vallée de Tokma, Gouroun et Derendah, sont, comme Malatia, presque désertes pendant l'été; toute la population se porte vers les bastides des environs. Les émigrants de Gouroun, que l'on rencontre dans toutes les parties de l'empire, se distinguent par leur esprit d'initiative.

L'ancienne capitale de la Commagène, Samosate, la patrie de Lucien, jadis si importante comme lieu de passage et comme forteresse des légions

* Menant, Babylone et Chaldée; — Ilommel, Yorsemitische Kulluren, > Von Meltke, Dm nàrdliche Vorland Klein-Avens ; — Cari Rittcr, Asien,,

ASBOUZOU, GOUROUN, SàMOSATk;, BIREDJIK. 441

romaines à la sortie des gorges de l'Euphrate, n'est plus qu'un bourg ruiné, moins peuplé que la petite Souverek, située dans une vallée latérale, sur la route de Diarbekir. Dans ces deux villes on remarque seulement les énormes buttes artificielles sur lesquelles étaient élevées les acropoles; mais dans les environs, sur un massif qui s'élève à l'occident du fleuve, on a récemment découvert, à près de 1800 mètres d'altitude, les somptueux monuments funéraires des rois de la GommagèneS ornés de statues ayant jusqu'à 17 mètres de hauteur. Les indigènes y ont vu le tombeau de Nemrod, le héros légendaire de la Mésopotamie : de là le nom de Nimrouddagh qu'ils ont donné à ces montagnes.

En aval de Samosate, l'Euphrate reçoit le torrent qui descend de l'étroit bassin, entouré de monts calcaires, où se trouve la ville turque de Behesni. Plus bas, Roum-kalah ou le « Château des Romains », ancienne résidence du patriarche catholicos de l'Arménie, fut, comme Samosate, un lieu de passage très fréquenté; actuellement, la ville où se fait presque toujours le transit des caravanes de l'un à l'autre bord, est Bir, Bir al Birat ou Biredjik : c'est Jà, dit la légende grecque, que Bacchus jeta le premier pont sur l'Euphrate pour marcher à la conquête des Indes*. Une falaise isolée de la rive gauche porte les ruines pittoresques d'une vaste forteresse qui commandait autrefois le passage et se continue au sud par des collines, d'où les constructions descendent en amphithéâtre vers la berge de l'Euphrate; des maisons à terrasses, au-dessus desquelles se montrent des minarets blancs et de sombres cyprès, bordent le fleuve sur une longueur d'environ 2 kilomètres. Biredjik est surtout peuplée de Turcs, mais elle a aussi une colonie d'Arméniens, qui s'occupent principalement du commerce de transit, et près de la citadelle, de nombreuses familles kourdes gitent dans les ruines et dans les grottes des rochers calcaires. Autour de Biredjik s'étendent des champs d'orge, où les nombreuses caravanes de passage s'approvisionnent de nourriture pour leurs chameaux. A l'ouest, lu bord d'un méandre de l'Euphrate, se dresse le tertre de Balkis, où l'on 1 trouvé des mosaïques et des peintures romaines de prix; mais presque tous les objets de valeur ont été brisés et la butte sert de carrière aux habitants de Biredjik'. La plaine nue qui s'étend au nord de Biredjik, vers les avant-monts du Taurus, est remarquable par ses innombrables^ débris basaltiques parsemés sur les roches gréyeuses \

* Sestcrund Puchstein, Verhandlunqen der GeselUchafl fUr Erdkundezu Berlin^ 1882.

* Oppcrt, Ejppédition scientifique en Mésopotamie,

* Ccrnik und Schweigcr-Lcrchcnfeld, mémoire cité. ^ Yon Mollkc, Das nOrdliche Yorland Klein^Asiens,

NOUVELLE GfiOGRAPlHE UNIVERSELLE.

