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EMPLOI DES TEMPS I. — DIVISION ET TALBUR DES TEMPS

Temps principaux.

La durée se divise, relativement au moment où Ton parle, en trois temps essentiels, rendus grammaticalement par trois temps du verbe, que nous appelerons temps principaux : le présent, le passé, et le futur, La langue française a deux formes pour rendre le passé {passé défini et indéfini), mais ces deux formes, qui ne diffèrent, comme nous le verrons, que par leur origine et quelques-uns de leurs emplois, expriment en réalité la même époque de la durée. Le présent, le passé et le futur établissent, entre Faction exprimée par le verbe et le temps où l'on parle, un rapport de simultanéité, d'antériorité ou de postériorité.

Temps secondaires.

Mais une action déterminée peut être conçue comme étant en rapport temporel non pas seulement avec le moment où Ton parle, mais encore avec une action ou un moment passé, avec une action ou un moment futur. Lorsque nous disons : « il était parti quand je suis arrivé », Faction de partir est passée relativement au moment où nous parlons, mais elle est en outre passée relativement à Faction d'arriver, et nous exprimons par un temps spécial cette antériorité à une action passée. Nous appellerons temps secondaires les temps du verbe destinés à rendre ces

nouveaux ordres de rapports. Les temps secondaires se divisent naturellement en deux classes : ceux qui sont relatifs au passé, et ceux qui sont relatifs au futur. En théorie, chacune de ces classes doit contenir au moins trois temps, puisqu'il faut exprimer, relativement au passé ou au futur, les trois mêmes rapports de simultanéité, d'antériorité et de postériorité que les temps principaux représentent relativement au présent.

Temps secondaires relatifs au passé.

Le présent relatif au passé est rendu par V imparfait. Ce temps n'indique pas seulement que l'action est passée, il la montre présente relativement à une autre action passée : « Le jour où il est arrivé, on préparait la fête. » Quand on veut exprimer deux actions passées simultanées, on rend par l'imparfait celle qui déborde l'autre, celle qui avait commencé et qui n'était pas terminée (de là le mot imparfait) quand l'autre s'est produite. Comparez : « Il sortait quand je suis rentré », et «il est sorti quand je rentrais. » Par le passé proprement dit on exprime l'action passée, abstraction faite de sa durée; par l'imparfait on se place pendant la durée de l'action*.

— Le passé relatif au passé est rendu par un temps composé, nommé passé antérieur^ où l'auxiliaire [avoir ou être) exprime un état^ passé, et le participe passé du verbe une action antérieure à cet état. En règle générale, dans tout temps composé du participe passé et de Tun des deux auxiliaires « avoir» ou « être », l'auxiliaire exprime un

1. V imparfait a aussi une autre valeur, mais qui doit être mentionnée à part, celle d'un passé d'habitude.

2. On dit communément, mais à tort, que l'auxiliaire être exprime un état, et l'auxiliaire avoir une action. « Avoir » est un état aussi bien que « être ». Voyez le chapitre I de la Syntaxe du Verbe.

état, et par conséquent un moment, postérieur à l'action. « J*ai parlé » équivaut à : « Je suis dans un état, je suis à un moment postérieur à Faction de parler. » // eut écrit signifie en soi : « Il fut à un moment postérieur à Faction d'écrire. » Ce moment peut être celui-là même de la fin de l'action, ou un moment quelconque de la durée qui suit. Dans « j'ai dit », le moment présent, marqué par l'auxiliaire, peut coïncider avec la fin de l'action de dire (comme lorsque ces mots terminent un discours), ou être plus ou moins éloigné de cette action. De même, en principe, le passé antérieur « j'eus dit » peut exprimer soit la fin (passée) de l'action, soit un autre moment postérieur. Si l'on écrit : « Dès qu'il l'eut vu, il revint », la conjonction « dès que » précise la valeur du temps, et indique qu'il s'agit de la fin de l'action. Le même temps marquait une époque plus ou moins éloignée de l'action, quand on disait, dans l'ancienne langue : « Il fut parti depuis trois ans, lorsqu'il nous écrivit*. » Aujourd'hui le passé antérieur n'exprime plus que la fin de l'action. Il a été supplanté dans l'autre emploi par le temps nommé plus-que-par fait, où l'auxiliaire est à l'imparfait au lieu d'être au passé.

