Dans quelques cas, / provient de r, et r de
rossignol de Zusciniolum pèZerin de peregrinum
orme de uZmum emiel de altare
Enfin / dérive de n dans orphelin, de orpkaninum.
Les nasales n et m.
151. — Les nasales, dans les cas où elles marquent smiplement aujourd'hui la nasalisation de la voyelle précédente, dérivent toujours d'une nasale latine placée devant
1. Il y a d'ailleurs des mots où r était redoublée en latin et ne l'est pas en français, par exemple courir^ de *currire, — C'est sous l'inhaence de l'orthographe et do la prononciation latines que IV se prononce double dans quelques mots comme erreur.
66 GRAMMAIRE fflSTORIQUE DU FRANÇAIS
une autre consonne, ou d'une nasale finale * ou devenue finale. Cette nasale s'écrit généralement n, qu'elle provienne d'une n ou d'une m latine.
mon
et
mien,
latin
meum
rien
rem
grain tante
granum tua-am(i)ta
Par un souvenir de l'orthographe latine, on écrit comte (comitem), faim, (famem), etc., au lieu de « conte, fain ». En outre, on a conservé la graphie m devant les consonnes 6 et p ; compagnon, membre, etc.
152. — Les nasales ont une valeur propre lorsqu'elles sont initiales, lorsqu'elles sont placées après une autre consonne, ou lorsque, simples ou redoublées, elles se trouvent entre deux voyelles. Elles dérivent des nasales latines correspondantes.
naître, • latin
* nascere
une, latin ùna
cornu —
cornutum
bonne — bona
mouvoir —
movere
pomme — poma
paume —
palma
aimer — amare
grammaire —
grammatica
L'm, simple ou redoublée, peut dériver de mn du latin : homme, latin hom(i)nem dame, latin dom(i)nam
153. — Exceptionnellement, n initiale peut dériver d'une m latine :
nappe, latin mappa nèfle, latin mespilum.
154. — Souvent les nasales entre deux voyelles sont redoublées dans l'orthographe actuelle, qu'elles le fussent
1. A la fin des monosyllabes ou mots assimilés, comme rem, meum^ Ail] eurs,rm finale des mots latins était tombée. Voyez §75.
OU non en latin, particulièrement après Vo et Te, plus rarement après a : année, grammaire, couronne, tienne, ennemi, pomme, donner, etc. Cette graphie remonte à une époque où ces nasales, tout en conservant leur valeur propre, avaient nasalisé la voyelle précédente (cf. § 111, à la lin) : on a prononcé «couron-ne» *. Il en reste trace dans la prononciation de ennui.
155. — Vn mouillée, écrite gn, provient d'une n latine accompagnée d'une palatale {e ou i devant une voyelle, Cr g)'
ag'neau latin ag^nellum (prononcé ag-nellum) plaigne — plang'am
montagne — * montaneam compagnon — * compamonem oignon — umonem.
Des mots où Vn mouillée provient de gn latin, la graphie «gn» a passé à tous les mots qui ont une n mouillée, quelle que soit son origine. Jadis Vn mouillée était représentée par ign; il en reste trace dans les mots tels que oignon, qu'on prononce ognon. En général, dans les mots qui ont oign^ la prononciation hésite entre o et ai. Après Va, Vi a été supprimé devant gn toutes les fois que la prociation est agn et non aign. On ne voit pas bien, d'ailleurs, la raison de cette double prononciation.
Les sifflantes s, c doux, z et x.
