LES GRANDES EXPÉDITIONS FÉODALES
LES CROISADES
Tes expéditions féodales, a a En dépit
I des apparences, le monde féodal n'était pas de
goût sédentaire. Si mauvaises que fussent les routes et périlleux les voyages, la circulation était mtense. Beaucoup de paysans et d'artisans menaient la vie nomade. Il y avait des milliers de pèlerins de toutes conditions. Les nobles qui ne se trouvaient pas assez riches, assez puissants ou assez libres, partaient à l'aventure. Ainsi s'expliquent les nombreuses expéditions féodales qui remplissent surtout le onzième siècle : les chevaliers français s'en vont par le monde chercher fortune ou faire leur salut.
LES NORMANDS EN ITALIE, ma La Normandie fournit le plus fort contingent d'aventuriers et de pillards. Ces descendants des pirates Scandinaves « avaient dans le sang l'amour du grand air et des fructueux voyages ».
D'ailleurs le duché de Normandie était fort sévè-
rement gouverné, et cela ne plaisait pas aux barons.
Comme ils étaient bons chrétiens, ils allèrent de préférence là où on se battait contre les Infidèles, en Espagne, en Italie, en Orient. C'est ainsi que les fils d'un pauvre seigneur du Cotentin, Tancrède de Hauteville, vinrent guerroyer dans l'Italie méridionale, en Fouille et en Calabre. Ses petits-fils, Roger et Robert Guiscard, combattant tantôt contre les Italiens, tantôt contre les Sarrasins, réussirent à s'emparer de toute l'Italie du Sud et de la Sicile (1047- 1073).
Organisé au siècle suivant par Roger II, le royaume normand des Deux-Siciles devint l'un des Etats les plus prospères, les mieux administrés et les plus civilisés du temps. Par l'étonnante tolérance de ses princes, il ne ressembla à aucun autre : Normands et Italiens catholiques y vivaient en paix avec les Grecs, les Musulmans et les Juifs ; ce fut le terrain neutre où se rencontraient l'Orient et l'Occident.
LES CROISADES
f^\ ^^ ,4S^::€fi.jrT.
HAROLD AMENÉ DEVANT GUILLAUME, a Guy, comle de Ponthitu. amène à Guillaume Harold quil a fait priionnieT. Guillaume a le bras àroil étendu.
EMBARQUEMENT, a Ttansporl des armes — cmralles, lances, haches, épécs— LES NAVIRES DE L'EXPÉDITION, a Pelilei embarcalions ayanl m, seul SUT les naoires. mât et une seule voile.
LA MARCHE AU COMBAT, a Les cacalien de Guillaume, armés de la lance, LE CHARGE DES NOR.MANDS. a Les archer, se jonf d-phyé, sur le front; se groupent pour la charge. ta cavalerie s'élance.
LA MORT DE HAROLD ET LA DÉROUTE DES ANGLAIS, a Harold tombe a (erre en lâchant Kl hache: sur ta dioile, les Anglas lai s'enUenl.
LA TAPISSERIE DE BAYEUX REPRÉSENTANT L'EXPÉDITION DE GUILLAUME LE CONQUÉRANT
Exécutée MTUi la direction àe la reine Mathilde peu de temps après l'expédition de Guillatmte, elle ornait jadis la cathédrale de Bayeux. Longue Je 70 mètres, elle
72 scènes distinctes. On voit. ici, en haut de la page: « Harold amené devant Guillaume* : au-dessous, à gauche: « i Embargttemeni du matériel de guerre *; à droite: « la NmPirt»
de l'expédition » ; en troisième ligne : ■ la Marche au Combat » ef la Charge des cavaliers normands * ; en bas. • la Mort de Harold et la déroute da Anglaii ». (cL. NCWDCInJ
LES NORMANDS EN ANGLETERRE. 00 A l'époque où Roger et Robert Guiscard s'emparaient de l'Italie du Sud, par un coup d'audace non moins surprenant le duc de Normandie faisait la conquête de l'Angleterre.
