LA DEUXIÈME VICTOIRE DE LA MARNE
M> ^ Le renversement de la bataille — péripétie décisive de la guerre — s'opéra du 15 au 18 juillet, en deux temps : premier temps, le 15 juillet, échec de l'offensive allemande; deuxième temps, le 18 juillet. succès de la contre-offensive française. C'est la deuxième victoire de la Marne, prélude de la victoire finale.
Comme von Kluck en 1914, Ludendorff commit la faute de sous-estimer l'adversaire. Convaincu que Foch ne songeait plus qu'à se défendre, il résolut de lui porter un coup décisif en attaquant sur un front de 90 kilomètres, de part et d'autre du saillant de Reims ; la ligne française ainsi enfoncée en plein centre, l'armée allemande victorieuse se rabattrait ensuite sur Paris : ce serait le FrieJenslurm, « l'assaut pour la paix ». L'attaque, menée avec les moyens les plus puissants dont l'ennemi disposait, commença le 15 juillet à l'aube. Mais le commandement français, sur ses gardes, avait lu cette fois dans le jeu de Ludendorff et pris toutes ses dispositions pour le contrecarrer. A leur droite, il est vrai, les Allemands réussirent à franchir la Marne et à pointer en direction d'Epernay ; mais à leur gauche, en Champagne, devant l'armée Couraud. l'exécution impeccable de la parade française les cloua sur
CENIiRAL GOURAUD CommanJant J^armée.
MARÉCHAL FAYOIXE
CCNâtAL MANCm
RÉDUIT BÉTONNÉ DE LA LIGNE HINDENBURG. VUE' EXTÉRIEURE ET VUE INTÉRIEURE, a Ces deux photographies peuvent iormer une idée ia
formidables ouvrages déjensijs dont l'enfemble constituait la* ligne Hindenburg. Elles montrent, vu du dehors, puis du dedans, un abri bétonné pour pièce lourde. L'épaisseur
du béton est énorme. Le plafond est fait de /youtrelles métalliques. A gauche, un escalier s'enfonce vers quelque abri creusé à 8 ou 10 mètres sous terre et relié sans doute par des
couloirs souterrains à d'autres fortins et d'autres abris. (cL. SECTION PHOT. DES BEAUX-ARTS.)
place. Décontenancés déjà par cet échec, les Allemands s'épuisaient en vains efforts pour avancer au moins par leur droite, quand, le 18 juillet, une formidable canonnade leur éclata dans le dos : de l'Aisne à la Marne c'était la grande contre-offensive française qui se décianchait.
En effet, ia manœuvre allemande, tout au fond d'une poche énorme dont les deux côtés étaient tenus par l'adversaire, prêtait dangereusement à une attaque de flanc. Sur le côté droit de la poche, à l'abri de la vaste forêt de Villers-Cotterets, l'attaque avait pu se préparer en grand secret : soudain, le 18 juillet au matin, les armées Mangin et Dégoutte — près de 500 chars d'assaut en tête — « s'enfoncèrent comme un coin dans le flanc ennemi ». Coup magistral et décisif dont les conséquences furent immédiates : en vain, pour éviter un désastre, les Allemands, appelant toute leurs réserves, firent front avec une énergie désespérée : l'armée allemande engagée sur la Marne dut repasser la rivière, se dérober en hâte et battre en retraite vers le nord. Le 1^'' août un nouveau coup de boutoir amena l'armée Mangin àSoissons et obligea l'ennemi à se replier au nord de la Vesle, en grand désarroi.
Peu de guerres offrent l'exemple d'un redressement si prodigieux en pleine bataille, d'un renversement si complet de la situation. Au moment même où l'Allemand croyait toucher au but, il se voyait manœuvré et battu ; il avait perdu 30 000 prisonniers, 700 canons, et, ce qui était plus grave, l'initiative stratégique désormais passée des mains de Ludendorff aux mains de Foch. Ainsi tout le plan allemand s'effondrait ; pour la seconde fois, une victoire de la Marne décidait du sort de la guerre.
LA GRANDE OFFENSIVE DE FOCH. /a a Il s'agissait avant tout de ne pas laisser à l'ennemi déconcerté le temps de se ressaisir et de reconstituer ses réserves. « La victoire, a dit Foch lui-même, est un plan incliné : à condition de ne pas arrêter le mouvement, le mobile va en augmentant de vitesse. » Sous sa direction, la gigantesque bataille se poursuivit à un rythme sans cesse accéléré' et sur un front méthodiquement élargi. -•
Le 8 août, « le jour le plus sombre de toute la-guerre " selon Ludendorff, le front de Picardie fut entièrernfent rompu par les Anglo-Français : en quelques jours l'ennemi perdit tout le bénéfice de sa victoire dû 21 mars. Et bientôt, les Anglais prolongeant leurs attaques au nord jusqu'à la Scarpe, les Français à 1 est jusqu'à l'Ailette, cette double menace d'enveloppe-
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LA VICTOIRL ET LA PAIX