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CHAPITRE m LES INVASIONS BARBARES — LA GAULE FRANQUE

TES GERMAINS. £)£> Au delà du Rhin s'étendait I la Germanie. C'était un pays plus pauvre que

la Gaule, de climat plus rude, avec de grandes plaines marécageuses et des forêts si vastes qu'il fallait plusieurs semaines pour les traverser.

Les peuples qui l'ha'oitaient étaient plus barbares que les Gaulois avant la conquête romaine et de caractère plus farouche. Malgré les efforts des Empereurs romains pour les soumettre, ils étaient restés indépendants. Comme les Gaulois, les Germams étaient divisés en un grand nombre de peuplades dont les principales étaient à la fin du quatrième siècle : dans la région du Rhin, les Francs, les Alamans et les Burgondes ; sur les côtes de la mer du Nord, les Saxons ; plus à l'est, les Goths et les Vandales.

Les Germains étaient avant tout des guerriers : laissant aux femmes ou aux esclaves le som de garder les troupeaux et de cultiver la terre, ils n'aimaient que chasser et se battre. Souvent, sous la direction d'un chef qu'ils choisissaient pour sa vigueur athlétique et sa bravoure, ils se groupaient pour former une « bande de guerre «, et partaient à la recherche d'une terre à piller, emmenant dans des chariots leurs femmes, leurs enfants et tout ce qu'ils possédaient.

Le plus vénéré de leurs dieux, Wotan ou Odin, ne recevait en son paradis, le Walhalla, que les braves tombés en combattant, et la jouissance suprême était d'y boire l'hydromel céleste dans les crânes des ennemis.

L'EMPIRE ET LES BARBARES, aa L'Empire romain, à cause de ses richesses, avait de tout

CAVALIERS GERMAINS (Bas-relief de U colonne Antonine). pLmcts on

galop, ces cavaliers chargent l'infanterie romaine ; ils sont barbas et chevelus, tyétus

commeles Gaulois d'un pantalon long, d'une sorte de blottS! et d'une pèlerine flottante.

Comme armes défensives ils n'ont qu'un bouclier.

temps attiré les Germains. Pour repousser leurs attaques contre la Gaule, on avait dû fortifier solidement la frontière du Rhin. Les Romains emplpyèrent aussi un autre système : ils prirent à leur solde un certain nombre de ces bandes et leur donnèrent des terres sur la frontière, avec mission de défendre celle-ci contre de nouvelles bandes.

Plus tard, comme le recrutement de l'armée devenait de plus en plus difficile, les Romains enrégimentèrent les Barbares même dans les légions. Quelques-uns

UN CHEF FRANC (Restitution du Musée d'Artillerie). O Une vesU de lourrute

sovs le manteau el liai-dessus la tunique, le pantalon serré par des bandelettes, casque

et bouclier, l'épée au côté, en mains la framée et la francisque, tels étaient à peu près

le costume et l'équipement d'un chef franc au temps de Clovis.

arrivèrent aux plus hauts grades dans l'armée romaine, aux plus hautes dignités à la cour. Lorsque, en 395, Théodose mourant partagea l'Empire entre ses deux fils Arcadius et Honorius, il leur laissait pour les diriger en qualité de premier ministre un Vandale, Stilicon, auquel il avait fait épouser une de ses nièces. Ainsi l'Empire romain se trouva insensiblement comme «imbibé "de Barbares bien avant les grandes invasions.

LES GRANDES INVASIONS. /Ha Ces grandes invasions elles-mêmes ne furent pas des expéditions de conquête proprement dite, mais de véritables migrations de peuples. Elles curent pour cause l'arrivés en Europe d'autres barbares venus d'Asie, les Huns. Menacés par eux et fuyant devant eux, les peu-

pies qui étaient restés en Germanie cherchèrent à entrer en masse dans l'Empire et réussirent à en forcer la frontière : les uns ne firent que passer en ravageant tout, les autres demandaient des terres et s'y établirent, non sans exercer toutes sortes de violences.

