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TALLEYRAND AU CONGRÈS DE VIENNE

£l 0 Conformément aux stipulations du traité de Paris, un Congrès de tous les représentants des Etats de l'Europe fut convoqué à Vienne. Il s'y tint d'octobre 1814 à juin 1815. En fait il n'y eut jamais de séance plénière où l'on délibérât en commun sur les grandes

ARRIVÉE DE NAPOLÉON AUX TUILERIES (20 mars 1815). LithoKrapKi.. de V. Adum (Bibl. Nat.). a Da,u„r < /„r . m ■■ Vol de l'Aigle ». Pmli de nu i'Elie le l" mars. Napoléon entre aux Tuileries dam la soirée du 20. Le vestibule, l'escalier d'bcî^neur sont remplis de ses fidèles dent la joie tcuche au délire. Par la foule venue du dehors, dvih et rmlitaires, l'Emltereur est porté de mains en mains jusqu'au prerrtier étage. Au premier plan, des torches éclairent la scène ; les drapeaux tricolores sortent de partout ; Napoléon «Mi

redeotmt te héros national.]

questions qu'avait à discuter le Congrès. Toutes ces questions furent réglées dans des conférences tenues p)ar les représentants des grandes puissances sous la présidence du chancelier d'Autriche Metternich. Par égard pour Louis XVI 11 et pour relever son prestige aux yeux des Français, les quatre Alliés avaient décidé d'admettre aux délibérations le représentant de la France, Talleyrand. En quelques semaines, grâce à son incomparable habileté, Talleyrand réussit non seulement à rendre à la France humiliée sa part d'influence en Europe, mais à disloquer la coalition qui s'était formée contre elle.

En face des souverains qui, disait Alexandre, entendaient « trouver au Congrès chacun leurs convenances », il se posa en défenseur du droit. « Le droit d'abord et les convenances après », déclarait-il au Tsar, dès leur premier entretien. Quand on en vmt à rédiger la déclaration d'ouverture du Congrès, il demanda qu'on y introduisît cette phrase : « 11 sera fait conformément aux principes du droit public. » La demande déchaîna une tempête : « Non, monsieur, le droit public... c'est inutile! — ■ Que fait ici le droit public! » criaient les plénipotentiaires prussiens, Hardenberg et Humboldt. « 11 fait que vous y êtes », répondait Talleyrand, qui finalement, après deux heures de discussion, obtenait l'insertion de la phrase.

Ce rôle de défenseur du droit pris dès les premiers jours assura à Talleyrand la clientèle et le concours

de tous les petits souverains inquiets tous des projets des grands. Dès lors, son influence lui permit d'intervenir entre les Alliés, puis, les circonstances aidant, de rompre leur entente au grand avantage de la France.

Les Alliés en effet, selon Taveu de l'un des plénipotentiaires, « n'étaient d'accord que contre la France». II existait entre eux de nombreux principes de division, deux surtout, les questions de Saxe et de Pologne. Le roi de Prusse, qui réclamait pour sa part la Saxe, se heurtait à l'opposition de l'Autriche. Le tsar, qui revendiquait le grand-duché de Varsovie, se heurtait à l'opposition des Anglais. Seulement Prusse et Russie d'un côté, Angleterre et Autriche de l'autre, se faisaient à peu près équilibre. La France dès lors, devenait l'arbitre du conflit. Dès le 3 janvier 1815, la France, l'Autriche, l'Angleterre signaient un traité d'alliance par lequel elles s'engageaient à ne pas permettre l'annexion de la Pologne à la Russie, de la Saxe à la Prusse ; les Etats allemands secondaires accédèrent à cette triple alliance.

La guerre, un moment menaçante, n'éclata point, parce que la Russie et la Prusse reculèrent et renoncèrent en partie à leurs prétentions. Mais Talleyrand n'en avait pas moins rompu l'entente des Alliés et, résultat non moins important, ramené à la France la clientèle des petits Etats allemands. Le retour de l'île d'Elbe anéantit ce chef-d'œuvre de diplomatie.