L'Angleterre avait été conquise au sixième siècle par des bandes germaniques, les Angles et les Saxons. Entre les rois saxons et les ducs normands, des rela-
d'expansion de la féodalité française. 1! fit prêcher la « croisade " contre les Turcs.
Chaque année des milliers de chrétiens se rendaient en pèlerinage à Jérusalem qui était aux mains des musulmans arabes depuis plus de quatre siècles (636). Mais dans le cours du onzième siècle, des tribus musulmanes de race jaune, les Turcs, avaient supplanté les Arabes, conquis leur capitale Bagdad et Jérusalem,
tions étroites s'étaient établies : le roi Edouard le et enlevé aux Grecs presque toute l'Asie Mineure. Confesseur, qui régnait en Angleterre depuis 1035, Tandis que les Arabes s'étaient montrés tolérants, était Normand par sa mère et avait été élevé en Nor- les Turcs, fanatiques et cruels, persécutèrent les
mandie. En 1066, Edouard étant mort sans laisser d'enfants, son beau-frère Harold fut reconnu comme roi par les Saxons. Mais alors le duc de Normandie, Guillaume, qui était cousin d'Edouard, réclama la couronne : il prétendit qu'Harold lui-même avait juré sur des reliques de la lui faire obtenir.
Guillaume rassembla une forte armée de ! 4 000 cavaliers et 45 000 fantassins. Normands et aventuriers venus de tous les coins de la France. 11 débarqua en Angleterre le 28 septembre 1066. Quinze jours après.
chrétiens et leur rendirent presque impossible le pèlerinage au Saint Sépulcre.
C'est pour délivrer les lieux saints et pour arrêter l'offensive musulmane par une contre-offensive chrétienne que, le 28 novembre 1095, le dernier jour du concile de Clermont, le pape Urbain II, prêchant devant une foule immense, appela les chevaliers aux armes. A la fin de son discours il avait rappelé cette parole du Christ : " Renonce toi toi-même, prends ta croix et suis moi. » Aussitôt tous ceux qui étaient
à la grande bataille d'Hastings, Harold était tue, présents firent avec des morceaux d'étoffe des croix l'armée saxonne écrasée ; et Guillaume se trouvait maître de tout le royaume anglo-saxon.
Il procéda ensuite au partage de cet extraordinaire butin. 11 garda pour sa part les villes, la plupart des forêts et quinze cents " manoirs » ou grands domaines : aucun roi n'était aussi riche ; le reste des terres confisquées sur les Saxons fut réparti en plus de soixante mille fiefs et distribué aux soldats de l'expédition qui formèrent ainsi la nouvelle noblesse anglaise.
PRÉDICATION DE LA CROISADE. 00 A la fin du onzième siècle, un pape français, Urbain 11, eut l'idée d'utiliser au profit de la foi cette puissance
lÉRUSALEM. Û La ville s'élève sur tm petit plateau que dominenl dei collines hautes
Je SOO mètres. Au pied ries murailles apparaît ici une partie Je la vallée Je Josophat.
La coupole Je la Mosquée J'Omar, construite par le conquérant arabe en 636. marque
l'emplacement Je l'ancien Temple, (cu BONFILS.)
qu'ils s'attachèrent sur l'épaule en criant : « Dieu le veut! " De là vint l'expression « prendre la croix » ou « se croiser ».
La croisade ne fut pas prêchée seulement en France. Mais c'est de France que sortit de beaucoup le plus grand nombre de croisés. Aussi un contemporain a-t-il appelé ces guerres entreprises au nom de Dieu : Gesta Dei per Francos, les actes de Dieu par les Français.
