‹ Nouvelle geographie universelle v. 9, 1884Chapitre 93 sur 186 · HISTOIRE DE L'ASIE MINEURE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE L'ASIE MINEURE

sentirjusqu'à rallitudc de 1800 mètres'. Et non seulement la détérioration <tu climat a mluit le nombre des habitants par les maladies miasmatiques, l'Asie Mineure a souventéLe un foyer d'épidémies pour les populations occi- -dentales : que de fois les navires du Levant apportèrent la peste dans les ports de l'Italie, de la l'rance et de l'Espagne!

Mais, en dépit de la triste situation présente de l'Ânatolie, il ne manque pas d'indices qui permettent de croire à la prochaine restauration de la contrée et à sa reconquête par la civilisation. L'œu\Te capitale de la géné-

ration contemporaine n'est pas seulement d'accroître par la colonisation la superficie du monde habité, de déverser en Afrique et en Australie le trop-plein des populations européennes; elle est aussi de rotrauver l'Orient, de reconquérir par ta culture ce pays de nos origines. Semblable à une marée dont le flot se propage en vagues circulaires, ta civilisation occidentale envahit tous les pays qui l'entourent, et ne suit pas uniquement celle direction de l'est à l'ouest qui fut si longtemps la trajectoire du progrès. La vague puissante qui a roulé ses eaux à travers l'Atlantique et baigné les rivages d'un nouveau monde, reOue aussi dans

> P. de Tcbihatcbefl', outrage cité.

la MéditeiTanée et visite des plages qui semblaient abandonnées pour toujours. Déjà le travail d'exploration géographique est presque entièrement terminé dans TÂsie Mineure pour toutes les grandes lignes du réseau et à cette reconnaissance sommaire succèdent maintenant des recherches locales plus détaillées et plus précises ; quelques villes du pourtour maritime appartiennent déjà au cercle d'attraction de l'Europe et ce mouvement se propage dans l'intérieur. Monticules de débris, tertres funéraires revêtus de gazon, colonnes brisées, châteaux démantelés, villes qui se confondent avec le rocher ou que recouvrent les alluvions, toutes ces ruines laisseraient une profonde impression de tristesse si l'on ne pressentait que les traces de la mort disparaîtront sous une vie nouvelle. Ce renouveau s'annonce déjà. Quand on voit avec quelle aixleur Hellènes, Arméniens, Juifs de l'Anatolie s'occupent de Téducation de leurs enfants, on se prend à partager leur conQance dans l'avenir. La génération qu'ils préparent ne faiblira pas devant son œuvre.

Dans son ensemble, le rectangle de l'Asie Mineure est un plan incliné vers la mer Noire. C'est dans la partie méridionale de la Péninsule, audessus des plages de la Méditerranée, que s'élèvent les massifs les plus hauts et que s'alignent les chaînes maîtresses. Le versant septentrional de ce rebord méditerranéen se confond avec les plateaux du centre de l'Anatolie, et ces plateaux eux-mêmes sont découpés dans tous les sens par des rivières dont les vallées, graduellement élargies, débouchent à la mer Noire. Seulement au nord, là où la côte de l'Asie Mineure s'avance en une grande courbe convexe dans les eaux du Pont-Euxin, des massifs indépendants et comme insulaires se dressent entre les bassins des fleuves Kizîl irmak et Sakaria, limitant au nord une plaine centrale dont la dépression est encore emplie par les restes d'une mer intérieure. Les montagnes qui bordent à distance le littoral du sud et qui se partagent en massifs et en chaînons irréguliers, affectent d'une manière générale la forme d'un croissant dont la convexité est tournée vers la Méditerranée, correspondant ainsi à la courbe septentrionale du littoral de la mer Noire. Ces monts du sud de l'Asie Mineure sont en général désignés sous le nom de Tau rus.

On sait qu'anciennement cette appellation de Taurus était, comme celle de Caucase, un de ces termes vagues qui s'appliquaient aux montagnes les plus distinctes et les plus éloignées. Dans toute la Péninsule, des sommets appelés Davr et Davri sont autant de Taurus, sous une déno-

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mination à peine modifiée. D'après la plupart des écrivains de l'anliquité, le Taurus est Tensemble de toutes les lignes de faîte qui, des promontoires occidentaux de TAsie Mineure aux rivages inconnus de rExtrémo Orient, forment le diaphragme de l'Asie. De nos jours, ce nom est encore appliqué d'une manière générale à plusieurs chaînes distinctes de l'Asie Antérieure, mais on prend soin d'ordinaire de préciser chaque région des montagnes par la désignation de la province où elles s'élèvent. Ainsi le Taurus arménien est l'ensemble des massifs de l'Arménie sud-occidentale que traverse l'Euphrate pour s'échapper vers les plaines de la Mésopotamie ; le Taurus cilicien est le bastion d'angle qui s'élève au sud-est du plateau de l'Asie Mineure au-dessus de la vallée du Seïhoun; puis les Taurus d'Isaurie, de Pisidie, de Lycie se succèdent de l'est à l'ouest. Les noms turcs locaux, dont le sens est moins vague, s'appliquent aux saillies montagneuses ayant une individualité précise.

