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CHAPITRE III

LE DIRECTOIRE

Le Directoire et Bonaparte.

L CONSTITUTION DE L'AN III. a 0 La Constitution de l'an III, votée par la Convention pendant la réaction thermidorienne était moins démocratique que la Constitution de 1793.

Tandis que celle-ci établissait le suffrage universel, la Constitution de l'an III établissait le suffrage restreint à deux degrés. Tous les Français âgés de vingt et un ans au moins, sachant lire et écrire, payant une contribution directe, formaient les assemblées primaires et concouraient à la nomination des électeurs à raison d'un électeur par 200 citoyens. Nul ne pouvait être nommé électeur s'il n'était âgé de vingtcinq ans au moins et s'il ne justifiait d'un revenu foncier, c'est-à-dire provenant de terres ou d immeubles, égal à la valeur de 150 ou de 200 journées de travail.

Le pouvoir législatif était confié à un Corps législatif composé de deux Conseils : le Conseil des Cinq-Cents et le Conseil des Anciens. Les Cinq-Cents préparaient les lois ; les Anciens les adoptaient ou les rejetaient. Les deux Conseils étaient renouvelables par tiers annuellement.

Le pouvoir exécutif était confié à un Directoire : de là le nom du régime. Ce Directoire, composé de cinq membres, était renouvelable par cinquième chaque année. Le directeur nouveau était élu par les Anciens sur une liste de dix candidats choisis par les Cinq-Cents. Le Directoire n'avait pas le droit de dis-

soudre le Corps législatif et le Corps législatif n'avait pas le droit de révoquer les directeurs.

DIFFICULTÉS POLITIQUES ET FINAN- CIERES. 0 0 V.Ç. premier Directoire élu comprenait cinq conventionnels : Barras, Carnot, Reubell, Letourneur et La Réveillère-Lépeaux. Il se trouva aussitôt aux prises avec les plus grandes difficultés, d'ordre politique et d'ordre financier.

Comme la Convention après Thermidor, le Directoire eut à lutter contre les partis extrêmes de droite et de gauche, les royalistes et les anciens Jacobins. Ceux-ci avaient essayé de reconstituer leur Club sous le nom de « Société des Égaux » ou « Club du Panthéon «. Quelques-uns des Egaux adhéraient au programme de Gracchus Babeuf, un journaliste, qui voulait compléter la révolution politique par la révolution sociale et supprimer la propriété individuelle : « La terre, disait-il, n'est à personne, les fruits sont à tout le monde. » C'était la première apparition en politique de la doctrine communiste. Les Jacobins et les Communistes organisèrent plusieurs conspirations contre le Directoire qui échouèrent toutes ; Babeuf fut arrêté et, après un procès d'un an, condamné à mort et exécuté (mai 1797).

Mais, dès 1797, l'opposition conquit la majorité dans les Conseils. Alors les directeurs se défendirent

LE DIRECTOIRE

UN DÉPUTÉ DES CINQ CENTS (A.iujmIIi Jl L'.i^iJ.liib!. Nai.). a Tuniqu,

marron, loge hleue à bandes pourpres, toque range à turban bleu avec un bouquet d'épis

d or. L^s différences individuelles étaient comme masquées sous la majesté artificielle

de l'uniforme à l'antique.

par des coups d'Etat. Contre l'opposition royaliste qui avait triomphé aux élections de mai 1797, Barras fit avec l'aide d'un général de l'armée d'Italie, Augereau, le coup d'État du 18 fructidor (4 septembre 1797) : la plupart des députés royalistes furent arrêtés et un certain nombre déportés en Guyane ; on remit en vigueur les lois d'exception contre les émigrés et les prêtres réfractaires. La persécution religieuse reprit. L'année suivante le coup d'État du 22 floréal (4 mai 1 798) fut dirigé contre les Jacobins qui avaient rouvert les clubs et fait élire un grand nombre de députés : le Directoire fit casser l'élection de soixante Montagnards.

D'autre part, les finances étaient désorganisées par suite de la ruine du commerce et de l'arrêt de toute industrie. La monnaie de papier créée par la Constituante — les assignats émis en quantité prodigieuse — avait perdu toute valeur. La détresse financière amena en 1797 une banqueroute partielle ; puis, en 1798, l'établissement de l'impôt sur les portes et fenêtres. Ces deux mesures rendirent la bourgeoisie hostile au régime.

Avec cela la France était dans un état moral déplorable, lasse de tout, n'aspirant qu'au repos, au bienêtre, au pain quotidien. Une profonde misère dans le peuple ; à Paris, chez ceux que d'audacieuses spécu-

lations avaient soudainement enrichis, une rage de plaisir, un luxe insolent dont l'étalage insultait à la misère publique. Parmi les hommes politique» le» plus en vue comme Barras, beaucoup d'égoïsme et de corruption. Aussi le régime du Directoire laissat-il aux contemporains l'impression d'un régime de décomposition générale et, selon le mot de l'un d'eux, « de pourriture des pourritures ».

LA GUERRE CONTRE L'AUTRICHE, a a Tandis que les partis s'usaient en luttes stériles dont la nation se désintéressait, les armées républicaines continuaient leurs exploits. De là peu à peu un profond changement dans l'esprit public : à la passion de la liberté succède la passion de la gloire militaire. Ce n'est plus aux orateurs des clubs ou aux chefs de parti que va la popularité, c'est aux généraux victorieux.