La grande route de Biredjik à Alexandrette, qu'un chemin de fer remplacera tôt ou tard, traverse la petite ville de Nizib et ses plantations d'oliviers, où se livra en 1859 la bataille qui ouvrit aux troupes égyptiennes d*Ibrahim-pacha le chemin du nord et causa l'intervention de l'Europe : là ou dans les environs, sur le chemin stratégique de l'Asie Mineure et de la Syrie à TEuphratc, s'étaient déjà rencontrées maintes autres armées, grecques, byzantines et persanes. La cité principale de celte région, qui appartient encore au bassin de l'Euphrate, est Aintab, qui s'élève en amphithéâtre sur les pentes septentrionales dominant la vallée du Sadjour;

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une butte artificielle, revêtue de dalles, comme la plupart des tertres de la Syrie et de la haute Mésopotamie, s'élève entre la ville et la rivière, portant les ruines d'une forteresse abandonnée autour de laquelle tourbillonnent les oiseaux. La ville, habitée surtout par des Turcomans, n'a d'autre industrie que le lavage des laines et le tannage des cuirs, mais, comme station principale entre Biredjik et la mer, elle fait un grand commerce de transit. Au sud-est d'Aîntab, le Sadjour se bifurque; un canal artificiel, qui se continue par un tunnel de 250 mètres de longueur, va rejoindre les sources abondantes du Gôk sou, qui descend au sud vers les campagnes d'Alep : cette coupure, qui date du treizième siècle, mais qu'on a dû restaurer récemment, rattache ainsi le bassin de l'Euphrate à la dépression fermée

DJARABIS, ORFA. 445

dont Âlep occupe le fond'. Les ruines romaines sont nombreuses dans cette région, qui fut, pendant quatre siècles, frontière de l'empire : sur la rive droite de TEuphrate, non loin du confluent de Sadjour, se voient sur la falaise, à Djarabis (ou Djerablous), les restes d'un teniple que l'on croyait naguère être celui de l'ancienne Europus. Les fouilles des explorateurs anglais Henderson et Conder ont mis hors de doute que ce sont là les ruines de Karkhemich, la capitale si longtemps cherchée du peuple mystérieux des Hittites ; les sculptures taillées sur les dalles de basalte et de calcaire sont d'un style qui rappelle celui de TAssyrie, mais qui ont cependant un caractère original; les inscriptions ont été gravées en hiéroglyphes*. Au sud du Sadjour, limite commune des langues arabe et turque, est une autre cité ruinée, que visitent les archéologues, Bambyce, la Hambidj actuelle : c'est une des nombreuses Hierapolis jadis consacrées au soleil et à la « grande déesse » : on lui donnait aussi le nom de Magog.

A l'orient de Biredjik, Orfa (Ourfa), l'antique Rohas et l'Édesse des Croisés, est la première grande station des caravanes sur la route de Mossoûl. Cette ville, située sur la rive occidentale du Kara tchaï, affluent de l'Euphrate par le Nahr Bclik, s'appuie aux collines avancées du Top-dagh, connue au moyen âge sous le nom de ce montagne Sainte », à cause des nombreux monastères bâtis sur ses pentes. Le château d'Orfa^ construit, ainsi que de nombreuses forteresses sur la frontière, par Justinien, l'un des plus grands constructeurs qui. aient existé*, s'élève sur un contrefort escarpé, que des fossés taillés dans le roc vif à 12 mètres de profondeur, isolent de toutes parts*; une enceinte triangulaire, flanquée de tours carrées, se rattache aux fortiflcations du château et sépare la ville des bosquets verdoyants et des jardins fertiles au milieu desquels se ramifient les eaux du Kara tchaï; du terre-plein de la forteresse, on voit à ses pieds toute la ville, avec ses coupoles et ses minarets, la ceinture des vergers et les pentes des collines environnantes, couvertes de vignobles. Une source, l'antique Callirhoé, jaillit à la base du château et remplit un étang sacré où se jouent des cyprins également vénérés des juifs, chrétiens et musulmans; une mosquée, consacrée au patriarche Abraham, le Khalil ou a Ami de Dieu », reflète ses murs dans l'eau tranquille et des grenadiers, des cyprès, des platanes, ombragent les degrés de la margelle où viennent s'asseoir les

* Rousseau; — Garl Rittcr, Asien, vol. X; — Gcrnik, ouvrage cité. ^ Sachau, Reise in Syrien und Mcsopotamien.

' E. Desjardins, Notes manuscrites,

* G. Rey, Les Colonies franques de Syrie aux douzième et treizième siècles.

