LA SOCIÉTÉ DE 1820 A
ttioqut de transition t'it en Jut, à tous égards et notamment dans te cxtstttme. Pas une de ces gravure* où i'on ne piÊitm fromwr ('Empire et même de l'Ancien Régime ni plus ni moins que des temps rwuveaux. Ceh dit aasai Uen des gens du tt^ÊpU «at dm
que du monde dn Schim d* peinture.
LE ROI CITOYEN DANS SA FAMILLE, à A gauche Lotus-Philippe en costume de ville; à droite, la reine Marie-Amélie est assise, entourée de ses cinq fils, de sei. trois
filles et de sa belle-sœur Louise d'Orléans. La famille royale apparaît ici comme elle fut en réalité : une famille très belle et très unie, la première des familles bourgeoises de France.
et I^uis-Philippe comme un bourgeois couronna qui, devenu roi. tient à se montrer aussi simple qu avant son avènement.
LA RÉVOLUTION DE JUILLET. /H af U publication des ordonnances — • elles parurent le lundi matin 26 au Moniteur — déchaîna sur l'heure la Révolution.
Les journalistes, atteints les premiers, protestèrent au nom de la loi et signèrent un manifeste énergique rédigé par Thiers : « Le régime légal est interrompu, celui de la force est commencé, disaient-ils. Le gouvernement a violé la légalité, nous sommes dispensés d'obéir. " On criait dans les rues « Vive la Charte ! A bas Polignac ! ».
Le 27, on commença à dresser les barricades. D'anciens officiers, un groupe de républicains énergiques dont le chef était Godefroy Cavaignac, des élèves de l'Ecole polytechnique organisèrent l'insurrection. Il y eut trois journées de bataille, les Trois Glorieuses, les 27,-s28 et 29 juillet. Polignac, convaincu que « Pans ne bougerait pas », n'avait pris aucune précaution, et Marrriont. chargé de réprimer l'insurrection, ne disposait que de 8000 hommes. D'ailleurs dans la guerre des rues, les troupes n'avaient aucun avantage sur les insurgés : le fusil de munition du soldat n'était pas supérieur au fusil de chasse du bourgeois, et, au milieu d'espaces resserrés et sinueux comme étaient alors toutes les rues de Paris, l'artillerie ne pouvait être utilisée.
Le mercredi 28, l'est de Paris était tout entier aux insurgés, et le drapeau tricolore flottait sur Notre- Dame et sur l'Hôtel de Ville. Marmont, qui avait son quartier général au Louvre, essaya de prendre l'offensive : sous un feu meurtrier, sous une pluie de tuiles, de pavés, de bouteilles, de meubles lancés des fenêtres et des toits, les troupes enlevèrent les barricades et parvinrent jusqu'à l'Hôtel de Ville et à la place de la Bastille. Mais les insurgés relevaient les barricades, aussitôt les troupes passées. Les soldats se battaient avec répugnance : un premier régiment passa aux insurgés. Le soir Marmont dut rappeler ses colonnes coupées les unes des autres et manquant de munitions ; elles ne purent regagner le Louvre qu'à grand' peine, par un immense détour, en suivant les boulevards extérieurs.
A son tour l'insurrection attaqua. Le 29 au matin, le Louvre était bloqué. Deux autres régiments firent défection. Vers midi la colonnade du Louvre fut occupée par surprise. La panique se mit dans les troupes qui s'enfuirent en désordre et ne purent être ralliées qu'à l'Arc de l'Etoile. Avant deux heures les insurgés étaient entièrement maîtres de Paris. La bataille leur coiîtait près de 800 tués et 4 500 blessés.
Une fois le Louvre enlevé, les députés ne craignirent
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JACQUES I.AI-'I-MITE (1767-1844) (Bibl. Nai.). a Un htinquier comme phsieursdes boninies d'ÉfaI les t>lus inftttenls iitt Nottveatt Régime, pendant iept mois tioiîl IS30-man 1831), le chef du parti du muuvemenl.
CASIMIR PÉRIER (1777-1832) (Par M"" D«ino5,
Munée de Versailles), p Fil* d'industriel et hamtuitr comme Laffitte. Président du Conseil de mars 18i0 à sa mort (mai 1832). Physionomie fine, i>olontaire et hardie.
COMTE MOLf {I78I-I855) (Bibl. N.i.). 0 /•*,sionomie dislinjuée d'un hnmirse «w servit fEmfiirt, Im Restauration et la monarehie de Juilkl en /(MctfamMin inlelUient et souple, /ou/oon i h hairiem Je m liàie.
plus de s'engager, et ils prirent la direction de la révolution triomphante. Réunis au nombre de trente environ chez l'un d'eux, le banquier Laffitte, ils nommèrent La Fayette commandant de la force armée et préparèrent l'avènement du duc d'Orléans.