Les invasions germaniques se succèdent et se prolongent ainsi pendant une grande partie du cinquième siècle : quand elles se terminèrent, la Gaule était couverte de ruines et terriblement appauvrie, et l'Empire romain, que les Barbares n'avaient pas voulu détruire, n'existait plus en Occident.

La plus importante de ces invasions fut celle de 406 : les Alains, les Vandales, les Suèves et d'autres peuples venus de l'Est, franchirent le Rhin qui était mal défendu et pendant près de trois années mirent la Gaule à feu et à sang. Les Francs et les Burgondes occupèrent le nord-est de la Gaule. Puis ce fut le tour des Wisigoths qui, après avoir ravagé l'Italie, s'emparèrent de l'Aquitaine et de l'Espagne, tandis que les Vandales passaient en Afrique.

LES HUNS. /0 ^ Les Huns, cependant, sous la direction de leur roi Attila, avaient fondé un grand Empire en Europe centrale. En 451, ils attaquèrent la Gaule.

Les Huns étaient un peuple de race jaune, proche parent des Mongols et des Turcs. Ils paraissaient aux Romains bien plus sauvages et plus féroces encore que les Germains. Ils épouvantèrent tous ceux qui les approchèrent et cette épouvante se retrouve dans les portraits qu'en ont laissés deux historiens contemporains des invasions, Ammien Marcellin et Jornandès. « Les Huns, dit Ammien, dépassent en férocité et en barbarie tout ce qu'on peut imaginer de barbare et de féroce. Sous une forme humaine ils vivent à l'état d'animaux. Ils se nourrissent de racines de plantes sauvages et de viande à moitié crue, mortifiée entre leurs cuisses et le dos de leurs chevaux. On les dirait cloués sur leurs petits chevaux, laids, mais infatigables et rapides comme l'éclair. Ils passent leur vie à cheval ; à cheval ils tiennent leurs assemblées, achètent, vendent, boivent, mangent : ils y dorment même. Rien n'égale l'adresse avec laquelle ils lancent à des distances prodigieuses leurs flèches armées d'os pointus, aussi durs et aussi meurtriers que le fer. >'

Jornandès dépeint Attila court de taille, large de poitrine, la tête grosse, les yeux petits, la barbe rare, le nez épaté, le teint presque noir. C'est le type du Kalmouk d'aujourd'hui. Jornandès ajoute qu'il fut « un homme né pour le pillage du monde et la terreur de la terre ». Attila aimait lui-même à se faire appeler « le fléau de Dieu » et il se vantait que « là où son cheval avait posé le pied, l'herbe ne repoussait jamais ».

ATTILA EN GAULE, aei Attjla se jeta sur la Gaule, avec 500 000 hommes, dit-on. L'épouvante répandue par son armée était telle que tout prit la fuite devant lui, et qu'il ne rencontra d'abord aucune résistance : seuls les habitants de Paris, sous l'inspiration d'une jeune fille, sainte Geneviève, fermèrent leurs portes. Attila put arriver sans combattre jusqu'à Orléans.

A Orléans, l'évêque saint Aignan organisa la résistance. La ville tint assez longtemps pour que le général romain Aétius eût le temps de réunir une armée qui comprenait, outre les légions gallo-romaines, les contin- • gents de tous les Barbares établis en Gaule, Wisigoths, Burgondes, Francs. L'armée de secours arriva sous les murs d'Orléans juste comme la ville, réduite par la famine, venait d'ouvrir ses portes et comme le pillage commençait.

Attila battit vivement en retraite vers la Champagne, où le pays plat était particulièrement favorable aux évolutions de sa nombreuse cavalerie. La bataille décisive, connue sous le nom de bataille des « Champs catalauniques ", eut lieu probablement entre Sens et Troyes (451). Attila vaincu s'enferma derrière un retranchement fait de chariots, que ses adversaires, épuisés par leur victoire, n'essayèrent pas de forcer. Aussi put-il se retirer au delà du Rhin, emportant le butin fait dans le nord de la Gaule.

