Vi provient d'un i long latin
fil latin filum
rive — ripa
ti^e — tibia
ville — villa
Il provient aussi d'un e bref libre ou entravé, suivi d'une palatale (e ou i en hiatus, c, g), on bien d'un e long ou d'un i bref libres, précédés d'une palatale, ou encore d'un a entre deux palatales.
prie, latin precat lit — lectum cire — cera gft — jacet
Il provient d'un i bref suivi d'une palatale dans plie (latin plêcat). Ce mot avait régulièrement produit la forme
pleîe. Puis il y a eu hésitation entre la réduction de la diphtongue ei à i et son changement normal en oi. De là les deux formes plie et ploie, qui constituent aujourd'hui deux verbes distincts. Même observation pour la terminaison ie, correspondant au suffixe latin icat, qui se retrouve aussi sous la forme oie. Comparez charrie et charroie.
123. — Vo provient : 1® d'un o long ou bref ou d'un u bref suivis de n ou m ; 2** d'un o bref entravé ; 3® de la diphtongue latine au.
couronne, latin corona bonne — bona sommes — sumus fort — (ortem
port — portum
ov — aurum
124. — Vo a le son ô loi*squ'il est suivi d'une s douce, ou d'une consonne finale qu'on a cessé de prononcer, ou lorsqu'elle était suivie d'une s qu'on a cessé de prononcer et d'écrire devant une autre consonne. Dans ce dernier cas, l'o prend l'accent circonflexe.
chose latin causa
gros — grossum
hdte, jadis hosle — hos(pi)iem
aumône, jadis aumosnef — elemos(y)na
125. — On constate pour les mots en osse la même distinction que nous avons signalée pour les mots en asse et en esse (§§ 113 et 120). Les mots en osse bref s'écrivaient jadis par un c {bosse, anciennement boce ; crosse, ancien-
nement croce), tandis que ceux en osse long se sont toujours écrits par deux s : fosse, grosse, adosse.
126. — Vô écrit au provient de T union d'un a latin entravé avec une /, quand cette l se trouvait, en ancien français, suivie d'une autre consonne :
chevaux, anciennement c< chevals »^ latin cahallos autre — « altre », — aZterum
travaux — « travalz » — * trabac(u)/os
Quelquefois, au français correspond à au latin et à un o de Tancienne orthographe française, auquel cas il se prononce souvent comme un o ordinaire (et non ô), par exemple dans le nom propre Paul, anciennement Pol, latin Paulum.
127. — Vo écrit eau provient de Tunion d'un anciens bref entravé avec une /, quand cette /, en vieux français, était finale ou se trouvait suivie d'une autre consonne.
nouveau, anciennement « nouvel », latin nove/Zum agneau — « agnel » — agneiium
128. — Signalons quelques prononciations provinciales et défectueuses de Vo : à Lyon, on entend souvent prononcer l'o de sot comme celui de sotte {sd au lieu de sô)y et on prononce de même toutes les finales en ot^; mais, en revanche, on prononce par ô les finales en oie {fiôhy carl'iôle, etc.) Les Méridionaux donnent le son de l'o ouvert à l'o suivi d'une s douce, et à l'au non final; ils disent ôtre pour autre = ôtre, sôce pour sauce, chose, rose, etc.
1. C'est sans doute pour réagir contre cette prononciation qu'on a pris l'habitude à Lyon de mettre un accent circonflexe sur l'o de pot : PÔT.
129. — Vu provient d'un u long, ou encore d'an u bref immédiatement suivi d'un i.
lune
latin luua
nulle
— nulla
fut
— fuit
voulusse
— voluissem
Vu peut aussi provenir de Tunion d'un e ou d'un i bref toniques avec un u posttonique.
dut latin debuit reçut — recipuit
130. — Dans un certain nombre de mots, l'ancienne langue avait avant l'u tonique un e qui est, depuis, tombé de la prononciation. Cet e a été maintenu dans l'orthographe de « eu », participe passé du verbe avoir, de « eus» , prétérit du même verbe. Dans d'autres mots, Vu a été surmonté d'un accent circonflexe : mûr, anciennement meûr;sûr, anciennement seûr. Enfin il arrive souvent que rien n'indique dans l'orthographe actuelle la chute de l'ancien e, par exemple dans repu, anciennement «receû», blessure, anciennement « blesseûre ».
131. — L'ôpeut aussi correspondre à un ancien u suivi d'une s qui est tombée :
ftî^t, subst., anciennement « fust », latin fustem ftU, forme verbale, — « fust » — futsset
voulût — — (c voulust » — voluwset.
