L'é provient d'un a libre
santé latin sanitatem
clef — clavem
infinitifs en « ev » — are
participes en « é » — atum
2« pers. plur. en « ez » — atis.
115. — La diphtongue AI a le son de Vé fermé à la première personne de l'indicatif présent du verbe avoir, à la même personne du futur de tous les verbes, et à la même personne du prétérit des verbes en er.
Le son é provient alors d'un a, suivi d'une palatale [e en hiatus) ou d'un i long final.
ai latin habeo
chantai — cantavi.
Ainsi, dans les verbes, l'ancienne diphtongue ai a le son de Yé fermé lorsqu'elle termine le mot. Il n'en est pas de même dans les noms et adjectifs, où elle a partout le son de Vè ouvert, sauf dans quelques mots tels que « mai ». On a voulu, dans les verbes, distinguer le futur du conditionnel, le prétérit de l'imparfait.
116. — Lorsque Te, dérivé d'un a libre, est suivi d'une consonne prononcée, il a aujourd'hui le son de l'è ouvert*.
père latin patrem chef — *capum tel — talem amer — amarum.
1. Au xvie siècle, tous les é provenant d'à libre se prononçaient encore fermés.
L'è peut encore provenir d'un e long ou bref ou d'un i bref entravés :
met latin mittii vert — Yir{i)deui
terre — terra
nouvelle — nove//a
sept — septem
Quand la consonne qui vient après cet è est une r finale ou suivie seulement d'un e muet, le son se rapproche d'un êf et Littré le note souvent ainsi {amêre, terre, fêr).
117. — Vè écrit AI provient d'un a libre suivi d'une nasale (n, m), ou d'un a libre ou entravé suivi d'une palatale {e ou i en hiatus, c, g) y ou encore, dans quelques mots (comme raide, jadis roide), d'une ancienne diphtongue française oi.
laine latin laTia fait — factum plaide — *placilat air — aer paire — paria
Dans quelques mots, ai provient d'un é de l'orthographe primitive, et correspond à un a tonique libre ordinaire :
clair (anciennement c/er), lalin claruni pair ( — per) — parem
aile ( — ék) — ala.
Quand, après ai, on a r ou re, comme dans « air » et « paire », Littré note la prononciation par é,
118. — Vè écrit El provient d'un e long ou d'un i bref libres, suivis de n.
pleine, latin plena
^( ei » peut encore provenir d'un e long ou d'un i bref
libres ou entravés, suivis d'une / ou d'une n unies à une palatale.
fetgne, de « feindre », latin ftn^am merveille — mirabt/ta
soleil — *solic(u)/um.
119. — Vé provient d'un e long ou bref ou d'un t bref entravés, quand la première consonne de l'entrave était une s qui est tombée ultérieurement.
crête, anciennement crestef de cris(a
tête — teste, de tes^a
carême — caresme, de quadrage5(i)ma
être — estre, de ess(^e)re
Ê peut encore provenir d'un ancien ai, suivi des -}" ^^^ autre consonne.
grêle, anciennement graisle, de gracUem
Voyez ci-dessus, § 117, pour l'explication de l'ancien ai,
120. — Les dictionnaires de rimes distinguent les rimes en esse long (prononcé êsse) et en esse bref (prononcé èsse). Si l'on considère, dans les deux catégories, les mots qui sont d'origine populaire, au moins quant à la terminaison, on remarquera que les mots en esse long remontent à des formes latines où e est suivi de deux s {presse = « pressât », et les composés de ce verbe; cesse = « cessât »), tandis que, dans les mots en esse bref, les deux s ne sont que l'équivalent graphique d'un ancien c français dérivé de ci ou ti latin {dresse, jadis drèce, latin *directiat; paresse, jadis parèce, latin pigritia, et les autres substantifs en esse, jadis en èce, suffixe latin itia).