Attila mourut en 453. Son empire s'écroula presque aussitôt au milieu des guerres dans lesquelles ses cinquante fils se disputèrent sa succession. Rien ne resta des invasions des Huns qu'un souvenir d'épouvante et une accumulation de ruines.

LES ROYAUMES BARBARES. 00 Après la mort d' Aétius qui suivit celle d'Attila (454), l'Empire romain tomba en ruines à son tour. A partir de 476, il n'y eut plus d'Empereur romain d'Occident. Ainsi disparut le plus grand Etat et le mieux organisé qu'on eîit vu jusqu'alors dans le monde. La Gaule, avec toute l'Europe occidentale, retourne à la barbarie. Partout l'agriculture, l'industrie, le commerce, de même que l'instruction, les lettres et les arts sont en décadence. C'est le début du Moyen Age.

Trois principaux peuples barbares étaient alors

LA GAULE FRANQUE

ÉPfE FRANQUE (Bibliothèque Nalionale.Cabiiiet des Médailles). i» Ètxcirouyic

dans le lomheau deChildéric, père de Clovis.Ornemenls en émail rougecloisonnc d'or.

Uépée est longue de 66 cenlimèlres ; le fourreau large de 7 cenlimèlres.

SAINTE GENEVIÈVE par PUVIS DE CHAVANNES (Fragment d'une (resque

du Panthéon). ^ Présentation de Geneoiève enfant à Germain, le saint évêquc. Cette belle

fresque de Puvis de Chavannes donne une idée assez exacte du costume des évéqt:es au

<inquième siècle. (cL. NFURDEIN.)

établis en Gaule : les Francs au nord, les Burgondes dans la région de la Saône et du Rhône, les Wisigoths au sud de la Loire. Un général romain, Egidius, lieutenant d'Aétius, était encore maître des pays de la Seine. Les chefs barbares portaient des titres romains pour rehausser leur prestige et se faire respecter des populations, mais ils se conduisaient comme de véritables rois indépendants : le plus puissant était le roi des Wisigoths qui avait pour capitale Toulouse et régnait sur l'Aquitaine et sur l'Espagne.

LES FRANCS. 00 Les Francs étaient les moins nombreux des Barbares établis en Gaule. Ils devaient seuls cependant créer une œuvre durable.

Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont au cinquième siècle, les a dépeints grands, roux, ramenant leurs cheveux du sommet de la tête vers le front, laissant ainsi la nuque à découvert, les yeux verdâtres et humides ; « sur leur visage rasé, dit-il, le peigne ne rencontre que de maigres moustaches >'.

Leur arme par excellence était la francisque, une hache à manche court, arme de jet autant qu'arme de main, et qui rarement manquait le but où l'avait dirigée l'œil exercé du guerrier franc.

CRYPTE DE SAINT-PAUL, A JOUARRE. a Rara sont la yaliga da monuments de l'époque mérovingienne. Cette crypte, construite au vil* siècle, mais remaniée postérieurement, contient (à gauche, au premier plan) le sarcophage d'une ahbesse nommée Tetchilde, morte en 660. (cl. neiirdein.)

Les Francs se divisaient en deux groupes : Francs Saliens d'abord établis dans la Hollande actuelle, et Francs ripuaires sur le Rhin. Chacun de ces groupes se subdivisait lui-même en tribus, et chacune de ces tribus avait son roi. Les rois francs se distinguaient par leur longue chevelure flottante, signe de noblesse chez les Germains.

Les Francs étaient encore païens, tandis que les autres Barbares, Goths et Burgondes, étaient devenus « ariens » ; or l'arianisme était une hérésie condamnée et détestée par l'Eglise romaine.

HISTOIRE DE CLOVIS. a a Trente ans après l'invasion des Huns, en 481, Clovis, fils de Childéric, petit-fils de Mérovée, devint roi de la tribu franque des Sicambres qui était établie à Tournai en Belgique. Cette tribu ne comptait probablement pas plus de cinq à six mille guerriers. Mais Clovis était un chef hardi et rusé ; il réussit à s'emparer de presque toute la Gaule.