LES GUERRES DE NAPOLEON

Kl. iixAi il, i Aj ...ilMli.i.i»;» .>,n,Ki, A WAlLUl-OU (l.itl..iarupliic- <k- Ruflfl. Uil.l. .-.,i.i- « ,.r i<.ir un l& imniblî.au milieu île la Jrrotilr f-itc, ait lir iarmte/tançaisc, qttatre bataillons, les derniers survivants de h garde, se forment en carrés pour couvrir la retraite. Au prelrtier ttlan et à droite du tableau, un escadron de cavalerie mnamc ekargK contre le premier carré qu'on voit nettement au centre résistant comme une tour » qui saurait réparer ses brèches *. A gauche, •eitompant datu les bnana et ioAS la fw^. on

aperçoit les trois autres carrés contre lesquels la cavalerie charge également,

LE RETOUR DE L'ILE D'ELBE. £/ Û Loin vence avec un millier de vieux soldats : le 20, il était de chercher à calmer les méfiances et à diminuer aux Tuileries. Sa marche avait été un prodigieux triom-

l'hostilité à leur égard, les Bourbons depuis leur retour multipliaient les mesures qui devaient blesser et irriter les Français. Sans doute Louis XVIII n'avait pas restauré l'absolutisme, il avait même établi par la Charte un régime politique plus libéral que le régime napoléonien. Mais il reprenait les formes de l'ancienne monarchie : il s'intitulait roi « par la grâce de Dieu », datait ses « ordonnances » de la « dix-neuvième année de son règne », comme s'il n'y avait eu ni la République, ni l'Empire. La cocarde tricolore était proscrite. On mettait à la retraite ou en demi-solde plus de 20 000 officiers, ainsi réduits à la gêne, souvent à la misère. On donnait les commandements et les places aux émigrés, et les campagnes qu'ils avaient faites contre la France leur étaient comptées pour leur avancement.

phe. Toutes les troupes envoyées pour l'arrêter s étaient jointes spontanément à sa petite armée. Ney, qui avait promis à Louis XVIII de " ramener l'usurpateur dans une cage de fer ", gagné par l'enthousiasme de ses soldats, les avait lui-même conduits à l'Empereur. Lorsque, le 20 mars au soir. Napoléon parut dans le vestibule des Tuileries, remplies de la foule de ses fidèles, la joie toucha au délire. L'Empereur fut porté de mains en mains jusqu'aux salons du premier étage : « Je crus, raconte un témoin, assister à la résurrection du Christ. Les transports furent tels qu'on eût dit que les plafonds s'écroulaient ; puis après cette explosion de tonnerre, chacun se retrouva palpitant d'extase et comme balbutiant d'ivresse. » La veille, Louis XVIII s'était enfui en Belgique.

Napoléon devait rester au pouvoir à peu pris cent

A l'île d'Elbe cependant. Napoléon était au courant des mouvements de l'opinion : il la savait de plus en jours (20 mars-22 juin 1815) plus hostile aux Bourbons. Au mois de février I8I5 il se résolut à tenter de renverser Louis XVIII.

Le !*'■ mars 1815, ayant échappé à la surveillance des flottes anglaises, il débarquait sur la côte de Pro-

LES CENT JOURS, a a Napoléon voulut immédiatement rassurer sur les conséquences de son retour, et ceux des Français que son despotisme

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antérieur lui avait aliénés, et les souverains alliés réunis à Vienne.

Pour les Français, il fit rédiger par l'un des chefs de la bourgeoisie libérale. Benjamin Constant, et promulgua au mois de mai, une Constitution nouvelle qu'il appela « Acte additionnel aux Constitutions de l'Empire ». Aux souverains étrangers, il annonça qu'il acceptait sincèrement le traité de Paris, mais les souverains ne voulurent même pas recevoir la circulaire de Napoléon. Dès le 13 mars ils l'avaient mis hors la loi « comme ennemi et perturbateur du repos du monde », puis ils s'étaient engagés à mettre sur pied 800 000 hommes et à combattre jusqu'à l'écrasement de l'Empereur.

