L'article défini
292. — Il n'y avait pas d'article en latin. On disait par exemple : « homme est venu » , au lieu de « l'homme est venu » ; exactement comme nous disons encore : « Pierre est venu >. Il n'y avait pas plus d'article devant les noms communs que nous n'en mettons devant les noms propres» Quand il était absolument nécessaire de déterminer le nom, on employait l'adjectif démonstratif; puis, insensiblement, l'usage s'est établi de préposer au nom, même sans nécessité absolue, l'un des adjectifs démonstratifs que possédait la langue latine. Et c'est ainsi que l'un des adjectifs démonstratifs du latin^ illurny en devenant d'un emploi plus fréquent, a donné naissance à notre article.
1 Nous recommandons de chercher dans la i^c partie, chapitre iv, S 65 à 192, aux ditrérenles voyelles et consonnes, des exemples de hits analogues à ceux que nous signalerons dans les formes grammaticales. C'est aussi dans ce chapitre qu'on trouvera l'explication des termes spéciaux que nous allons être obligé d'employer constamment, tels que « accent, voyelles toniques et voyelles atones, proclitiques, vojelles libres et entravées. »
293. — Illum^y dans son emploi comme article, était un mot proclitique, s'appuyant dans la prononciation sur le mot suivant. Or nous avons vu que les mots proclitiques n'avaient qu'un accent secondaire, que cet accent avait une tendance à glisser de la première syllabe sur la seconde et que, dans ce cas, la première syllabe pouvait disparaître complètement. C'est ainsi que l'article français correspond à la dernière syllabe de « illum », lum. Si on se rappelle, d'autre part, que Vm fmale des mots latins était tombée, et que la voyelle d'un mot proclitique est traitée comme la voyelle de la syllabe initiale d'un mot ordinaire, et si on se reporte au chapitre IV de notre Première partie, on comprendra que le masculin le puisse venir de (t7) lum, et le féminin la de [il) lam. On comprendra aussi le maintien de Vs finale de « (il)los » masc. plur., et de « (il) las » fém. plur., dans le français les; mais c'est par exception que Vo de illos et l' a de illas ont produit un è français.
294. — Du est le résultat de la contraction de de le, devenu d'abord del^ puis deu. Le changement ultérieur de deu en du est exceptionnel, aussi bien que le changement de dels [de les) en des au lieu de deus^ deux, qu'on attendrait. Au est de même pour à le, et aux pour à les.
295. — Es, que Ton trouve dans quelques locutions archaïques comme « licencié es lettres », est le produit de la contraction de en les, devenu d'abord els, puis es.
11 y avait aussi, pour le singulier, une forme contracte dérivée de en le. Dans plusieurs cas elle a été remplacée par au; c'est ainsi que l'on dit : « je l'ai fait en mon nom et au vôtre. » Logiquement il faudrait : « en mon nom et en le vôtre. » Dans un bon nombre de ses emplois
1. Nous expliquons plus loin, à propos des noms (§299), commeDt il se fait que la plupart des formes françaises viennent de V accusatif latin.