‹ Nouvelle histoire de FranceChapitre 100 sur 227 · IL'ITAILIIIE BU MORB · texte numérisé non relu

IL'ITAILIIIE BU MORB

Marche Oea.

arméeoj — J'ratiçaiJM,

prendre l'ascendant dont je me suis senti écrasé au premier coup d'œil. » Ce même ascendant. Napoléon Bonaparte le prit en quelques jours sur toute son armée. Il la trouva presque dénuée de tout, mdisciplinée par misère, énervée d'un inutile et long piétinement en face des Alpes inaccessibles. Quatre jours après sa prise de commandement il annonçait l'entrée en campagne : « Vous n'avez, disait-il aux soldats, ni souliers, ni habits, ni chemises, presque pas de pain et nos magasins sont vides ; ceux de l'ennemi regorgent de tout ; c'est à vous de les conquérir. Vous le voulez, vous le pouvez, partons ! » (29 mars 1 796). Ils allaient accomplir sous ses ordres la plus étonnante série d'exploits que l'histoire militaire connaisse, la campagne d'Italie.

CAMPAGNE D'ITALIE. /H a La. campagne d'Italie dura un an, d'avril 1796 à avril 1797. L'armée française livra dix-huit grandes batailles et soixantecinq combats. Forte à peine de 36 000 hommes, elle détruisit cinq armées autrichiennes dont la moins nombreuse compta 45 000 hommes.

Le Piémont était occupé par une armée autrichienne

et une armée sarde, au total 70 000 hommes. Bonaparte, passant au col de Cadibone, se glissa entre les deux armées ennemies, rejeta à l'est les Autrichiens en leur infligeant trois défaites en trois jours, notamment à Dego ( 1 5 avril). Puis il revint sur les Sardes qui, battus à Mondovi, se hâtèrent de traiter. Le roi de Sardaigne reconnut à la France la possession de Nice et de la Savoie.

Bonaparte reprit aussitôt la poursuite des Autrichiens. Par la grande victoire de Lodi (1 1 mai), il se rendit maître du Milanais. Les princes italiens du ncrd et le Pape, effrayés, traitèrent à leur tour Bonaparte leur imposa de lourdes contributions de guerre, près de cinquante millions qui, envoyés à Paris, permirent au Directoire de vivre un certain temps.

Les opérations ultérieures eurent pour centre Mantoue, forte place qui commande les débouchés de la vallée de l'Adige, route principale d'Autriche en Italie. Pour sauver Mantoue, assiégée par Bonaparte, les Autrichiens envoyèrent successivement quatre armées qui furent détruites l'une après l'autre.

La première armée, 70 000 hommes commandés par Wurmser, se fit battre à Castiglione (5 août).

LE DIRECTOIRE

SIGNATURE DE BONAPARTE EN 1793. a fin J'une Utlrt écrite ptndani le mise de Toulon, tionaparle était "commandant de l'arlillerie" de l'armée a^égeante. Son écriture, qui devait devenir presque indéchiffrable, même pour lui, était encore allez nette. Cependant, danz le mat artillerie, lc\ dernières lettres sont remplacées par un trait.

Une seconde armée formée par Wurmser, fut pourchassée de l'Adige dans la vallée de la Brenta, battue à Primolano et à Bassano (8 septembre). Ses débris furent poussés vers le sud et rejetés dans Mantoue. La troisième armée, 50 000 hommes sous Alvinzi, apparut en novembre : Bonaparte la prit à revers dans les marais d'Arcole et la contraignit à la retraite après trois jours de combats (13-17 novembre). Mais la lutte avait été rude ; Bonaparte avait dû payer de sa personne et il avait failli périr en se jetant en avant pour entraîner ses hommes sur le pont d'Arcole balayé par la mitraille. En janvier 1797, les Autrichiens firent leur dernier effort : Alvinzi reparut avec 73 030 hommes. Ce fut pour Bonaparte l'occasion

d'une victoire décisive à Rivoli (14 janvier). Deux des colonnes autrichiennes furent détruites. Deux jour» après, une dernière colonne ennemie était prise aux portes de Mantoue, à la Favorite (16 janvier). Wurmser affamé fut obligé de rendre Mantoue (2 février).

Désormais maître de toute l'Italie du Nord, Bonaparte put marcher sur Vienne. Il força le passage du Tagliamento, le col de Tarvis et le col de Neumarlct. Au même moment Hoche et Moreau franchissaient de nouveau le Rhin et refoulaient devant eux les Autrichiens. L'avant-garde de l'armée d'Italie était au col du Semmering, à moins de cent kilomètres de Vienne, quand l'Autriche consentit à signer le» préliminaires de paix de Leoben (18 avril 1797).

