Un adverbe et même une préposition peuvent
devenir substantifs : le pour et le contre y le bien, les aleritourSy ïarrière, le devant.
275. — Un adverbe peut devenir conjonction : « or » a été un adverbe, au sens de maintenant; « mais » a été d'abord adverbe, et a conservé son ancienne valeur dans la locution archaïque « n'en pouvoir mais, »
276. — Un verbe à l'infinitif peut devenir un substantif : « il a perdu le boire et le manger; un déjeuner; un dîner; un souper; le devoir; son avoir est modeste >>. Le substantif avenir n'est autre chose que Tinfinitif du verbe qui s'est transformé en advenir sous une influence savante.
Les infinitifs employés substantivement expriment l'action même ou le moyen de l'action, ou quelquefois le résultat : le « savoir » est ce qu'on sait, le « pouvoir » est ce qu^ on peut,
277. — Les participes présents et passés peuvent dépouiller leur valeur verbale et devenir des adjectifs. En outre, comme les adjectifs ordinaires, ils peuvent produire des substantifs masculins ou féminins.
Parfait f accompli, acharné^plaisant, remuant, etc. y sont employés comme adjectifs. Avenant a été d'abord participe présent du vieux verbe avenir.
Le gérondif, qui a la même forme que le participe présent, s'est souvent confondu avec ce participe, et a pu ainsi produire des adjectifs. On a dit d'abord : « payer argent comptant », ce qui voulait dire : « payer en comptant l'argent ». Puis on a vu dans «comptant» un participe présent se rapportant à argent, avec le sens de « que Ton compte », et on a dit : « c'est de l'argent comptant». Sous l'influence de cette confusion du participe et du gérondif, la flexion du participe présent a pris une signification très large, analogue à celle des suffixes d'adjectifs. De là les locutions telles que couleur voyante,
qui signfie « couleur qui se voit bien » et non «couleur qui voit », café chantant^ c'est-à-dire « café où Ton chante», prix coûtant, etc.
Comme exemples de participes devenus substantifs, on peut citer entre beaucoup d'autres : fait (valeur neutre), allié (valeur masculine), défaite, pensée, tenant et aboutissant (valeur neutre), mendiant (valeur masculine), variante.
Les substantifs formés avec le participe présent ont naturellement le sens de « personne ou chose produisant l'action du verbe», et quelquefois, par extension, celui de «lieu où se produit l'action», par exemple dans restaurant, couchant^. Les substantifs formés avec le participe passé signifient : « personne ou chose subissant l'action du verbe», et par extension, quand c'est un nom de chose, « résultat de l'action* ». Cet emploi du participe passé, notamment du participe passé féminin, remonte au latin populaire: c'est ainsi que les substantifs dette, fente y tente, vente, dérivent des participes passés féminins des verbes latins qui ont produit les verbes français devoir^ fendre, tendre, vendre. Ces verbes ont refait leur participe passé sur le radical, auquel on a ajouté la flexion u, empruntée à d'autres verbes.
278.*— Le gérondif peut aussi être employé substantivement : «en son vivant, sur son5eaw^».Le substantif comjotant (vendre au comptant) dérive du gérondif que l'on trouve dans la locution «payer comptant».
279. — Les participes présents ou passés peuvent produire des prépositions : excepté, vw, touchant, pendant.