446 NOUVELLE G£0GRàPU1E UNIVERSELLE.

pèlerins. Deux colonnes que ta l^ndc atlribue au. père des Hébreux se dressent près de la citadelle, et sous le rocher du fort, de même que dans les escarpements des alentours s'ouvrent au moins deux cents grottes taillées, dont quelques-unes se superposent en étages et se prolongent en galeries : ce sont des tombeaux transformés en habitations'. La ville même possède des restes de constructions du moyen âge, notamment quelques

fragments du palais des princes de Courtenay, les suzerains d'Édesse aux temps des Croisades. Les édifices d'Orfa sont construits en pierres calcaires el en basaltes, déposés par assises alternantes, ce qui leur donne un aspect fort agréable; peu de villes dans l'Asie Antérieure peuvent se comparera Orfa pour la propreté des maisons et des rues. Son industrie ne comprend guère que ta fabrication des lainages et des poteries, mais le commerce de transit est très actif. L'exportation des blés est devenue consi-

, Voyage dam Vempire otloman.

(liiniblo; des cenlaincs ilc Bûdoiiiits et du Koui-des, à demi sédcnUiirc^. ^^^H campent dans le voisinage el cullivent pour le consul français le vasie ^^H domaine de Mudjcri-khaii ; outre les céréales, on y récolte le sésame, le ^^H chaavre, le coton et la ramie'. ^^H Toutes les villes de la haute Mésopotamie ont un nom dans l'histoire des ^^H rclifçions. Au sud d'Orfa, cité de l'Ami de Dieu, llarran, i'antii|ue Charra". ^^H esl iiK'iitinniMV ihn- la ^cii^r cumuu' aMiiil ,''U' la lirjiirun' d'Aliiitliam. ^H

et le culte des astres s'y maintint longtemps. A l'est, Mardin est fameuse comme centre de populations sectaires refoulées dans les montagnes, d'ajord par les chrétiens orthodoxes, puis par les musulmans: près de a moitié de sa population se compose de chrétiens, appartenant à des sectes diverses ' : on y parle surtout l'arabe, tandis que le turc est l'idiome dominant à Orfa. llaLitée par des Kourdes mahométans, des « Clialdcens" des Syriens, des Jacohites, des Arméniens et des convertis, catholiques c 31'otcstants, qui ne vivent pas en des quartiers séparés, Mardin est une ville de mosquées, de chajwlles, de mcdressé et d'écoles. Les femmes de Mardin

' Ernest Chnnlrc, f/alci manuscrila.

■ Grattan Uearj, Tkrougk Atialk Turkeg.

itô NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

sont renommées pour leur beauté. Très pittoresque, la ville est bâtie à 1190 mètres sur un rocher calcaire tout crevassé et couronné par une forteresse blanche, que la renommée dit imprenable; à cent mètres plus haut, une pointe de roc porte encore un fort, dressé comme un observatoire au-dessus de la contrée. Placée dans le voisinage du col qui fait communiquer directement Diarbekir avec les plaines de la Mésopotamie, et que traverse une route « presque carrossable », Mardin a de l'importance au point de vue stratégique, mais elle est trop difficile d'accès pour faire grand commerce; la route des caravanes longe la base de ses montagnes pour se dirigera l'est vers Nisibin et Mossoul. À 25 kilomètres au sud-est de Mardin, elle passe à l'issue d'un défilé que défendait la cité byzantine de Dara. Les tours crénelées, les volées de marches, les arcades et les colonnades taillées dans le roc se sont maintenues intactes; on cherche des yeux la foule qui devrait se presser à la porte des temples et sur les escaliers de la grande cité souterraine, mais toute la population se compose de quelques familles turkmènes, gitant çà et là dans les grottes et les décombres. A l'est, dans les montagnes de Tour Abdin, Midyat est la métropole des Jacobites. Nisibin, la Nisibis qui fut la résidence de Tigrane et dont les Romains firent une citadelle contre les Parthes, la « seconde Antioche » que Ton dit avoir enfermé des centaines de milliers d'habitants, occupe une faible partie de l'espace entouré par l'ancien fossé de circonvallation ; les colonnes d'un temple se sont conservées, ainsi qu'un pont romain jeté sur le Djakhdjakh, la bruyante rivière qui s'enfuit vers le Khabour. C'est dans ce même bassin du Khabour, au sud-ouest de Mardin, que l'explorateur Sachau croit avoir découvert l'emplacement si longtemps cherché de Tigranoccrtes : ce serait le Tell Ermen ou la « Butte Arménienne », près du village de Dunaïsir; mais on n'y a point remarqué de ruines. Ras-el-Ain ou la <c Tête de l'Eau », dans la plaine arrosée de Khabour, était naguère le centre de colonies de Caucasiens Tchetchenzes ; mais, pourchassés par les Arabes des tribus environnantes, qui les accusaient de voler des chevaux et des enfants, la plupart des nouveau-venus ont été massacrés ou bien se sont expatriés pour entrer dans la gendarmerie turque\ Au fond de la plaine, jadis si populeuse, aujourd'hui presque déserte, oh serpente le Khabour, se prolonge de l'est à l'ouest la chaîne interrompue du Sindjar, dont le chef-lieu, Sindjar, le Singali des Kourdes, le Beled des Arabes, est le marché principal des Yezides. On dit que dans les rochers du Djebel- Aziz, à l'ouest du Sindjar, s'ouvre un gouffre c< sans fond » où les Yezides

