RUPTURE DE L'ALLIANCE FRANCO-RUSSE
0 Pourtant ce ne fut pas la Prusse, mais la Russie qui donna le signal de la croisade contre Napoléon. L'alliance française n'avait jamais été populaire en Russie. Dans les églises russes, on récitait publiquement des prières contre les Français, et certains pensaient à assassiner le tsar Alexandre pour s'être allié avec eux. Le tsar lui-même se détacha de la France quand il vit les effets ruineux du blocus et quand il s'aperçut que Napoléon ne lui donnerait jamais ni Varsovie, ni Constantinople.
Dès 1810 Alexandre se rapprocha de l'Angleterre et commença ses préparatifs de guerre. Napoléon riposta en annexant en 1811 le grand-duché d'Oldenbourg qui appartenait au beau-frère du tsar ; les relations entre les deux empereurs s'envenimèrent d'autant plus. A la fin d'avril 1812, Alexandre se jugeant prêt, adressa un ultimatum à Napoléon. Il avait pour alliés les Anglais, les Espagnols, et les Suédois avec Bernadotte, séduit par la promesse de la Norvège. La guerre fut déclarée le 22 juin 1812.
Napoléon avait pour alliés l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse. Mais ces prétendus alliés assuraient le tsar de toutes leurs sympathies.
CAMPAGNE DE RUSSIE, a a Napoléon attaqua avec 350 000 hommes. Sur ces 350 000 hommes, on comptait 30 000 Autrichiens et 30 000 Prussiens formant l'aile droite et l'aile gauche, 1 10 000 hommes représentant les contingents des Etats vassaux, Polonais, Italiens, Danois, Croates, Allemands de la Confédération du Rhin, et environ 180 000 Français: les Hollandais, les Suisses, les Allemands de la rive gauche du Rhin et les Piémontais étaient compris sous ce nom. Les Russes appelèrent très justement cette armée « l'armée des vingt nations ". Le tsar lui opposait environ 300 000 hommes dont 80 000 cosaques.
Napoléon voulait d'abord détruire l'armée russe, puis dicter la paix à Moscou. Mais les Russes furent insaisissables. Le tsar avait adopté la tactique suivante : éviter les grandes batailles, entraîner les Français dans l'intérieur des terres, et « laisser au temps, au désert, au climat le soin de la défense ». Les paysans brûlaient eux-mêmes leurs villages et faisaient le désert autour des envahisseurs. Il y eut un furieux combat à Smolensk ; les Russes s'échappèrent en sacrifiant leur arrière-garde et en incendiant la ville (1 7 août).
Les Français parvinrent à six jours de marche de Moscou, sans avoir livré de bataille décisive, mais ayant perdu des milliers d'hommes par la maladie
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et la désertion. Cependant le peuple russe s'indignait qu'on laissât l'ennemi occuper Moscou, la '< Ville Sainte ». Koutousof, avec 180 000 hommes et 640 canons, fut chargé de barrer la route à Napoléon, qui ne disposait pas de forces supérieures. Une bataille furieuse s'engagea au sud de Borodino, près de la Moskova, la rivière de Moscou (7 septembre 1812). Le soir les Français avaient perdu 30 000 hommes, les Russes 40 000. Ceux-ci battirent en retraite, mais en bon ordre et nullement démoralisés.
L'armée française entra dans Moscou. Napoléon espérait que la prise de la vieille capitale déterminerait Alexandre à traiter. A tout le moins il pourrait passer l'hiver dans cette grande ville, s'y ravitailler et marcher de là sur Saint-Pétersbourg.
Le patriotisme russe ruina tous ces desseins. Alexandre ne demanda pas la paix. Et le lendemain même de l'entrée de Napoléon dans Moscou, les Russes incendiaient la ville. Napoléon cependant s'obstma à rester. Il ne se décida à partir que le 18 octobre I8I2, ayant perdu quatre précieuses semaines.
