CHAPITRE V LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
La vie politique.
EjSEMBLÉE nationale, a a L'Empire, respensable du désastre initial, avait été renversé par la révolution du 4 septembre 1 870. Mais le gouvernement de la Défense nationale, issu de cette révolution, n'était qu'un gouvernement provisoire. Le régime définitif serait-il républicain ou monarchique? La question, posée au lendemain de la guerre, devait rester quatre ans sans réponse ; cette incertitude fut pour la nation une cause de malaise et de troubles multiples.
A la suite de l'armistice de Versailles, le 8 février ! 87! , le pays avait élu une Assemblée nationale. Les élections se firent à la hâte sur la question de la paix ou de la guerre. Gambetta avait recommandé aux préfets de faire voter pour des partisans de la continuation de la guerre. Or le pays, l'Est excepté, voulait la paix ; il lui parut qu'élire des républicains, c'était voter pour la guerre : il élut de préférence des monarchistes, non pas en tant que monarchistes, mais en tant que
partisans de la paix. Sur 750 députés, il y eut 400 monarchistes, les uns légitimistes, partisans du comte de Chambord, petit-fils de Charles X, les autres orléanistes, partisans du comte de Paris, petit-fils de Louis- Philippe.
L'Assemblée, réunie à Bordeaux, confia la direction du gouvernement à Thiers, alors le plus populaire des hommes politiques — il avait été élu dans 26 départements — à cause de son rôle en juillet 1870. L'Assemblée l'élut, « en attendant qu'il soit statué sur les institutions de la France, chef du pouvoir exécutif de la République française ». Ainsi elle réservait la question de la forme du gouvernement, elle n'acceptait la République que comme un régime provisoire.
LA COMMUNE, et 0 Entre ce gouvernement conservateur et Paris, où dominaient les républicains avancés et les socialistes, un conflit était inévitable. Il ne tarda pas à se produire et il est resté tragiquement célèbre sous le nom de la Commune.
Les rigueurs du siège, la famine, la misère crois-
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UNE BARRICADE RUE DE RIVOLI PENDANT LA COMMUNE (Mu.m Carnavalet)* 0 Comtjmte iuivanl toutes les règles de ta fortifitafion de campagne, la barricade est faite de moellons, de sacs de terre et de pavés. Les Fédérés tjat la gardent portent presque tous l'uniforme de garde national, képi noir et vareuse à boutons blancs.
BARRICADE RUE DE CASTIGLIONE (Muiéc GunavikO. M Le iantc^ de la rue de Castiglione, constituée par un amoncellement de sacs d terre, est temmée Lontre des troupes pouvant envahir la place Vendôme par ta rae de la Pmjr. EUe camplète pour les insurgés le svstème de fortiUcatiom de la rue de RiooH. (CL. HACMrm.)
santé avaient enfiévré la population parisienne, surtout la population ouvrière des quartiers de l'Est. Trois mesures maladroites, prises par l'Assemblée, surexcitèrent encore les esprits. L'Assemblée ordonna la suppression de la solde des gardes nationaux (15 février) : or, le travail n'ayant repris nulle part, les ouvriers n'avaient que cette solde — I fr. 50 par jour — pour vivre. Peu après l'Assemblée décréta que le paiement des dettes, loyers, effets de commerce suspendu pendant le siège, devrait reprendre comme en temps normal (10 mars): en quatre jours, 150 0(K) Parisiens, hors d'état de payer, se trouvèrent exposés à des poursuites. Le même jour, il fut décidé que l'Assemblée résiderait non pas à Paris, mais à Versailles. Cette décision acheva d'exaspérer les Parisiens ; ils y virent à la fois une injure et une menace contre la République.