PIERRE L'ERMITE. 00 L'un des plus puissants auxiliaires du pape, dans le nord de la France, fut un moine originaire des environs d'Amiens, Pierre surnommé l'Ermite. Partout où il passa pour prêcher la croisade, il souleva un extraordinaire enthousiasme. C'était un petit homme maigre, brun, avec une grande barbe et des yeux très vifs. " 11 allait nu-pieds, dit Guibert de Nogent qui l'avait vu ; il portait sur la peau une tunique de laine, sur les épaules une longue robe à capuchon. Le pain était sa seule nourriture ; jamais il ne buvait de vin. Quelque chose de divin se sentait dans ses moindres mouvements, dans toutes ses paroles ; c'était au point que le peuple arrachait, comme si c'eût été des reliques, les poils du mulet qu'il montait. »
LA CROISADE POPULAIRE. 00 « Les comtes et les chevaliers commençaient à peine leurs préparatifs, dit encore Guibert de Nogent, que déjà les pauvres faisaient les leurs avec une ardeur que rien ne pouvait arrêter. Chacun délaissait sa maison, sa
LES CROISADES
ÉPISODES DE LA 1" CROISADE, a Ca quatre dcssiia reproduistnl da vilTawc de Sainl-Dema, mUrieurs à 1140 et auiomJ'hui dilniilt . Ils repràenlenl ; /' ■ la Prite de Jérusalem » (à gauche, une tour roulaete d'où les Croises attaquent la muraille de la ville) ; 2°*Un combat entre Infidèles et Croisés » fies Croisés sont a gauche) ; 3^ 'Un exploit de guerrier • (Robert, duc de Normandie, abat un ennemi d'un coup de lance) ; 4"* « l'Assaut J'Antioche » (les Croisés ont appliqué des échelles au mur et montent à Vaaaattt)
(Dessins de MoNTFAuœN.)
vigne, son patrimoine, les vendait à bas prix. On se hâtait de convertir en argent tout ce qui ne pouvait pas servir au voyage. Des pauvres ferraient leurs bœufs comme des chevaux et les attelaient à des chariots sur lesquels ils mettaient quelques provisions et leurs petits enfants. »
Trois mois à peine après la prédication d'Urbain 11 à Clermont, une horde de quarante ou cinquante mille personnes de tout âge et de tout sexe se mettait en route sous la direction de Pierre l'Ermite et d'un pauvre chevalier, Gauthier sans Avoir. Elle passa le Rhin : elle fut alors rejointe par une armée toute pareille de pèlerins allemands. Pillant pour vivre, elle souleva les fureurs de tous les peuples chez qui elle passa. Hongrois, Serbes, Bulgares, Grecs. Quand ces pauvres gens, qui depuis leur départ demandaient à chaque ville si ce n'était pas là Jérusalem, furent arrivés à Constantinople, l'empereur grec se hâta de les faire transporter sur la rive d'Asie. Ils furent presque immédiatement exterminés par les Turcs.
LA CROISADE SEIGNEURIALE, aa Pandant ce lamentable épisode, l'armée des Croisés s'organisait. La mise en route avait été fixée par le pape au 15 août 1096. Le pape avait également réglé l'itinéraire des quatre corps de l'armée chrétienne : leur concentration devait se faire sous les murs de Constantinople.
Les Français du Midi, conduits par lecomte Raymond de Toulouse, passèrent par le nord de l'Italie, la Dalmatie, la Croatie, la Serbie et la Bulgarie.
Les Français du Nord, conduits par Godefroy de Bouillon et Baudoin de Flandre, traversèrent l'Allemagne et la Hongrie.
Les Normands d'Italie, commandés par Tancrède et Bohémond, embarqués à Brindisi, traversèrent l'Albanie et la Macédoine.
Les Français de l'Ile de France gagnèrent l'Italie
et suivirent le même itinéraire que les Normands. Aucun roi ne prenait part à l'expédition : le roi de France Philippe et l'empereur Henri IV étaient excommuniés. Le pape était le chef suprême de la croisade. II avait délégué ses pouvoirs avec le titre de légat à l'évêque du Puy, Adhémar de Monteil.
LES CROISÉS EN ASIE MINEURE, a a L'arrivée des Croisés devant Constantinople y ]eta l'épouvante, tant ils étaient nombreux. Un témoin, la fille de l'empereur Alexis, Anne Comnène, a écrit : « On eîit dit l'Europe entière arrachée de ses fondements ». Peut-être étaient-ils un million ; mais dans ce nombre il n'y avait probablement pas plus de trois cent mille combattants.