En 486 il attaqua le chef romain Syagrius, fils d'Egidius et le vainquit à Soissons. Cette victoire lui permit d'étendre peu à peu jusqu'à la Loire les cantonnemr.its des Francs. En 493, il épousa, quoique païen, une princesse catholique, Clotilde, nièce du roi des Burgondes, Gondebaud. Trois ans plus tard, les Alamans, peuple germain, établi déjà dans la région de l'Alsace et de la Lorraine, ayant voulu pousser plus avant en Gaule. Clovis les battit et les soumit. Pendant la bataille, comme ses guerriers pliaient, Clovis avait invoqué l'aide du Christ : « Dieu de Clotilde, si tu me donnes la victoire, je croirai en toi et je me ferai baptiser en ton nom. » Vainqueur, Clovis tint sa promisse. 11 se fit instruire par saint Rémi qui le baptisa à Reims ainsi que trois mille de ses guerriers : « Courbe

la tête, Sicambre adouci, dit l'évêque en versant l'eau sur le front du roi, brûle ce que tu as adoré, et adore ce que tu as brûlé. »

En 500, Clovis attaqua et vainquit le roi des Burgondes et l'obligea à payer tribut. En 307, il entreprit une expédition contre le roi des Wisigoths, Alaric II, qui fut vaincu et tué à Veuille, près de Poitiers. Grâce à cette victoire, Clovis s'empara de la plus grande partie de l'Aquitaine. Il mourut en 311, après avoir fait disparaître par une série de meurtres les rois des diverses tribus franques.

CLOVIS ET LE CLERGÉ, aa U principale cause du succès de Clovis est dans l'appui que lui prêta le clergé catholique.

Clovis avait du barbare la finesse, la dissimulation, l'habileté à tendre des pièges. Il avait aussi un sens politique très éveillé. Il sut comprendre combien était grande l'influence du clergé catholique sur la population gallo-romaine, et, bien avant qu'il pensât à se convertir, il s'appliquait à gagner la bienveillance du clergé. L'épisode du vase de Soissons, est, à cet égard, très significatif.

Au lendemain de la bataille de Soissons, l'évêque de Reims, saint Rémi, sollicita de Clovis la restitution d'un vase précieux pris dans une église. Comme on allait partager le butin, Clovis demanda à ses guerriers de lui donner le vase hors part : « Tu n'auras, dit l'un d'eux, que ce que le sort t'accordera », et il brisa le vase d'un coup de hache. Clovis dut dévorer l'affront. Mais l'année suivante, passant la revue des guerriers, il avisa celui qui l'avait outragé. 11 lui reprocha le mauvais état de ses armes, et, les lui arrachant, les jeta à terre. Tandis que le Franc se baissait pour les ramasser, Clovis lui fendit la tête d'un coup de hache : " Ainsi, s'écria-t-il, as-tu fait au vase de Soissons. »

De son côté, le clergé ne ménagea pas son concours à Clovis : au début, les évêques poursuivaient sa conversion avec d'autant plus de zèle qu'ils avaient besoin d'un protecteur contre les persécutions des rois barbares hérétiques. Après son baptême, Clovis, seul roi catholique, se trouva naturellement le chef des catholiques et leur protecteur officiel. Un évêque du pays des Burgondes lui écrivait : « Lorsque tu combats, c est nous qui triomphons. » Les guerres contre les Burgondes, et surtout contre les Wisigoths persécuteurs des évêques, furent de véritables expéditions religieuses, presque des croisades. Avant de marcher contre les Wisigoths, Clovis réunit ses guerriers et leur dit : « 11 me déplaît que des hérétiques possèdent la plus grande partie de la Gaule. Marchons contre eux, et avec l'aide de Dieu nous prendrons leur terre qui est bonne. »

LES FILS DE CLOVIS. aa Les descendants de Clovis, qu'on a appelés les Mérovingiens, du nom de leur ancêtre Mérovée, régnèrent jusqu'à 751, soit deux cent quarante ans environ. Selon la coutume germanique, à la mort d'un roi franc, ses fils se partageaient son royaume comme son trésor : aussi l'histoire des Mérovingiens est-elle très confuse et très troublée.

