‹ Nouvelle grammaire historique du françaisChapitre 32 sur 112 · Comparez la prononciation dta?-e-new/', pour dix-et-neuf · texte numérisé non relu

Comparez la prononciation dta?-e-new/', pour dix-et-neuf

vendant latin venientem maussade — male-sap(i)dum grand — grande m

177. — Quand le d est devenu final, comme dans grande il s*est changé en t dans la prononciation et dans Tancienne orthographe, en vertu de ce principe que toute consonne sonore, en devenant finale, se change en la consonne sourde correspondante. Ce t final, qu*on écrit aujourd'hui d pour mieux rappeler l'orthographe latine, ne s'entend plus d'ailleurs qu'en liaison : « gran-t-homme ».

178. — Dans les mots tels que nid, pied, nœud, le rf a été ajouté à l'ancienne orthographe qui éldJ\ini,pié,nœUy depuis le xii® siècle, car le c? latin isolé entre deux voyelles est tombé à cette époque (nirfum, perfem, nodum). Aussi ce d est de pur ornement et ne se lie pas. C'est par euphonie qu'on prononce : « pié-t-à-terre. »

179. — Le d peut encore provenir d'un t latin placé entre un b et une voyelle :

malade latin male-ha6(i)^i]m soudain — * su6'i)<anum coude — cu6(i)^um

180. — Le d peut être une consonne euphonique introduite entre n ou / et r, ou entre s douce et r, quand ces consonnes sont devenues voisines par suite de la chute des lettres qui les séparaient en latin :

moudre, jadis moldre, latin mo/(e)re poudre, — poldre, — pu/(ve)rem plaindre — plan(ge)re

moindre — min(o)r

coudre, jadis cousdre — cons(ue)re

181. — Le d redoublé est d'origine savante. Les deux consonnes se prononcent dans addition.

182. — Toutes les fois que le rf ou le ^ se trouve placé devant une autre consonne quer, il a été ajouté pour rappeler Tétymologie (quelquefois une étymologie fausse), ou, dans les pluriels, pour rappeler la forme du singulier. On écrit « poiflfs » à cause de pondus, bien que ce mot vienne en réalité de pensum; on écrit « granrfs, enfants, etc. » à cause des singuliers « grand, enfant, etc. » Mais on écrit tous et non touts, malgré tout.

Les labiales p, b, f, v.

183. — Le p provient d'un p initial ou placé entre une autre consonne et une voyelle ou une r *.

pâtre latin |)astor

porter — portare

âpre — asp(e)rum

appeler — appellare (2)

serpent — serpentem

chape — * cappa

cep — cippum

Le p peut encore provenir d'un p devant /, même lorsqu'il n'est pas précédé d'une autre consonne :

couple latin cop(u)/a peuple — pop(u)/um

Le p de temps et de corps est uniquement destiné à rappeler l'orthographe latine : tempus, corpus.

1. Lep, lorsqu'il correspond à un p latin isolé entre deux voyelles, est d'origine savante- Comparez chevet (de * cnpitlum) et chapitre (de capitulum). Ce dernier mot, étant un mot savant très ancien, offre quelques caractères populaires, par exemple le changement du c initial en ch.

2. Les deux p du latin se sont régulièrement réduits à un seul. On les a rétablis dans l'orthographe française pour mieux rappeler la forme latine. Vlais il y a des contradictions âans l'usage : comparez appartenir et apercevoir.

184. — Le b provient d'un b initial, ou placé entre une autre consonne et une voyelle ou une r.

ftouche latin ôucca ar5re — ar6(o)rem a66é — a66atem (1)

Le b peut encore provenir d'un b devant /, même lorsqu'il n'est pas précédé d'une autre consonne :

Les adjectifs en « a51e », latin a6(i)/em fai61e — tle6(i)/em

meu61e — rao6{i)/em

Le b peut être une consonne euphonique introduite entre

w et / ou r.

comôler latin cum(u)/are

noraôre — nuwi(e)rum

chamôre — cam(e)ra

485. — Ly, que l'orthographe redouble généralement dans le corps des mots après une voyelle, provient de f latine, simple ou redoublée, quelle que soit sa place.