L'empereur Alexis qui désirait se débarrasser d'eux le plus vite possible leur fournit les moyens nécessaires pour passer en Asie. Les Croisés s'enfoncèrent sur le plateau d'Asie Mineure dont ils s'ouvrirent l'accès en battant les Turcs à Dorylée (l*"" juillet 1097). Sur le plateau, en été, sous un ciel sans nuage, avec un soleil de feu, la chaleur est insupportable ; la terre est brûlée et sans un brin d'herbe ; l'eau manque complètement. Les Croisés souffrirent atrocement. La chaleur leur était rendue plus intolérable encore par leurs pesantes armures. La soif tuait les gens par centaines. « Les hommes les plus robustes, a dit un témoin, se couchaient sur le sable, fouillaient la surface brûlante pour trouver en dessous le sol frais et y coller leur bouche desséchée. Les animaux eux-mêmes ne résistaient pas. » Les chevaux surtout périssaient en grand nombre. '< Faute de bêtes de somme, a raconté un Croisé, nous chargions nos bagages sur des moutons, des chèvres, des porcs et des chiens. On vit maint chevalier réduit à monter un bœuf en guise de cheval de bataille. » En outre, les Turcs, montés sur des chevaux rapides, harcelaient sans cesse l'armée, couraient sur ses flancs, la lardaient de flèches.
PRISE DE JÉRUSALEM. 00 Après avoir traversé au prix de fatigues inouïes la chaîne du Taurus, les Croisés débouchèrent sur la côte de Syrie. Ils furent arrêtés longtemps par la place forte d'Antioche qu'ils assiégèrent pendant huit mois, où ils furent ensuite assiégés eux-mêmes par les Turcs. Enfin la marche en avant put être reprise, et le 1'^'^ juillet 1099, trois ans après leur départ, les Croisés aperçurent Jérusalem : il y en eut qui moururent de joie. L'armée chrétienne était extraordinairement réduite. Elle ne comprenait pas plus de 40 000 hommes à bout de force. De Nicée à Jérusalem les Croisés avaient laissé 600 000 cadavres sur les routes d'Asie.
On commença les préparatifs d'un siège ; mais Jérusalem était bien fortifiée, elle avait une nombreuse garnison, et les Musulmans avaient détruit tous les puits autour de la ville. Une fois encore les Croisés étaient en péril de mourir de soif. Ils tentèrent alors une héroïque folie. Le vendredi 15 juillet 1099, à trois heures, jour et heure de la mort du Christ, ils donnèrent l'assaut. Ils avaient construit une tour de bois, un beffroi, qu'ils parvinrent à pousser sur des rouleaux contre le rempart. Un pont volant fut jeté du beffroi sur la muraille, dont les Croisés purent occuper une partie ; ils s'emparèrent ensuite d'une porte, et pénétrèrent en masse dans la place. Ils y firent un carnage effroyable : « Dans le portique de Salomon et dans le Temple, écrivit Godefroy de Bouillon au pape, les nôtres chevauchaient dans le sang immonde des Sarrasins, et leurs montures en avaient jusqu'aux genoux. »
LE ROYAUME LATIN DE JÉRUSALEM. 00 La conquête faite, il fallait l'organiser pour la garder et pour mettre le tombeau du Christ à l'abri de tout retour offensif des Musulmans. De là, la création du royaume latin de Jérusalem. Les Croisés offrirent la couronne à Godefroy de Bouillon. C'était l'homme le plus populaire de l'armée par sa bravoure, sa bonne grâce et sa modération. Il refusa le titre de roi et ne voulut être qu'« avoué », c'est-à-dire défenseur du Saint Sépulcre.