Les fils de Clovis furent encore de rudes guerriers qui complétèrent son œuvre en s'emparant du royaume des Burgondes (332) et en soumettant plusieurs peuples de la Germanie, les Bavarois, les Thuringiens. En 558, par suite de la mort de ses frères, Clotaire se trouva seul roi. Quand il mourut, en 561, le royaume franc fut de nouveau partagé.

FI^DÉGONDE ET BRUNEHAUD. aa Sous les fils et petits-fils de Clotaire, pendant cinquante ans, de 561 à 613, les guerres civiles remplacèrent les guerres de conquête.

Ces guerres eurent pour cause première un drame de famille. Sigebert et Chilpéric, deux des fils de Clotaire, avaient épousé le premier Brunehaud, le second Galsuinde, filles du roi des Wisigoths d'Espagne. Sous l'influence d'une femme franque, Frédégonde, Chilpéric fit étrangler Galsuinde. Brunehaud voulut venger sa sœur et poussa Sigebert à la guerre. Sigebert s'était déjà rendu maître de la plus grande partie des Etats de Chilpéric quand deux émissaires de Frédégonde le poignardèrent dans son camp. La lutte se poursuivit entre Frédégonde et Brunehaud. Les fils et les petits-fils de celle-ci périrent presque tous de mort violente. Brunehaud elle-même, en 613, fut livrée au fils de Frédégonde, Clotaire II, qui fit attacher cette femme de soixante-dix ans à la queue d'un cheval indompté. Clotaire II se trouva comme son grand-père seul roi de tous les Etats francs.

DAGOBERT. a a Le règne de son fils Dagobert (628-638) ne fut pas sans éclat, et son nom est resté populaire. C'est que Dagobert essaya de maintenir l'ordre et de faire rendre justice à tous ; c'est aussi qu'il mérita la bienveillance du clergé en s entourant d'évêques comme saint Éloi et saint Ouen, et en se montrant généreux envers les églises. 11 fonda, près de Paris, l'abbaye de Saint-Denis, qui devint le lieu de sépulture des rois de France.

Après la mort de Dagobert, commence la décadence de la royauté mérovingienne. Les Mérovingiens ne furent plus rois que de nom. C'est la période dite des « rois fainéants », pendant laquelle se prépare l'avènement d'une dynastie nouvelle, la dynastie carolingienne.

LA GAULE FRANQUE

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DIVISIONS DE LA GAULE FRANQUE. a a Au cours des partages entre les fils de roi, la Gaule franque s'était divisée en un certain nombre de régions qui finirent par former comme autant de royaumes distincts. Dès la mort de Clotaire I^"" (561), on distingue une Austrasie ou royaume de l'Est ; une Neustrie, la Gaule du Nord-Ouest ; une Burgondie, pays de la Saône et du Rhône ; une Aquitaine, limitée au nord par la Loire, à l'est par les Cévennes.

Tandis qu'en Austrasie le pays appartenait presque en entier aux guerriers francs, en Neustrie il y avait encore à côté des Francs un assez grand nombre de propriétaires gallo-romains ; on appelait l'Austrasie la Francie germanique, la Neustrie la Francie romaine. Mais la persistance de la civilisation romaine était plus marquée encore en Burgondie et surtout en Aquitaine. L'Aquitaine avait été le plus riche et le plus prospère de tous les pays gaulois. Les Francs ne s'y étaient pas établis, ils n'y paraissaient que pour piller et ravager. Ces violences avaient mis au cœur des Aquitains, outre un mépris profond pour la barbarie grossière des hommes du Nord, une haine des Francs qui devait persister pendant plusieurs siècles.

LES INSTITUTIONS MÉROVINGIENNES. LA ROYAUTÉ. 00 Le retour à la barbarie, tel est en effet le spectacle attristant que nous offre l'époque mérovingienne.