/aire latin /acere

/'ront — /rontera

/lamme ■— /lamma

sou/frir - *su/f(e)rire

gonfler — con^iare

tou^e - tu/a

Vf finale provient d'une labiale quelconque devenue finale, et particulièrement du v.

che/',

latin

*capum

cer/"

cervum

ner/"

nervum

vif

virum

1. Les deux 6 du latin se sont régulièrement réduits à un seul; on les a rétablis dans l'orthographe française pour mieux rappeler la forme latine.

neuA latin ( "°''«™

def — clavem

œuf — ovum

hœuf — bovem

cliéti/' — caplivum

186. — L'/* finale, après r ou après i, ne s'est maintenue ou rétablie dans la prononciation que sous l'influence de l'orthographe. Par exemple dans les pays où chétif est encore un mot vraiment populaire, on prononce chéti. Il en est de même après Vé : comparez clef y qui est resté essentiellement populaire, à chef et à nef. Après cm, le maintien de r/* finale paraît être plus général. Toutefois le mot qui doit avoir le moins subi l'influence de l'orthographe est le nom de nombre neuf; or, la consonne finale de ce mot ne se fait sentir que devant les voyelles *, ou lorsque « neuf» est employé isolément. Comparez ce que nous avons dit de six et de dix à propos de s finale, et de sept et de huit à propos de t final. Comparez aussi cinq,

187. — Au pluriel des noms en f Vf est destinée simplement à rappeler la forme du singulier. Aussi ne se faitelle pas entendre dans œufs et bœufs. Mais l'orthographe et l'influence du singulier l'ont emporté dans le pluriel de l'adjectif neuf, où Vf se prononce, ainsi que dans le pluriel des mots en if et de chef, nef,

188. — Le V provient d'un v initial, d'un b, d'un p ou d'un V placés entre deux voyelles ou entre une voyelle et une r, ou d'un v placé entre une consonne et une voyelle.

1. Elle a même devant les voyelles le son v, ou plutôt devant les voyelles le v du latin novem a persisté, comme il persiste dans le corps des mots entre deux voyelles. C'est un effet de la liaison intime qui existe entre les noms de nombre et les noms qui les suivent*

venir, latin

venire

fève — '

faôa

lèvre —

laôra.

cheuet —

*capittum

ohèvre —

capra

vivant —

viventem

servir —

servire

Le V est purement euphonique dans pouvoir^ anciennement pouoir, du latin * potere.

Mutations rares.

189. — Il nous reste à signaler quelques mutations très rares, par exemple IV venant d'une n, et le b d*un /?, dans « timbre », du latin tympanum^ le b venant encore d'un p dans « double », du latin *duplum, et « abeille » du latin apicula. Ce dernier mot est d'ailleurs une forme dialectale. Ajoutez c dur venant de t dans « craindre », de tremerCy et, inversement, le t correspondant à un c dans le vieux mot « chartre* », de carcerem, et le d correspondant à un g dans «sourdre», de surgere,Yf\mû'd\Q issue d'un vdans « fois », de vicerrif Vn issue d'un d dans « rendre», de reddere, etc.

Consonnes disparues.

190. — Un certain nombre de consonnes latines ont disparu, les unes en exerçant une influence sur les lettres qui les avoisinaient, les autres sans laisser de traces.

Parmi les premières, il faut citer les gutturales (c, g)^ qui généralement, lorsqu'elles disparaissent, mouillent la consonne qui les accompagne quand cette consonne est une / ou

4. Ce mot est encore usité dans la locution : « tenir en chartre privée. »

une n, et transforment la voyelle de la syllabe précédente et celle de la syllabe suivante en diphtongues contenant un i. Voyez ci-dessus Torigine des diphtongues iéy oi, et, m, et de / et n mouillées.

Il peut arriver aussi que les gutturales tombent sans laisser de traces, notamment lorsqu'elles sont isolées entre une voyelle labiale (o, u) et un a : c'est ainsi que louer vient de locarCy et laitue de lactuca. Quand deux gutturales identiques se suivent, la première tombe : sac de saccum.

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