Pour couvrir la Palestine, on construisit de puissantes citadelles dont il subsiste encore aujourd'hui des ruines imposantes, et on organisa des ordres de moines soldats, l'ordre des Hospitaliers d'abord, puis celui des Templiers. Ils étaient soumis à toutes les obligations religieuses des moines, mais en outre ils étaient voués au métier des armes. La règle sur ce point était très rigoureuse : le Templier, par exemple devait toujours accepter le combat, fût-ce seul contre trois, et ne devait jamais consentir à se rendre. Le costume de ces moines-soldats révélait leur double
LE KRAK DES CHEVALIERS, a U tim cétikrt Ja nombreux chiteaai fcrls construits oar /« Croises en Palestine et en Syrie. Il doit son nom aux Hospitaliers qui te fiossédèrent de 1145 à 1271 . Admirablement situé, bâti de telle sorte qu'il est encore ùresQue intact, il rappelle par son architecture notre Château-Gaillard, aux Andelys. (cl. r. kœchlin.)
caractère : ils portaient l'armure du chevalier, et pardessus la robe du moine, noire avec une croix blanche pour les Hospitaliers, blanche avec une croix rouge pour les Templiers. Ces ordres acquirent rapidement une grande puissance. Ils eurent des maisons ou « commanderies >' en grand nombre dans tous les États de l'Europe chrétienne. Les Templiers, à Paris même, possédaient une véritable citadelle.
LES CROISADES DU DOUZIÈME SIÈCLE. 00 Les Turcs reprirent bientôt l'offensive et menacèrent le royaume de Jérusalem. Il fallut entreprendre de nouvelles croisades pour arrêter leurs progrès, mais aucune ne fut aussi glorieuse et efficace que la première croisade ; le grand enthousiasme qui l'avait inspirée ne se renouvela plus.
Prêchée par saint Bernard, conduite par deux puissants souverains, le roi de France Louis VII, l'empereur allemand Conrad 111, la seconde croisade n aboutit qu'à des désastres (1147-1149)
En 1187, le sultan d'Egypte Saladin, vainqueur des chrétiens à Tibériade, reprit Jérusalem Le royaume latin de Palestine était menacé de ruine. Alors le pape Urbain 111 prêcha une troisième croisade. L'empereur Frédéric Barberousse, le roi de France Philippe Auguste, le roi d'Angleterre Richard Cœur de Lion en furent les chefs. Frédéric Barberousse, arrivé le premier en Asie Mineure, se noya dans un torrent (1 190). Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion, venus par mer en Syrie, assiégèrent Saint-Jean-d'Acre ; le siège, commencé avant leur arrivée, dura près de deux ans. Enfin, au mois de juillet 1 191, la garnison musulmane, affamée, capitula. Philippe Auguste abandonna aussitôt la croisade pour rentrer en France. Richard resta deux années encore en Terre Sainte, faisant l'admiration des ennemis par sa bravoure, les épouvantant par sa férocité. 11 fit décapiter en une seule fois 2.600 pri-
LES CROISADES
Ronniers dont la rançon n'avait pas été payée à temps. Mais il ne put arriver à reprendre Jérusalem. Le royaume latin de Palestine se trouva réduit au territoire de l'ancienne Phénicie, et Saint-Jean -d'Acre en fut la capitale : la ville devait rester un siècle encore (jusqu'en 1290 au pouvoir des chrétiens.
QUATRIÈME CROISADE. 0û U. quatrième croisade ne devait être à l'origine que la contmuation de la troisième. Elle fut décidée par le pape Innocent 111, cinq ans à peine après le retour de Richard (1198). L'année suivante, dans un grand tournoi donné par le comte de Champagne, tous les assistants prirent la croix. Un grand nombre de chevaliers de la France du Nord et de l'Est suivirent leur exemple. Les rois de France et d'Angleterre, en guerre l'un contre l'autre, s'abstinrent. Les seigneurs choisirent pour chef le comte de Champagne, puis, après sa mort, un chevalier du Piémont, Boniface de Montferrat.