Réduit à la guerre, Napoléon ne voulut pias laisser à ses adversaires le temps d'achever leurs préparatifs. Une armée anglaise, commandée par Wellington, une armée prussienne, commandée par Bliicher formaient l'avant-garde de la coalition, en Belgique ; leurs forces réunies s'élevaient à 220 000 hommes. Napoléon résolut d'aller les chercher, de se jeter

LA VILLA DE LONGWOOD A SAINTE-HÉLÈNE. a dl Jam celle villa-

ptiscn que Napoléon vécut six années avec quelques fidèlts, diclant ses souvenirs, soumis

à de terribles vexations, étroitement surveillé par le gouverneur Hud^on Lowe et les

commissaires des AUiâ

entre elles et de les accabler l'une après l'autre. Il réunit 124 000 hommes, franchit la Sambre et le 16 juin battit Bliicher près de Fleurus à Ligny, mais sans parvenir à écraser complètement l'armée prussienne. Puis, ayant chargé Grouchy avec 30 000 hommes de poursuivre les Prussiens, il se retourna contre les Anglais.

WATERLOO, a 0 Wellington s'était fortement retranché, au sud du village de Waterloo, sur le plateau de Mont-Saint- Jean, barrant la route de Bruxelles.

La bataille eut lieu le 18 juin. La veille il y avait eu un violent orage. Le sol était détrempé ; les hommes, ruisselant d'eau, « traînaient, dit un témoin, deux ou trois livres de boue à leurs souliers ». Pour laisser aux troupes, brisées de fatigue, un peu plus de repos, et surtout pour que le sol où l'artillerie ne pouvait manœuvrer eût le temps de se raffermir sous le soleil, il fallut retarder le début de l'action jusqu'à près de midi. Ce retard perdit Napoléon, parce qu'il laissa aux Prussiens le temps d'arriver avant que l'armée anglaise ne fût rompue.

En effet, Grouchy, trompé par les manœuvres des Prussiens, les avait laissés échapper. Dès deux heures Bulow avec 30 000 hommes attaquait la droite française. Cependant la cavalerie française livrait de furieux assauts aux lignes anglaises : Ney avec 10 000 cavaliers, « une mer d'acier », envahissait le plateau de Mont- Saint-Jean : pendant trois heures, ils tourbillonnèrent sans succès décisif au milieu des carrés de l'infanterie anglaise, « entre des murailles d'hommes et des défilés de baïonnettes ». Vers sept heures, les hommes et 4es chevaux à bout de force, il fallut quitter le plateau. Napoléon avait dû engager contre les Prussiens presque toute sa réserve d'infanterie.

Vers sept heures et demie, les Prussiens ayant été repoussés, l'Empereur tenta l'attaque suprême avec la Garde. Mais à ce moment décisif, un second corps prussien entrait en ligne. L'armée française épuisée, chargée par la cavalerie prussienne, fut prise brusquement de panique et se mit en déroute, pourchassée et sabrée par les Prussiens jusque vers deux heures du matin. Seule, formée en carrés, la vieille garde demeura inébranlable au milieu de la tourmente. Quatre de ses carrés, sourds à toutes les sommations de se rendre, furent broyés à la Belle-Alliance. Les deux derniers, deux bataillons de grenadiers, « l'élite de l'élite » — près de la moitié des hommes étaient décorés — , établis de chaque côté de la route de Bruxelles, tinrent tête seuls aux deux armées. Aucune charge ne parvint à les entamer ; autour d'eux s'élevait un remblai d'hommes et de chevaux abattus. Quand, à neuf heures du soir, ils battirent en retraite.

LES GUERRES DE NAPOLEON

M.VSqUi: DE NAPOLEON (Collection de s. A. 1. le prince Napoléon).

Lesamtdi 5 mai 1821. Napoléon I*^. Emberem ties F ramais, • <ji>ai/ rendu à Diev.éit Chateauhrianfi. te plus fiaitaant toufie dt vit ow'/dwwi'i mtima Fmtiit sa mort, le moulasedesa tête fut pris par son médecin Antommarchi et remis par lui à Madame Mère. Cette image faine mie imgtremon tùJMMMml* Àe d"

sommai; le visage est aminci, les traits tirés par la maladie, mais nullement déformés. L'expreuîon o/ pJn'nc Je $érénité. (CL. HACHCmJ

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UN CODICILLE AU TESTAMENT DE NAPOLÉON (Archives Nat.). iS P-Sf

écrite par NatJoléon le 16 avril 1821, vingt jours avant sa mort. A gauche, cachet de

cire aux armes imf>ériales. Sous la signature, diverses indications ajoutées en 1853 par

Noël, notaire à Paris et par le président du Tribunal Debellégue.

la cavalerie prussienne se borna à les suivre hors de portée de fusil.

