‹ Nouvelle histoire de FranceChapitre 124 sur 227 · I.EDRU-ROU.IN (l8D8-IS7i) IPa · texte numérisé non relu

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L'Assemblée ne pouvait être dissoute que par ellemême. Le pouvoir exécutif était délégué à un Président de la République, élu pour quatre ans, au suffrage universel. Le Président n'était pas immédiatement rééligible. Il nommait et révoquait les ministres, les fonctionnaires de tout ordre. Il signait les traités ; il disposait de la force armée. Il était responsable devant l'Assemblée qui pouvait le traduire devant une Haute Cour de justice.

La Constitution de 1848 présentait deux graves défauts; La Constituante avait voulu partager également les pouvoirs entre l'Assemblée législative et le Président : en fait il n'y avait pas égalité de puissance entre les députés qui n'étaient chacun que l'élu d'un département, et le Président élu par l'universalité des citoyens. En second lieu le Président ne pouvait rien sur l'Assemblée, ni l'Assemblée sur le Président : en cas de conflit il manquait, selon le mot de Tocqueville, « un intermédiaire ou un arbitre qui puisse les concilier ou les contenir » ; il n'y avait de solution possible qu'un coup d'Etat.

LOUIS -NAPOLÉON PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, a a II y eut à la présidence de la République quatre candidats : le général Cavaignac, Ledru-Rollin, Lamartine, enfin un nouveau venu, Louis-Napoléon Bonaparte.

Louis-Napoléon, fils de Louis Bonaparte, roi de Hollande, était neveu de Napoléon I^"". Il avait quarante ans. Son existence avait été jusque-là fort agitée. Après 1815, sa mère, la reme Hortense, l'avait emmené en Suisse : il y fut élève de l'école d'artillerie, puis officier. Affilié à la Charbonnerie italienne, il participa aux soulèvements libéraux de 1831 . Par la mort du duc de Reichstadt, fils de Napoléon, il devint en 1832 le chef de la famille Bonaparte et du parti bonapartiste.

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LOUIS-NAPOLÉON ET LE RÉTABLISSEMENT DU SUFFRAGE UNI- VERSEL (Par Ch. Vemier, Bibl. Nat.). a Vu la déconvenue du Comité de la rue de Poitiers, insDiralevr de h loi du 31 mai qui avait sutJprimé le sufhage universel, le prince président proposa « le rapfiel » de cette loi. C'était « un plat de sa jalon «

Deux fois, en 1836 à Strasbourg, en 1840 à Boulogne, il tenta contre Louis-Philippe un nouveau retour de l'île d'Elbe : les deux fois il échoua piteusement. Interné au fort de Ham en 1840, il réussit à s'échapper six ans plus tard sous le costume d'un maçon et se réfugia à Londres. Après la chute de Louis-Philippe, il accourut en France. Grâce à la propagande active de quelques journaux fondés par ses amis, et surtout grâce à la popularité de son nom, il fut élu à la Constituante par quatre départements. Pour calmer les méfiances qu'il inspirait aux républicains, il donna sa démission, mais, réélu en septembre 1848, vint siéger à l'Assemblée.

L'homme était assez énigmatique ; il parlait peu, ne se livrait pas, méditait beaucoup, comme perdu dans un perpétuel rêve intérieur. On ne savait pas grand' chose de ses idées, si ce n'est qu'il affectait le respect de la souveraineté du peuple, et, d'après une brochure sur l'Extinction du paupérisme, publiée pendant sa captivité à Ham, qu'il avait le souci des misères ouvrières et croyait nécessaires des améliorations sociales.

Afin d'assurer son élection, il s'entendit avec les catholiques et les monarchistes, légitimistes et orléanistes, qui s'étaient rapprochés pour former le « parti de l'ordre " sous la direction de Thiers et de Montalembert. L'élection eut lieu le 10 décembre 1848 : Louis-Napoléon fut élu par cinq millions et demi de suffrages contre un million et demi à Cavaignac, près de 400 000 à Ledru-Rollin, moins de 8 000 à Lamartine. Les paysans et même les ouvriers avaient voté en masse pour « le neveu du grand Empereur ».

L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE, m xH En mai 1849, l'Assemblée constituante prononça elle-même sa dissolution et cédî la place à l'Assemblée législative.

Les élections à l'Assemblée législative avaient été pour les républicains une nouvelle et irréparable défaite. Sur 750 députés, il y eut seulement 250 républicains, dont 180 radicaux et socialistes qui reconnaissaient pour chef Ledru-Rollin et qui reprirent l'ancien nom de Montagnards. Le parti de l'ordre, catholiques et monarchistes, comptait près de 500 représentants. Les bonapartistes étaient très peu nombreux.

Ainsi dans cette République paradoxale, tous les pouvoirs appartenaient aux ennemis de la République. Président et Assemblée travaillèrent avec un égal acharnement à détruire l'œuvre et le parti républicains. Mais le but qu'ils poursuivaient n'était pas le même : l'Assemblée voulait le triomphe de l'ordre social, du catholicisme et de la monarchie; le Président n'avait qu'une ambition, tenace : le rétablissement de l'Empire. Unis contre les républicains en 1849 et en 1850, ils finirent par entrer en lutte l'un contre l'autre en 1851.