En cet état d'esprit, le peuple de Paris était prêt à suivre quiconque l'appellerait aux armes, sous prétexte de sauver la République. Or il existait à Paris, depuis les dernières années de l'Empire, un groupe de socialistes et d'internationalistes qui exerçaient une grande influence sur les ouvriers. Ceux-ci se trouvant encore militairement organisés dans les bataillons de la garde nationale, l'occasion était unique pour les chefs socialistes d'essayer de conquérir le pouvoir et de réaliser leur programme. Au début de mars, il fut formé dans les quartiers de l'Est une fédération républicaine de la garde nationale, qui élut un Comité central. Ce Comité, vrai gouvernement occulte révolutionnaire, prépara tout pour la lutte. Déjà à la fin de février, quand on apprit que les Allemands, en vertu des préliminaires de paix, occuperaient les Champs-Elysées, les gardes nationaux avaient enlevé et traîné à Montmartre un parc de 234 canons. Le
Comité central fit saisir les dépôts de munitions et 450 000 fusils. L'armée de la révolution était ainsi en état de combattre.
LA GUERRE CIVILE, a a U 18 mars, de grand matin, par ordre de Thiers, deux régiments furent dirigés sur la butte Montmartre, afin de reprendre les canons qui s'y trouvaient parqués. Le parc fut cerné sans peine ; mais, faute d'assez d'attelages, on ne put enlever rapidement les pièces. Bientôt, dans les rangs des troupes massées autour du parc, se glissèrent en foule des gardes nationaux, des femmes, des enfants, offrant à boire aux soldats, les invitant à fraterniser avec le peuple. Vers dix heures, quelques hommes mirent la crosse en l'air : le reste suivit. Le meurtre des généraux Lecomte et Clément Thomas, fusillés dans l'après-midi par une bande d'émeutiers et de soldats mutinés, exaspéra les haines et rendit toute conciliation impossible. Ce fut le premier épisode d'une atroce guerre civile de deux mois (18 mars-28 mai).
LA COLONNE VENIXMVIE APRÈS SON RENVERSEMENT (Dna^i dt rik. Mui<tC«m«»«l««).^Z.«C«<— M«milifcJb*tM<— '^ tkahmk 16mm ICI devant une foale koidnsm «a Ja cwabm Jt (•nia rmUmaaa trmmt nésst i OMtaar. Elle fui nanshmH M tgU ttlk «■'«Ut dMl —mi m cfatc (a. tuairm.'*
Thiers n'essaya pas de résister dans Paris. Il se retira à Versailles, emmenant le gouvernement et les troupes, laissant le champ libre aux insurgés, leur abandonnant même les forts. Le Comité central fit alors procéder à l'élection d'un « Conseil général de la Commune de Paris ». Les élus des quartiers ouvriers y siégèrent seuls. La Commune prétendit se constituer en gouvernement régulier, adopta le drapeau rouge, et organisa la lutte contre le Gouvernement de Versailles.
La guerre eut un caractère d'acharnement inouï. La Commune prit d'abord l'offensive. Elle lança des troupes sur Versailles (3 avril), mais la tentative échoua et les chefs des « Fédérés » ou « Communards " faits prisonniers furent fusillés sur l'heure. La Commune ordonna alors l'arrestation d'otages parmi lesquels l'archevêque de Pans, Mgr Darboy, le président de la Cour de Cassation, des séminaristes, des gendarmes, des agents de police.
Quand Thiers eut reconstitué avec les prisonniers revenus de Suisse et d'Allemagne une forte armée de 150 000 hommes, il entreprit, sous les yeux des Allemands, maîtres des forts du Nord en vertu de l'armistice, un second siège de Pans. Le siège dura cinq
THIERS EN 1871.^ Tbiersavait alors plus de soixanie-quatorze ans. Malgré son âge, Use consacra avec une merveilleuse activité au relèvement • de ce noble blessé guî s appelle la France ■>. Le toupet de cheveux blancs sur le front, les lunettes derrière lesquelles ses yeux pétillaient de malice, lui faisaient une physionomie très particulière. (cL. PAMARD.)
