I. Coirespondance des temps de l'indicatif
I 305. La variété des combinaisons qu'admet la correspondance des temps de l'indicatif entre eux est trop grande pour pouvoir être indiquée d'une manière précise. Ces combinaisons dépendent des idées accessoires d'antériorité, de postériorité, de simultanéité, qui modifient les idées générales du présent, du passé et du futur. On se bornera, sur ce sujet, aux remarques principales :
Lorsqu'un des verbes énonciatifs dire, croire y affirmer..., OTivi de la conjonction que et d'un autre v^rbe, se trouve à un des temps du passé, deux cas se présentent :
1** Quand le second verbe exprime une action également passée et qui se rapporte au même temps que l'action exprimée par le premier, on mjet ce second vûrbe à l'imparfait pu au plits-que-parfait. Ex.
on m'affirmait 1 l '^^^
onm'affinna / ^"^ ^°'"' '^*^a»"'ez,
, «i . > que vous vous étiez enfermé
on m a affirmé t pour travailler;
on m avait affirmé )
. i'^Quaad le second verbe exprime une chose également vraie dans tous les temps, ou bien une action pré-
sente, on met en général le second verbe au présent. Ex. :
j'affirmais ]
j'affirmai \que Dieu voit fout, entend tout;
j'ai affirmé ique contentement passe richesse,,
j'avais affirmé ]
§ 306* Bbûabqus. dette règle, toutefois, n'est pas Absolue ; et souvent le verbe de la proposition subordonnée peut se mettre à un temps passé, comme celui de 1« proposition principale. Ex, r
« Antonin avait appris à son fils Marc-Aurèle qu'il valait mieux sauver un seul citoyen que de défaire mille ennemis. > (Bossuet.)
Je t'ai déjà dit que y V/aw gentilhomme. (La Fontaine.)
€ J'ai trouvé que la liberté valait encore mieux que la santé. > (Voltaire.)
Ce n'est pas seulement par une sorte d'attraction qu'on peut mettre ainsi le second verbe à l'imparfait, quand le premier est à un des temps du passé : c'est aussi lorsque, au lieu de considérer l'idée exprimée par le second verbe dans ce qu'elle a de général, on veut indiquer ce qui a été dit, pensé ou senti antérieurement. Ainsi, pour ne prendre que le dernier des exemples cités plus haut, il est vrai de tout temps que la liberté vaut mieux que la santé ; mais, en exprimant cette idée. Voltaire n'a pas prétendu émettre un axiome, qui n'aurait rien que de banal, mais indiquer un sentiment qu'il a éprouvé à un certain moment de sa vie.
II. Correspondance des temps du subjonctif avec îeux de l'indicatif,
§ 307. Pour la correspondance des temps du subjonctif avec ceux de l'indicatif, les règles générales sont les suivantes :
1** Si le premier verbe est au présent ou au futur, le second se met au présent du subjonctif. Ex, : je vettx, je voudrai f (qns,ni) j'aurai voulu qu'il obéisse.
Cependant, lorsque Faction du second verbe est considérée comme passée relativement à celle du premier, le second verbe doit se mettre au passé, bien que le premier soit au présent ou au futur. Ex. : je ne peme pae» quil ait obéi sans y avoir été contraint ; quand je voudrai quil ait obéiy il aura obéi ; je désire quil soit arrivé heu- . reusemênt ;ye crains quil ne soit parti; j* attends qu'il ait fini,
2** Si le premier verbe est à un des temps du passé ou bien au conditionnel (mode qui est assimilé au temps passé), le second se met à l'imparfait du subjonctif; il se met au plus-que-parfait du subjonctif quand Faction du second verbe a dû précéder celle du premier. Ex. :
je voulais ] J> """f * \
. 7 I le voulus I
le voulus I •, . , i ,.1
j'ai voulu qu'il jat voulu f quU
j'avais voulu \ obéit; {^^'>^à) i eus voulu s eut
je voudrais \ javms voulu i obéi,
j'aurais voulu] lyoudrms
* j j aurais voulu /
§ 308. Eemabque I. Dans les propositions subordonnées qui demandent un subjonctif et qui dépendent d'une proposition principale dont le verbe est au présent, on met le subjoQCtif présent :
V Pour le temps correspondant de Findicatif. Ex,: je ne crois pas que ce soit lui {est-ce lui? Je ne le crois pas) ;
2** Pour le futur ,Ex, : je ne crois pas quil sorte (sortira-t'il? Je ne le crois pas.) Croyez-vous quil vienne?