CAUSES DES SUCCÈS DE BONAPARTE, a a La campagne d'Italie força l'admiration des adversaires mêmes de Bonaparte. Les résultats en effet en furent considérables : il avait ramassé plus de cent mille prisonniers, conquis plus de six cents canons ; il avait contraint à la paix les derniers ennemis de la France sur le continent, et cependant il n'avait

BONAPARTE EN EGYPTE (Lithographie de R.flel, Bibliothèque Nationale). — RoBel.iéiireax de dcmer i ton mon m tmittmlm htmh. m n»i*«M ftil»«rl( à dos de chameau, un burnous jeté sur son uniforme de pénéral. L'air songeur Bonafiarte réoe sans doute * aux grandes Jtstiltéi» «rflt ^MMf «tCMMf », A Ir titin mAmwtmJtt qu'il !e prouxue d'égaler à la conquête de l'Inde ou de Constontinople. Pas plus le général «ne Kl toUtiH «n ilfilml è l'tTriire-Dlm m aM( étaiOmn ifmtf »•■' mmstlnr ,et combattre sous le soleil d'Afrique; et l'on comprend que Vannât XÊtyfit* ait teè^tet ierribieenent de ta cMenr et ^ h mèf.

disposé que de médiocres ressources. « Il n'avait que peu d'hommes, écrivait un des officiers de l'armée d'Italie, presque sans armes, sans pain. Sans souliers, sans argent, sans administration ; point de secours de personne. Il fallait tout créer : il a tout créé. »

Le succès lui fut facilité par les fautes de ses adver^ saires ; ils ne surent jamais' utiliser leur supériorité numérique .et marchèrent constamment en divisant trop leurs forces,., Gela permit à Bonaparte de suppléer par la rapidité.'de;ses rhoùvements àsa faiblesse numérique. Sa méthode consista à manœuvrer entre les colonnes ennemies, à les frapper alternativement, avant qu'elles n'eussent le temps de se joindre. A Rivoli, placé sur le plateau au point même où devaient se joindre les deux colonnes d'Alvinzi, il écrasa d'abord les troupes qui montaient de la vallée de l'Adige ; il arrêta ensuite les troupes qui descendaient du -Mont Baldo.

Il dut enfin ses succès à l'énergie de ses divisionnaires, Augereau, Masséna, etc., à l'entrain et à l'endurance de ses soldats. La division Masséna se battait le 13 janvier à Vérone, parcourait la nuit suivante, par des routes neigeuses, trente-deux kilomètres, arrivait le 14 au matin sur le plateau de Rivoli, y combattait toute la journée. Elle repartait le soir même, marchait toute la journée du 15, franchissait plus de soixante-dix kilomètres en trente heures et le 16 décidait la victoire de la Favorite. Elle avait fait plus de cent dix kilomètres et pris part à trois batailles en quatre jours.

TRAITÉ DE CAMPO-FORMIO. a a Les préliminaires de Leoben furent transformés en traité de paix à Campo-Formio (octobre 1797). C'était Bonaparte qui, imposant ses vues au Directoire, avait dirigé les négociations. Déjà ce général républicain prenait des allures de dictateur : il réorganisait l'Italie à sa guise, inaugurait une politique brutale de conquérant.

Par le traité de Campo-Formio, François II reconnut secrètement à la France la frontière du Rhin. Il renonça à la Belgique et au Milanais dont Bonaparte fit la République cisalpine. En échange Bonaparte lui livra la République de Venise avec toutes ses dépendances, à l'exception des îles Ioniennes qui devaient appartenir à la France. Pour indemniser les princes dépossédés de la rive gauche du Rhin, un congrès devait se réunir à Rastadt.

Assurant à la France ses frontières naturelles, ce traité était la conclusion de la politique séculaire de la royauté. Mais, dépassant les frontières naturelles disposant des peuples selon le bon plaisir du vainqueur, et déjà poussant la France sur le chemin de

l'Orient, il marquait' aussi le début d'une politique d'aventures, la politique napoléonienne.