semaines. Le dimanche 21 mai, vers quatre heures du soir, des fusiliers marins surprirent à Auteuil, au Point du Jour, près de la Seine, une porte abandonnée. L'armée entra dans Paris. Alors commença une bataille des rues qui dura une semaine, " la semaine sanglante » (21-28 mai). La ville était couverte de barricades, beaucoup armées de canons, toutes défendues avec rage. Dans une crise de folie de destruction, les Fédérés, se sentant perdus, incendièrent au pétrole les Tuileries, la Cour des Comptes, la Palais de Justice, la Préfecture, l'Hôtel de Ville, la Gare de Lyon, un peu partout de très nombreuses maisons : la Seine coulait entre deux murs de feu. Les obus incendiaires, lancés des hauteurs de l'Est, pleuvaient sur le centre de la ville. Les otages étaient assassinés (24-26 mai). Exaspérées par ces horreurs, les troupes ne faisaient pas de quartier. Le dernier combat eu lieu au cimetière du Père-Lachaise. D'après les chiffres officiels, la bataille avait fait 6 500 victimes, tombées dans la lutte ou fusillées. On estime que le chiffre réel fut environ de 1 7 000. Il y eut en outre près de 36 000 prisonniers qui furent traduits en conseil de guerre ; on en condamna 13 000, soit à la peine politique de la déportation, soit même aux travaux forcés. Le parti révolutionnaire, écrasé par cette répression, la plus meurtrière du siècle, fut lent à se reconstituer.
LE GOUVERNEMENT DE THIERS. a a La
tourmente passée, Thiers se donna tout entier à l'œuvre de la libération du territoire et de la réfection des forces de la France.
Le traité de Francfort fixait à trois ans le délai de paiement de l'indemnité de guerre. Jusqu'au règlement complet des cinq milliards, les Allemands devaient occuper une partie du territoire. Thiers voulut rendre l'évacuation la plus prompte possible : au mois de septembre 1 873, un an avant le délai prévu, les cinq milliards étaient payés, la France était évacuée. L'Assemblée nationale décréta que Thiers « avait bien mérité de la patrie », tandis que le pays tout entier lui décernait le glorieux surnom de libérateur du territoire. Le règlement de l'indemnité de guerre avait été assuré au moyen de deux emprunts, émis en 1871 et en 1872. Le second emprunt (18 juillet 1872) fut couvert quatorze fois ; pour trois milliards que demandait l'État fiançais, le public offrit quarante-trois milliards. Ce succès vraiment prodigieux, tel qu'aucun pays n'en avait connu et n'en a connu depuis, témoignait de l'extraordinaire richesse de la France et de la confiance qu'elle inspirait encore à tous. Il stupéfia les Allemands qui, en exigeant cinq milliards, avaient pensé épuiser la France pour de longues années.
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DUC DE BROGLIE (I82I-I90I). a Hislori^n. diplomate et orateur distmguët le duc de Brogtie fut le prinetfialhotnmed'État du par/i royaliste, jusqu'au seize mai qui consacra l'échec de sa ftolilique. (CL. PIERRE PETIT.)
COMTE DECHAMBORD (1820-1883). a Le ixtit-
fils de Charles X le roi des légitiirùsta. Il fut toute
sa oie un prince profondément t»eux, domirté par une
seule idée, l'idée catholique. (cL. champaCNI.)
COMTE DE PARIS ( I - Nm.) 0 U
petit-fils de Loiàs*Philttt;^. ;■.. ^.~ùIttnesU, s'e^feca er.l873devantleC" deChasiiard :èUm»rldiaprtiiet (ltS8J),il fut recorma comité chef dt la Mmwn deFraeKe.
La rapidité de la réorganisation militaire ne les surprit pas moins. Alors qu'ils occupaient encore les départements de l'Est, à peine un an après la signature de la paix (27 juillet 1872), l'Assemblée vota une loi qui devait donner à la France une armée égale à l'armée allemande. La loi militaire de 1872 établit le service personnel obligatoire pour tous les Français de vingt à quarante ans. La durée du service actif était de cinq ans. L'Allemagne, qui affectait de craindre une prochaine agression de la France, avait essayé d'amener Thiers à retarder le vote de la loi, en prenant une attitude menaçante. Thiers, à la fois très modéré et très ferme, ne se laissa pas intimider, non plus que l'Assemblée.
F CHUTE DE THIERS. /S a Quand la libération du territoire et la réfection de l'armée furent assurées par le succès du second emprunt et le vote de la loi militaire, Thiers jugea qu'il était temps de régler la question de la forme du gouvernement. 11 invita l'Assemblée à rechercher quelle organisation définitive pourrait être donnée à la République (13 novembre 1872).
