LART FRANÇAIS DANS LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XIX» SIÈCLE
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Deux ans après les Méditations, en 1822, parut un recueil d'Odes, œuvre d'un poète de vingt ans qui devait être le plus grand des poètes du dix-neuvième siècle, un des plus puissants génies de tous les temps, Victor Hugo (1802-1883). Après la publication de Cromwell, un drame en vers, précédé d'une préface-manifeste où il exposait la doctrine de l'école nouvelle, Victor Hugo fut considéré comme le chef des romantiques. Il devint célèbreavec Hernani (1830) et Notre-Dame de Paris (1831), un pittoresque roman historique. Ce fut à partir de 1850, sous le second Empire dont Victor Hugo fut l'ennemi acharné, qu'il publia ses œuvres les plus fortes, les Contemplations, les Châtiments, la Légende des siècles.
Un recueil de vers, Poèmes anciens et moderna en même temps qu'un roman à prétention historique Cinq-Mars, révélèrent en 1826 le nom du comte Alfred de Vigny (1797-1863). Ce poète n'avait ni le don d'harmonie de Lamartine, ni la virtuosité géniale de Victor Hugo, mais c'était un penseur qui savait, selon ses propres expressions," mettre en scène, sous une forme épique ou dramatique, des pensées philosophiques ». Un drame en prose. Chatterton (1835), valut à Vigny un éclatant succès. Dans les vingt-huit années qu'il vécut encore, pessimiste replié sur lui-même, il ne publia que quelques rares poèmes, les Destinées, la Mort du Loup, le Mont des Oliviers, tout imprégnés d'un noble et hautain stoïcisme.
Alfred de Musset (1810-1857) débuta plus jeune encore que Victor Hugo. 11 avait à peine dix-neuf ans quand il publia son premier recueil de vers. Contes d'Espagne et d'Italie (1829). Sa vie littéraire fut fort courte : en moins de dix ans, il avait donné toute son œuvre, deux volumes de poésies, dont les plus émouvantes, les Nuits, n'étaient que le cri de sa propre souffrance ; puis une douzaine de pièces. Comédies et Proverbes, œuvres délicates écrites dans une langue vive et spirituelle, et qui sont parmi les chefs-d'œuvre de la prose française.
LES ROMANCIERS. jH /H Le genre le plus populaire fut à coup sûr le roman. Nul siècle ne s'est passionné pour les romans autant que le dix-neuvième. Les romans parurent en nombre considérable, surtout à partir de 1836 quand les journaux commencèrent à en publier sous forme de feuilletons. Presque tous les grands poètes furent en même temps des romanciers. Mais dans le roman, ils restèrent au-dessous de deux écrivains qui furent les plus remarquables des romanciers de profession, Balzrc et George Sand.
Balzac (1799-1850) publia à partir de 1829 une série de romans qu'il groupa sous ce titre général : la Comédie humaine. Il voulut tracer un tableau com-
plet de la société de son temps. Certains des personnages qu'il imagina sont devenus des types proverbiaux, tant ils sont fortement dessinés ; et d'autre part l'exactitude minutieuse des descriptions donnent aux romans de Balzac, pour les historiens, la valeur de vrais documents.
George Sand (1804-1876) était le pseudonyme littéraire de la baronne du Devant, arrière-petite-fille du maréchal de Saxe, le vainqueur de Fontenoy. Le premier de ses romans, Jndiana, publié en 1832, fut rapidement célèbre. Liée avec des républicains et des socialistes, elle écrivit un certain nombre de romans socialistes, comme le Compagnon du tour de France (1840). Plus tard vinrent des romans rustiques, comme la Mare au Diable (1842), tableaux poétisés de la vie des paysans du Berri, œuvres charmantes écrites dans un style « fluide et frais comme du lait bu à longs traits sous de beaux ombrages ».
LES HISTORIENS, a 0 L'histoire jusque vers 1825 n'avait été que le récit sec et décoloré des événements, une sorte de procès-verbal des faits et de répertoire des dates, ou bien matière à considérations générales et à développements philosophiques. Les historiens ne tenaient aucun compte des différences d'époques et de régions. Par exemple on représentait Clovis « roi de France, fondateur de la monarchie » à peu près à la façon de Louis XIV ; on célébrait la « galanterie » de la Cour des Carolingiens, comme s'il se fût agi de la Cour de Louis XV.
Le romantisme ressuscita l'histoire. Ce fut la lecture d'une page des Martyrs, une description de l'armée franque marchant au combat, qui détermina la vocation d'Augustin Thierry (1795-1856). En 1820. parurent ses Lettres sur l'histoire de France où il déclarait « la guerre aux écrivains sans érudition qui n'ont pas su voir et aux écrivains sans imagination qui n'ont pas su peindre». En 1825 il publia une Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands, premier modèle d'histoire scientifique et pittoresque. La plus remarquable de ses œuvres. Récits des temps mérovingiens, parut en 1840.
Mais le plus grand et le plus romantique des historiens français fut Michelet (1798-1874) : au lendemain de la Révolution de Juillet il entreprit une Histoire deFrance à laquelle il devait travailler plus de trente ans ( 1 833- 1 867), soutenu par un amour passionné de son sujet. Les premiers volumes, consacrés au Moyen-Age, comptent parmi les chefs-d'œuvre de la littérature historique et de la littérature française.