SECONDE REPUBLIQUE ET SECOND EMPIRE

LA RÉACTION, a a \^t parti républicain fut frappé un mois à peine après les élections. Le conflit se produisit à propos d'une question de politique extérieure, l'expédition de Rome. En 1848 des révolutions avaient éclaté dans presque toute l'Europe. A Rome les républicains avaient pris le pouvoir et le pape Pie IX avait dû s'enfuir. Pour empêcher une intervention des Autrichiens qui, en 1848 comme en 1820 et 1831, combattaient en Italie les mouvements libéraux, l'Assemblée constituante avait envoyé dans les Etats de l'Eglise une petite armée. Par la faute de son chef, le général Oudinot, l'expédition se transforma en une expédition contre la République romaine pour le rétablissement du pouvoir temporel du papa (avril 1849).

La majorité de l'Assemblée législative approuva naturellement Oudinot. Ledru-Rollin et les Montagnards protestèrent au nom de la Constitution, qui interdisait toute entreprise contre la liberté d'aucun peuple. Le 13 juin 1849, ils organisèrent une manifestation qui tourna à l'émeute, mais fut facilement réprimée. La droite en profita pour ordonner l'arrestation de 33 députés de la Montagne. Ledru-Rollin put s'échapper et se réfugier à Londres, mais le parti républicain se trouva désorganisé.

Débarrassée de ses adversaires les plus énergiques, la majorité catholique et monarchiste put réaliser alors une partie de son programme. Failoux, député catholique devenu ministre de l'Instruction publique, fit voter le 15 mars 1850 une loi qui supprimait le monopole universitaire et établissait la liberté de l'enseignement : tout Français muni d'un brevet de capacité, ou ministre d'un des cultes reconnus, avait le droit d'ouvrir une école. Dans les écoles primaires publiques, le maire, le curé, le pasteur étaient « préposés à la surveillance et à la direction morale de l'enseignement ". Cette loi, œuvre du parti catholique, profita surtout à l'Église : les écoles et les collèges congréganistes se multiplièrent et l'Université elle-même se trouva placée sous le contiôle du clergé.

L'Assemblée vota ensuite la loi électorale du 31 mai. Cette loi stipulait que, pour être électeur, il faudrait être domicilié depuis trois ans dans la commune et que le fait fût prouvé par l'inscription sur les registres de l'impôt. En fait, c'était abolir le suffrage universel : par ce procédé détourné, le droit de vote était enlevé à près de trois millions d'ouvriers. Les masses populaires en conçurent une vive animosité contre l'Assemblée.

LE PRÉSIDENT ET L'ASSEMBLÉE, a a Ces lois, dans la pensée des chefs de la droite, n'étaient que la préface d'une restauration monarchique. Mais de son côté Louis-Napoléon songeait à se maintenir au

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DEVANT ROME (20 juin 1849) (Litho«iv)>» d< Raflct. Bibl. N«i.). # Èihoit tU /'Exp^iticn (Jr Ronrir, Jingér fiar It géniial Oudinot tonire la RéfMhmt mmim. Une balltrit tfartilUrie établie devant la villa Conirà (à tatiJit) eamlnial la iéftmt du Iront de la Porte Sainl-Panerace. A droite, maiient détooeits par ta pn/actiit».

pouvoir. Il avait su se constituer un parti puissant dans le pays et dans l'armée ; à la fin d'une revue au camp de Satory près de Versailles, les troupes défilèrent en criant : " Vive l'Empereur ! " (10 octobre 1830).

Comme la Constitution interdisait sa réélection immédiate en 1832 lorsqu'expirerait son mandat, Louis- Napoléon entreprit, dès 1830, une campagne en faveur d'une révision. Ce fut là-dessus que le conflit s'engagea entre l'Assemblée et le Président. Une demande de revision présentée par le Président en juillet 1851 ne réunit pas le nombre de voix nécessaire à l'adoption. Aussitôt Louis-Napoléon travailla à achever de déconsidérer l'Assemblée, déjà si impopulaire. A deux reprises il proposa l'abolition de la loi du 31 mai et le rétablissement du suffrage universel ; ses propositions furent repoussées.

LE COUP D'ÉTAT, a a Dès lors le Président ptensa qu'il pourrait se débarrasser de l'Assemblée sans avoir à craindre un soulèvement populaire. Il avait placé au ministère de la Guerre et à la tête des régiments de Paris le général de Saint-Arnaud et des officiers qui lui étaient dévoués. Il se résolut à tenter le coup d'État.

Dans la nuit du lundi au mardi 2 décembre, tandis que, pour tromper ses adversaires, il donnait une grande fête au Palais de l'Elysée, le duc de Momy, son demifrère et le vrai meneur du coup d Etat, nommé ministre de l'Intérieur, faisait arrêter avec Thiers, Changamier, Cavaignac, tous ceux qui eussent pu diriger la résistance, et des afficheurs placardaient de tous côtés un Appel au peuple et deux décrets.

Le premier décret partait dissolution de l'Assemblée et rétablissement du suffrage universel. Le second convoquait le i>euple dans ses comices pour accepter ou rejeter le plébiscite suivant : « Le peuple français veut le maintien de l'autorité de Louis-Naptoléon Bonaparte et lui délègue les pouvoirs nécessaires pour faire une Constitution ». L'appel au peuple contenait.

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BAUDIN (181 1-1851) (Bibl. Nm.). f Dénuté de l'Ain est la victime la t>las connueda coup d'État de décembre. Il se fit tuer sur une barricade en essayant d'entraîner les carriers du faubourg Saint -Antoiru.

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