Monarchiste à l'origine, longtemps un des chefs du parti orléaniste, Thiers était venu à la République par raison. Il la considérait comme seule possible, parce qu'à son avis aucune forme de gouvernement ne répondait aussi bien aux instincts égalitaires de la masse des Français ; parce qu'il constatait, d'autre part, l'existence d'un puissant parti républicain, et jugeait condamnés à l'impuissance par leurs rivalités les monarchistes divisés en trois partis : légitimistes, orléanistes, bonapartistes, et servant trois prétendants.
Thiers résumait son sentiment dans cette formule : « La République est le gouvernement qui nous divise le moins. »
Mais la majorité de l'Assemblée était restée monarchiste. Elle chercha une occasion de se débarrasser de Thiers. Au mois de mai 1873, Thiers ayant pris comme ministres trois députés franchement républicains, l'Assemblée manifesta ses sentiments hostiles en votant à 14 voix de majorité, un ordre du jour où elle invitait le Président « à faire prévaloir dans le gouvernement une politique résolument conservatrice » (24 mai). Thiers donna sa démission. L'Assemblée élut aussitôt jKJur le remplacer le maréchal de Mac-Mahon.
SALLE DES SÉANCES DE LA CHAMBRE DES DÉPUTtSAUXXflJDJUI a Dans U tnmi pmmimm. ■■ émtm if |iiii<n>. aw mi-mie fiifaiwf IXcol» dAthc,« A /8««A</. -< l«c*. «* i JWIt. •«.(—* fc lAin*^* rOi*. pi*Bc Sm k lr»mm et im-ntef, k RtMnmii 1 /IfaHà*.
TENTATIVE DE RESTAURATION, û 0 Dès lors les monarchistes travaillèrent hâtivement à la restauration de la royauté. Pour préparer les voies, un ministère présidé par le duc de Broglie procéda à l'épuration du personnel administratif, révoquant ou disgraciant tous les fonctionnaires suspects d'opinions républicaines. Le clergé, de son côté, menait la plus vigoureuse campagne en faveur du comte de Chambord, que l'on appelait déjà Henri V. D'autre part on procédait à la « fusion » du parti orléaniste et du parti légitimiste par la réconciliation de leurs chefs : le comte de Paris vint à Frohsdorf, en Autriche, saluer le comte de Chambord « comme le chef de la maison de France » (3 août 1873).
Aussitôt après la fusion, un comité de neuf députés négocia avec le comte de Chambord les conditions de la restauration. Tout semblait réglé, on préparait déjà l'entrée solennelle du Roi dans Paris, — les lampions des illuminations étaient fabriqués — , quand la question du drapeau fit tout échouer.
Les Orléanistes tenaient au drapeau tricolore, symbole de la Révolution. Or, dès son premier manifeste, le comte de Chambord avait déclaré qu'Henri V ne pouvait abandonner le drapeau blanc d'Henri IV'. Comme on paraissait compter qu'il accepterait à la fin le drapeau tricolore, très loyalement, à la veille de son retour à Paris, il renouvela sa déclaration, ajoutant que « personne, sous aucun prétexte, n'obtiendrait de lui qu'il consentît à devenir le roi légitime de la
Révolution » (27 octobre 1873). La négociation fut rompue et la restauration avec le comte de Chambord jugée impossible. Devant le drapeau blanc, disait MaC'Mahon, « les chassepots partiraient d'eux-mêmes». Les monarchistes ne renoncèrent pas cependant à l'espoir de rétablir la royauté. En attendant des circonstances plus favorables, ils voulurent réserver l'avenir et maintenir la France dans le provisoire. Mac-Mahon reçut la présidence pour sept ans (19 novembre 1873). Le régime dit du « Septennat » fut aussi le régime de « l'ordre moral ». Sous prétexte de rétablir « l'ordre moral », le gouvernement poursuivit avec plus d'acharnement que jamais la campagne antirépublicaine. On fit enlever des édifices publics, tout insigne républicain ; le mot même de République fut comme proscrit des actes officiels ; on multiplia les poursuites contre les journaux républicains. A l'Assemblée nationale une Commission fut chargée de préparer les lois constitutionnelles. Mais elle traîna ses travaux en longueur ; en sorte qu'une année encore, l'année 1874, s'écoula sans qu'on eût abordé la question constitutionnelle.