Le vendredi matin 30 juillet, les murs de Paris étaient couverts d'un manifeste qui disait : « Charles X ne peut plus rentrer dans Paris, il a fait couler le sang du peuple. La République nous exposerait à d'affreuses divisions : elle nous brouillerait avec l'Europe. Le duc d'Orléans est un prince dévoué à la cause de la Révolution. Le duc d'Orléans était à Jemmapes. Le duc d'Orléans a porté au feu les couleurs tricolores. Il acceptera la Charte comme nous l'avons toujours entendue et voulue. C'est du peuple français qu'il tiendra la couronne. " Dans la journée, les députés réunis au Palais-Bourbon proclamèrent Louis-Philippe d'Orléans lieutenant-général du royaume. Mais le peuple, travaillé par les républicains et toujours en armes, lui était plutôt hostile. Une scène de parade changea ces dispositions. Le duc se rendit à l'Hôtel de Ville : il parut au balcon, un drapeau tricolore à la main, La Fayette l'embrassa, la foule applaudit et ces applaudissements tinrent lieu de vote populaire (31 juillet).
Quant à Charles X, jusqu'à la prise du Louvre, il avait refusé de croire à la gravité des événements. Il se fiait en aveugle à Polignac qui, plus aveugle encore, niait obstinément l'importance de l'insurrection. La prise du Louvre et la déroute des troupes lui ouvrirent les yeux. Lorsqu'il se décida à faire les concessions nécessaires — retrait des ordonnances, renvoi du ministère Polignac, — il était trop tard. De Saint-Cloud, il dut gagner Rambouillet où il abdiqua en faveur de son petit-fils, un
enfant de neuf ans, le duc de Bordeaux, fils posthume du duc de Berri. Mais Paris ne voulait plus des Bourbons. Les insurgés marchèrent en masse sur Rambouillet (3 août). Charles X, découragé, gagna Cherbourg d'où il s'embarqua pour l'Angleterre.
La Monarchie de Juillet.
LOUIS-PHILIPPE, a a Le9août 1 830, laChambre — réduite d'ailleurs à 219 députés, à peine la moitié de ses membres — appelait au trône Louis-Philippe d'Orléans. Le duc se rendit en grande solennité au Palais- Bourbon. Là, devant les députés et les pairs réunis, il jura d'observer fidèlement la Charte constitutionnelle, que la Chambre venait de reviser. Puis ayant signé son serment de son nouveau nom Louis-Philippe \", il reçut, des mains de quatre maréchaux de France, la couronne, le sceptre, le glaive et la main de justice, insignes de la royauté.
Louis-Philippe était âgé de cinquante-sept ans. Son père, connu sous le nom de Philippe-Egalité, avait pris une part active à la Révolution, et finalement avait été guillotiné en 1793. Lui-même, tout jeune encore. avait fait la campagne de 1792 sous les ordres de Dumouriez. Après la désertion de son chef, il dut émigrer pour échapper à l'échafaud. Revenu en France sous la Restauration, il s'était tenu habilement à l'écart. De mœurs simples et familiales, envoyant ses fils au collège Henri-IV, lié avec les plus célèbres des libéraux, il avait su se rendre très populaire, surtout dans la bourgeoisie parisienne. " Il ne se remue pas, disait 3^7
LES PoniËs:
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•LES POIRES « (Croqu.5 ,ic , .„„pyn extrait du Journal h Cançulmt lirb! Nul.).
p La supfjression de la Censure permit à ta presse républicaine et légitimiste d'attaquei
impunément le rci. La Caricature et le Cliarivari s'y distinguèrent particulièrement .
Im transformation de la tête de Louis-Philippe en poire est devenue classique.
une revision de la Charte. On supprima tous les termes qui « blessaient la souveraineté nationale ", base du nouveau régime. Le souverain devant régner désormais par « la volonté nationale », le titre de roi de France fut remplacé par celui de « roi des Français ». On précisa la portée de l'article 14. L'âge pour être électeur fut abaissé à 25 ans. L'initiative des lois fut donnée aux deux Chambres. Le rétablissement de la censure fut interdit à jamais.
L'organisation du régime fut complétée par deux lois votées en 1831. L'une supprimait le double vote et abaissait de 300 francs à 200 francs le cens ou chiffre d'impôts exigé pour être électeur ; cette mesure eut pour effet de doubler le nombre des électeurs : il y en eut environ 200 000 pour trente millions de Français. L'autre loi instituait une garde nationale, chargée de « défendre la royauté constitutionnelle et la Charte, de conserver ou rétablir l'ordre et la paix publique ». Comme on imposait au garde national l'obligation de s'équiper à ses frais, la garde ne se composa que de bourgeois aisés, commerçants, rentiers, fonctionnaires.
Ce régime ne favorisait que la bourgeoisie... Le peuple ne votait pas ; il n'entrait pas non plus dans la garde nationale. La bourgeoisie seule tirait donc profit de la Révolution de 1830 : c'est sur elle que s'appuya Louis-Philippe, pris entre l'hostilité des masses populaire, déçues dans leurs espérances, et l'hostilité de la noblesse restée presque tout entière fidèle à la famille des Bourbons.
Louis XVIII, et cependant je m'aperçois qu'il chemine." Au début de sa royauté, il se montra aussi simple que par le passé. Il continua dans Paris ses promenades à pied, paiapluie sous le bras. Les fêtes données aux Tuileries étaient toutes bourgeoises. A certaines réunions la reine Marie-Amélie, entourée de ses enfants, recevait tout en travaillant à l'aiguille. Ainsi la famille royale apparaissait à ses hôtes comme la première des familles bourgeoises. Louis-Philippe, c'était le bourgeois couronné.