Tandis que dans la haute Arménie et le Pont, au nord du Mourad, l'ossature continentale est formée par les chaînes pontiques; voisines de la mer Noire, c'est vers la Méditerranée que l'épine dorsale des terres émergées se reporte dans l'Anatolie; mais un faite transversal réunit les deux systèmes de montagnes en suivant la direction du nord-est au sud-ouest, qui est celle de tous les traits du relief géographique dans cette partie de l'Asie Mineure, monts, vallées et plages. I^e premier chaînon du faîte qui rattache les Alpes pontiques au système des Alpes ciliciennes est le Karabeldagh, interposé entre la grande courbe de l'Euphrate à Eghin et les hauts affluents du Kizîl irmak. Son altitude est considérable, puisque la cime la plus élevée atteint 1764 mètres ; mais le socle de hautes terres qui le porte est à 1500 mètres : relativement aux plateaux environnants, il n'est donc qu'une humble rangée de collines. C'est le commencement du système montagneux de l'Anti-Taurus, qui se développe vers le sud-ouest en remparts parallèles, d'autant plus hauts en apparence que leur base est plus profondément érodée par le Seïhoun et ses affluents. D'ailleurs ces murs de rochers, coupés de distance en distance par des brèches étroites et d'accès difficile, s'élèvent réellement en avançant dans la direction du sud ; jusqu'au mois de juillet, les cimes du Khanzir-dagh ou « Mont des Sangliers », du Bimbogha-dagh oh « Mont des mille Taureaux » et autres chaînes de l'Anti-Tauinis sont blanches de neige; dans mainte anfractuosité rocheuse, des névés persistent toute l'année. Un des sommets du Kozan-dagh a 2812 mètres; à l'est du Seïhoun, une des pointes du Kermez-dagh atteindrait même 5200 mètres. Les abondantes pluies que reçoit cette partie méridionale de l'Anti-Taurus , comparée aux plateaux

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ondulés du nord, lui donnent aussi une végétation plus riche, de vastes forêts, des pentes gazonnées et fleuries. Quelques-unes des vallées où naissent les ruisseaux tributaires du Seïhoun contrastent singulièrement par la variété de leurs plantes et Féclat de leur vei^dure avec la flore appauvrie des régions centrales de l'Asie Mineure*.

Dans le pays même, les divers fragments de chaînes qui se succèdent du nord-est au sud-ouest, en formant une légère convexité du côté de l'Occident, ne sont pas désignés par un nom collectif. L'appellation d'Anti-Taurus qui leur est donnée par les géographes n'est point justifiée, car, au lieu de se dresser en face du Taurus cilicien comme un massif rival, ils appartiennent au même système orographique et n'en constituent qu'une continuation, quoique légèrement déjetée par une faille intermédiaire. L'Anti-Taurus continue les monts de Cilicie comme dans les Pyrénées la chaîne méditerranéenne continue celle de l'Atlantique, dont elle n'est séparée que par le val d'Aran. La coupure entre les deux moitiés des monts tauriques est la dépression dans laquelle passe le Zamantia-sou, l'affluent occidental le plus abondant du Seïhoun; à l'ouest s'alignent les sommets de l'Ala dagh, extrémité septentrionale du Taurus cilicien; à l'est le Ghedin-bali et le Kozandagli commencent l'Anti-Taurus, mais plusieurs rangées que l'on considère comme appartenant à cette moitié du système taurique se prolongent à l'ouest de la vallée du Zamantia-sou : telles sont le Kaleh-dagh et le Khanzir-dagh. A l'est, le Kermez-dagh se rattache par le groupe du Berut, haut de 2400 mètres, à d'autres remparts parallèles, non moins réguliers que ceux de l'Anti-Taurus, mais suivant une direction différente, celle de l'ouest à l'est : ce sont les chaînes du Taurus arménien qui repoussent TEuphrate vers l'orient, avant de se fissurer en cluses pour laisser passer les eaux du fleuve. Au sud, une chaîne distincte, bien limitée par la vallée profonde de l'Ak sou, affluent du Djihoun, constitue le rempart ^ud-oriental de l'Asie Mineure : c'est le Ghiaour-dagh ou « mont des Infidèles », ainsi nommé des Arméniens et des Grecs qui en habitent les vallées. Il se dirige du nord-est au sud-ouest et se rattache par un chaînon transversal aux monts syriens de l'Amanus. Interrompu par de profondes dépressions, il reparaît au bord du golfe d'Alexandrette pour former les deux massifs du Djebel-Nour ou « montagne de la Lumière » et du Djebel- Missis. Le Djihoun contourne ces montagnes au sud en serpentant dans une large plaine d'alluvions, mais au delà quelques collines, jadis insulaires, qui s'élèvent au milieu des marais, continuent la chaîne,

' P. de TchihatchefTy ouvrage cité .

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