‹ Nouvelle histoire de FranceChapitre 141 sur 227 · H. SAINTE-CLAIRE DEVILLE · texte numérisé non relu

H. SAINTE-CLAIRE DEVILLE

Savant illustre, un del maîtres de la chimie minérale et l'initiateur de la chimie physique, (rt.. PIERRE PETrT.)

MARCELLIN BERTHELOT OUJAVU). 0 Um de>ncmsle>trhtafiopuloititdelatàa>tantairrm;ttmlMs sauont, tJlitotophe et Aonww J'Étml.icL. flSHIPCTn.)

russes écrivent en russe ; les Hollandais, les Danois, les Norvégiens, qui, autrefois se contentaient de l'allemand, tiennent à présent à s'exprimer dans leur propre langue. Vous voyez donc que, pour une seule science, la chimie, il devient presque impossible à un homme d'en suivre complètement la marche et les progrès. Et je suis l'un des derniers, le dernier même, je crois, qui puisse dire qu'il possède une idée complète de la science chimique dans son étendue, et cela parce que je suis arrivé à un moment où il était encore possible d'en embrasser tous les éléments. On peut affirmer que désormais ce sera impraticable. »

Par suite de l'importance des applications pratiques des sciences, tous les pays civilisés se sont efforcés de développer et de perfectionner leur organisation scientifique. En France, comme dans tous les autres pays, l'enseignement scientifique a pris une importance de plus en plus grande. On a multiplié les chaires de Facultés, les laboratoires, les écoles techniques ; on a accordé aux savants, pour leurs recherches souvent coûteuses, des subventions importantes. I! reste d'ailleurs beaucoup à faire dans cette voie ; sous le rapport de l'organisation scientifique, la France s'est laissée distancer par des pays comme l'Allemagne et les Etats-Unis.

Le développement extraordinaire des laboratoires a eu poui conséquence le développement de la méthode expérimeitale. Le domaine de la méthode expéri. mentale s'est considérablement étendu dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle ; après avoir été la méthode exclusive des sciences physiques et chimiques, elle est devenue la méthode de la physiologie et de la médecine, fondées auparavant sur l'observation seule.

Grâce au perfectionnement de l'outillage des laboratoires, grâce à l'emploi de procédés nouveaux comme la photographie, on a pu obtenir par l'expérimentation des résultats d'une exactitude et d'une précision croissantes. Par l'emploi combiné des expériences proprement dites et des hypothèses ou théories, les progrès des sciences expérimentales ont été extrêmement rapides : les expériences nouvelles font naître de nouvelles théories, et réciproquement, dèî qu'une théorie est formulée, on procède immédiatement de tous côtés à des vérifications expérimentales qui à leur tour élargissent la science.

IVIais le développement des sciences expérimentales ne s'est pas fait au détriment des mathématiques. L?s mathématiques sont restées la science fondamentale et ont continué, elles aussi, à se développer dans tous les sens. Leurs progrès mêmes ont été utilisés par les autres sciences, les mathématiques étant considérées comme le langage scientifique par excellence, à l'aide duquel on peut exposer avec une clarté plus grande les résultats des autres sciences. Déjà dans les siècles antérieurs l'astronomie était devenue sous le nom de mécanique céleste une branche des mathématiques : de même les mathématiciens modernes se sont efforcés de réduire en formules mathématiques les résultats obtenus dans les sciences physico-chimiques.

L'école française a compté, dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle, un grand nombre de savants éminents, mathématiciens, astronomes, ph)-sicicn$, chimistes, naturalistes, etc. Elle a contribué au progrès de toutes les sciences. Mais ce sont principalement les sciences chimiques et biologiques qui ont été renou-

velées et développées par les savants français, parmi lesquels trois grands noms dominent tous les autres : Claude Bernard, Pasteur et Berthelot. Berthelot a été surtout un chimiste ; Claude Bernard et Pasteur ont transformé la physiologie et la médecine.

LA CHIMIE. BERTHELOT. a 0 L^ dévelop-

pement de la chimie est un des faits les plus remarquables de l'histoire de la science contemporaine. Il est dij pour une très grande part aux travaux des savants français, dont les plus illustres sont Sainte- Claire-Deville, Wurtz, Pasteur et Berthelot.