LA LUTTE CONTRE L'ANGLETERRE. 0 0 De tous les ennemis, l'Angleterre était le plus difficile à atteindre. Depuis le début des hostilités, ses flottes étaient maîtresses des mers. Le Directoire reprit d'abord le projet d'un débarquement en Irlande et confia l'entreprise à Hoche : une tempête la fit échouer (décembre 1796). Hoche cependant ne désespérait pas : vaincre les Anglais était ce qu'il désirait le plus au monde. « La fortune me menâtelle avec mon armée aux portes de Vienne, écrivait-il je la quitterais encore pour aller à Dublin et de là à Londres. » Mais il mourut en septembre 1 797 et ce fut Bonaparte qui reçut à son retour d'Italie le commandement de I armée d'Angleterre.

Bonaparte imagina de frapper les Anglais ailleurs que dans leur île. L'Inde étant la source principale de la fortune anglaise et l'Egypte commandant une des routes traditionnelles de l'Inde, il proposa au Directoire d'entreprendre la conquête de l'Egypte, base d'opérations pour une expédition dans l'Inde. Ce projet grandiose devait hanter Napoléon pendant toute sa carrière.

Le Directoire approuva le projet. Il était d'ailleurs fort heureux de se débarrasser de Bonaparte dont la popularité et les intrigues commençaient à l'inquiéter.

EXPÉDITION D'EGYPTE. 0 0 Les préparatifs furent conduits dans le plus grand secret et très rapidement. Le 19 mai 1798 une flotte de près de 300 navires, transportant une armée de 35 000 hommes, quittait Toulon. Bonaparte emmenait comme lieutenants deux des meilleurs généraux de la République, Kléber et Desaix. Quarante jours plus tard, après avoir occupé Malte au passage, l'armée française débarquait à Aboukir et enlevait Alexandrie (30 juin).

L'Egypte, province de l'Empire turc, appartenait en fait à la féodalité militaire des Mamelouks. Les Mamelouks, civaliers intrépides, essayèrent d'arrêter l'armée française à Gizeh près du Caire. La bataille eut lieu au pied des grandes Pyramides : toutes les charges des Mamelouks vinrent se briser sur les carrés de l'infanterie, qui ne perdit pas 30 hommes et tua plus de 2 090 cavaliers à l'ennemi (21 juillet). Deux jours après, Bonaparte était maître du Caire. Mais le 1'^'' août la flotte française était surprise dans la rade d'Aboukir et anéantie par l'amiral anglais Nelson.

Bonaparte était dès lors coupé de la France et prisonnier en Egypte. Il occupa et organisa le pays, comme s'il y devait demeurer toujours : ainsi com-

mença la renaissance de l'Egypte qui devait redevenir au dix-neuvième siècle un État riche et actif. Bonaparte avait emmené avec lui plusieurs savants illustres qui, constitués en Institut d'Egypte, étudièrent le pays, ses produits, ses monuments. Sur ce dernier point leurs travaux furent l'origine des admirables découvertes qui nous ont rendu de nos jours l'histoire et la vie même de l'ancienne Egypte.

La situation s'aggrava quand le Sultan, poussé par les Anglais, déclara la guerre à la France (septembre 1798) et entreprit de reconquérir l'Egypte. Apprenant qu'une armée turque se concentrait en Syrie, Bonaparte y courut, enleva les ports de Gaza et de Jafîa, écrasa les Turcs près de Nazareth au Mont-Thabor (16 avril 1799), mais, faute d'artillerie, il ne réussit pas à s'emparer de Saint- Jean-d'Acre. 11 dut revenir en hâte en Egypte où les Anglais s'apprêtaient à débarquer une seconde armée turque : à peme à terre, elle fut anéantie à Aboukir (24 juillet).

Un mois plus tard, informé de la situation périlleuse où une seconde coalition mettait la République, sans attendre les ordres du Directoire, Bonaparte s'embarquait secrètement pour la France. Il laissait le commandement de l'armée d'Egypte à Kléber.

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Brumaire.

LA DEUXIÈME COALITION. 0 a Pendant l'expédition d'Egypte, l'Angleterre avait réussi à former une nouvelle coalition.

La coalition eut pour cause la politique de propagande et d'empiétements suivie par le Directoire en 1798: en pleine paix il annexa Mulhouse, Genève, Montbéliard, enfin tout le Piémont. Il intervint à Rome et en Suisse, transformant les Etats de l'Eglise en République Romaine et l'ancienne Confédération suisse en République Helvétique centralisée sur le modèle français. Le trésor des papes et 43 millions pris en Suisse servirent à payer les préparatifs de l'expédition d'Egypte.