OU
132. — Vou provient d'un o long ou d'un u bref entravés, ou d'un bref entravé, suivi d'une / devenue finale ou de Z + une autre consonne.
cour, latin * cortem
doute, — dub{i)ta.i
cou, d'abord col — coZ/um fou — fol — fo/tem.
Vou peut encore résulter de l'union d'un u posttonique avec un a ou un au,
clou, latin clavum trou — traugum.
EU
133. — Le son eu provient d'un o long ou bref ou d'un u bref libres. Les orthographes anormales de ce son [œ, œuy ue) s'expliquent tantôt par un souvenir de l'ancienne graphie {Vo bref avait produit d'abord la diphtongue ue ou û?), tantôt par le désir de mieux rappeler le mot latin, tantôt par la nécessité d'empêcher une ftfusse lecture du c devant la graphie eu (par exemple dans cueille).
douleur latin dolorem gueule — gula cœur — cor nœud — nodum feuille — folia
Le son eu peut encore dériver de e long ou i bref entravés, suivis d'une /, quana cette / était devenue finale, ou
quand elle était suivie d'une autre consonne dans Tanciennc forme française.
cheveu, anciennement « chevel », latin capi/^um eux — « els » — i//os
Exceptionnellement, eu correspond à un ancien u précédé d'un e : « bonheur », anciennement bonheur (doublet populaire de bon augure).
134.— Quelle que soit l'origine du son eu, il a généralement le timbre fermé (la valeur eu) quand il est suivi d'une s douce, ou quand il termine le mot ou qu'il est suivi d'une consonne non prononcée ; il a le timbre ouvert (celui de eu dans douleur) quand il est suivi d'une consonne prononcée autre que 1'^ douce.
Littré semble dire qu il y a une différence de timbre entre eu final et eux : « aveuy au pluriel aveu ». Mais Veu de «aveu» ne se prononce pas comme celui de «douleur». En réalité, entre le singulier et le pluriel des mots en eu, il y a tout au plus une différence de quantité. Le timbre est le même.
XÉ
135. — La diphtongue ié provient d'un e bref libre, ou d'un a libre précédé d'une palatale (e ou i en hiatus,
Cl 9)'
pied latin pedem hier — heri
payer (prononcé pêié) — pacare moitié — — medietatem *
1. Remarquez qu'une seule palatale peut produire un double eflfef, sur la voyelle qui précède et sur celle qui suit : ïi en hiatus de medietatem a changé Ve de la syllabe initiale en ei puis oit et la tonique eu ié.
Elle provient encore de Va libre dans le suffixe ier = latin arium : « chevalier », de caballarium.
Dans cette diphtongue, Ye a le son fermé {ié) quand il termine le mot ou qu'il est suivi d'une consonne non prononcée. Il prend le son ouvert {iè) quand il est suivi d'une consonne prononcée.
Il importe de remarquer que, dans un bon nombre de mots, Tancienne diphtongue ié s'est réduite à éy particulièrement après les chuintantes {ch, j) : chef a été chief^ dégel a été dégiel, etc.
Exceptionnellement, ie peut dériver d'un e bref entravé ; tiers (de tertium), cahier (de quaternio).
lA
136. — La diphtongue ia est rare; elle se produit quand un a latin qui doit persister est précédé d'une palatale:
loyal (prononcé loi-ial), latin le^alem
lEU
137. — La diphtongue ieu provient d'un e bref libre, suivi immédiatement d'un w ou de / -f- une autre consonne.
Hieu latin Detmi
xaieuis., jadis mie/s, — me/(iu)s
OI
138. — La diphtongue oi provient d'un e long ou d'un tbref libres, ou des mêmes voyelles entravées, mais suivies d'une palatale, ou encore d'un o long ou d'un u bref suivis d'ime palatale *.
1. Quand la palatale est accompagnée d'une /, on a ou: genot/ (d'abord genouil), latin « *genuc{\i)lum »; bomlle, latin « hulliàt ».
croit
latiri crédit
foi
fidem
toit
tectum
yoij.
vocem
noix
nwcem
angoisse
angMstia
UI
139. — I^ diphtongue ui provient d'un o bref ou d'un u long suivis d'une palatale *.
nm'se, latin noceat nwit — noctem cwir — corium luisent — Iwcent
Elle correspond exceptionnellement à w bref suivi d'une palatale dans cuivre, de cupreum.
Résumé des transformations des voyelles toniques.