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ÉTABLISSEMENT DES NORMANDS EN

FRANCE. 00 Vingt-cinq ans plus tard, plus de

presqu'île du Cotentin jusque vers la Somme. Le roi

CHARLES LE CHAUVE (Miniature de la Bible de Charles le Chauve. Bibliothèque Nationale). ^ Charles le Chauve, assis sut an trône tfargenl et tfor, entouré de personnages de la Cour et de gardes, reçoit l'abbé de Saint-Martin de Tours qui lui fait hommage d'un manuscrit de la Bible. (cL. BEI^HAUD.)

Charles le Simple, petit-fils de Charles le Chauve, offrit à Rollon de lui donner tout ce territoire, le titre de duc, sa fille en mariage, à condition qu'il se convertît au christianisme et qu'il reconnût le roi de France pour son souverain. Rollon accepta dans une entrevue qui eut lieu en 91 1 à Saint-Clair sur les bords de la petite rivière de l'Epte.

Le traité de Saint-Clair-sur-Epte mit fin aux invasions normandes. Les Normands vinrent désormais s'établir pacifiquement dans le pays cédé à Rollon et qui s'appela, du nom de ses conquérants, la Normandie. Ce fut bientôt l'une des régions les plus prospères de la France. Rollon se montra un chef habile, fit régner l'ordre et rendit à tous une exacte justice. Les Normands se convertirent au christianisme et ne tardèrent pas à oublier la langue de leur première patrie. Devenus Français, ils gardèrent pourtant un caractère original, l'esprit entreprenant, le goût des aventures et des expéditions lointaines. Ils devaient

dans la suite conquérir l'Angleterre, la Sicile, le sud de l'Italie, et dans les Croisades ils jouèrent en Orient un rôle très important.

CONSÉQUENCES DES INVASIONS NOR- MANDES. 00 Les invasions n'eurent pas seulement pour conséquence l'établissement des Normands en France. Les princes de la famille carolingienne, dans la lutte contre les envahisseurs, se montrèrent faibles, incapables, et parfois même firent preuve de lâcheté. Au

DONJON DE BEAUGENCY (fin du xr siècW. e La Imitra ont clé pcrda posténatremenl. Ce modernismt architectural, qui a renàu la tour habitable, permet den apt)réder la hauteur, celle d'une maison à cinq itagei.

lieu de combattre, Charles le Chauve acheta, moyennant une grosse somme d'argent, la retraite des Normands, quand en 845 ils se présentèrent pour la première fois devant Paris. On a vu que Charles le Gros, fils de Louis le Germanique, agit de même en 886. Cette faiblesse et cette lâcheté des rois contribuèrent à modifier l'organisation de la société, provoquèrent des transformations politiques et aboutirent à un changement de dynastie.

LES SEIGNEURS. 00 Les rois ne s'occupant pas de la défense du royaume, les grands propriétaires se mirent en devoir de se défendre eux-mêmes. Chacun organisa une troupe de soldats et se construisit un ou plusieurs camps retranchés, caslella, dont les fortifications étaient encore très simples, mais consti-

tuaient un asile suffisant pour le maître, sa famille, ses serviteurs et ses richesses. Le pays commença amsi à se couvrir de châteaux forts.

Les petits propriétaires, trop faibles pour se défendre seuls, et les paysans qui, en certaines régions, dans la peur du pillage, n'osaient même plus cultiver la terre, vinrent naturellement se grouper dans le voisinage des châteaux forts et demandèrent aux grands propriétaires de les protéger. Cela s'appelait « se recommander ". La protection était accordée moyennant certains engagements. Le protégé promettait au protecteur de lui obéir, de le servir soit par les armes, soit en travaillant la terre, et de lui être fidèle. Le protégé devenait ainsi un véritable sujet du protecteur que l'on appelait le seigneur. On obéissait au seigneur à qui l'on avait prêté serment de fidélité avant d'obéir au roi auquel on n'avait prêté aucun serment, et on n'obéit plus au roi que par l'intermédiaire du seigneur.

L'autorité directe du roi sur ses sujets se trouva ainsi supprimée. 11 est à remarquer que Charles le Chauve, ne pouvant empêcher cette transformation, autorisa, puis obligea tous ceux de ses sujets qui ne l'avaient pas encore fait à se choisir un seigneur

LES FIEFS, LE RÉGIME FÉODAL. 00 Dans le même temps, les fonctionnaires royaux, comtes et ducs, s'efforçaient d'échapper le plus possible à l'autorité du roi et de transformer les comtés et les duchés dont ils étaient gouverneurs en de véritables petits royaumes dont ils seraient les rois. Dès le règne de Charles le Chauve, comme le montre le capitulaire de Quierzy-sur-Oise promulgué en 877, leurs fonctions étaient en fait devenues héréditaires : l'usage était que le fils succédât au père. Dès lors, le roi n'eut plus d'autorité réelle sur des fonctionnaires qu'il n'avait pas le pouvoir de révoquer.

Le roi resta cependant de nom maître des comtés et des duchés ; il était censé en avoir seulement abandonné la jouissance, comme fait un propriétaire qui nous loue sa maison. Les territoires ainsi cédés étaient appelés bénéfices ou fiefs. Celui qui donnait le fief s'appelait le suzerain, celui qui le recevait le vassal.

En échange de la jouissance du fief, le comte ou le duc devait, comme celui qui s'était choisi un seigneur, rendre hommage au roi, lui jurer fidélité et s'engager à le servir : à l'armée comme soldat, dans les procès comme juge. Ces services n'étaient pas dus en tout temps, ni selon le bon plaisir du roi, comme les aurait dus un sujet. Ils étaient dus seulement dans des conditions fixées à l'avance par un véritable contrat passé entre le suzerain et le vassal. Par exemple, le roi était en droit d'exiger chaque année du comte de Champagne

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