Mais sa bonhomie n'empêchait pas Louis-Philippe d'être un esprit entier, autoritaire et très jaloux de son autorité. Roi citoyen, comme il affectait de s'appeler luimême, tenant sa couronne du peuple, il voulait cependant être vraiment roi et exercer dans le gouvernement une influence prépondérante. Convaincu d'autre part que la Charte, après les amendements de 1830, était le dernier mot de la sagesse politique, que toute réforme nouvelle serait inutile et dangereuse, il suivit une politique obstinément conservatrice.
LE NOUVEAU RÉGIME, a/ 0 Avant de nommer roi le duc d'Orléans, la Chambre avait procédé à
LE DÉBUT DU RÈGNE, a 0 Les hommes qui avaient élu Louis-Philippe n'étaient pas d'accord sur la politique à suivre. Les uns, avec Laffitte et La Fayette, voulaient de nouvelles réformes pour satisfaire le peuple, et rêvaient d'une revanche de 1815 : c'était le parti du mouvement. Les autres, pacifiques et conservateurs, formèrent le parti de la résistance, dont les chefs furent Casimir Périer, le duc de Broglie, Thiers et Guizot.
Au début, malgré ses préférences personnelles, Louis-Philippe trouva prudent de gouverner avec le parti d'u mouvement. Laffitte prit le pouvoir (août 1830-mars 1831). Ce fut une période d'anarchie où les émeutes furent presque quotidiennes. Le peuple, resté en armes depuis les journées de juillet, saisissait toutes les occasions de manifester. Lors du procès de Polignac et des ministres signataires des Ordonnances, une insurrection faillit éclater parce que le peuple voulait qu'on les condamnât à mort et que les pairs les condamnèrent à la prison perpétuelle (décembre 1830). La fureur populaire se déchaînait aussi contre le clergé qui avait soutenu les Bourbons. A Paris l'archevêché fut saccagé et il s'en fallut de peu qu'il en fût de même
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THIERS (1797-18^) (Gravure de Sandoz, d'après une miniature de M»' de
■ Mirbel, Bibl. Nat.). 0 Vhommt qui joua un si granà rôle dam la politique française
au milieu du Xl\^ siècle, qui fut un des promoteurs de la Monarchie de Juillet, puis de ta
troisièiru République, a id une quarantaine d'armées, (ci.. HACHETTE.)
de Notre-Dame. Des troubles pareils éclatèrent en province ; on abattait les croix des missions ; les prêtres étaient insultés dans les rues. Le roi, qui faisait effacer les fleurs de lis de ses armoiries, n'osait pas entendre la messe publiquement.
Le roi et son ministre entrèrent bientôt en conflit au sujet de la politique extérieure. La révolution de juillet ayant provoqué, par contre-coup, des soulèvements en Belgique, en Italie, en Pologne, Laffitte voulait intervenir en faveur des insurgés. Louis-Philippe s'y refusa. Laffitte démissionna (mars 1831).
CASIMIR PÉRIER. JH 0 Après sept mois de troubles continuels, le pays commençait à désirer un gouvernement fort qui lui assurât la tranquillité. Louis- Philippe put donc sans crainte confier le pouvoir au parti de la résistance. Il forma un ministère Casimir Périer. Casimir Périer était un riche banquier, qui député sous la Restauration, avait été un des chefs de l'opposition libérale. Energique et d'esprit autoritaire, il accepta le pouvoir afin de restaurer l'autorité. Aussi n'admit-il dans le gouvernement qu'une volonté : la sienne. Ses collègues ne purent prendre aucune décision sans son assentiment. A l'un d'eux qui se disposait à monter à la tribune sans l'avoir consulté, il criait en pleine Chambre : « Ici, d'Argout ! »
Casimir Périer ne gouverna qu'un an ; il mourut le 16 mai 1832, victime d'une terrible épidémie de
choléra. Mais ces quelques mois lui suffirent à rétablir l'ordre. On peut dire qu'il fonda une seconde fois la monarchie de Juillet : avant lui elle avait l'allure d'un gouvernement provisoire, qui semblait demander aux partis qu'on le tolérât ; par lui, elle devint un gouvernement stable, fermement résolu à vivre et à briser ses adversaires.
Après la mort de Casimir Périer, deux hommes surtout incarnèrent au gouvernement la politique de résistance : Thiers et Guizot. Thiers, tout jeune encore, avait été journaliste sous la Restauration et était devenu célèbre par une Histoire de la Révolution, et le rôle qu'il avait joué en 1830. Guizot, de dix ans plus âgé que Thiers, avait été l'un des principaux doctrinaires et l'un des rédacteurs de l'Adresse des 221 .
L'OPPOSITION LÉGITIMISTE. 0 a Jusqu'à 1835, le gouvernement fut occupé surtout à lutter contre les partis insurrectionnels, légitimistes et républicains.