Mais ces procédés audacieux, qui rappelaient les procédés de Louis XIV au lendemain de la paix de Nimègue, eurent les mêmes conséquences : successivement le roi de Naples, l'empereur, le tsar Paul I*'''. le sultan entrèrent dans l'alliance anglaise. A la fin de l'année 1798, la seconde coalition était formée.

Les coalisés mirent en ligne 350 000 hommes, dont 80 000 Russes, tandis que le Directoire disposait à peine de 1 30 000 soldats et avait à défendre, outre la France agrandie, les <' républiques-sœurs ", c'està-dire la Hollande, la Suisse et la plus grande partie

LE DIRECTOIRE

de l'Italie. En outre les armées ennemie» étaient commandées cette fois par deux bon» généraux, l'archiduc Charles et le Russe Souvorof, héros de» guerres de Turquie et de Pologne.

ZURICH. 0 0 Aussi les premiers moi» de la guerre furent-ils marqués par de graves échecs. En Allemagne, l'archiduc Charles battit Jourdan à Stokach et le rejeta sur la rive gauche du Rhin. En même temps Souvorof chassait les Français d'Italie par les victoires de Cassano, de la Trebbia et de Novi (mars-août 1799). Au nord, Une armée anglo-russe débarquait en Hollande. La France était de nouveau menacée d'une invasion.

Elle fut sauvée par l'habileté de Masséna. Celui-ci se maintenait en Suisse sur les positions qu'il occupiait derrière la Limmat et la Linth, en face d'une armée austro-russe établie à Zurich. Or les alliés décidèrent que le corps autrichien de Suisse irait rejoindre l'àrchiduc Charles sur le Rhin et serait remplacé par l'armée russe de Souvorof. Mais dans cette sorte de chassécroisé, il y eut un instant où les Autrichiens étant partis et Souvorof n'étant pas encore arrivé, le corps russe de Zurich se trouva isolé. Saisissant l'occasion. Masséna se jeta sur Zurich et y écrasa les Russes dans une bataille de deux jours (25-26 septembre 1799).

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LE 17 BRUMAIRE AUX TUILERIES (8 novembre 1799) (D'après Duplessis Berteaux, Blbl. Nat.). a Entouii de «m Élal-Major Je généraux, Bonaparle'etI enhc ma Tuileries, où siégeait le Conseil des Anciens. Il tend la main vert le président, comme pour prêter serment. « Citoyens représentants l sécrie-t-il, la République périssait. Vous l'avez tu et votre décret (cehâ qui le chargeait de toutes les mesures nécessaires pour la sûreté de la représentation nationale) vient de la sauver . Malheur à ceux oui voudraient le trouble et le

désordre..." Et il jure de fonder une'^République sur la représentaiiorf^nationale.

Puis il se retourna vivement contre Souvorof qui arrivait d'Italie par le Saint-Gothard : pour échapper à une capitulation, les Russes furent obligés de se jeter dans les massifs des Alpes, abandonnant toute leur artillerie. Après ce désastre, le tsar, furieux, se retira de la guerre.

Au nord les Anglo- Russes, battus et bloqués par Brune, durent signer la capitulation d'Alkmaar et se rembarquer (18 octobre 1799).

RETOUR DE BONAPARTE, a a Lt dégoût causé par la situation intérieure, les angoisses provoquées par le péril extérieur au début de l'année 1799, hâtèrent la chute du Directoire. Le gouvernement semblait impuissant à rétablir l'ordre. Dans l'Ouest et dans le Midi de nouvelles insurrections royalistes avaient éclaté. Les mesures extrêmes prises par le Directoire ■ — ■ un emprunt forcé de 100 millions sur « la classe aisée », une loi des otages contre les parents d'émigrés ou d'insurgés — ■ rappelaient les mauvais jours de 1 793 et effrayaient l'opinion publique. D'autre part le luxe et les mœurs de Barras, le membre le plus influent du Directoire, faisaient scandale. A la lassitude de la politique s'ajoutait le mépris pour les politiciens.

Alors se constitua, autour de Siéyès, un parti qui voulait une revision de la Constitution. Mais pour

faire cette revision, au besoin par un nouveau coup d'Etat, il fallait le concours d'un général populaire. Après de longues hésitations Siéyès fit appel à Bonaparte dont la popularité était immense depuis la campagne d'Italie.