* Sachau, ouvrage cité ; -■- Grattan Gcary, Through Atialic Turkey,

HIDYAT, NISIBIN, TELL ERMEN, RAKKA, DEIR. 449

Tonl faire chaque année leurs offrandes au diable, en y jetant des joyaux ^ et des pièces d'or et d'argent*.

Sur les bords de l'Euphrate comme dans les steppes traversées par le Khabour, les cités ruinées, toutes indiquées par des tell qui portaient les acropoles, sont plus nombreuses que les bourgades encore habitées et celles-ci ne sont pour la plupart que les humbles restes d'agglomérations considérables. Balis n'est plus qu'un château délabré situé sur une falaise crayeuse, à l'endroit où le fleuve, cessant de couler parallèlement au littoral de la Syrie, descend au sud-est vers le golfe Persique. Thapsacus ou le <c Passage » a cessé d'exister. Rakka, à peu de distance en amont de la jonction du Belik, n'a plus rien qui rappelle les villes grecques de Nikephorion, Kallinikon, Leontopolis, qui se succédèrent en cet endroit, et l'on n'y voit plus que de misérables fragments du palais qu'y avait fait bâtir Haroun ar Rachid, lorsque Rakka devint sa capitale. C'est près de là, dans les plaines de Seffîn, que se livrèrent, entre l'armée d'Ali et celle de Moavieh,ces combats qui devaient décider de l'ordre de succession au califat. Jamais peut-être on ne vit pareil acharnement : la bataille ne fut décidée qu'après 90 rencontres, presque une par jour, et coûta la vie à 70000 hommes, la moitié des combattants: dans cette contrée où se sont si souvent entrechoquées les nations, le « sol même est histoire' ».

Zelibi, l'ancienne Zenobia, haut perchée sur son roc, au pied duquel passaient les caravanes de Palmyrc se dirigeant vers la Perse, n'a que des fragments épars de ses édifices, bâtis en albâtre translucide'. La ville qui commande maintenant le passage dans cette région est la place militaire de Deïr (Der, Ed-Der) ou le « Couvent », peuplée de Turcs, de quelques colons arabes et d'immigrants tcherkesses, auxquels est assigné un quartier spécial. Un pont, emporté par une crue en 1882, faisait communiquer la berge occidentale, sur laquelle est bâtie la cité, avec une grande ile de l'Euphrate, couverte de jardins, de rizières, de plantations de cotonniers et de tabac. En aval de Biredjik, qui se trouve à 400 kilomètres par le cours du fleuve, Deïr est le premier centre de culture et de trafic. Plus bas, là où le Khabour et l'Euphrate se réunissent au pied d'un promontoire abrupt, toute la campagne est un vaste jardin; mais l'antique cité grecque de Kirkesion, que l'on croyait naguère être la Karkhemich des Hittites, où se heurtèrent les armées de TÉgypte et de l'Assyrie, a fait place à un groupe de masures, Bouseirah. En bas, dans la plaine, sur un

* Kinneir, Voyage en Arménie, etc.