Les légitimistes étaient les partisans des Bourbons. Ils reconnaissaient comme roi légitime le duc de Bordeaux en faveur duquel avait abdiqué son grand-père Charles X.Louis-Philippe était poureux 1'" usurpateur», le « roi des barricades ». Parti de salon et de sacristie, peu nombreux et impopulaires, ils ne furent jamais bien dangereux. Ils organisèrent quelques conspirations ridicules qui furent réprimées facilement. Au mois de mai l832, la duchesse^de Berri essaya de soulever la
GUIZOT (1787-1874) (Par Vitert. d'après Dchrcch;. Musée de Versailles), g Toute la physiorwmie laisse une impression de [rigidité, de isolante tenace, d'obstination même C'est par son obstination que Guizot, avec toutes ses qualités, conduisit la monarchie de Juillet à la ruine.
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Vendée : à grand'peine elle réunit quelques centaines de paysan!» que deux petits combats suffirent à disperser.
LES INSURRECTIONS RÉPUBLICAINES. 0 a Au contraire, l'opposition républicaine fit courir les plus grands dangers à la monarchie de Juillet. Habitués à l'action révolutionnaire, organisés en sociétés secrètes dont la plus importante fut celle des Droits de l'homme, les républicains essayèrent de recommencer à leur profit une révolution parisienne. Lyon, avec sa forte population ouvrière, fut aussi le centre d'une violente agitation qui dégénéra à plusieurs ■ reprises en émeutes. Les insurrections les plus redoutables furent celles de juin 1832 et d'avril 1834.
La première insurrection éclata à Paris, à l'occasion des funérailles du général Lamarque, député très populaire, qui appartenait au parti du mouvement. Elle dura deux jours (5-6 juin 1832). La garde nationale coopéra énergiquement à la répression avec la troupe de ligne. Les insurgés, bloqués le 6 dans le quartier Saint Martm se défendirent bravement jusqu'à quatre heures du soir dans l'impasse du Cloître Saint-Merry..
La seconde insurrection éclata à Lyon le 9 avril 1834 et presque simultanément dans plusieurs grandes villes, à Marseille, à Saint-Etienne et à Paris. Partout les insurgés furent vaincus. A Paris, un terrible massacre marqua la fin du soulèvement : un officier, qu'on transportait blessé, ayant été atteint d'un coup de feu tiré des fenêtres du numéro 12, rue Transnonain, ses soldats tuèrent tous les habitants de la maison, les femmes même et les enfants (14 avril).
L'insurrection de 1834 fut suivie d'un procès monstre devant la Cour des Pairs, transformée en Haute-Cour de justice. Il y avait eu 2 000 personnes arrêtées ;
164 furent mises en jugement. Le procès dura onze mois, on entendit 4 000 témoins. Les condamnations prononcées d'ailleurs furent effacées presque aussitôt par une amnistie.
Pendant le procès, avait eu lieu l'attentat de Fieschi (28 juillet 1835). Fieschi était un Corse, ancien soldat condamné pour vol ; avec une sorte de mitrailleuse, il tira sur Louis-Philippe, au cours d'une revue de la garde nationale sur les boulevards. Le roi ne fut f>as atteint, mais il y eut 40 victimes dont 18 tuées sur le coup, et parmi elles le maréchal Mortier.
Cet attentat eut pour conséquence le vot; de lois de répression, connues sous le nom de lois de septembre (1835). La plus importante était la loi sur la presse. Depuis 1830, la liberté de la presse étant complète, les journaux légitimistes et républicains couvraient d'injures le gouvernement ; traduits devant la cour d'assises, ils étaient presque toujours acquittés par le jury. La loi de septembre rétablit pour les dessins et les caricatures la censure et l'autorisation préalable. Pour les journaux ordinaires, elle ne modifia pas le régime établi en 1830 : seulement elle créa de nouveaux délits et aggrava les peines encourues. Ce fut un délit de se déclarer publiquement républicain, de parler de la restauration des Bourbons, de discuter le principie de la propriété, etc. Toute excitation à la haine ou au mépris de la personne du roi, de son autorité et du gouvernement rétabli, dut être punie de la détention et d'une amende de 10 000 à 50 000 francs. La loi de septembre permit de détrui.'e rapidement les journaux républicains, ruinés par les amendes.
LES LUTTES PARLEMENTAIRES, a 0 k partir de 1853 l'opposition républicaine étant brisée
LAMENNAIS (1782-135-)) (Gravure it Calamatt», Bibl. Nat.). tf Vivise. tourmenlé où x rejlélc Vàme ardente d'un firéire qui exerça une grande influence sur taj'emetseealhoHque.tnaisfinilttar rompre aoec VtgHsc
PORTRAIT DU COMTE DU MONTAt-EMBERT
(1810-1870) (Par Pichon. Mmée d« VenaillM). * 't«
grandoraleurduparticatboliqae.âmttènireraeeteTOvante,
aoec une modéralion qui manquait i l
LACOROAIRE (I8Q2-186I) (Miaiitun «k M-* !>••
Im»). « L* timptpmUn im «rrtwlnn. oMo'.
(MT ww/fci—ii > Miffurifi. iMtirtM Itttiam litM
tttfiia.ll ifU iittKm Dmémaâm m /MK
LOUIS BLANC (1811-1882) (Liihograph.. de Demaisons. Bibl.Nat,), tS Unjeunejournalisletlevenubrus- Htxment célèbre en IS40 fia' 'on liurc l'Organisation du tnvail qui donnait un programme ait parti iocialiste.