PROGRÈS DU PARTI RÉPUBLICAIN. 0 a Cependant l'agitation était vive dans le pays. Le parti catholique, confondu avec le parti légitimiste, multipliait les manifestations politiques et religieuses, créait au gouvernement de sérieuses difficultés extérieures, avec l'Italie en réclamant le rétablissement du
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DEUX CARICATURES DE CHAM DANS LE • CHARIVARI » (Bibl. Nat ).
— Un mauvais régime pendant quatre ans. Tout voire mal vient delà; vous voua rétablirez vite avec une bonne constitution.
LA TROISIEME REPUBLIQUE
pouvoir temporel du pape, avec l'Allemagne en attaquant la politique religieuse de Bismarck. Le parti bonapartiste se réorganisait et remportait quelques succès électoraux. Mais surtout le parti républicain, malgré les efforts du gouvernement, progressait chaque jour. Ses progrès étaient dus à l'activité de Gambetta. « Commis voyageur de la République », il poursuivait de ville en ville des tournées de conférences, gagnant partout de nouveaux adhérents à son parti, dans ce qu'il appelait « les nouvelles couches sociales », la moyenne et la petite bourgeoisie, et les ouvriers. A la fin de 1874, après le renouvellement général des conseils municipaux qui fut comme un plébiscite pour ou contre la République, on ne put plus douter que la France ne fût en majorité républicaine.
LA CONSTITUTION DE 1875. a 0 Alors, au début de 1875, l'Assemblée se décida à entreprendre l'examen des lois constitutionnelles. Elle vota successivement une loi relative à l'organisation du Sénat ; une loi relative à l'organisation des pouvoirs publics ; une loi sur les rapports des pouvoirs publics (février-juillet 1875). Ces trois lois forment ce que l'on appelle la Constitution de 1875 : ce sont celles qui, un peu modifiées en 1884, régissent aujourd'hui la France.
Au début de la discussion la majorité, de plus en plus réduite, avait une fois encore écarté le mot République des textes qui lui étaient proposés ; elle voulait, disait un de ses membres, que « chacun pût garder ses espérances et sa foi ». Mais, à propos du mode d'élection du Président, le mot fut introduit dans un amendement présenté par Wallon et qui, très discuté, fut finalement adopté à une voix de majorité (30 janvier 1875).
Les lois constitutionnelles de 1875 confiaient le pouvoir exécutif à un Président de la République ; le pouvoir législatif à deux assemblées : le Sénat, la Chambre des députés.
Le Président est élu pour sept ans par le Sénat et la Chambre des députés réunis en Assemblée nationale. Il dispose de la force armée, nomme à tous les emplois, négocie et ratifie les traités. Irresponsable, sauf le cas de haute trahison, il est assisté de ministres nommés par lui, solidaires et responsables devant les Chambres. II peut dissoudre la Chambre après avis favorable du Sénat.
Le Sénat, composé de 300 membres, âgés de quarante ans au moins, devait comprendre 75 sénateurs inamovibles, élus à vie par l'Assemblée nationale, ultérieurement par le Sénat lui-même ; les 225 autres étaient élus pour neuf ans par des collèges sénatoriaux comprenant les députés, les conseillers généraux et
d'arrondissement, les délégués des conseils municipaux à raison d'un par municipalité. C'est sur le mode de recrutement du Sénat qu'a porté principalement la revision de 1884 : on a décidé de supprimer, par voie d'extinction, les sièges de sénateurs inamovibles ; et dans les collèges sénatoriaux, on a donné à chaque conseil municipal un nombre de délégués proportionnel au chiffre des habitants de la commune. Le Sénat est renouvelable par tiers tous les trois ans.
La Chambre des députés est élue pour quatre ans, au suffrage universel. Tous les Français, âgés de vingt et un ans accomplis et ayant six mois de domicile dans une commune sont électeurs et inscrits sur la liste électorale de cette commune.