Les Croisés avaient décidé d'attaquer les Musulmans en Egypte, centre de leur puissance. Pour disposer d'une flotte, ils s'allièrent à la République de Venise qui était alors la plus grande puissance navale en Méditerranée, et ils aidèrent les Vénitiens à prendre Zara, ville chrétienne de l'Adriatique et port rival de Venise. Mais alors les intrigues d'un prince grec détrôné, Alexis, les détournèrent sur Conslantinople.
PRISE ET SAC DE CONSTANTINOPLE. 00 A la vue de la magnifique capitale de l'Empire grec, les Croisés, sortis des sombres châteaux et des pauvres petites villes de France, furent frappés d'admiration. " Ils regardèrent beaucoup Constanlmople, dit 1 un d'eux, le chroniqueur Villehardouin, ceux qui ne l'avaient jamais vue ; car ils n'auraient jamais pensé qu'il pût y avoir en tout le monde une si riche ville, quand ils virent ces hauts murs et ces riches tours dont elle était entourée, et ces riches palais, et ces hautes églises, dont il y avait tant que nul ne 1 eût pu croire, s'il ne l'eût vu de ses yeux, et la longueur et la largeur de la ville qui de toutes était souveraine. » Leur émerveillement devait être plus grand encore quand ils visitèrent la ville, où depuis près de neuf cents ans s'accumulaient les richesses de l'Orient et tous les chefs-d'œuvre de l'art antique.
Les croisés occupèrent Constantinople presque sans combat et firent couronner Alexis. Mais les Grecs détestaient ceux qu'ils appelaient les « Latins » ; ils renversèrent Alexis et s'armèrent contre les Croisés. Ceux-ci étaient campés hors de la ville : ils enlevèrent Constantinople d'assaut le 12 avril 1204 et la mirent à sac.
« Le butin fut si grand, dit Villehardouin, que nul
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ne vous en saurait dire le compte d'or et d'argent, de vaisselle et de pierres précieuses, de satins et de draps de soie, d'habillements de fourrure et de tous les riches biens qui furent trouvés. Jamais, depuis que le inonde fut créé, il n'en fut autant gagné en une ville.» Les Croisés se conduisirent en brutes sauvages, mutilant les marbres, brisant les œuvres d'art pour en tirer l'or, l'argent et les pierres précieuses qui les décoraient, ils allèrent jusqu'à faire fondre les statues de bronze, chefs-d'œuvre des sculpteurs anciens, pour en faire des pièces de monnaie.
L'EMPIRE LATIN D'ORIENT. 00 Les Croisés se partagèrent ensuite les terres de l'Empire grec et fondèrent l'Empire latin de Constantinople. Ils élirent empereur le comte de Flandre, Baudoin. Au-dessous de l'empereur, Boniface de Montferrat fut roi de Salonique et de la Macédoine. Les Vénitiens prirent une partie de Constantinople, la plupart des îles de l'Archipel, au total le quart de l'Empire. Des Croisés devinrent duc d'Athènes, prince de Morée, marquis de Thessalie. Quant à l'expédition en Egypte et à la délivrance de Jérusalem, il n'en fut plus question.
L'Empire latin dura à peine un demi-siècle. Attaqué au nord par les Bulgares qui, dès 1206, battaient et tuaient l'empereur Baudoin, attaqué à l'est par les Grecs qui avaient transporté leur capitale à Nicée. il fut détruit en 1261 par Michel Paléologue, qui reprit Constantinople.
LES DERNIÈRES CROISADES. 00 Les Français ne jouèrent qu'un rôle secondaire dans la cinquième et la sixième croisade. Mais les deux dernières croisades, la septième et la huitième, furent des expéditions toutes françaises, conduites par le pieux roi de France, saint Louis.
