CHAPITRE yill
LA GUERRE DE TRANCHÉES
TRANSFORMATION DE LA GUERRE. /H 0 « Nous faisons le siège de la France, la forteresse France ». déclarait à la fin de 1914 le nouveau chef d 'Etat-Major allemand von Falken hayn . Les Alliés avaient tout autant le droit de déclarer qu'ils assiégeaient la forteresse Allemagne. Tel était, en effet l'aspect que la guerre avait pris partout au bout de quelques semaines : c'était maintenant une guerre de siège ou de tranchées, guerre dure et épuisante qui devait se prolonger trois années et demie, et mettre à l'épreuve les forces morales autant que les forces matérielles des combattants.
CARACTÈRES DE LA GUERRE DE TRAN- CHÉES. 0 0 Xjdi guerre de tranchées fut comme un immense siège réciproque. Dans toute sa largeur le champ de bataille se trouva barré par une ligne continue de retranchements, ligne qui, sur le front occidental, mesurait environ 780 kilomètres, de la mer du Nord à la frontière suisse.
Jamais on n'avait vu pareil remuement de terre. Les
soldats, devenus terrassiers, travaillant jour et nuit — la nuit surtout — , déplacèrent des millions de mètres cubes de terre pour construire un réseau de plus en plus serré de retranchements. Chaque système défensif comprit bientôt plusieurs lignes de tranchées, reliées les unes aux autres par des « boyaux de communication ". Devant chaque ligne de tranchées, on tendit des réseaux de fil de fer barbelés de plus en plus denses et inextricables. L'artillerie bouleversant sans cesse ces fortifications improvisées, il fallut sans cesse les reconstruire, les étayer de sacs à terre, de claies ou de gabions : on en vint même i les bétonner comme des fortifications permanentes.
Pour répondre aux conditions nouvelles de la guerre, l'armement se transforma. C'était la '' puissance du feu qui avait obligé les combattants à s'enterrer dans les tranchées ; réciproquement la construction des tranchées les obligea à décupler la puissance du feu. Par suite, tandis que le fusil et le canon léger avaient joué le rôle principal dans la guerre de mouvements, la mitrailleuse et le canon lourd devinrent, par excellence.
ORGANISATION .XlÉfENSlVE ALLEMANDE EN 1915 (Photograpli^e prist ORGANISATION DÉFENSIVE ALLEMANDE EN 1916 (Photographie prise
en avion), a On fieut l'uger par'cette pholograbhie de l' importance prise par les orga- en avion), a De 1915 à 1918, les organisations défensioes n'ont cessé de se renforcer
rùsations défensioesdès 1915. Les lignes parallèles des tranAée* sont reliées entre elles et de se compliquer. Void, avec un saillant extrêmement marqué, une organisation de
^^ et à 1 arrière par des boyaux en zigzag'ou en crémmllèrt ■ première Hsne qui comporte, non plus deux mais quatre ou anq tranchées parallèles .
les armes de la guerre de tranchées. D'autre part, les adversaires n'étant parfois éloignés que de quelques mètres, on remit en usage les armes qui convenaient jadis au combat rapproché, les lance-bombes et les grenades. On vit réapparaître également les anciennes armes défensives du Moyen Age, le casque d'acier et les épaulières de métal, singulière note d'archaïsme dans une guerre devenue par ailleurs toute scientifique.
Déprimante par sa monotonie, rebutante par la multiplicité de ses ingrates corvées, la guerre de tranchées fut aussi une guerre d'endurance, où les armées — ces armées nationales composées d'hommes appartenant à toutes les classes sociales — peinèrent et souffrirent plus que n'avait jamais peiné ni souffert aucune armée de métier. L'infanterie surtout subit les pires épreuves. Dans certains secteurs la lutte fut si atroce que les cadavres amoncelés se mêlaient à la terre et que les tranchées et les boyaux paraissaient taillés en pleine «pâte humaine ». Des milliers d'hommes eurent les pieds gelés pendant les nuits d'hiver et durent être évacués, parfois amputés. La boue atteignait par endroits une telle épaisseur qu'on s'y enlizaït, et qu au sortir des tranchées les fantassins semblaient être transformés eux-mêmes en blocs de boue. Emprisonnés et véritablement enterrés vivants dans leurs tranchées, n'ayant le plus souvent qu'un trou avec un peu de paille pourrie pour s'abriter et dormir.
séparés du monde extérieur comme par une barrière infranchissable, tenus jour etnuitsurlequi-vive, exposés à la mort sous ses formes les plus hideuses, les soldats de cette terrible guerre — guerriers malgré eux — semblèrent avoir reculé les limites de la résistance humaine.
POILUS DANS LA TRANCHÉE, a La patience des soldats ful.aulant que leur courage, soumise à une rude épreuve. Heureux encore quand les longues heures d'attente se passaient dans une tranchée relativement habitable et munie d'abris souterrains. (cl. meurisse.)
LA GUERRE DE TRANCHEES