Quelle est la valeur propre du plus-que-parfait? D'après l'idée générale que nous avons donnée des temps composés, et d'après la définition de l'imparfait, un temps composé du participe passé et de l'imparfait de Tauxiliaire doit exprimer un état passé postérieur à l'action, état considéré comme présent relativement à une autre action passée, c'est-à-dire ayant commencé avant, et s'étant terminé après cette action. Si le passé antérieur exprime un moment proprement dit, postérieur à l'action, le plus-que-

1. Join ville écrit (§ 137) : « Nous trouvâmes que uns forz venz ot rompues les cordes. »

parfait exprime donc un moment prolongé, une durée passée au milieu de laquelle on se place. Quand on disait : « Il fut parti depuis trois ans lorsqu'il nous écrivit », on établissait la coïncidence entre le moment passé de l'action à! écrire et un moment postérieur à l'action de partir. Ces deux moments identiques sont exprimés l'un par l'auxiliaire « fut », l'autre par « écrivit » :

il fut lorsque il écrivit

'parti

Avec le plus-que-parfait on rend la même idée par un autre procédé; on place le moment passé de l'action ^'écrire au milieu d'une durée postérieure à l'action de partir :

il était lorsque il écrivit

'parti

Les deux temps permettent donc également d'exprimer que l'action de partir est séparée par une certaine durée de l'action à' écrire. Le plus-que-parfait est resté seul en possession de cet emploi, qu'il partageait à l'origine avec le passé antérieur. Ce dernier temps ne rend aujourd'hui que le moment de la fin d'une action passée, tandis que le plus-que-parfait représente toute la durée qui sépare ce moment du moment présent.

Il n'y a pas de raison, a priori, pour que, dans le passé antérieur, l'auxiliaire soit au passé défini plutôt qu^au passé indéfini. De là les deux formes : « Il eut parlé » et « Il a eu parlé. » On doit employer l'une ou l'autre suivant que le second verbe est lui-même à l'un ou l'autre des passés : « Quand il eut parlé, il revint », et <c Quand il a eu parlé, il est revenu. »

— Le futur relatif au passé était rendu en latin par un

temps composé du parfait ou de Timparfait d'esse^ et du participe futur du verbe : « lecturus erat ou fuit, » N'ayant pas de participe futur, nous employons, pour composer le même temps, Tinfînitif du verbe avec l'auxiliaire devoir à l'imparfait ou au passé : « Quand vous êtes arrivé, je devais partir le lendemain. — La semaine àernièref ai dû partir pour un grand voyage ^ » Pour exprimer la même idée, nous avons aussi un temps simple ; mais il a reçu dans la langue une acception modale, celle du conditionnel j et il n'a conservé sa valeur primitive que dans un cas déterminé, lorsquHl est dans une proposition complétive [subordonnée ou incidente^) et que le verbe de

1. Il ne faut pas confondre cette signification de devoi?* avec une autre Yaleur du môme verbe dans les locutions telles que: « Il a dû venir hier», c'est-à-dire: «Il est probablement venu hier.» Toutefois, cette signification dérive de la première, à peu près comme le conditionnel dérive du futur dans le passé.

2. On doit bien remarquer que le temps dit conditionnel n'a pas conservé sa valeur première dans toutes les incidentes, mais seulement dans les incidentes complétives. On ne dirait pas : « Il était Tami intime de l'ambassadeur qui arriverait, » Mais on dit : « Quand il a parlé ainsi, il savait très bien ce qui en résulterait. » L'incidente de cette dernière phrase est complétive, car on peut remplacer « ce qui » par « quelle chose », le relatif par un interrogatif . — Sont assimilées aux propositions complétives, les circonstancielles jointes à une proposition complétive ou infinitive : « Il avait promis d'être là quand vous arriveriez. » — Môme dans une proposition principale on emploie encore le conditionnel avec sa valeur primitive, quand on rapporte les pensées ou le langage d'une personne, dans le système intermédiaire entre le discours direct et le discours indirect. Ce système est particulièrement en usage chez nos romanciers contemporains : « Un autre sujet de préoccupation pour elle était de savoir si elle devait parler dans ses lettres de ce mariage projeté. Pour sa mère cela n'avait pas grande importance, et même valait-il mieux

