MARÉCHAL DE SAINT-ARNAUD
à Choisi tout exprès comme ministre de la Guerre en
IS51, Saint-Arnaud fut l'exécuteur en chef du coup
d'État de décembre. (cL. BRAUN.)
avec le plan sommaire d'une Constitution nouvelle, calquée sur la Constitution de l'an VIII, un réquisitoire contre l'Assemblée « devenue un foyer de complots ». Le Président « rendait le peuple entier, — le seul souverain qu'il reconnût en France — -, juge entre l'Assemblée et lui ».
Les députés de droite essayèrent d'organiser la résistance légale. Le 2 décembre, ils se réunirent au nombre de 200 environ à la mairie du X** arrondissement ; ils furent aussitôt arrêtés et emprisonnés à Mazas.
Un groupe de députés républicains — parmi eux Victor Hugo et Jules Favre — • essaya de soulever les faubourgs. Mais les ouvriers, en majorité hostiles à la République depuis les journées de Juin et la loi du 31 mai, refusèrent d'écouter les « vingt-cinq francs » : ils désignaient ainsi les députés. Cependant quelques barricades furent élevées dans la journée du 3 et le représentant Baudin fut tué sur l'une d'elles. Le jeudi 4 décembre, il y eut sur les boulevards, où la foule se pressait, un grand déploiement de troupes. Soudain, un coup de feu ayant, paraît-il, atteint un trompette, les soldats se mirent à tirer sur les promeneurs : il y eut plus de 1 50 tués, de très nombreux blessés, et dans Paris terrorisé toute résistance cessa.
Dans les départements, les sociétés secrètes républicaines voulurent organiser la résistance au coup d'Etat. Quelques soulèvements eurent lieu. Mais la répression fut rapide et telle qu'elle mit pour longtemps le parti républicain hors de combat. D'après un document officiel, il y eut 27 000 arrestations, chiffre certainement très inférieur à la réalité. On a parlé de 20 000 arrestations pour le seul département de la
Nièvre. Un décret autorisa la déportation sans jugement, soit à la Guyane, soit en Algérie, de toute personne appartenant ou ayant appartenu à une société secrète. Les déportés, des milliers de citoyens honnêtes, furent internés dans les colonies pénitentiaires, traités comme les condamnés de droit commun, vo'eurs et assassins.
Quatre-vingt-quatre députés, parmi lesquels Thiers et Victor Hugo, furent expulsés de France « pour cause de sûreté générale ».
Le 20 décembre 1851 eut lieu le plébiscite : 7 500 000 suffrages ratifièrent le coup d'Etat. 11 y eut 650 000 non.
Le second Empire.
CONSTITUTION DE 1852. jH a En vertu des pouvoirs que lui avait conférés le plébiscite, Louis- Napoléon rédigea une Constitution, sur le modèle de la Constitution de l'an VIll. Elle fut promulguée le 14 janvier 1852.
La Constitu ion de 1 852 plaçait à la tête du gouvernement un Président de la République élu pour dix ans, responsable devant le peuple, détenant à la fois le pouvoir exécutif et la meilleure partie du pouvoir législatif. Il commandait les armées, déclarait la guerre, signait les traités, nommait à tous les emplois. Les ministres ne dépendaient que de lui. Il avait seul l'initiative des lois, il les sanctionnait et les promulguait.
Trois assemblées partageaient avec lui le pouvoir législatif.
Le Sénat examinait les lois votées par le Corps législatif. 11 réglait par sénatus-consulte tout ce qui n'était
SECONDE RÉPUBLIQUE ET SECOND EMPIRE -
NAPOLtON III (Par Flandrin. Musée de VcrsaUles).
L'emfieTeuT a cimiuaiilc'cinq ans ; il est ai uniforme ^o0\àcT général : pantalon rouge à hande noire, luntqae tin fenet, huste est long sur Je courtes jambes. La grosse moustache aux pointei effilées, la harUche alon appelée ■ l'impériak », cmAchI pt)se trisétutîue rien dans la silhouette neroppelle Napoléon l ''' . rienrtedécèlerautorHé. leÀmiêa
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VICTOR HUGO SUR LE « ROCHER DES PROSCRITS • A JERSEY, a Cat
en exil, à Jersey, que Victor Hugo écrivit les poèmes enflammés des Châtiments pour vouer à la honte et à la haine les auteurs du coup d'Etat. Du haut de ce rocher on pouvait apercevoir la terre de France.
pas prévu par la Constitution. Il était composé de 150 membres, les uns sénateurs de droit — • cardmaux, maréchaux, amiraux — , les autres nommés à vie par le Président.
Le Corps législatif discutait et votait l'impôt et les projets de loi présentés par le Président de la Republique. Composé de deux cent soixante et un députés, élus pour six ans au suffrage universel, il siégeait seulement sur convocation du Président de la République qui pouvait l'ajourner et le dissoudre. Les séances étaient publiques, mais il n'en devait être publié qu'un compte rendu sommaire, rédigé par le président de l'Assemblée. Les ministres ne pouvaient être membres du Corps législatif et ne se présentaient jamais devant lui.