LA FIN DE NAPOLÉON, m 0 Quatre jours après Waterloo, de retour à Pans, le 22 juin, Napoléon, découragé et impuissant, abdiquait pour la seconde fois.

Après son abdication, il gagna le port de RocHefort, pensant s'y embarquer pour les Etats-Unis. Mais une croisière anglaise bloquait la côte. Alors Napoléon résolut de demander asile au gouvernement anglais et l'autorisation de vivre libre en Angleterre. Il s'embarqua à bord du vaisseau anglais Bellérophon. Les Anglais le considérèrent comme prisonnier de guerre et le firent transporter à Sainte-Hélène, un rocher perdu sous les tropiques, au milieu de l'océan Atlantique. Il y vécut SIX ans avec quelques fidèles, dictant ses souvenirs, soumis à de pénibles vexations, gardé à vue par des soldats, étroitement surveillé dans la villaprison de Longwood, par le gouverneur Hudson Lowe et parles commissaires des Alliés. Il mourut àcinquantedeux ans, le 5 mai 1821, d'un cancer à l'estomac.

SECONDE RESTAUI^TION. a j:/ Le 7 juillet, les Anglo-Prussiens avaient occupé Paris ; le 8, Louis XVIII, revenu derrière l'armée des Alliés, rentrait aux Tuileries.

Mais la chute de Napoléon et le retour de Louis XVIII ne suspendirent pas la marche des armées de la coalition. Près d'un million de soldats, entrant par toutes les frontières, envahirent la France et se vengèrent par mille exactions des défaites subies pendant vingt années. Les Prussiens déclaraient qu'ils ne quitteraient pas la France « qu'elle ne fût comme si le feu du ciel y avait passé ». A Paris même Bliicher mettait les musées au pillage, et projetait de démolir la colonne Vendôme et de faire sauter le pont d'Iéna. Ce régime dura plus de quatre mois, jusqu'à la conclusion du second traité de Paris (20 novembre 1815).

Ce traité ramenait la France à ses limites de 1 790 ; on lui enlevait la Savoie et Nice; le territoire de la vallée de la Sarre et plusieurs places fortes sur la frontière du nord-est. Elle devait, en outre, payer une lourde indemnité de guerre — 700 millions — et subir pendant cinqans l'occupation étrangère — 150000 hommes. Telle fut la désastreuse conclusion du retour de l'île d'Elbe : la France se retrouvait plus petite qu'à la veille de la Révolution. Les traités de 1815 furent tenus pour une cruelle humiliation dont il fallait se relever à tout prix.

L'EUROPE EN 1815. a a En effet, tandis que la France était ainsi diminuée, toutes les autres puissances s'agrandissaient. Le 9 juin 1815, les quatre Alliés avaient signé I'» acte final du Congrès de Vienne », auquel les Etats secondaires furent simplement invités à donner leur signature. « Les Quatre » s'étaient taillé la part du lion.

L'Angleterre, maîtresse des mers, gardait Malte et les îles Ioniennes dans la Méditerranée ; la Guyane, Tabago, la Trinité en Amérique ; le Cap en Afrique ; Ceylan en Asie ; l'île de France dans l'océan Indien : toutes colonies enlevées à la France et à ses anciennes alliées. Hollande et Espagne.

La Prusse gagnait environ deux millions de sujets. Elle avait acquis une partie de la Pologne, un tiers de la Saxe ; en outre, sur la rive droite du Rhin la Westphalie : sur la rive gauche Trêves et la plupart des territoires enlevés à la France. C'était comme une seconde Prusse, la Prusse rhénane, portée à la frontière de France et chargée de la surveiller.

L'Autriche gagnait quatre millions de sujets. Elle avait acquis, en Allemagne le Salzbourg, en Italie la Lombardie et l'ancienne république de Venise, qui réunies formèrent le royaume lombard-vénitien ; sur la côte de la péninsule balkanique, la Dalmatie.

LES GUERRES DE NAPOLÉON

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