156. — Dans les mots d'origine populaire, on ne trouve d'ar qu'à la fin des mots, et nous avons vu que cet x équi-
1. Dans la plupart des mots savants écrits par deux nasales, on fait entendre les deux consonnes: innover, immérité, immense. Mais on ne prononce qu'une n dans innocent (voy. Littré), probablement parce que ce mot est d'usage plus populaire que les autres, et que la tendance popul2(ire est de réduire les consonnes redoublées.
vaut à S (§51). Tout ce quenousdirons de s finale s'appliquera donc à X,
157. — Le z provient de s, ou de c devant e, i, quand ces consonnes sont précédées de ^ ou de d :
chantez latin canta^(i)s quinze — quind(e)cim
Dans le corps des mots, z a le son de Vs douce*. Comme lettre finale, il a la même valeur que x ou s. Voyez ce que nous dirons de s finale. A la fin des mots, z a été d'ailleurs remplacé plus d'une fois par une s : chantés, participe passé pluriel, anciennement chantez, comme à la deuxième personne du pluriel, latin «canta^(o)s)). Inversement, on a quelquefois, sans aucune raison, substitué z h s, par exemple dans nez, anciennement nés, de nasum,
158. — Vs française peut avoir la valeur d'une s dure ou celle d'une 5 douce (z).
Elle dérive de 1'^ latine et elle a la première valeur au commencement des mots, ou dans le corps des mots entre une consonne et une voyelle, ou encore dans les cas exceptionnels où elle s'est conservée dans la prononciation devant une consonne :
semer, latin seminare
se, soi — se
personne — persona
morsure — morsura
rester — restare
L's dure peut encore dériver de c placé entre une consonne et un e ou un i, ou de ti placé entre une consonne
et une voyelle :
naissant, latin nascentem huissier — os^iarium
1. Il a aussi cette valeur dans les mots savants, où il peut être initial : zèle, zéro, zodiaque, etc.
Dans ces mots, la première s, qui se fond d'ailleurs avec la seconde dans la prononciation, dérive de Vs latine qui précède c et ti.
Vs a le son doux entre deux voyelles. Elle dérive alors soit de Vs latine entre deux voyelles (ose, de ausat, etc.), soit de c placé entre une voyelle et un e ou un i, ou de ti placé entre deux voyelles :
plaisir latin loisir —
placere licere
voisin — raison — poison —
vicinum
ra^ionem
po^ionem
On remarquera que, dans tous ces mots, c et ti ont produit non seulement une s douce, mais encore un i semivoyelle qui s*est ajouté à la voyelle précédente, et que, dans plusieurs mots, ces lettres ont encore produit un troisième effet en influant sur la voyelle suivante : Vi tonique de «loisir, plaisir» provient de Te long latin influencé par le c.
159. — Vs finale ne se prononce plus généralement, si ce n'est dans les liaisons, où elle est maintenue par Finfluence factice de Torthographe ou quelquefois par Teuphonie*, et où elle a le son de s douce. Elle provient soit de s latine^ simple ou redoublée, finale ou suivie d'une flexion qui doit tomber, soit de c devant e, soit de ti devant une voyelle quelconque :
dos latin dorsum
pas — passum
i. Quand Vs finale est précédée d'une consonne prononcée (comme dans clercs torts, cerfs, où le c, le t et 1/ de la fin rappellent simplement l'orthographe du singulier, mais où Vr qui précède se prononce), la raison d'euphonie n'existe plus, et 1'^ est muette. Voyez ces différents mots dans le Dictionnaire de Littré. Cependant, même dans ce cas, rinflaence de Torthographe fait souvent prononcer Vs.
angoisseua? (= angoisseuQ) latin angustiosum chevauœ (= chevaus) — caballos
paiaj (== pais) — pacem
fau.(=ra«s)j Z SS(ffl.)
palais — palafium
tiers — ter^ûim
Vs finale se prononce, et elle a le son de s dure, dans un certain nombre de mots savants, mais aussi dans quelques mots populaires monosyllabiques tels que tous, lis y vis, fils^. Vx a la même valeur dans dia? et sia?, quand ces mots terminent un membre de phrase; elle a le son de s douce dans les liaisons. Vs finale sonne également dans os, particulièrement au singulier. Au pluriel, ce mot a été assimilé aux autres pluriels, où Y s ne se fait entendre que dans les liaisons.