SAINT-SIMON ( 1760-1 825). (Lithoïiaphie anonyme.
Bial. Nat.). a Un lies hommes Us plus singuliers de son
temps, noble ruiné, anàeno0ider, fondateur ifécolet même
de secte, car le Saint-Simonisme fut une religion.
FOURIER (1772-1837) (Par Jean Gisoux. Musée du
Luxembourg). ^ A oec l'existence d'un petit employé de
commerce, fut un des penseurs les plus profonds de son
temps, d'uni originalité allant Jusqu'à la bizarrerie.
l'agitation parlementaire succéda aux luttes de la rue. Les orléanistes, qui formaient la grande majorité de la Chambre, se divisèrent en trois groupes principaux : un groupe d'opposition, la gauche dynastique, l'ancien parti du mouvement dont le chef était Odilon Barrot; deux groupes de gouvernement, représentant 1 Encien parti de la résistance, un centre droit dirigé par Guizot et un centre gauche dirigé par Thiers.
Longtemps la situation parlementaire fut instable : de 1836 à 1840, il y eut six changements de ministères. Profitant des divisions du parti gouvernemental, Louis- Philippe essaya de faire triompher sa politique personnelle ; il appela à la présidence du conseil Mole, un ancien ministre de Napoléon 1^'' et de Louis XVlll, très disposé par conviction politique à n'être que le porte-parole du roi. Mais les trois groupes finirent par se coaliser contre « le ministère de la Cour " et réclamèrent la « substitution du gouvernement parlementaire au gouvernement personnel ". Mis en minorité, Mole démissionna (mars 1839).
Le roi parut se résigner. En 1840, il donna la présidence du Conseil à Thiers, dont la doctrine politique se résumait en la formule : « Le roi règne et ne gouverne pas ». Mais, dans le conflit international provoqué par la question d'Egypte, il refusa d'adopter les mesures belliqueuses de son ministre. Thiers dut céder la place à Guizot (octobre 1840).
LE MINISTÈRE GUIZOT. Jlf 0 Guizot devait rester au pouvoir près de huit années, jusqu'à 1848. Il demeura constamment en pleine communion d'idées avec Louis-Philippe qui disait de lui : « C'est ma bouche ». Comme lui il était autoritaire, conservateur,
partisan de l'ordre et de la paix, « la paix partout, toujours », la paix au dedans, la paix au dehors. Jusqu'à la fin, il repoussa toute idée de réforme, et pratiqua obstinément la politique d'immobilité. Pour gouverner ainsi, disait Lamartine, il n'était pas besoin d'hommes d'Etat, « une borne y suffirait ! »
Cette politique fut en apparence constamment approuvée par la majorité de la Chambre. Mais cette majorité, Guizot, qui était personnellement de la plus scrupuleuse honnêteté, l'obtint par la corruption, soit en achetant les votes des électeurs en faveur des candidats dévoués au gouvernement, soit en achetant les votes des députés. La corruption était d'autant plus praticable que plus du tiers des députés étaient des fonctionnaires, préfets, magistrats, officiers. Le ministre les tenait par l'espoir de l'avancement et des augmentations de traitement. On gagnait les autres par des concessions de grandes entreprises ou par des intérêts dans les marchés de fournitures faites à l'Etat.
LES NOUVEAUX PARTIS. 0 0 \.^ système de la paix partout et toujours, le système de la corruption furent vivement combattus à la Chambre par une opposition composée des légitimistes, du centre gauche et de la gauche dynastique. Mais dans le pays, à côté du parti républicain, s'étaient formés deux partis nouveaux, le parti catholique et le parti socialiste.
Sous la Restauration, la cause catholique avait paru s'identifier avec la cause de la réaction et le clergé était profondément impopulaire. Au lendemain de la Révolution de 1830, alors que se déchaînaient les fureurs anticléricales, un groupe de jeunes catholiques
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I liïlia
LA DUCHESSE D'ORLÉANS A LA CHAMBRE (24 (éviirr 1848) (Lilhographi.! de Petit. Bibl. N.t.). 0 Pendant „.« /'onru/r troruk au Jthctt. U dachtae fOfUar, arrive à h Chamhreacrc sex deux enfanta, bientôt rejointe Har le duc de Nemours. La Chambre l'acclame. Dubin, monté à ta tribune, annonce l'abdicalioa. la régence. On apftlaujrl avec enthousiasme . Soudain une fyorte de la salle de séances est forcée et laisse passer une foule de nens en armet.hommes et femmes, ttui liéjiitrenl Issr le haut detgrajiruel attend éant
l hémicucle. La régence n'avait duré que queloues minutes. Le peuple tiToclamc la RépubUque.