Le Conseil d'État, dont le Président nommait et pouvait révoquer les membres, préparait les projets de loi, et les défendait devant le Corps législatif et le Sénat.
L'EMPIRE, a a La Constitution de 1852 comme la Constitution de l'an VIII ramenait en fait la France à l'Ancien Régime, et, tout en conservant quelque apparence démocratique, restaurait à peu près la monarchie absolue.
La restauration fut complète avant même la fin de l'année 1852. Pendant un voyage de Louis-Napoléon aux principales villes du Centre et de l'Ouest, à Lyon, à Bordeaux, à Tours, des manifestations furent organisées où l'on cria : « Vive l'Empereur! » Au début de novembre, le Sénat proposa de soumettre à un plébiscite le rétablissement de la dignité impériale en faveur de Louis-Napoléon. Le plébiscite eut lieu le 20 novembre : il y eut 7 830 000 oui et 53 000 non. Louis-Napoléon fut proclamé empereur héréditaire des Français et prit le nom de Napoléon III.
L'Empereur reçut une liste civile de 23 millions. II vint habiter les Tuileries, où il organisa une Cour, imitée de celle de Napoléon 1*''. Cette Cour devint la plus brillante de l'Europe après que Napoléon III eut épousé Mlle Eugénie de Montijo, comtesse de Teba, une Espagnole d'une grande beauté (1853).
L'EMPIRE AUTORITAIRE. 0 0 V.^ peu de
liberté que laissait subsister la Constitution fut bientôt réduit à rien par de simples décrets ou sénatus-consultes.
LE PALAIS DE L'INDUSTRIE (Lithographie de V. Petit ; Musée Carnavalet). Û tievé entre les Champs~Élysîes (à gauche) et le Cours-la-Reine (à droite), le bâtiment jut construit pour l'Exposition universelle de 1855, la première du genre. Il surprit les contemporains par ses grandes dimensions ; et de fait, pendant une cinquantaine d'années, il put suffire aux maràfestatîons de l'industrie et des arts qui demandaient un vaste emplacement. Il fut démoli au cours des travaux entrepris pour la construction du
Grand Palais et du Petit Palais, c'es\-à-dire un peu avant 1900.
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L'IMPÉRATRICE EUGÉNIE ET SES DAMES D'HONNEUR (Liihojraphi» d'Aug. Ltm„inr, d'aprè. U peinture de WmteH«lter>. * Don. « pa,mmd>tm. txlrc. limtxraincc (en haul. à gauche el tenant un bmn:l de fizmt) etl oiii'i: au milieu Je >a Jamu d'honneur : la prineOK iffoinf. le dachetie Je Baill». la ■«nuises de Las Maritmas et de iMlmr-Maubourg, la haronne de Pierres lu cmlets-t d: Malarel el d: L-Jri-Mamizia el M»: Firay tIsly.Latoacttmm H t
d'honneur méritaient leur réputation délégance et de beauté. (CL. HACHETTÏ.)
Le décret sur la Presse (février 1832) rétablit le régime de l'autorisation préalable pour toute création de journal, le cautionnement, le droit de timbre — SIX centimes par numéro. En outre il institua tout un système de répression administrative : les journaux pouvaient être avertis, suspendus, supprimés, par simple décision du ministre ou d'un préfet. Ce décret condamna au silence la presse d'opposition.
La Constitution attribuait au Corps législatif le vote de l'impôt. Mais le sénatus-consulte du 20 décembre 1852 obligea les députés à voter en bloc les fonds demandés pour chaque ministère. De plus, en l'absence du Corps législatif, l'Empereur eut le droit d'ouvrir par simple décret des crédits extraordinaires, c'est-à-dire d'engager des dépenses de sa seule autorité.
La Constitution établissait le suffrage universel. Mais le gouvernement impérial se chargea de guider le choix des électeurs : il organisa la candidature officielle. Les candidats du gouvernement durent être soutenus par tous les agents de l'administration, et ils purent employer des affiches de couleur blanche, couleur réservée aux publications officielles. Quant aux candidats de l'opposition, on entrava leur propagande par tous les moyens : on alla jusqu'à leur interdire de constituer des comités électoraux et de faire distribuer des bulletins de vote, ces pratiques « portant atteinte à la liberté du suffrage universel ».
L'Empereur fut ainsi maître absolu. Jusqu'à 1839, il n'y eut pas d'opposition sérieuse. Les Orléanistes et les Légitimistes, toujours divisés, s'en tenaient à une opposition de salons. Le parti républicain avait été décimé par les proscriptions de 1851 et de 1832. Le gouvernement saisit d'ailleurs toutes les occasions de frapper de nouveau les républicains. En janvier 1838 eut lieu l'attentat d'Orsini : un Italien, mécontent de ce que Napoléon n'entreprenait pas la guerre contre l'Autriche pour l'émancipation de l'Italie, lança trois bombïs sur la voiture de l'Empereur, devant l'Opéra :
I. AITENTAT D'ORSINKUimvier 1858) « A Iml l»ma H Jimit Jm au motrtent où Cetafieitur arriee devant tOpit* ntmi «ton ne Memtpmmtr, Inù ^lalmt, UoMnf cent a'iwit» «imilrm mmtUtimin NefUm. Oemni, fi Jtrallml»!, hl TtHitnhiomn tprh. (cl. lUt^ruTKM.)