peut-être ne lui en rien dire Elle parlerait donc, mais pour lui

seulement; elle lui écrirait. » (Hector Malot, La Petite Sœur.) Ce sont les mêmes temps que dans le discours indirect proprement dit : « Elle ge disait que pour sa mère cela n'avait pas grande importance. . . elle décida qu'elle parlerait, etc »

la proposition principale est à un temps du passé. Par exemple, dans « Je savais qu'il viendrait », viendrait n'a, à aucun degré, Tacception modale que nous rendons par le mot conditionnel. C'est un temps de l'indicatif exprimant un futur relativement au moment passé où «je savais » : venire habebat en latin étymologique, il devait venir si l'on emploie le temps composé équivalent. Il importe de séparer avec soin et de distinguer par des noms spéciaux les deux valeurs du temps dit conditionnel présent. D'une part (et dans ce cas on peut lui conserver le nom de conditionnel) il exprime, — avec une idée modale particulière que les latins rendaient, faute de mieux, par le subjonctif, — un présent ou un futur proprement dits : « Je le ferais maintenant, si vous me l'aviez demandé, je le ferais demain si vous me le demandiez. » D'autre part, il exprime un temps de l'indicatif qui équivaut au « lecturus erat » des Latins.

Quel nom donner à ce temps de l'indicatif? « Imparfait du futur » se présente naturellement à l'esprit, parce que ce temps est formé avec l'imparfait d!habere , comme le futur avec le présent du même verbe : « amare habeo — f aimerai; amare habebam — f aimerais. »Mais Vimparfait proprement dit n'est pas l'imparfait du présent, c'est l'imparfait du passé, le passé imparfait. « Imparfait du futur » signifierait «futur imparfait», et n'exprimerait pas l'idée qu'on veut rendre. Le temps à nommer est au futur ce que l'imparfait est au présent. Or nous avons défini l'imparfait : présent dans le passé. Notre temps est donc un futur dans le passé, et on peut lui laisser ce nom, qui porte en lui sa définition.

La transformation du futur dans le passé, du futur relatif au passé en conditionnel, a consisté principalement, comme nous le verrons au chapitre suivant, dans

la suppression de toute relation au passé. Cette relation a été maintenue, pour les verbes des propositons complétives, sous l'influence du temps passé du verbe principal. Le futur dans le passé de l'indicatif est d'un usage constant, particulièrement dans le discours indirect. Voici, entre beaucoup d'autres, quelques exemples de ce temps :

« Avez-vous prétendu qu'ils se tairaient toujours ? »

(Racine, Britannicus.)

« Ce fut en vue du Messie et de son règne éternel que Dieu promit à David que son trône subsisterait éternellement. » (Bossuet, Discours sur VHistoire Universelle^ 2® partie.)

w Dioclétien ordonna que les chefs des Manichéens seraient brûlés avec leurs écrits*. » (Gondillac).

« Je ne vous écrivais point, attendant que ce messager partirait. y> (Malherbe, III, 26^ del'édit. Lalanne. Lexique, page XXXVI.)

« Il attendait à se réjouir quand il verrait les mœurs corrigées* » (Bossuet).

1. A propos de cet exemple, la grammaire de Guérard a cette règle bizarre : « Ordonner veut le conditionnel au lieu du subjonctif lorsqu'il exprime l'arrêt d'un pouvoir suprême. » Il faut dire que « ordonner » s'emploie quelquefois avec l'indicatif, auquel cas le verbe subordonné se met naturellement au futur dans le passée si « ordonner » est lui-même à un temps du passé, ou au futur, si «ordonner» est au présent (Il ordonne qu'ils seront brûlés). Quan«l on emploie le subjonctif, on met le verbe au temps du subjonctif qui correspond à l'un ou l'autre de ces temps de l'indicatif, c'est-àdire au présent pour le f^tur, et à Vimparfait pour le futur dans le passé: « Il ordonne qu'ils soient brûlés, il ordonna qu'ils fussent brûlés. »

2. Il faut constater dans la phrase de Malherbe l'emploi, aujourd'hui incorrect, de l'indicatif après « attendre », et, dans celle de Bossuet, un exemple de la locution tombée en désuétude « attendre quand ^) y suivie aussi de l'indicatif.