§ 309. Beuabque II. Le présent du subjonctif peut se mettre après un des temps du parfait, s'il s'agit d'exorimer
dans la proposition subordonnée une pensée générale ou envisagée indépendamment de toute idée de temps (Voyez §805, 2*>).^a?.;
«c Je n'ai employé aucune fiction qui ne soit une image sensible de la vérité. » (Voltaire.)
§ 310. Remarque III. Après un verbe au futur, on peut mettre au passé le verbe de la proposition subordonnée, si Ton veut indiquer, en même temps qu'une idée de futur, une idée de passé. Ex, :
(quand) j'anraivoulu j v/aaVdrf^, il aura cédé, (quand) je voudrai ) ^
§ 311. Remarque IV. Dans la correspondance des temps passés, on met :
1** Jj imparfait du subjonctif, si l'action exprimée par le second verbe est passée, présente ou- future. Ex. : il s'en est fallu de peu que je partisse (action passée); vous avez voulu que je fusse près de vous (action présente) ; je désirais que Ton travaillât davantage (action future).
2* Le plus-que-parfait du subjonctif, seulement si l'action est passée par rapport à l'action du verbe principal, déjà passée elle-même. Ex.: je ne savais pas que vous eussiez été trompé.
§ 312. Remarque V. Le conditionnel est un mode, et non un temps ; mais il a une grande parenté avec le futur et avec rimparfait : il se forme comme le futur (Voyez § 110), il a les désinences de Timparfait (Voyez § 115), et il emprunte au plus-que-parfait du subjonctif sa seconde forme : j eusse aimé (synonyme Aq j'aurais aimé).
V Le conditionnel se met pour le futur dans les propositions subordonnées, quand le verbe de la proposition principale est à un des temps du passé, et quand il y a quelque doute dans l'esprit. Ex,:
Si le verbe delaproposl
je voulais voir
f ai voulu voir \ s*il viendrait.
j'avais voulu voir
tion principale était au présent, celui de la proposition subordonnée serait au futur. Ex.:
je veux voir s'il viendra.
je croyais qu'il viendrait. |je crois quU viendra.
On m'a fait espérer qu'il viendrait. (Si Ton ne veut exprimer aucun doute, on met plutôt le futur. Ex. : ces enfants ont promis qu'ils travaillei'ont désormais.)
2** Si le verbe de la proposition subordonnée doit être au conditionnel, d'après la règle précédente, et que la proposition principale soit interrogative ou négative et attachée par que à la subordonnée, le conditionnel est remplacé par V imparfait du subjonctif. Ex.:
je ne croyais pas qu'il vînt sitôt .
croyiez-vous qu'il oint si tôt?
aviez- vous cru qu'il fût venu ûi^t.
Mais, s'il n'y a ni négation ni interrogation, le condi* tionnel peut se mettre dans la proposition subordonnée, même après un verbe à un temps passé. Ex.:
je croyais j
je crus ( qu'il viendrait.
j'avais cru i
[Histoire. — Au xvii® siècle on trouve Tirapaifait du subjonctif employé dans la proposition subordonnée, même alors que le verbe de la proposition principale est au présent, mais pour peu c^n'il y ait dans l'esprit une idée de crainte ou de doute. Ex. :
On craint qu'il n'essuyât les larmes de sa mère.
(Racine, JBn'tonmcus.)
La correction de ce vers a été contestée ; mais on voit nette- 3ient que l'imparfait du subjonctif tient, dans la proposition subordonnée, la place qu'aurait un conditionnel dans une pro-
SYNTAXE DU VBBBE. — § 315 269
position principale. On dirait, par exemple : « Il essuierait les larmes de sa mère ; c'est ce que l'on craint. » — Cet emploi de l'imparfait du subjonctif se trouve du reste même en prose dans la langue du xvii® siècle. Ex. : « La nature eût fait venir les esprits tout nus au monde, si c'est chose qxCelie eût pu faire, (Malhbrbk.) J'honore trop ses belles qualités pour souffrir qu'une si frivole calomnie lui donnât quelque mauvaise impres- Bîon de moi. » (Id.)