Après les traités de Bâie, l'Angleterre, l'Autriche et la plupart des Etals italiens n'avaient pas désaimé. Carnot, devenu directeur, conçut le projet de lancer trois armées sur Vienne. Commandées respectivement par Jourdan, Moreau, Bonaparte, elles devaient avancer par trois routes différentes : en Allemagne, par la vallée du Main et la vallée du Danube ; en Italie, par la plaine du Pô et les vallées alf)estres.

Les opérations commencèrent en 17%. Le plan échoua en Allemagne : Jourdan fut battu et rejeté par l'archiduc Charles sur la rive gauche du Rhin (septembre). Dans cette retraite périt un des plus jeunes et des plus vaillants généraux de la Répu-

CRACCHUS BABEUF (BibliothigtK NuiooaW). tl'nia nmmnt métnt Jm ««■ munisine en France. «5«R|tan. an^/ et cwijije, hit konmiH H llwwiiB >.t7ëtai'l fmt inirafMi6/e A jouer le grand rUt de chef àt pmrti fm'il s'élaîl mtmgité. Sm 9iemÊfmt «•*■■■€ langue térie d'incurc* rations ; il finit par itrt exiatU en 1797.

DESAIX (1768-1800) (Par Steuben. Musée de Versailles).^ Noble d'origine, devenu, un des met Heurs géné~ raux républicains, aussi remarquable par ses vertus que par ses talents. Tué à Marengo à trente-deux ans.

MASSÉNA" (1758-1817) (Par Gros. Musée de Versailles). ^ Fils d'un vigneron, adjudant en 1789, général de division en 1796, puis maréchal d'Empire, due de Rivoli et prince d'Essling. {cl, HfLCH^wt.)

KLÉBER (1753-1800) (Par Guérin, Musée de Versailles). £f Devant ce masque si énergique, d'allure léonine, on comprend le mot de NatJoléon : « Personne n'est beau au jeu comme Kïéber. »

blique, le vainqueur des Vendéens, Marceau. Moreau, parvenu dans la région du Danube jusqu'à Munich, fut, par suite de la retraite de Jourdan, obligé de rétrograder et de rentrer en .Alsace.

Les coups décisifs furent frappés en Italie par Bonaparte.

BONAPARTE. 0 0 Napoléon Bonaparte était

BONAPARTE EN 1 Z97 (Par Guérin (Musée de Versailles). B C'est encore le ' Corse aux cheveux plais ", au visage long et maigre, à la mine maladive, aux traits accusés. Dans ce masque tout d'énergie et de volonté, de grands yeux bleus, dont le regard julgurant faisait, au dire de tous, courber ta tête aux plut hardis, (CL, hachftteO

né à Ajaccio, en Corse, en 1769. peu de temps après que l'île eût été vendue par les Génois à Louis XV. Élevé comme boursier du roi à Brienne, admis à l'Ecole militaire de Paris, il en sortit à seize ans avec le grade de sous-lieutenant d'artillerie. 11 détestait alors la France et rêvait d'assurer un jour l'indépendance de la Corse. La Révolution modifia ses sentiments : il devint bon patriote et jacobin.

Capitaine en 1793, il se distingua au siège de Toulon et décida de la prise de la ville en enlevant un fort qui commandait l'entrée du port. Cette action d'éclat lui valut le grade de général de brigade à vingtquatre ans. Mais il fut destitué en 1795 pour avoir refusé un commandement en Vendée. Il songeait à prendre du service en Turquie, quand, en octobre 1 795, on le chargea de défendre la Convention contre les royalistes insurgés. Général de division au lendemain du 1.3 vendémiaire, il reçut peu après le commandement de l'armée d'Italie qui, selon le mot d un de ses lieutenants Marmont, « lui ouvrit la porte de l'immortalité ».

Il avait alors vingt-sept ans. Comme il n'avait jamais exercé de grand commandement devant 1 ennemi, sa nomination déplut aux généraux de l'armée d'Italie qui, plus âgés que lui et quelques-uns déjà célèbres, s'irritaient à l'idée d'être commandés par un « général de rue ». Pourtant, dès le premier entretien, ce jeune homme maigre, de petite taille, de mine maladive, mais dont on soutenait difficilement le regard éblouissant, parla d'un tel ton d'autorité, et avec une telle compétence, qu'il força le respect de tous ses subordonnés. « Il m'a fait peur, disait en s'en allant le plus frondeur d'entre eux, Augereau, et je ne puis com-

LE DIRECTOIRE

M«" RÉCAMIER (Par le B^roo Gérard. Coll. UNE MERVEILLEUSE UN MUSCADIN

Ville de Paris). (D'apri-s une aiiuarellf de Carie Vemei, Bibl. Nat.),

BARRAS (Denin de Leauc. Bibl. N.I.

EaUnipes).

LA SOCIÉlt SOUS LE DIRECTOIRE

Lat^e àe six années de révolution, lasse Je la guerre, las%e Je toai, lnS0érenfe même aux victoires, la France ett Jant un état mmral Àtph'amh^ élégonce. un tel hxe — fût-il insolent en face de la miaire da peuple — que le Directoire, aux vtnr a la pcalétiit, rachète one psriw Àe

par l'éclat de ta aociété.

■ arméea, yrançaiiled.

Sfesî^

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