LES ARTS. 0 0 Dans les arts comme dans les lettres, la tradition classique régnait tyranniquement
LA FRANCE SOUS LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE
au début du dix-neuvième siècle. « L'Antique, disait-on, est la première base de l'art ». Les architectes construisaient des monuments mal copiés sur les temples grecs, comme le palais de la Bourse à Paris. Les peintres et les sculpteurs n'admettaient que le « style héroïque, le sublime ». Les sujets empruntés à la vie contemporaine, familière, étaient indignes du « grand art », à cause des costumes : « Une botte à l'écuyère est dans un tableau d'histoire une monstruosité », écrivait un critique on 1824. Les peintres ne se préoccupaient que de la pureté du dessin ; les couleurs étaient considérées comme accessoires, un simple « agrément » ajouté au dessin. Le maître de l'école classique avait été sous l'Empire David (1748- 1825), ancien Jacobin devenu le premier peintre de Napoléon, d'ailleurs très grand artiste en dépit de ses doctrines. Le plus remarquable et le plus intransigeant de ses disciples fut Ingres (1781-1867), dessinateur impeccable et fanatique du de'sin : devant les tableaux de Rubens d'un si éblouissant coloris, mais parfois d'un dessin incorrect, Ingres ordonnait à ses élèves de passer en saluant, mais sans regarder.
Contre cette superstition de l'Antique, les romantiques réagirent vigoureusement. En architecture ils s'enthousiasmèrent pour les vieux monuments de l'architecture, ogivale que dédaignaient les classiques. En peinture et en sculpture, ils cherchèrent la « vérité exacte ». Cela les conduisit à représenter la laideur aussi bien que la beauté, à reproduire fidèlement les costumes, et, pour les peintres, surtout à observer les jeux de la lumière et la variété des reflets, à s occuper des couleurs plus que du dessin. Les romantiques furent des coloristes. Quant à leurs sujets, ils les empruntèrent soit aux événements contemporains, soit à l'histoire moderne, de préférence au seizième siècle où les costumes étaient plus pittoresques et colorés, soit encore aux grands poètes italiens ou anglais, à Dante et à Shakespeare.
La première toile romantique. Un officier des chasseurs de la Garde chargeant, parut au Salon de 1812 : le cheval, d'un mouvement désordonné, scandalisa les classiques . Le tableau était de Géricault ( 1 79 1 - 1 824). En 1819, il exposa le Radeau de la Méduse, épisode tragique du naufrage d'un navire récemment perdu sur la côte d'Afrique. Par malheur, Géricault mourut tout jeune en 1824. Dès lors, le chef de l'école romantique fut Delacroix (1798-1863), grand coloriste, d'un tempérament passionné et fougueux. Les classiques acharnés contre lui l'accusaient de peindre avec « un balai ivre ». Mais la plupart des jeunes artistes suivirent Delacroix, et ce fut le triomphe de la couleur sur le dessin. A partir de 1830, Delacroix, reconnu comme un grand maître, fut chargé de nom-
breux et importants travaux au Palais-Bourbon, au Luxembourg, au Louvre, etc. ; ce fut à cette époque qu'il peignit son chef-d'œuvre : L'entrée des Croisés à Constanlinople.
A la même époque, la tradition de la grande sculpture était renouée en France par deux puissants artistes. Rude (1784-1855), un Dijonais, d'abord apprenti poélicr, et par Barye (1796-1875), un Parisien quelque temps ouvrier graveur. L'un et l'autre dans l'observation directe et sincère de la nature retrouvèrent l'art de donner à leurs œuvres l'élan de la vie. Les tigres, les lions, jusqu'alors insipides motifs de décoration, s'animèrent sous le ciseau de Barye, sculpteur unique que personne n'avait précédé, que personne n'a depuis surpassé. A l'Arc de Triomphe, dans son groupe du Départ, œuvre épique où revit tout entier l'enthousiasme patriotique de 1792. Rude s'égala aux plus grands maîtres.
LE PROGRÈS SCIENTIFIQUE, a a S\ brillante qu'ait été la renaissance littéraire et artistique, elle n'a pas historiquement l'importance du progrès des sciences pendant la même période. Les grandes découvertes scientifiques faites alors, les applications pratiques qu on en a tirées, comme aussi des découvertes antérieures, devaient en effet amener la transformation complète de nos conditions d'existence. Le bateau à vapeur, la locomotive, le télégraphe électrique, les grandes industries chimiques, rouages essentiels de la vie contemporaine, datent de la première moitié du dix-neuvième siècle.
Ces progrès des sciences furent dus principalement à une meilleure organisation du travail. Au dix-neuvième siècle encore les savants étaient peu nombreux ; ils travaillaient à leurs frais, avec un outillage rudimentaire. Mais sous la Révolution, dans les grandes écoles fondées ou réorganisées par la Convention, Ecole polytechnique. Muséum, Ecole normale supé-
UNE DILIGENCE VERS 1828 (LiihocnpKic de r^fwqi». BM. ti^ S U mitun t$t (A'iiWe en trois comfi^ntimenh : k coup^. tm k dtvmU; r'mttnwm, mm m$m: la rotonde. (Mir dtrriite. Au-^nmi et ces MiiiKiiilÉWMh a* ttmm rwapin^tè Cm anpiU aoas une bâche les mallzi et tea c*fts. La SBgÊÊtt» ni tftéti»%
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