Les deux Chambres ont sensiblement les mêmes pouvoirs. Elles votent les lois et le budget; le budget doit être d'abord présenté à la Chambre des députés et voté par elle. Par le droit d'interpellation, l'une et l'autre Chambre peuvent exercer un contrôle sur tous les actes du gouvernement; le Sénat peut en outre être constitué en Haute Cour de justice pour juger les ministres mis en accusation par la Chambre, ou les personnes prévenues d'attentat contre la sûreté de l'État.
La Constitution de 1875 a fondé en France le régime parlementaire. Le Président de la République, dont toute décision doit être contresignée par un ministre, n'a aucun pouvoir personnel. Le véritable chef du gouvernement est le président du Conseil des ministres. Mais le président du Conseil, responsable devant les Chambres, ne peut gouverner que d'accord avec la majorité des Chambres : il est ainsi simplement le délégué de cette majorité à l'exécutif. La séparation des pouvoirs législatif et exécutif est donc toute apparente, et les Chambres, surtout la Chambre des députés qui représente plus directement le pays, détiennent en fait tous les pouvoirs.
LE SEIZE MAI. Û 0 L'Assemblée nationale se sépara le 31 décembre 1875. Les élections sénatoriales donnèrent une faible majorité aux monarchistes, mais à la Chambre la majorité républicaine fut de près de 200 voix. Mac-Mahon, pour se conformera la Constitution, prit un ministère républicain.
Les monarchistes firent un effort désespéré pour reprendre le pouvoir. Ils finirent par persuader à Mac-Mahon que le triomphe des républicains serait dangereux pour le relèvement extérieur de la France, que la Constitution lui donnait le droit d'avoir sa politique personnelle et d'essayer de la faire triompher. Le Président se résolut « à faire le pays juge entre le Parlement et lui », par une dissolution et des élections nouvelles. Le 16 mai 1877, il adressait à Jules Simon,
LA TROISIÈME REPUBLIQUE
LA SÉANCE DE LA CHAMBRE pu 16 JUIN 1877 (Par Ullmiinn. Mutf. d. Ver»illet). a Ah hitunc.M.Jt Fourtou, mmtlte Jt rinUrim.pnmmawiit
fV rapporte à l'Assemblée nationale l'honneur d'avoir délivré la France de l'occupation étrangère. A ce rminent, le député Callif. Qu'on voit de do», brai fends JmmrUmùtdt, interrompt en montrant Thiers et dit : ' Le libérateur du territoire, le voilà I • Toute la gauche atori te lève et fait è Thien une longnt ovation. icL. mvnOM.
(1) Rétiu en 1886, Crnry démiiuonna en 1887.
(2) Assassiné pu un anarchiste italien.
président du Conseil, une lettre où il blâmait son atli- successivement confiée à Jules Grévy (!) (1879-1887). tude dans la discussion de projets de loi relatifs à Sadi Carnet (1887- 1894) (2),Casimir Périer( 1894- 1895), l'organisation municipale et au régime de la presse. Le ministère démissionna et fut remplacé par un ministère royaliste de Broglie. La Chambre, ayant voté par 363 voix un ordre du jour de méfiance, fut dissoute.
La République fut sauvée par l'union et la vigoureuse propagande des républicams sous la direction de Gambetta. Le grand orateur déclara dans un discours que, quand le pays aurait fait connaître sa volonté, Mac-Mahon devrait « se soumettre ou se démettre » ; pour cette formule considérée comme injurieuse, il fut condamné à trois mois de prison et 2 000 francs d'amende. Mais au mois d'octobre 1877, il y eut, malgré une forte pression du gouvernement et du clergé, 318 républicains élus contre 208 monarchistes. Mac-Mahon, par loyauté, se refusa à un coup d'Etat que beaucoup lui conseillaient : il " se soumit » et reprit un ministère républicain.
LA RÉPUBLIQUE AUX RÉPUBLICAINS, a 0 Au début de 1879, les républicains enlevèrent aux monarchistes leurs dernières positions et conquirent la majorité au Sénat. Mac-Mahon démissionna et fut icmplacc à la Présidence par un républicain, Jules Grévy (30 janvier 1879). Les républicains étaient désor-
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mais pleinement maîtres du pouvoir. Ils 1 ont garde hommet d'Etat de la lll' Répaa^m. Um%. ■
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