Le 8 octobre, Bonaparte, parti d'Egypte avant d'aVoir reçu l'ordre de rappel du Directoire, débarquait à Fréjus. Quand la nouvelle parvint à Paris, le 15, il y eut une universelle explosion de joie. Son voyage fut un triomphe. « La foule était telle, même sur les routes, racontait le Moniteur, que les voitures avaient peine à avancer. Tous les endroits par lesquels il est passé étaient illuminés le soir. » Quand il entra à Paris, l'enthousiasme toucha « au délire ». Selon le mot d'un contemporain, le général Mathieu Dumas, « il trouva tous les partis disposés à lui décerner le pouvoir dictatorial ».

LE COUP D'ÉTAT DE BRUMAIRE, a 0 Siéyès, alors membre du Directoire, et Bonaparte commencèrent aussitôt à préparer le changement de la constitution. Tout fut organisé en trois semaines. Ils eurent pour complices un des directeurs, Roger- Ducos, Talleyrand qui avait été ministre des Affaires étrangères, Fouché, ministre de la police, la majorité du Conseil des Anciens et le président du Conseil des Cinq-Cents, Lucien Bonaparte, frère du général.

LE DIRECTOIRE

Le plan des conjurés était le suivant : obtenir la démission des Directeurs de telle sorte que le pouvoir exécutif se trouvât vacant ; faire nommer par les deux Assemblées, pour remplacer les directeurs, un comité exécutif provisoire dont les membres seraient chargés de reviser la constitution, c'est-àdire en fait de préparer une constitution nouvelle. Comme on s'attendait à quelque opposition parmi les Cinq-Cents, et par crainte qu'ils ne parvinssent à organiser un mouvement populaire dans les faubourgs, on décida de faire voter par le Conseil des Anciens, le transfert des deux assemblées au château • de Saint-Cloud, à quelques kilomètres de Paris. Le samedi 9 novembre 1799 — 18 brumaire an VIII — , le président des Anciens, qui était du complot, annonçait aux députés la découverte d'une grande conspiration contre les pouvoirs publics. Les Anciens, docilement, décrétèrent le transfert des deux Conseils à Saint-Cloud, et donnèrent à Bonaparte le commandement des troupes de Paris, avec mission de veiller à la sûreté du Corps législatif. En même temps, par la démission de Barras que négociait adroitement Talleyrand, le gouvernement se trouva désorganisé.

A Saint-Cloud, le lendemain 19 brumaire, le complot faillit échouer. La majorité des Cinq-Cents était hostile au projet de revision et au coup d'Etat. Dès le

début de la séance les députés prêtèrent le serment de maintenir la Constitution. Quand Bonaparte se présenta dans la salle du Conseil, accompagné de quatre grenadiers, les cris de:" A bas le dictateur ! Hors la loi ! " éclatèrent de toutes parts. Des députés se précipitèrent sur lui et essayèrent de le frapper à coups de poing. Les grenadiers le couvrirent de leur corps et l'emmenèrent. Il avait complètement perdu la tête et l'aventure allait tourner pour lui en catastrophe, lorsqu'il fut sauvé par le sang-froid de son frère Lucien. Celui-ci présidait les Cinq-Cents. Quand les députés demandèrent le scrutin sur la proposition de mise hors la loi, Lucien abandonna la présidence, et retarda ainsi le vote pendant quelques instants. Il sortit, se présenta aux troupes, leur raconta que les députés avaient voulu poignarder leur général, que l'Assemblée était terrorisée par une poignée de brigands " payés par l'Angleterre », et d'accord avec Siéyès, leur donna l'ordre, en qualité de président des Cinq-Cents, d'entrer dans la salle et d'en chasser les députés. Le» grenadiers obéirent. Le soir, un groupe de députés vota la suppression du Directoire et institua pour le remplacer une commission provisoire de trois consuls, Siéyès, Roger Ducos et Bonaparte.

En fait Bonaparte était seul maître de la situation. Le 19 brumaire marquait la fin non seulement du Directoire, mais de la Révolution et de la République.

TRIBUNE DU CONSEIL DES CINQ CENTS (PJ.i. de Vera.;!!»). (cl. hachette.)

INSTALLATION DU GOUVERNEMENT CONSULAIRE AUX TUILERIES (19 février 1800) (Lnl.ograpUie de Couriin ; Bibl. Nai.). iS A cheval, suivi <îe deux

aides de camp et d'un mameluk, le Premier Consul passe la revue des troupes dans la cour des Tuileries. Après la revue, les ministres lui prcsentèrenl dans le palais les principaux

chefs de service de leurs départements. La journée finit par des banquets militaires ou civila.

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