UNE VILLA MÉROVINGIENNE (Restauration par Charles Gamier et Amniann). g La iemtmavat M faitaltnl axalnân la Atttfrmta renani/ajenf tm ihale ou. talions Aes grands profiriélaires gallo-romains ; c'étaient des édifices carrés avec des txrtiques en boit ouvrant sur da cours. Lalomqmla domine, destinée 6 la défeiue, at

la première ébauche du donjon des châteaux forts.

Cette barbarie est visible dans la confusion et l'incohérence des institutions politiques. La royauté mérovingienne est héréditaire et théoriquement absolue. En fait les rois francs ne sont pour leurs guerriers que de simples chefs de bande, mal obéis, parfois même massacrés ; en 532, Thierry, fils de Clovis, n'ayant pas voulu marcher avec ses frères contre les Burgondes, ses « leudes » ou compagnons de guerre viennent le trouver : « Si tu ne veux pas aller avec tes frères, nous te quitterons et nous les suivrons au lieu de toi. » Thierry, pour les retenir, dut les conduire au pillage de l'Auvergne.

Pour établir leur autorité sur les Gallo-Romains, les rois francs se parent de titres impériaux ; ils cherchent à imiter l'organisation impériale, forment un « Palais » avec de hauts dignitaires portant des titres romains, trésorier, camérier, référendaire, comte du Palais, maire r'i Palais : mais ce n'est qu'une copie grossière et maladroite. Ils ne parviennent pas, malgré leurs efforts, à lever régulièrement les impôts romains et doivent se contenter du revenu de leurs domaines. Leurs royaumes sont divisés en >< cités » comme jadis l'Empire, et des comtes administrent en leur nom, mais les comtes sont indociles et finissent par être

presque indépendants. La puissance du roi dépend uniquement de sa valeur personnelle.

LES LOIS ET LA JUSTICE, a ai La barbarie se manifeste aussi dans les lois et l'organisation judiciaire. Les lois sont « personnelles », c'est-à-dire que chaque individu est jugé d'après 11 loi de la nation à laquelle il appartient, la loi romaine s'il est Gallo- Romain, la loi salique s'il est Franc salien. Les lois barbares se réduisent en général à un tarif d'amendes : ce tarif, le wehrgeld ou « composition », variait selon la qualité des victimes et les circonstances du délit. Pour le meurtre d'un évêque, un Ripuaire devait payer neuf cents sous d'or ; pour le meurtre d'un esclave, trente sous d'or ; on devait cent sous d'or pour une main coupée, quarante-cinq seulement si elle pendait encore. Chez les Saliens, un pouce valait quarante-cinq sous ; le second doigt « qui sert à tendre l'arc » en valait trente-cinq, et le petit quinze.

Pour démontrer la culpabilité ou l'innocence d'un accusé, on recourait aux épreuves ou « ordalies », ou bien au duel judiciaire. Les épreuves se faisaient par l'eau ou par le feu. Dans l'épreuve par le feu, l'accusé devait porter pendant quelques pas un fer rouge. Si,

LA GAULE FRANQUE

trois jours après, ses mains ne présentaient aucune trace de brûlure ou si les brûlures avaient un certain aspect, il était déclaré innocent.

Dans le duel judiciaire, on mettait aux prises l'accusateur et l'accusé, ou, à leur défaut, des champions qui les représentaient : c'était « le jugement de Dieu ».

LES MŒURS. 00 La barbarie se manifeste surtout dans les mœurs qui sont d'une grossièreté et d'une férocité incroyables. Deux récits de l'évêque Grégoire de Tours, contemporain des événements, suffisent à en juger.