LA RETRAITE, a 0 \-.^ retraite tourna au désastre par suite d'un hiver précoce et d'une exceptionnelle rigueur. En novembre le thermomètre tomba à — 30° ; au début de décembre à — 37° centigrades. Le froid foudroyait les corbeaux en plein vol et tua aux Russes eux-mêmes, habitués au climat, près de la moitié de leurs effectifs. Quant à l'armée française, talonnée par Koutousof, harcelée par des nuées de Cosaques, elle ne fut plus bientôt qu'une cohue de malheureux mourant de faim et de froid, jalonnant la route de traînées de cadavres, d'armes, de voitures, de canons abandonnés. Aux abords de la Bérésina, une rivière large de 80 mètres, les Français se trouvèrent cernés entre trois armées russes,
LES GUERRES DE NAPOLÉON
ÉPISODE DE LA RETRAITE DE RUSSIE, Lithographit de Faber du Fturc (Bibl. N«t.)tf La dessins de Fabei du Faurt.qui uiril Sopolian en Riame. on/ été /ails ianii des croquis t^ris t>endanl la campagne ; ils ont donc un caractère d'authenticité indéniable* mais qui n'exclut pas la convention. Ce groutte formé par Napoléon et fci mmrA^nmi près du /eu ; le soldat qui tombe au premier plan ; t'ttat-Maior à droite, une partie de l'armée à gauche : au fend, an village russt qui flambe, tout cela semkie un fieu • arrangé »,
C'est du moins très symbolique. (cL. HACHETTE.)
tortes de 140 000 hommes. Ils étaient 65 000, dont 28 000 à peine encore armés. Un soudain dégel venait de fondre la glace sur laquelle ils comptaient passer. Grâce à l'héroïsme des quatre cents soldats pontonniers du général Éblé qui se sacrifièrent pour le salut de tous, deux ponts furent jetés sur la rivière. Pendant vingt-quatre heures, nuit et jour, ces héros travaillèrent dans l'eau chargée de glaçons qui s'attachaient aux chairs. La plupart en moururent ; mais les Français purent faire brèche dans l'armée russe et continuer la retraite (23-29 novembre). Le 16 décembre 1812, 18 000 hommes en haillons repassaient le Niémen. Les pertes totales montaient à 330 000 hommes. L'une des dernières nuits de la retraite, le froid dans une division de 15 000 hommes en avait tué 12 000.
CAMPAGNE DE 1813. jH a Le désastre de Russie fut pour Napoléon <> le commencement de la fin ». Tous les vaincus tressaillirent d'espérance. La Prusse fut la première à se joindre aux Russes contre la France (février 1813). L'Autriche demeura neutre, mais pour pouvoir compléter ses armements.
L'Empereur, cependant, déployait une activité prodigieuse. En quelques semaines, il reconstituait une armée de 300 000 hommes, mais c'étaient de tout
jeunes conscrits ayant moins de vingt ans, et ces enfants héroïques, qui égalèrent au feu les plus vieilles troupes, étaient trop faibles pour supporter les fatigues d'une longue campagne. Il est vrai que Napoléon aurait pu réunir une armée presque aussi redoutable que la grande armée d'Austerlitz, s'il ne se fût obstiné k continuer la guerre en Espagne. Il laissa inutilement au delà des Pyrénées 250 000 soldats aguerris, et surtout une cavalerie d'élite, dont il regretta l'absence dès les premières rencontres. Faute de cavalerie pour poursuivre l'ennemi et l'empêcher de se reformer, aucune des victoires gagnées au début de la campagne d'Allemagne n'eut de résultats décisifs.
Dès le printemps de 1813, Napoléon reprit l'offensive. Par la victoire de Lutzen (2 mai), il rejeta les Prusso-Russes au delà de l'Elbe ; par la victoire de Bautzen (19 mai), au delà de l'Oder. Les alliés demandèrent alors un armistice pour donner à l'armée autrichienne, qui n'était pas encore prête, le temps d'entrer en ligne. Des négociations s'ouvrirent au Congres de Prague, qui ne fut qu'une comédie habilement jouée par le chancelier d'Autriche, Metternich. Au mois d'août, l'Autriche se joignit enfin à la coalition, qui comprenait maintenant tous les grands Etats d'Europe.