* WaJpolei The Antayri*.

s Uelfer; — Chesney, Report on Steam Navigation to India.

i50 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

, méandre de TEuphratc, le bourg de Mayadim est plus considérable; ses maisons en pierre sont presque entièrement construites des restes d'édiûces qui s'élevaient dans cette région jadis si populeuse. Les ruines superbes du château de Kahaba, que Ton croit être le Kekoboth de la Bible, s'élèvent sur une roche escarpée, au-dessus de Mayadim.

Anah, Tancienne Ânetho, est une ville unique dans l'Asie Antérieure : elle ressemble à ces bourgades cinghalaises et malabares qui bordent la côte de l'océan Indien et dont les maisons se succèdent sans fin le long des routes ombreuses sous les bosquets de cocotiers. Resserrée entre une falaise, qui termine brusquement le plateau désert, et la rive sinueuse de l'Euphrate, Anah occupe à l'ouest du fleuve une zone d'environ 8 kilomètres de longueur, merveilleuse oasis de verdure, qui fait comprendre le ravissement d'Hérodote à la vue des campagnes de la Mésopotamie. Les hautes maisons, isolées les unes des autres, sont comme enfouies dans la végétation ; au-dessous des bouquets de palmiers, croissent les figuiers, les orangers, les grenadiers; les vignes enroulent leurs pampres autour des arbres; les cannes à sucre alternent avec les cotonniers; en aval de la longue route bordée de maisons et de jardins, un vieux pont de pierre rattache à la rive la ville insulaire, d'origine antique, dont le nom est devenu celui de l'oasis entière. Anah est la capitale et le marché principal des Bédouins nomades qui campent dans les plaines entre la Syrie et l'Euphrate et le commerce y est considérable. En face, sur la rive gauche, le bourg de Ravah est le point de départ des nombreuses caravanes qui vont rejoindre le Tigre au bourg de Tekrit.

En aval d'Anah se succèdent les petites villes insulaires de Hadihah, el Ouz, Djibbah, puis vient Hit, fameuse par ses sources d'asphalte, qui fournissent le bitume pour la construction des bateaux : une des fontaines de naphte jaillit inépuisable du sommet d'une colline ouverte en forme de chaudière \ Hit est aussi une escale importante du commerce de transit entre les deux fleuves, mais le port par excellence est Feloudjah, où vient aboutir la route la plus courte de Bagdad à l'Euphrate. A l'ouest du méandre que décrit le fleuve s'étendent les plaines fertiles de Saklaviyah, où paissent par dizaines de milliers des chameaux et des chevaux arabes, célèbres dans tout l'Orient. Les pâturages de Saklaviyah se continuent au sud jusqu'aux marais qui bordent l'Euphrate dans l'ancienne Babylonie. Le bourg de Mosseib, sur les deux rives du fleuve, est très animé comme lieu de passage des deux cent mille pèlerins qui chaque année se rendent de

* GraltanGeary, Through Asiatic Twkey,

ÂxNAU, UIT, MOSSElB, BABYLONE. 451

Bagdad à Kerbela. C'est à Mosseïb que, d'après les projets de Midhat-pacha, devait être jeté sur TEuphrate le viaduc de la voie ferrée.

La (( grande Rabylone », dont le nom désigne encore dans le monde les cités immenses où s'élèvent les édifices somptueux, où s'engouffrent les richesses des contrées environnantes, n'est plus qu'une plaine parsemée de buttes, amas de briques écroulées qui furent autrefois des palais et des temples. L'espace de 24 kilomètres de côté — soit 576 kilomètres carrés — qu'enfermaient les murs prodigieux de Babylone, est maintenant un désert dans presque toute son étendue ; néanmoins, dans la partie méridionale de l'antique Babel, s'élève une des villes considérables de la basse Mésopotamie. Ombragée de dattiers, entourée de jardins magnifiques, percée de rues plus propres que celles de Bagdad et possédant de riches bazars où se presse la foule des Arabes, Hilleh-et-Feïdah, « Hilleh la Vaste », borde la rive droite du fieuve et communique avec le faubourg de la rive opposée par un pont de bateaux, long de 200 mètres. Les avantages qu'offre cette partie du fleuve, vers laquelle convergent les routes de la Syrie et des campements arabes, ont été suffisants pour y faire renaître une ville, quoique les capitales héritières de Babylone, Séleucie, Ctésiphon, Koufa, Bagdad, lui aient enlevé les privilèges qui doivent appartenir à toute cité centrale de la Mésopotamie.