« Tandis que les fils de Clovis étaient en Thuringe, l'un d'eux, Thierry, voulut tuer son frère Clotaire. Il fit tendre dans sa maison une toile d'un mur à l'autre, cacha par derrière des hommes armés, et manda son frère pour conférer avec lui sur quelque affaire importante. Mais, la toile étant trop courte, les pieds des hommes passaient par dessous ; Clotaire les aperçut avant d'entrer dans la maison. Il garda ses armes et se fit bien accompagner. Thierry comprit que son projet était deviné et inventa une histoire. On parla de choses diverses, et, ne sachant que faire pour expliquer le motif qui lui avait fait appeler son frère, il lui donna un grand plat d'argent. Clotaire partit après l'avoir remercié de son cadeau. Pendant qu'il retournait à sa demeure, Thierry se plaignit aux siens d'avoir perdu son plat sans profit. Enfin, il dit à son fils Théodebert : « Va trouver ton oncle et prie-le de te céder le présent que je lui ai fait. » L'enfant y alla et obtint ce qu'il demandait. Thierry était très habile en de telles ruses. »

Un autre fils de Clovis, Clodomir, était mort laissant des enfants qu'élevait leur grand'mère la reine Clotilde. « Or, un jour Childebert, leur oncle, envoya secrètement vers son frère Clotaire et lui fit dire :

« Notre mère garde avec elle les fils de notre frère et « veut leur donner le royaume. Il faut que tu viennes « promptement à Paris pour que nous décidions si « on leur coupera les cheveux comme au reste du peu- « pie, ou si nous les tuerons pour partager ensuite le « royaume de notre frère. » Fort réjoui de ces paroles, Clotaire vint à Paris.

« Les deux rois s'étant fait remettre leurs neveux sous prétexte de les élever au trône, aussitôt Clotaire prit par le bras l'aîné des enfants, le jeta à terre et lui enfonça son couteau sous l'aisselle, ce qui le tua cruellement. L'autre, aux cris de son frère, se jeta aux pieds de Childebert et le supplia, avec beaucoup de larmes : « Secourez-moi, mon très bon père, afin « que je ne meure pas comme mon frère. » Childebert, ému, dit : « Je te prie, mon très cher frère, aie la géné- « rosité de m'accorder sa vie. Si tu veux ne pas le tuer, « je te donnerai pour le racheter ce que tu me deman- « deras. » Mais Clotaire, après l'avoir injurié, lui dit : « Repousse-le loin de toi ou tu mourras à sa place. « C'est toi qui m'as excité à cette affaire, et tu es si « prompt à m'abandonner ! » Childebert repoussa l'enfant et le jeta à Clotaire qui lui enfonça le couteau dans le côté et le tua. Ils tuèrent ensuite les serviteurs et les gouverneurs, puis Clotaire, montant à cheval, s'en alla avec Childebert dans les faubourgs sans se troubler aucunement du meurtre de ses neveux. L'un avait dix ans, l'autre sept. »

Thierry, Childebert et Clotaire n'étaient pas des exceptions. Clovis avait fait assassiner les rois francs ses parents. Chilpéric fit étrangler sa femme Galsuinde. On ne peut compter les assassinats commis par l'ordre de Frédégonde, qui fit poignarder son mari et essaya d'étrangler elle-même sa fille.

Par les rois on peut deviner ce que furent les sujets. L'histoire des sixième et septième siècles est toute remplie de violences, de brigandages et de sang.

ÉCRITURE MÉROVINGIENNE (d'après Prou). Û L'écriture ellemême est en décadence, comme on peut en juger tiar ce fragment d'un jugement de 658. Il faut lire: remenduni vel justo judisîo termenandum resederemus ibique vciiientis. La signature: TLeoberctus

SIÈGE D'UNE VILLE (Miniature du Psautier d'or de Saint-Gai!. IX' siècle. Bibliothèque de Sainl-Gall). a La viUe. lepiamiee par une emante fortifiée avec tours et créneaux, est dé/endtie t>ar des soldais sans armes défensives. Les assaillants à cheval et à pied portent te casque et la mirasse ; ils attaquent avec la lance et les épées ou jettent sur les assiégés des flèches dont ceux-ci paraissent observer ia trajectoire. Au premier plan, quelques cadavres. L'absence de perspective, la naïveté des détails dorment a la miniature

la saveur d'un destin J'en/ont

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