qui s était formé autour d'un prêtre breton, l'abbé de Lamennais, résolut de fonder un parti qui se proposerait pour but la renaissance et le triomphe du catholicisme, mai'! pir des moyens différents, par la liberté. Ils demandaient la séparation de l'Eglise et de l'Etat, la liberté d'association et surtout la liberté d'enseignement, l'abolition du monopole de l'Université établi par Napoléon. Ces idées, adoptées par tous ceux qu on appela les" catholiques libéraux >', furent exposées dans l'Avenir, journal créé par Lamennais en octobre 1830. Le pape ayant condamné la campagne en faveur de la séparation, l'Avenir cessa de paraître en 1832, et Lamennais sortit du clergé pour rallier le parti républicain. Mais dans les milieux catholiques ses anciens disciples continuèrent son œuvre : le comte de Montalembert, devenu moralement le chef du parti catholique, lutta vainement à la Chambre des Pairs depuis 1836 pour obtenir l'abolition du monopole de l'Université ; en revanche, sous l'action de prêtres éloquents comme le dominicain Lacordaire, il y eut un remarquable renouveau de la vie religieuse et de 1 influence du clergé sur la bourgeoisie comme sur le peuple. Les associations religieuses, les congrégations, et même, en dépit du monopole, les écoles chrétiennes se multiplièrent.
D'autre part un grand nombre de républicains, émus par le développement de la grande industrie et par la misère affreuse qui régnait dans les milieux
ouvriers, étaient devenus socialistes : la révolution politique ne leur paraissait pas suffisante, ils réclamaient une révolution sociale, une organisation nouvelle de la société et du travail. Dans les sociétés secrètes beaucoup d'ouvriers avaient adopté les doctrines communistes de Babeuf ; leur principal chef était Blanqui.
D'autres étaient disciples de deux théoriciens, Saint-Simon et Fourier, l'un noble ruiné, l'autre représentant de commerce, qui avaient imaginé des systèmes pour réformer la fociété. Saint-Simon voulait qu'on éliminât de la société tous les oisifs et qu'on donnât la direction de l'Etat aux ravants, aux penseurs et aux travailleurs industriels ; il eut des disciples enthousiastes, recrutés pour la plupart dans l'élite de la jeune bourgeoisie, qui prirent pour devise : « A chacun suivant sa capacité, à chaque capacité suivant ses œuvres. " Un de ses disciples. Louis Blanc, exposa dans un livre paru en 1840, l'Organisation Ju travail, un programme pratique de socialisme d'Etat qui eut un grand succès parmi les ouvriers. Il proposait que l'Etat se fit " le banquier des pauvres " et aidât les ouvriers à fonder pour chaque industrie des « ateliers sociaux " où les travailleurs se dirigeraient eux-mêmes et toucheraient, en dehors de leur salaire, un quart des bénéfices nets. Louis Blanc continua à développer ses idées dans le journal républicain de Ledru-Rollin, la Réforme.
PORTRAIT DE CHATEAUBRIAND (1768-18-18) (Par Girodei. Musie de Sa.nt-
Malo) a L'auleu, des Martyrs a id environ guaranlc ans. Phymnomie nouoelle,
image des lemus nouveaux. Bien que le cotlume soit encore 1res • Premier tmptre »,
des signes caraclérislidnes prouvent nue le Romantisme n est pas loin.
LA LUTTE CONTRE GUIZOT. £> 0 Les
adversaires de Guizot portèrent leurs attaques sur deux points principaux, Talliance anglaise, la réforme électorale et parlementaire.
Guizot était partisan de 1'" entente cordiale » avec l'Angleterre. Son amour de la paix l'amena à plusieurs reprises à des concessions qui furent jugées humiliantes par l'opinion publique, surtout lors de l'affaire Pritchard (1844), un Anglais qui avait été emprisonné par nos matelots pour avoir excité les indigènes de Tahiti à se révolter contre la France. Guizot exprima au gouvernement anglais « son regret » et offrit « une équitable indemnité ». Cette attitude humiliée, vivement critiquée par tous les partis d'opposition, eut pour effet de rendre le roi et son ministre profondément impopulaires.
La question de la réforme ne passionnait pas moins l'opinion. La réforme que l'opposition réclamait, et qu'elle proposa chaque année à partir de 1841, était double : réforme parlementaire ayant pour but d'empêcher que certains fonctionnaires, comme les préfets, pussent être députés ; réforme électorale comportant l'abaissement du cens au moins à 100 francs. A l'extrême gauche, Ledru-Rollin réclamait même l'abolition du cens et l'établissement du suffrage universel. Chaque année, Guizot, docilement suivi
par la majorité de la Chambre, fit repousser tous les projets de réforme, même les plus modérés. Alors l'opposition décida d'en appeler au pays.
A la fin de 1847, les chefs de l'opposition parlementaire, Odilon Barrot et Thiers, prirent l'initiative d'une grande campagne réformiste. Dans tout le pays, des banquets politiques furent organisés, où des orateurs exposaient aux assistants la nécessité de la réforme. Les républicains, s'associant bientôt à cette campagne, la rendirent plus énergique. Au banquet de Mâcon, Lamartine, après avoir flétri le régime de la corruption, prédit à brève échéance une révolution, si la royauté continuait à " s'entourer d'une aristocratie électorale au lieu de se faire peuple tout entier ».
LA RÉVOLUTION DE FÉVRIER. ;e> ^ La campagne des banquets aboutit, par surprise, à la révolution de février 1848.