La butte babylonienne la plus rapprochée de Bagdad, à laquelle on donne spécialement le nom de Babil, la a Porte de Dieu », ou de Moudjelibch, la « Renversée », sert de carrière depuis deux mille ans; ses briques ont été employées à édifier les villes environnantes. De nos jours encore, des familles entières, appartenant pour la plupart à la tribu des Babili, qui se disent héritiers des Babyloniens d'autrefois, n'ont d'autre métier que de fouiller ces amas de briques pour en retirer des matériaux de construction*. Le tertre le plus élevé de la rive gauche est le Kasr, ou le « Palais » par excellence, élevé par Nabuchodonosor ; il n'a pas moins de 1500 mètres de tour. Plus au sud, et toujours sur la même rive, est la butte d'Âmran, sur l'emplacement probable des jardins suspendus : aux temps qui suivirent la mort d'Alexandre, ce monticule servait de nécropole, sans doute à cause des avantages que présentaient, pour le dépôt des morts, les galeries voûtées sur lesquelles reposaient les terrasses*. Plus au sud, dans l'oasis de palmiers où se trouve aujourd'hui le village de Djoumdjoumah, se trouvent les ruines de ce qui fut le bazar de Babylone et l'on en a retiré

' Layard, IS'ineveh and Bahylon.

* Perrot et Chipiez, Hiitoire de l'Art dans F Antiquité, vol. II.

plus de trois mille tablettes qui révèlent l'histoire financière de la cité chaldéenne*. Sur la rive droite, où se trouve Hilleh, qu'Oppert croit avoir été le quartier industriel', les tertres sont rares, et l'on ne voit plus trace du palais que Sémiramis avait élevé en face du Kasr de la rive opposée. La cause de cette disparition complète des monuments de la partie occidentale de Babylonc doit être attribuée aux érosions du fleuve, qui se sont principalement produites sur la rive de l'ouest. De vastes lambeaux de terrains ont été emportés avec les amas de poteries qui les couvraient, et à la place se sont déposées des terres nouvelles. Toutefois un monument subsiste encore, au sud-ouest, sur l'emplacement de l'ancienne Borsippa, près des marais qui longent à distance la rive droite du fleuve, et ce débris est précisément celui que la légende représente comme le reste de l'édiûce le plus ancien du monde : Birs-Nimroud serait la « tour de Babel » dont le sommet devait « atteindre le ciel » et où se fit le prodige de la « confusion des langues »; les lézardes de la butte seraient les traces de la foudre lancée contre les audacieux bâtisseurs. Pourtant le monticule, en entier composé de poteries, entre lesquelles ne croît pas un brin d'herbe, n'a livré aux explorateurs et aux chercheurs de richesses aucun débris antérieur à Nabuchodonosor ; c'est le nom de ce souverain que poitent les briques du monument'. D'après Rich, la hauteur exacte de la butte est de 60 mètres et le pan de mur qui la domine augmente de 1 1 mètres la hauteur totale; Strabon lui donnait un stade, soit 185 mètres d'élévation. Autant qu'on peut en juger par l'aspect, le côté occidental de Birs-Nimroud semble avoir été un mur vertical, tandis que du côté de l'est des terrasses en degrés se succédaient à intervalles égaux. Que fut cette construction élevée par Nabuchodonosor? On sait maintenant que ce fut la « Tour des Sept Sphères », un zigurat ou observatoire comme celui de Khorsabad.

Il est probable que ni Babylone ni les autres cités disparues de la basse Chaldée ne révéleront de sculptures monumentales ni d'archives de pierre comme celles des villes d'Assyrie. Pays d'alluvions où Ton ne rencontre pas un galet, la Mésopotamie méridionale n'avait pour matériaux de conslruc^ tion que des roseaux, des branchages, de l'asphalte et ses boucs, battues en pisé pour les masures de l'Arabe ou moulées en briques pour les constructions destinées à durer. Les pierres, qui servaient à la représentation des dieux et des souverains, devaient être importées des avantmonts de l'Iran, des côtes de l'Arabie ou même de la lointaine Egypte.

*• George Smilh ellIormuzdRassam, Weekly Times, sept. 2, 1881.

* Expédition scientifique en Mésopotamie.

• Layard, ouvrage cité.

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