Sainte-Claire-Deville (1818-1881) travailla surtout à la chimie minérale. Il perfectionna les méthodes d'analyse et atteignit dans les mesures une précision inconnue avant lui. Il enseigna à extraire en grandes quantités l'aluminium de l'argile, dotant ainsi l'industrie d'un métal nouveau d'une extraordinaire légèreté. Sa principale découverte porta sur les phénomènes de dissociation. Cette découverte féconde fut le point de départ de recherches nouvelles qui aboutirent à la création d'une chimie physique, et à l'introduction des méthodes de physique en chimie : elle marqua donc une nouvelle étape vers l'unité de la science.

Wurtz (1817-1884) se consacra à la chimie organique, et il introduisit dans ce nouveau domaine la théorie et le système de notation atomiques. Les découvertes de Wurtz conduisirent, soit en France, soit en Allemagne, à d'importantes applications pratiques, telles que l'industrie des matières colorantes extraites du goudron de houille, dont le créateur fut un savant allemand, Hofman.

Pasteur (1822-1895) découvrit la nature véritable des fermentations : découverte capitale qui fut l'origine de ses admirables travaux sur les maladies infectieuses, et dont il sera question plus loin.

Berthelot (1827-1907) eut la gloire de résoudre complètement le problème de la synthèse organique. Jusqu'alors la chimie minérale et la chimie organique semblaient deux domaines absolument distincts ; il paraissait impossible, en partant des éléments, de reproduire les corps de la chimie organique comme on le faisait pour les corps de la chimie minérale ; on croyait que ces composés organiques ne pouvaient se former que dans l'être vivant, sous « l'action mystérieuse de la force vitale ». Berthelot établit au contraire que, par de simples procédés de laboratoire, on pouvait obtenir les composés organiques : il réalisa la synthèse des alcools, des éthers, des acides gras et de l'acétylène (1834-1862). Il se consacra ensuite àla chimie physique; il mesura la vitesse des réactions chimiques, la quantité de chaleur qu'elles dégagent, créant ce qu'on a appelé la thermo-chimie. Il fut ainsi amené à étudier

les substances explosives : en 1870, pendant le siège de Paris, le gouvernement le nomma président du Comité scientifique de défense, et il perfectionna la fabrication des poudres. C'est à un de ses collaborateurs, M. Vieille, qu'est due l'invention de la poudre sans fumée. Membre de l'Académie des sciences et de l'Académie française, esprit prodigieusement varié et fécond, auteur de nombreux traités de science et de philosophie et de plus de 600 mémoires, Berthelot fut aussi un grand citoyen, républicain et démocrate convaincu; il siégea au Parlement comme sénateur, fut ministre de l'Instruction publique (1886-1887) et ministre des Affaires étrangères (1895-1896).

LA PHYSIOLOGIE. CLAUDE BERNARD. 0 0 Avec la chimie, la physiologie est la science qui a progressé le plus rapidement dans cette période. Elle en est redevable surtout à un grand savant, Claude Bernard, dont on a pu dire qu'« il n'était pas un simple physiologiste, mais la physiologie même ».

Claude Bernard (1813-1878) fut d'abord employé pharmacien dans un faubourg de Lyon. Comme il se croyait une vocation pour la littérature, il vint à Paris ; mais, après un essai de tragédie qui fut malheureux, il se tourna vers la médecine : il avait enfin trouvé sa voie. Son maître, Magendie, lui-même savant de grande valeur, l'orienta vers les études de physiologie. Claude Bernard fut son préparateur au Collège de France, et lui succéda comme professeur en 1855. Il était déjà illustre et membre de l'Académie des sciences. En 1868, il entra à l'Académie française.

Les deux plus belles découvertes de Claude Betnard en physiologie portent, l'une (1849) sur la fonction glycogénique du foie, c'est-à-dire la propriété que possède cet organe de mettre en réserve le sucre ; l'autre (1862) sur le système des nerfs vasomoteurs qui dilatent ou rétrécissent les vaisseaux sanguins.

C'est par l'expérimentation que Claude Bernard était arrivé à faire ces découvertes. Son principal titre de gloire est d'avoir établi d'une façon définitive que les sciences biologiques pouvaient et devaient avoir recours à la méthode expérimentale. Jusqu'alors on considérait cette méthode comme réservée exclusivement à l'étude des phénomènes physiques et chimiques, on prétendait qu'elle était complètement impuissante devant les phénomènes de la vie : physiologistes et médecins ne travaillaient que sur des faits d'observation. Avec Claude Bernard la physiologie et la médecine devinrent des sciences expérimentales : il en indiqua les principes dans le plus important de ses ouvrages, V Introduction à l'étude de la médecine expérimentale, qui parut en 1865 et suscita de retentissantes polémiques. La grande majorité des médecins

LE MOUVEMENT INTELLECTUEL

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