224 GRAMMAIRE HtSTORIQUE DU FRANÇAIS

Pour se rendre compte de la valeur exacte du futur dans le passé, il suffît de remplacer, dans les propositions principales, le temps du passé par un présent : « Prétendezvous qu'ils se tairont toujours? — Dieu promet h David que son trône subsistera éternellement. » Cette substitution du présent au passé, dans la proposition principale, entraîne dans la subordonnée le changement du futur relatif au passé en un futur relatif au présent, c'est-à-dire en un futur proprement dit, et l'équivalence modale des deux futurs devient évidente : ce sont, au même titre, des temps de Vindicatif, On peut donc employer ce prétendu conditionnel dans les phrases subordonnées, quand le verbe de la proposition principale est à un des temps du passé, sans qu'il y ait quelque doute dans V esprit»

Ainsi, relativement à une action ou à un moment passés, le rapport de simultanéité est rendu par V imparfait, le rapport d'antériorité par le plus-que-parfait et le passé antérieur, le rapport de postériorité par le futur d^ans le passé»

Temps secondaires relatifs au futur.

Il n'y a pas de temps du verbe pour exprimer le présent dans le futur, la simultanéité de deux actions futures. En d'autres termes, il n'y a aucun des temps du futur qui corresponde à l'imparfait dans les temps du passé. Nous sommes obligés de dire, avec le même temps pour les deux verbes : « Il arrivera pendant que Récrirai, » C'est comme si, au lieu de : « Il est arrivé pendant que Récrivais,,)) nous devions dire, faute d'imparfait : « Il est arrivé pendant que j'ai écrit. »

Le futur relatif au futur, ou le futur postérieur, est exprimé par le futur de l'auxiliaire devoir suivi de l'infi-

nîtif du verbe. « Je devrai lire » équivaut au latin « lecturus ero. » Exemple: «Dès qu'il devra venir ^ vous m'avertirez. » Mais le verbe devoir conserve presque toujours, quand on l'emploie comme auxiliaire, un reste de sa valeur propre.

Enfin le passé relatif au futur est exprimé par le temps appelé fulur antérieur. On a l'habitude de dire que l'action exprimée par le futur antérieur est passée relativement à une autre action future, mais future relativement au moment oh Von parle. Il faut supprimer la dernière partie de la définition. Ce temps serait plus justement appelé antérieur au futur que futur antérieur. Car, si on l'analyse, on ne découvre rien dans sa composition qui indique que l'action soit future. « J'aurai lu » marque simplement un moment futur postérieur à l'action de lire; mais cette action peut être encore à venir, ou déjà accomplie quand on parle. Dans beaucoup de cas, l'action exprimée par le futur antérieur est présente, a commencé avant le moment où l'on parle et n'est pas terminée : « Ils sont encore à table. Dès qu'ils auront dîné, nous partirons. »

tt Je verrai les lauriers d'un frère ou d'ua mari Fumer encor du sang que y aurai tant chéri. »

(Gor:<i£ille, Horace, II, 6.)

Mais l'action peut même être entièrement accomplie, et c'est ce qui permet au provençal d'employer ce temps à la place du passé indéfini (Voyez Jahrbuch de Herrig, XI, 338). En français, pour qu'on puisse rendre une action, même passée, par un futur antérieur, il suffit qu'elle soit considérée comme antérieure à un moment futur, exprimé ou sous-entendu. On dit : « y aurai mal lu, Saurai mal entendu », c'est-à-dire: « au moment futur

OÙ je m'en serai assuré, j'aurai mal lu, mal entendu. » C'est ainsi qu'on dit encore : « Vous verrez qu'il so^a venu hier, »

Cet emploi du futur antérieur, en contradiction avec la définition qu'on en donne communément, est attesté par les exemples suivants, empruntés la plupart à M™® de Sévigné :

« Quoique M. Fouquetait trop appuyé.... il s'est trouvé pourtant que, par l'événement, il aura bien dit. » (M™* de Sévigné à M. de Pomponne, 26 nov. 1664.)