Pour terminer la campagne, un grand banquet devait avoir lieu à Paris le mardi 22 février, avec le concours de 87 députés, à peu près toute l'opposition. Guizot interdit le banquet. Une manifestation fut organisée aussitôt pour la journée du 22, en guise de protestation. Guizot interdit la manifestation. Elle eut lieu quand même, et ce fut le début de la révolution.
Dans la nuit du 22 au 23, on commença à dresser des barricades. Le lendemain 23, l'attitude des gardes nationaux qui, place des Victoires, empêchèrent les cuirassiers de charger les manifestants, effraya Louis- Philippe et le décida à se séparer de Guizot. Il chargea d'abord Mole, puis Thiers de former un ministère. La nouvelle de la démission de Guizot causa une joie universelle ; le soir, il y eut des illuminations presque partout. Le préfet de police disait : « C'est une émeute qu'il faut laisser mourir d'elle-même ».
Mais le soir même du 23 février, un incident sanglant provoquait la reprise de la lutte : comme une bande de manifestants arrivait boulevard des Capucines, devant le ministère des Affaires étrangères, où habitait Guizot, un coup de feu fut tiré sur la troupe. Celle-ci riposta par une décharge à bout portant qui jeta par terre 35 morts et une cinquantaine de blessés. Exaspérés, les manifestants chargèrent les cadavres sur une charrette ; puis, en cortège, à la lueur des torches, ils les promenèrent à travers les rues en appelant le peuple aux armes. Le jeudi m?tin 24, Paris était hérissé de barricades et l'on crieit partout : « Vive la République! »
La bataille fut courte. Les soldats étaient épuisés d'être restés « depuis soixante heures sac au do; les pieds dans la boue froide, avec seulement trois rations de biscuit. La plupart n'avaient pas dix cartouches ».
LA FRANCE SOUS LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE
Louis-Philippe, déconcerté et hésitant, décida de retirer les troupes et de confier le service d'ordre à la garde nationale. Dans leur mouvement de retraite, plusieurs régiments furent coupés en tous sens, et, noyés dans la masse des manifestants, mirent la crosse en l'air. Les insurgés i;vançaient rapidement sur les Tuileries. A midi et demi, le roi re résigna à abdiquer. Son fils aîné, le duc d'0/léans, prince très populaire, s'était tué à Neuilly, en voulant sauter de voiture (1842). Louis-Philippe abdiqua donc en faveur de son petit-fils, le comte de Pans, un enfant de dix ans; sa mère, la duchesse d'Orléans, devait être régente. Puis, il partit en voiture, protégé par une escorte de cuirassiers. Comme Charles X, il allait gagner l'Angleterre où il mourut dtux ans plus tard. Peu d'instants après le départ du roi, les insurgés étaient maîtres des Tuileries. Ils les mirent furieusement à sac et de même le Palais-Royal.
Les républicains étaient décidés cette fois à ne pas perdre le bénéfice de la victoire comme en 1830. La Chambre avait déjà proclamé la régence de la duchesse d'Orléans quand les insurgés l'envahirent en criant : « La déchéance! » Sur la proposition de Ledru-Rollin et de Lamartine, un gouvernement provisoire fut constitué d'acclamation : il comprenait sept députés, parmi lesquels Lamartine et Ledru-Rollin. Pendant ce temps, à l'Hôtel de Ville, les ouvriers socialistes avaient formé un autre gouvernement provisoire, avec Louis Blanc et Albert, un ouvrier, chef d'une société secrète. Les députés se rendirent à l'Hôtel de Ville et les deux gouvernements fusionnèrent. La République démocratique succédait à la monarchie bourgeoise de Louis-Philippe.
Les Lettres, les Arts et les Sciences.
LE ROMANTISME. 0 0 Succédant à la Révolution tt à l'Empire, la période de la ResUuration et de la Monarchie de Juillet est plus remarquable par la vie intellectuelle que par la vie politique. Dans le» lettres et les arts, il y eut alors un véritable renouveau, qu'on appelle le romantisme.
La littérature au dix-huitième siècle, et même pendant la Révolution et l'Empire, était restée, en général, fidèle à la tradition classique. On entendait par là le respect exclusif de l'antiquité grecque et latine, considérée comme le modèle dont on ne devait pas s'écarter ; la prépondérance donnée à la raison sur l'imagination et la sensibilité ; l'obéissance stricte à des règles de genre, par exemple la règle des trois unités pour le théâtre ; enfin le goût d'une certaine bienséance de langage, excluant les termes familiers. Tous ces principes avaient à la longue donné lieu à des exagérations ridicules. Le respect que les grands écrivains du dix- septième siècle avaient professé pour l'Antiquité s'était transformé à la fin du dix-huitième siècle en un culte superstitieux, en une religion étroite qui eut ses fanatiques jusque sous la Restauration et la Monarchie de Juillet. Sous prétexte d'éviter toute vulgarité d'expression, on était arrivé à substituer souvent au mot précis de longues périphrases, véritables rébus. Au lieu de dire : « C'est un paysan », un poète tragique écrivait :
« C't&l un de ces mortels qui dans f obscurité Par de mâles travaux domptent Fadversité».
VICICW HIJCO (1802-1885) (Liilio»raphicdc De veria, Bibl. Nat.). a C'est ici, le héros de la bataille d'Henwni, le chef ardent de l'école romantitjtie, à vinft- $ept aru.lt visage pâle « illtwtirré dt dtux ytuxfauva^*.