160. — Vs redoublée, ne se rencontre qu'entre deux voyelles. Elle provient soit de s redoublée du latin, soit de s suivie de c-j- e ou i, soit de s suivie de ^i + voyelle. Elle peut encore correspondre à une s simple du latin, après une consonne.
passer latin passare
finissant — finiscentem
fausse — falsa
Vs redoublée se prononce d'ailleurs comme«une s simple dure, c'est-à-dire comme un c doux [ç). C'est ce qui explique qu'on ait pu, dans certains mots, substituer la graphie ss à un ancien c doux. « Fasse » , du verbe faire, s'est d'abord écrit «face», «paresse» s'est écrit « parèce », etc.
1. Littré blâme fortement cette prononciation de fils, mais elle n'est pas plus extraordinaire que celle de lis et de vis. — On devrait écrire fis, comme vis. C'est un des cas très rares ou 17 doit tomber complètement : entre i et 6*. La graphie fils est destinée à rappeler l'orthographe latine.
ORIGINE DES CONSONNES tl
161. — Le c doux provient d'un c latin initial devant € ou iy ou d'un c placé entre une consonne et un e ou un i*.
cent latin centum
cercle — circulum
(re)çoit — (re)cipit
merci — mercedem
puce — pul(i)cera
Il peut encore provenir de c ou ^ après une voyelle tonique ou après une consonne, et devant un e ou i en
hiatus.
place latin pla^ca
menace minacfa
noce nup^ia
soupçon — susp(i)cionem
suffixe ance — — an^ia
Exceptionnellement c doux provient de qu : « cinq », de quinque; « cinquante », de quinquaginta, La répétition de qu en tète de deux syllabes consécutives avait amené dans le latin populaire le changement du premier qu en un c.
Les chuintantes ch, j ou g doux.
162. — La chuintante ck provient d'un c latin initial devant a, ou d'un c placé entre une consonne et un a, particulièrement après une consonne sourde :
chambre latin caméra
cAant — cantum
c/ievaucAer — cava/care
mâcAe — mas«(i)cat
1. Le c latin entre deux voyelles n*a produit un c doux que dans les mots d'origine savante. Comparez ricin (de rtcinum), mot savant, et voisin (de vicinum), mot populaire. Il y a, en outre, un déplacement d*accent dans ricin, les deux t do ricinum étant brefs. Compare encore féroce (de ferocem) et voix (de vocem).
ch peut encore provenir de e ou i en hiatus après la consonne sourde p :
proc/ie, latin propium sac/ie — sapiam
Exceptionnellement ch dérive d'un c latin devant i dans cYiercherj de circare. Mais la forme ancienne était cercher.
163. — La chuintante y ou g doux provient de / latin initial :
jeune latin juvenem jurer — jurare
«oindre — jungere
Elle provient de g latin placé devant a, e ou t, lorsqu'il est initial ou placé après une consonne
joie lalin gaudia
geni — gentem
arg'ent — arg'entum
nag^er — nav(i)g'are
Elle provient de e ou i en hiatus après une consonne sonore :
lin^e latin lineum
lange — laneum
jour — diurnum
govyon — go6ionem
sergent — servientem
vendange — vindemia
1. Quand le g doux provient d'un g latin entre deux voyeUes, le mot est savant. Comparez régime (de regimen), et reinCy contraction de reïne (de regina). L'origine savante de régime se reconnaît encore au déplacement de l'accent, car, Vi de regimen étant bref, l'accent tonique devrait être sur la syllabe initiale.
Elle provient, après certaines consonnes (Cf. § 162), de c latin devant a:
charg^er latin carr(i)care ju^fer — jud(i)care
mang'er — raan(i(u)care
Elle se trouve encore dans le suffixe agcy venant du suffixe latin aticum, et enfin elle correspond à un z initial dans ya/oMX, de zelosum,
164. — Pour éviter la confusion avec g dur, on éo^ le g doux par y ou ge lorsqu*il est placé devant a, o, graphie ge dérive des fornnes anciennes telles r participe passé de gésir y qui se prononçait ja/ /
ou ge était devenu le signe d*un simple g dou^^ ^ conserve/
Les gutturales c et g durs, et qu.