« Vous avez jugé très juste et très bien de Bajazet, et vous aurez vu que je suis de votre avis. » (La même à sa fiUe, 16 mars 1672).

« Toutes les filles delà reine furent chassées hier... On suppose qu'il y en a une qu'on aura voulu ôter, et que, pour brouiller les espèces, on a fait tout égal. » (Ibidem, 27 novembre 1673).

« Vous V aurez eu le lendemain du jour que vous m'avez écrit. » (Ibid., 29 janv. 1674).

« Pour moi, je suis très persuadée, que son mari est mort; la poussière mêlée avec son sang Y aura défiguré; on ne Yaura pas reconnu, on Vaura dépouillé; peut-être qu'il aura été tué loin des autres par ceux qui l'ont pris, ou par des paysans, et sera demeuré au coin de quelque haie. » (Ibid., 28 août 1675).

« [Ceux qui viendront après nous] l'estimeront-ils moins (Richelieu) à cause que, de son temps, les rentes sur l'hôtel de ville se seront payées un peu plus tard, et que l'on aura mis quelques nouveaux officiers dans la chambre des comptes? » (Voiture, Lettre sur Richelieu,)

« Vous aurez fait sortir ma sœur d'un couvent pour la laisser ensuite? » (Molière, Don Juan, V. 3.)

L'ancienne langue nous fournirait des exemples non

moins nombreux. Au moment de briser sa Durandal, Roland lui dit :

Molt larges terres de vos avrai conquises, (v. 2352).

Subdivisions des temps secondaires.

Nous venons de voir qu'on peut exprimer, relativement à un moment passé, le présent, le passé et le futur, et, relativement à un moment futur, le passé et le futur. Là ne s'arrêtent pas les temps possibles. On peut concevoir qu'on exprime, relativement au passé d^une part, et au futur d'autre part, non seulement les trois divisions essentielles de la durée, mais encore toutes les subdivisions qui correspondent aux temps secondaires que nous avons énumérés. On formera ainsi de nouveaux temps secondaires, correspondant à de nouvelles subdivisions de la durée qui, à leur tour, pourront être exprimées relativement au passé et au futur. Il n'y aurait donc pas de limite au nombre des temps secondaires, si la trop grande complication de l'idée exprimée et la surcomposition excessive des formes ne rendaient l'emploi de ces temps impossible à partir d'un certain degré.

Si l'on veut exprimer le plus-que-passé relativement au passé, on emploie un temps que j'appellerai « plus-queparfait antérieur », et qui est composé du participe passé du verbe et du plus-que-parfait de l'auxiliaire avoir ou être. Exemple : « On m'a affirmé que, dès qu'il avait eu cédé, les secours étaient arrivés. » L'action de céder est plus que passée relativement au moment déjà passé où on m'a affirmé, car elle est passée relativement à une action antérieure à ce moment (l'action (ï arriver.) L'emploi du plus-que-parfait antérieur indique donc que l'action est

antérieure à deux autres actions passées non simultanées :

eu arrivés cédé

Ce petit tableau montre en trois lignes superposées les trois actions successives dans Tordre chronologique : céder, arriver^ affirmer. Les mêmes lignes, considérées horizontalement, établissent la correspondance temporelle entre les différentes parties des trois temps composés. Ainsi Faction d'arriver coïncide avec la fin de Faction de céder, marquée par Tauxiliaire eu. Les imparfaits sont placés en travers de la ligne parce qu'ils marquent une durée et non un moment.