SAINT LOUIS PARTANT POUR LA CROISADE {Miniature de la Bibl. Nat.) a Le TOi s'embarque à Aigues-Mortes et fait vcile vers Ttmis. Debout au mibeu Je la nef, il semble haranguer ses compagnons. Derrière la nef royale, d'autres nefs transt}orlenl des chevaliers
L'une et l'autre d'ailleurs, en dépit de la bravoure du roi, furent désastreuses : la septième croisade, qui avait pour objectif l'Egypte, débuta brillamment par la prise de Damiette (1249). Mais les Croisés furent surpris par le débordement du Nil, vaincus à Mansourah, atteints par une épidémie mortelle, enveloppés et contraints de se rendre. Saint Louis n'obtint la liberté de ses chevaliers qu'au prix d une énorme rançon et sa propre liberté qu'en rendant Damiette (1250). Il passa ensuite quatre ans en Palestine où il fit relever les fortifications de Jafîa, de Saint- Jean d'Acre, de Césarée, y travaillant de ses propres mains.
Vingt ans plus tard, saint Louis, malgré l'opposition de son entourage, repartait à la Croisade. On lui persuada d'attaquer d'abord Tunis L'expédition, partie en plein été, fut aussitôt décimée par la chaleur et la peste. Saint Louis lui-même succomba sous les murs de la place (1270). Ce fut la dernière croisade.
RÉSULTATS DES CROISADES. £>J0 Les Croisades n'eurent pas les résultats que la papauté avait espérés : le royaume chrétien de Jérusalem n'eut
qu'une existence éphémère et la domination turque s'étendit sur tout l'Orient. Mais les Croisades eurent d'autres résultats dont certains sont d'une grande importance pour l'histoire de notre pays.
Elles profitèrent d'abord au commerce et à la civilisation. Entre les ports d'Occident et d'Orient les relations maritimes se multiplièrent. Or les pays d'Orient avaient alors une civilisation beaucoup plus raffinée que la nôtre. La vue du luxe éveilla chez les Croisés le goût du luxe. L'usage des tapis, des beaux meubles, des armes finement décorées, des étoffes précieuses, des mousselines, des soies, des damas, ainsi nommées de la ville où on les fabriquait, s'introduisit en Occident grâce aux Croisades.
Expéditions féodales à l'origine, les Croisades contribuèrent cependant à la décadence de la Féodalité, d'abord parce qu'elles coûtèrent la vie à des milliers de seigneurs, ensuite parce qu'elles appauvrirent les survivants. Les Croisés voyageaient à leurs frais ; il leur fallait s'équiper, se nourrir, eux, leurs gens et leurs bêtes. 11 leur (allait donc avant de se mettre en route beaucoup d'argent. Pour s'en procurer, ils étaient obligés de vendre une partie de leurs propriétés ou d'emprunter, et par conséquent de donner en gage ces propriétés. Tous partaient avec l'espoir de s enrichir. Ceux qui revinrent, revinrent ruinés et furent contraints de vendre ou d'emprunter de nouveau. Cet appauvrissement des seigneurs profita surtout aux habitants des villes qui trouvèrent leurs maîtres disposés à leur vendre des libertés.
Enfin les Français durent aux Croisades une influence qui fut prépondérante en Orient pendant de lorgs siècles, et un prestige qui n'a pas disparu. Ils vinrent si nombreux que, pour les Orientaux, tous les hommes de l'Occident furent des Francs, c'est-à-dire des Français. La langue française se répandit en Syrie, à Chypre, en Arménie, en Morée. Ainsi les centaines d'écoles que les Français entretiennent aujourd'hui dans le Levant ne font que continuer et perpétuer une tradition dont l'origine remonte aux Croisades.
SCEAU DE RAYMOND II. Comte de Toulouse (Archives Nat.).
PALAIS DE PHILIPPE LE BEL. — LA GRANDE SALLE DU PALAIS (Musée Carnavalet, Estampes), a Salle Jes « Pas PerJuM' eu Palât Jk Jmlice t! à a litre, rendez-vous de tous les hommes de loi. Celle double nef, aux oasles froportions, est restée célèbre pour une autre cause : c'est sous ces ooùles que les clercs de la Basoche, c'est-à-dire les employés des juges, greffiers, notaires, etc., donnaient des représentations Je caractère comique, farces moralités, soties. (Dessin de Meryo.n, d'aprèt Andwxtt