UN BAL A LA COUR IMPFRIALE, a Du iom où Napoléon m eut épousé la comtesse de Teba, la Coût impériale brilla d'un éclat incomparable. Des léles splendides s'y donnèrent. On aperçoit ici Napoléon lîl dansant un quadrille dans la salle des Maréchaux aux Tuileries. A sa gauche, l'impératrice Eugénie, (cl. MONDE ILLUSTRÉ.)
il y eut plus de 150 victimes. Le gouvernement fit aussitôt voter la « loi de sûreté générale» qui lui donnait le pouvoir d'arrêter et de déporter sans jugement toute personne antérieurement punie à l'occasion des journées de juin 1848 et de décembre 1851. Environ 300 personnes, toutes absolument étrangères au crime d'Orsini, furent en vertu de cette loi bannies ou déportées.
LA PROSPÉRITÉ GÉNÉRALE. .*> ^ Si ce régime de compression put durer quelques années, ce fut d'abord grâce aux succès de la politique extérieure, aux victoires de Crimée et d'Italie qui flattèrent l'amour-propre national et rétablirent le prestige de la France, en Europe; ce fut aussi et surtout grâce au développement de la prospérité générale.
La transformation économique, commencée dans la période précédente, prit alors de plus en plus d'ampleur et détermina dans tout le pays un intense mouvement d'affaires. Sans cesse surgissaient de nouvelles usines, de nouvelles voies ferrées et lignes télégraphiques, de nouvelles sociétés de crédit, avançant de l'argent aux agriculteurs, aux industriels et aux commerçants. Le gouvernement favorisa ce mouvement de tout son pouvoir : il entreprit de grands travaux d'utilité publique, reboisements, dessèchement des marais, développement et embellissement des villes. Paris surtout fut transformé sous l'administration du préfet Haussmann ; on y traça de larges boulevards, grandes voies de circulation qui assainirent la ville, mais aussi grandes voies stratégiques où les barricades devenaient impossibles parce que l'artillerie y pouvait tirer comme en rase campagne. On transforma en parcs les bois de Boulogne et de Vincennes, les carrières des Buttes- Chaumont. On construisit les Halles centrales, des marchés,. des églises, des hôpitaux, des théâtres, les casernes, celles-ci vraies citadelles, complétant
de système de défense contre l'émeute, dont les boulevards étaient le premier élément. Enfin en 1860, on doubla l'étendue de Paris en rasant l'ancien mur des Fermiers Généraux, qu'on remplaça par d'énormes boulevards circulaires, et en annexant toutes les petites villes comprises entre ces boulevards et les fortifications. Hors de France la plus gigantesque entreprise de ce temps, le percement de l'isthme de Suez, qui devait abréger de moitié le trajet d'Europe en Asie, fut une œuvre française : c'est en France que le promoteur, Ferdinand de Lesseps, consul de France en Egypte, trouva les deux cents millions nécessaires à l'entreprise ; ce fut à l'appui énergique de Napoléon III qu'il dut d'obtenir l'autorisation de la Turquie, de triompher de toutes les intrigues de l'Angleterre et de commencer en 1859 les travaux de percement qui devaient être menés à bien en dix ans. L'Empereur qui avait des idées philanthropiques, se préoccupait aussi de développer les institutions de bienfaisance et d'assistance, hôpitaux, asiles pour les vieillards, crèches pour les enfants, caisses de retraite et d'assurances. Ainsi la bourgeoisie faisait d'excellentes affaires ; les ouvriers avaient du travail et de meilleurs salaires. La première Exposition universelle, organisie en 1855, attirait à Paris les visiteurs et les acheteurs du monde entier. La France paraissait prospyère, glorieuse et satisfaite. En vain le Journal des Débats rappelait-il que « tout n'est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, parce que le cours des bestiaux et du trois pour cent est à la hausse ».
L'EMPIRE LIBÉRAL, a 0 Pourtant le régime de dictature ne dura pas dix ans : dès 1860 commença l'évolution par laquelle, de concession en concession, l'Empereur fut contraint de rendre aux Français toutes les libertés confisquées et finalement de remplacer le gouvernement autoritaire par le gouvernement parlementaire.
Cette évolution eut pour cause la dislocation du parti bonapartiste et la constitution d'un puissant parti d'opposition recruté parmi ceux-ii même qui avaient, jusqu'alors, le plus fidèlement soutenu l'Empire, les catholiques et les industriels. D'une part la guerre entreprise pour délivrer le nord de l'Italie ayant eu son contre-coup dans l'Italie entière et entraîné en 1860 la ruine de la puissance temporelle du pape — • sauf dans Rome — , les catholiques français rendirent Napoléon responsable de ces événements et commencèrent à l'attaquer. D'autre part, l'Empereur conclut avec l'Angleterre un traité de commerce (janvier 1860) en vertu duquel les droits de douane entre les deux pays étaient considérablement abaissés. Ce traité, favorable à la masse du public qui paya moins cher un
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