Une autre forme théorique du même temps serait : « // eut eu cédé », avec l'auxiliaire au passé antérieur. Dans Pancienne langue on eût pu dire : « On m'affirma que, dès qu'il eut eu cédé, les secours furent arrivés. » Mais nous avons vu que le passé antérieur avait perdu une partie de ses attributions, conservées exclusivement par le plus-que-parfait. Il faut dire aujourd'hui, et pour la même raison, « dès qu'il avait eu cédé », et « les secours étaient arrivés. » Dans la langue actuelle,. il n'y a pas d'application possible du temps surcomposé avec l'auxiliaire au passé antérieur. L'exemple cité dans les grammaires « dès que l'eus eu fini, je partis » n'est pas admissible. Cette phrase ne peut signiûer qu'une chose, c'est que l'action de partir a suivi immédiatement celle de finh\ ce qu'on exprime en mettant finir au passé antérieur non surcomposé : « Dès que j'eus fini, je partis. »

Le futur antérieur relativement au passé est rendu par un temps composé du participe passé et de Tauxiliaire avoir ou être au futur dans le passé : « Il serait parti. » Ce temps a subi, comme il est naturel, les mêmes vicissitudes que le futur dans le passé; il n'a conservé sa valeur première que dans les propositions complétives quand le verbe de la proposition principale est à un temps du passé : « Je savais qu'il serait parti avant que vous pussiez arriver *. » Partout ailleurs il a pris l'acception modale du conditionnel passé. Le futur antérieur dans le passé a aussi une forme surcomposée : « Je devais avoir écrite » Mais on emploie surtout cette locution en donnant au verbe devoir une de ses valeurs propres, et non pas seulement le rôle d'auxiliaire.

On trouve ou on conçoit des temps anologues relativement au futur j par exemple « j'aurai eu parlé », qui est un passé antérieur dans le futur, et qui, comme le futur antérieur, peut s'employer pour exprimer une action même passée pourvu qu'elle soit antérieure à un moment futur même sous-entendu : « Il aura eu fini quand l'ordre de surseoir est arrivé. » Tous ces temps peuvent en produire d'autres; par exemple « j'aurais eu parlé » est, relativement au passé, un passé antérieur dans le futur ^. Il est inutile d'insister sur ces formes d'un emploi très rare, et dont la plupart sont à éviter.

1. De même que le futur anié?ieur absolu peut exprimer une action déjà passée relativement au présent, le futur anténeur dam le passé peut exprimer une action déjà passée relativement au passé : « Je supposais bien qu'il aurait mal lu » correspond exactement à : « Je suppose qu'il aura mal lu. » Voici un exemple de M™® de Sévigné (à sa fille, 5 janvier 1672) : « Messieurs des États s'étaient examinés scrupuleusement pour savoir ce qu'ils auraient pu faire qui déplût à Sa Majesté. »

2, « J'aurais eu parlé » contenant un auxiliaire au futur dans le passé a aussi une valeur modale dont nous parierons plus loin.

Conclusion du olassement des temps.

Il résulte de cette classification qu'on peut toujours considérer un temps secondaire quelconque au moins à deux points de vue : d'abord au point de vue du présent, ensuite au point de vue soit du passé, soit du futur, suivant qu'il est relatif au passé ou relatif au futur. Prenons pour exemple la phrase suivante : « j'étais réveillé quand vous êtes entré. » Absolument, c'est-à-dire au point de vue du présent, du moment où je parle, « j'étais réveillé » est un plus-que-parfaity exprime un temps plus que passé. Mais au point de vue du passé, du moment passé où «vous êtes entré », ce même temps est simplement un passé. Nous verrons quelle est l'importance de cette distinction pour les règles de l'accord des temps.

Il y a même des temps secondaires qui peuvent être considérés à trois ou quatre points de vue, suivant le degré de la surcomposition et le nombre des actions rapprochées les unes des autres. Par exemple, dans la phrase que nous avons citée « On m'a affirmé que, dès qu'il avait eu cédé, les secours étaient arrivés », « avait eu cédé » est, absolument, un plus-que-parfait antérieur; c'est un plus-que-parfait si on se place au moment où <( on a affirmé » ; c'est un simple passé au point de vue du moment où « les secours sont arrivés ». De même, « j'aurais parlé » est un futur antérieur relativement au passé, c'est un passé relativement au futur dans le passé. Mais la seule distinction importante est celle qui sépare la valeur absolue de chaque temps de sa valeur relative soit au passé, soit au futur.

SYNTAXE. — DIVISION ET VALEUR DES TEMPS Le tahleau ci-joint résumera notre classification :

2ai

TEMPS (Divisions et subdivisions de la durée).

EXPRIMÉS ABSOLUMKNT

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