LAMARTINE(l790.|869)(Miniaiut,,.hâiMud.SMn|. ALFRED DE VIGNY (17*7-186» (M<m<* Cano-
Potr\l).^ LepTemieTdenosgrttndslyriçaei%*poèttiemmiplm valet). 0 Ce itimt t^eitr JTinftmÊlÊiÊt aié4r tt^rme
tard homme d'État, far inmiratian, par ioaAlafa cmr >. lamilh ittdt, — rMlÊ,mltK,KmamÊmtlimd mUt.
Fifre fme aux traits ilchit imitivtuil ima Wm |M« tmmr H fataaaf. m) m^lt éi nMMIiMt.
GEORGE SAND (1804-1876) (Bib!. NalO.i» Pseu- BALZAC (1799-1850) (Pur L. Boulanger. Musée de MICHELET (1798-1874) (Lihjgraphied'aprèsCou-
donyme masculin d' Aurore Dudevanl. Une figure el Tours), à Le srartd romancier au début de sa carrière, ture. Bibl. Nat.). ^ Une abondante chevelure romanti-
surtoul des yeux de passion. La vie de George Sand fut, vers 1828. Un Tourangeau comme Rabelais, de carrure que, un regard de visionnaire, des traits affinés ;lapbyrio~
fi'us encore que ses œuvres, orageuse et passionnée. solide, de regard vif, spirituel etpénétrant. (cL. PEIGNÉ.) nomie possède une douceur presque féminine.
Ces excès devaient provoquer une réaction. A partir de 1820 un groupe d'écrivains s'attaquèrent à la tradition classique. On leur donna le nom de Romantiques, par analogie avec un groupe d'écrivains allemands qui, au début du dix-neuv.ème siècle, avaient cherché dans les romans du Moyen âge une source d'Inspiration poétique.
Le précurseur du romantisme en France fut Chateaubriand (1768-1848), un noble breton qui avait émigré en 1791, et qui joua sous la Restauration un rôle politique assez important : il fut ambassadeur, ministre des Affaires étrangères au temps de Villèle et eut alors une part prépondérante à la guerre d'Espagne. Celles de ses œuvres qui eurent le plus d'influence parurent sous l'Empire, de 1801 à 1810. Ce furent Atala et René (1801-1805), deux romans où l'auteur prêtait à ses héros ses sentiments personnels ; les Martyrs (1809), une épopée chrétienne en prose ; surtout le Génie du Christianisme (1802), apologie de la religion chrétienne et de sa splendeur morale.
Tout le romantisme est déjà dans Chateaubriand : admiration pour le Moyen âge chrétien, sentiment de la nature, sombre mélancolie, maladive exaltation. « Il a ressuscité l'âme, disait Lamartine, il a donné des délires à mon imagination. »
LA BATAILLE D'HERNANI. £i C'est sous la Restauration que s'engagea la bataille décisive entre classiques et romantiques. Les colères et les haines qu'ont alors soulevées ces querelles littéraires paraissent à peine croyables aujourd'hui. Elles furent d'autant plus vives que la politique s'en mêla, les classiques étant à l'origine généralement des Libé-
raux de tendances anticléricales, les romantiques des Ultra-royalistes catholiques. A la première représentation d'Hernani, le premier drame de Victor Hugo mis à la scène, un romantique criait aux classiques groupés à l'orchestre et dont beaucoup étaient chauves : « A la guillotine les genoux! » Cette représentation d'Hernani (25 février 1830), point culminant de la lutte entre les deux écoles, fut une vraie bataille où l'on siffla et l'on applaudit à outrance de parti pris, sans entendre. « Vieillard stupide! " dit sur la scène un des personnages. Dans la salle un classique s'écriait : « C'est abominable! » — « C'est sublime! » ripostait un romantique. Or l'un et l'autre, au lieu de « Vieillard stupide », avalent entendu « Vieil as de pique! »
LES POÈTES, a a De 1820 à 1830, quatre grands poètes se révélèrent ; ce furent Alphonse de Lamartine, Victor Hugo, Alfred de Vigny, Alfred de Musset.
Lamartine (1790-1869), publia en 1820, à trente ans, un court recueil de poésies, les Méditations, qui lui valut d'être illustre du jour au lendemain. Il y avait là des vers d'une harmonie si pénétrante et si douce, d'un sentiment si élevé et si sincère qu'ils ont fait dire du poète qu'il est « la poésie même ». Vinrent ensuite les Nouvelles Méditations et les Harmonies, puis deux grands poèmes, très inégaux, Jocelyn et la Chute d'un ange, et une Histoire des Girondins (1847). Cette dernière œuvre, roman historique plutôt qu'histoire, valut à Lamartine une immense popularité qui prépara sa nomination au gouvernement provisoire lors de la Révolution de 1848.
GÉRICAULT : R.\UE.\U DE LA MfiDUSE (Music du Louvre), (n. iiAcnF-TTE.)
L-LL.\CR01X : E:JTRÉE DES CROISÉS A CO\i l.VN UN Ji'Li. (Mum du Louvre) (a lucHEmJ